dimanche 29 août 2010

Les Travailleurs de la Mer 1918

(Romuald Joubé)
Un Film d'André Antoine avec Romuald Joubé, Andrée Brabant et Armand Tallier
A Guernesey, le pêcheur Gilliat (R. Joubé) vit reclus dans sa petite maison évitant le contact des hommes. Il est amoureux de Déruchette (A. Branbant) la fille de Mess Lethierry, propriétaire d'un bateau à vapeur, la 'Durande'. Or, le navire fait naufrage...
Ce très beau film d'André Antoine à été tourné à Camaret-sur-mer (Finistère) où le metteur en scène avait une maison. Il adapte avec bonheur cette oeuvre de Victor Hugo écrite durant son exil sur l'Ile de Guernesey en filmant ses interprètes dans un paysage maritime près de la Presqu'île de Crozon. Romuald Joubé est Gilliat qui sous son apparence sauvage cache une sensibilité cachée. Il soigne les oiseaux et joue de la cornemuse sous les fenêtres de Déruchette. Il va prendre de grands risques pour obtenir la main de celle qu'il aime. Hélas, Déruchette lui préfèrera un vicaire. Comme dans tous les films d'Antoine que j'ai pu voir, les acteurs jouent avec un grand naturalisme qui se fond dans les paysages sauvages. Romuald Joubé est particulièrement remarquable comme dans Le Coupable (1917) du même Antoine. Andrée Brabant -portant des anglaises à la Mary Pickford- est une Déruchette sensible et charmante. Tous les personnages secondaires ont été choisis avec soin et leurs visages burinés semblent issus de cette région sauvage et rocheuse. Antoine a su diriger ses acteurs en évitant la théâtralité. Le film est incomplet; mais, on peut quand même apprécier la beauté et l'atmosphère de ce superbe film d'Antoine.

vendredi 27 août 2010

Barberousse 1917

(Léon Mathot)
Un film d'Abel Gance avec Léon Mathot, Emile Keppens et Maud Richard

Un mystérieux criminel, Barberousse, fait la une de tous les journaux. Le journaliste Trively (L. Mathot) enquête pour démasquer Barberousse...
En 1917, Abel Gance travaille pour les Films d'Art et Louis Nalpas, en charge de la production l'envoie dans le sud de la France pour faire deux films. Gance écrit les scénarios en vitesse dans le train. Barberousse ressemble à un sérial de Feuillade légèrement parodique. Malheureusement, la construction du film est assez fragile, probablement le reflet de la hâte avec laquelle le scénario a été écrit. Néanmoins, le film possède de nombreuses scènes intéressantes qui valent le coup d'oeil. Odette Trively (Maud Richard), la femme du journaliste est poursuivie par des buissons dans une forêt dans une séquence qui rappelle Macbeth. Certes la séquence s'étire beaucoup trop pour être réellement effective, mais, visuellement cela tient la route. On retrouve l'oeil de l'opérateur Léonce-Henry Burel dans de nombreux plans: Maud Richard se reposant à l'ombre des arbres avec le soleil qui filtre entre les branches ou Maud évanouie dans une barque avec les rayons du soleil qui se reflètent sur l'eau. Léon Mathot, un pilier du cinéma muet des années 10, est nettement moins bon que dans Travail (1919, H. Pouctal). Il surjoue son journaliste alors qu'Emile Keppens (présent dans de nombreux films Gaumont des années 10) est lui beaucoup plus sobre. On remarque quelques trouvailles techniques tels que les fermetures en rideau et une image divisée en trois montrant deux interlocuteurs au téléphone plus l'homme qui les espionne. Le film permet de voir Gance à ses débuts avant l'épanouissement dans son talent dans La Xème Symphonie.

Chicago 1927

Un film de Frank Urson avec Phyllis Haver, Victor Varconi et Eugene Palette

Roxie Hart (P. Haver) tue de sang froid son amant Rodney Casley (E. Palette) quand il lui annonce qu'il la quitte. Elle téléphone à son époux pour lui annoncer qu'elle a tué un cambrioleur...
Maurine Watkins était reporter au Chicago Tribune lorsqu'elle eut à couvrir deux cas de meutres par de jolies femmes sans scrupules. Elle en tira une pièce à succès qui se joua à Broadway en 1926 avant de se retrouver à l'écran en 1927 produite par Cecil B. DeMille. Si le grand Cecil n'est pas crédité comme réalisateur, c'est qu'il vient de sortir The King of Kings et que l'histoire sulfureuse de Roxie Hart est en contradiction avec ses sujets bibliques. Son assistant sur de nombreux films, Frank Urson le signe. Mais, Cecil a bel et bien supervisé (et réalisé) des scènes de ce film. Nous sommes dans le Chicago des années 20 où la corruption et le vice règnent en maître. Policiers, magistrats et journalistes sont obsédés par l'opportunisme qui pourrait les rendre célèbres à n'importe quel prix. Roxie Hart est une gold digger vénale qui trompe son mari pour de l'argent et n'hésite pas à éliminer son amant lors qu'il lui refuse de l'argent. Les journalistes sont obsédés par les scoops et l'avocat de Roxie, William Flynn, est corrompu jusqu'à la moëlle. Parmi tout ce beau monde, il y a le mari de Roxie, Amos Hart qui reste probe. Mais, lui aussi est poussé au crime pour obtenir de l'argent pour payer l'avocat de sa femme. Voici une vision bien noire de la société des années 20. Les collaborateurs habituelles de DeMille ont oeuvré sur le film: Peverell Marley à la photo, Anne Bauchens au montage et Mitchell Leisen aux décors. C'est une belle réussite avec au premier plan la performance de Phyllis Haver en Roxie Hart. La blonde platine en déshabillé provocant se méthamorphose en oie blanche pour le procès. Un film très agréable et d'une grande beauté visuelle dans la superbe copie offerte par Flicker Alley accompagnée de musiques des années 20.

mercredi 25 août 2010

The Constant Nymph 1928


Un film d'Adrian Brunel avec Ivor Novello, Mabel Poulton, Elsa Lanchester et Benita Hume

Lewis Dodd (I. Novello) un compositeur bohème rend visite à son ami Sanger dans les Alpes suisses. La maisonnée turbulente comprend les filles de Sanger issues de différents mariages. Sanger, alcoolique, décède brusquement laissant ses filles sans ressources...

Cette première adaptation du roman de Margaret Kennedy a été réalisée en 1928, en GB, par Adrian Brunel. Le film bénéficie de nombreux avantages par rapport au remake de 1943. D'abord, l'interprétation qui est dominée par la remarquable composition de Mabel Poulton en Tessa. Elle paraît être adolescente sans avoir besoin d'aucun subterfuge. Ivor Novello a lui aussi l'âge du rôle face à un Boyer nettement plus âgé qui n'a pas sa légèreté. Ensuite, il y a ici un film tourné dans les Alpes autrichiennes face à un film de 1943 tourné entièrement en studio qui manque de respiration. Et pour couronner le tout, il y a la censure du Hays Office qui ampute le film de Goulding de la fuite des amants. Cette version muette commence comme une comédie légère décrivant la famille dysfonctionnelle de Sanger, ses nombreuses filles et sa mégère de femme. Mabel Poulton est parfaite dans un rôle qui lui va comme un gant : espiègle, délurée et charmante. Le film reste comique avec l'arrivée de Dodd à Londres avec sa nouvelle femme très snob qui entreprend de l'introduire dans la bonne société. On assiste à un soirée musicale guindée qui ennuie copieusement Lewis et Tessa. Tous deux disparaissent dans la cuisine pendant qu'une jeune Elsa Lanchester fait un numéro comique en dame très snob. Lewis réalise alors qu'il a toujours aimé Tessa malgré leur différence d'âge et ils s'enfuient tous deux vers le continent. Hélas, Tessa meurt dans une pension de Bruxelles. La scène finale avec la mort de Tessa est une belle réussite. Le film réussit sa transition de la comédie au drame. Adrian Brunel n'est pas un grand réalisateur, mais son film tient très bien la route narrativement. Il est fort dommage que ce film muet ne soit que peu diffusé. Il n'existe plus que sous la forme d'une copie 16 mm teintée ambrée, mais de bonne qualité. La présentation au BFI a attiré les foules avec une salle pleine. Il faut d'ailleurs que je mentionne comment les films sont présentés au BFI (une manière qui tranche avec la Cinémathèque Française). On entre dans la salle et on reçoit un programme de deux pages qui donne le générique artistique & technique complet du film accompagné de notes et de critiques d'époque. Et les films muets sont toujours accompagnés par un pianiste. Ce soir-là, John Sweeney a offert un accompagnement remarquable mêlant comique et tragique, sans jamais tirer la couverture à lui. Une excellente soirée.


jeudi 19 août 2010

Mauprat 1926

Un film de Jean Epstein avec Sandra Milowanoff, Maurice Schutz et Nino Costantini

A la fin du XVIIIème siècle, dans le Berry, la famille Mauprat composée de brigands terrorise les habitants. Edmée de Mauprat (S. Milowanoff), issue d'une autre branche de la famille, se retrouve captive de la Roche Mauprat. Elle y rencontre son cousin Bernard de Mauprat (Nino Costantini), un être fruste et violent...
Cette belle adaptation du roman de George Sand a pour cadre sa région d'élection, le Berry. Le film d'Epstein a tourné essentiellement en extérieurs (dans la Creuse) et on retouve dans ses images l'amour de Sand pour la nature. Les grandes forêts ombragées, les chênes centenaires et les immenses fougères entourent de vieilles forteresses. Edmée de Mauprat est une jeune femme courageuse qui ne doit son salut qu'à son esprit vif. Sandra Milowanoff se révèle à nouveau remarquable en aristocrate fière et libre. Face à elle, son cousin Bernard est un petit voyou sans éducation qui la désire immédiatement et souhaite la prendre de force s'il le faut. Petit à petit, il se transforme sous l'influence de sa cousine. Mais, celle-ci refuse de lui avouer son amour. Il faudra un drame pour que leurs sentiments s'expriment enfin. Autour des deux personnages principaux gravitent les membres de la famille Mauprat et ses brigands. Et c'est là que le film péche un peu. Les personnages secondaires manquent de relief. Epstein a bien choisi des 'trognes' très intéressantes ; mais, il n'arrive pas à conduire son récit avec suffisamment de vigeur. Si la cinématographie est remarquable avec la lumière qui filtre entre les arbres et les intérieurs en clair-obscur, par contre les relations entre les personnages restent floues (à part celles d'Edmée et de Bernard). On ne peut que le regretter car la trame aurait permis d'apporter certainement plus d'atmosphère qu'il n'y en a. Néanmoins, un joli film.

samedi 7 août 2010

Germinal 1913 (I)

Un film d'Albert Capellani avec Henry Krauss, Sylvie, Jean Jacquinet et Cécile Guyon


Avec cette adaptation de Zola, Capellani réalise, à mon avis, son chef d'oeuvre. Ce Germinal tient parfaitement la route et reste probablement une des meilleures adaptation de Zola. Les cinéastes ont très tôt été très intéressés par les romans sociaux de Zola. On trouve une version de L'Assommoir dès 1909, réalisée également par Capellani. Puis suivent, Travail (1919, H. Pouctal), La Terre (1920, A. Antoine), Thérèse Raquin (1928, J. Feyder), Nana (1926, J. Renoir), L'Argent (1929, M. L'Herbier), Au Bonheur des Dames (1930, J. Duvivier) qui à chaque fois sont des réussites exemplaires de chaque cinéaste. Mais, en 1913, Capellani est un novateur. Il a choisi un groupe d'acteurs remarquables, au premiers rangs desquels Henry Krauss, un habitué des productions de Capellani (il fut Valjean et Quasimodo) qui trouve ici un rôle qui lui va comme un gant, Etienne Lantier. Ce mineur qui provoque le soulèvement de ses collègues pour réclamer un meilleur salaire, est incarné avec une parfaite exactitude et un naturalisme étonnant.



Face à lui, j'ai été époustouflée par la performance incroyable de Sylvie en Catherine Maheu. Oui, il s'agit bien de Louise Mainguené dite Sylvie qui est l'inoubliable meurtrière du Dr Vorzet dans Le Corbeau (1943, HG Clouzot). Ici, âgée de 30 ans, elle est pensionnaire du Théâtre Antoine et son jeu naturaliste fait merveille dans son rôle. Elle est la fille de Maheu qui descent à la mine habillée en homme pour travailler comme hercheuse (elle remplit les wagons). D'ailleurs la scène où Lantier (H. Krauss) découvre qu'elle est une femme est absolument formidable. Elle ôte son fichu et sa longue chevelure se répand sur ses épaules devant un Lantier ébahi alors qu'ils mangent au fond de la mine. Le film a un caractère quasiment documentaire et bien qu'il soit rythmé essentiellement avec des plans d'ensemble et de demi-ensemble (les gros-plans sont encore très rares en 1913, en France), les personnages vivent et meurent avec un étonnant relief. La scène de la grève et l'arrivée des troupes pour mater les grévistes fait encore froid dans le dos. De même, les dernières scènes avec la mine inondée où croupissent Lantier et Catherine près du cadavre de Chaval ont conservées leur pouvoir émotionnel. Il faut aussi rendre hommage à Capellani pour son utilisation économe des intertitres. Il y en a très peu. Ils commentent l'action à des moments clés, mais, tout le message est essentiellement porté visuellement. Lantier se fait licencier par un contremaître tatillon au début du film sans aucun intertitre, mais chaque geste nous fait comprendre la mauvaise foi du contremaître qui cherche un prétexte fallacieux pour le renvoyer. Un véritable chef d'oeuvre du cinéma français qui mériterait amplement un DVD.

mardi 3 août 2010

Kohlhiesels Töchter 1920

(Les filles de Kohlhiesel) Un film d'Ernst Lubitsch avec Henny Porten et Emil Jannings
Xaver (E. Jannings) voudrait bien épouser la jolie Gretel (H. Porten). Mais, Kohlhiesel, son père, lui annonce que tant que sa soeur Liesel (H. Porten) n'aura pas trouvé chaussure à son pied, il ne pourra pas l'épouser...
Ernst Lubitsch a tourné cette parodie de La Mégère Apprivoisée à Garmisch-Partenkirchen, dans les montagnes bavaroises. La pièce de Shakespeare devient une pochade bavaroise avec une légèreté tout teutonique. Lubitsch a déjà réalisé une version de Roméo et Juliette dans la Forêt Noire, Romeo und Julia im Schnee. Ici, Henny Porten joue le double rôle de Liesel -la mégère mal attifée toujours en colère- et de Gretel -la fille gentille, mais un peu simplette. Elle se donne à fond en contrastant les deux soeurs avec soin. Emil Jannings n'est pas en reste en paysan bavarois qui reluque la belle Gretel avant de sucomber au charme de Liesel. Dans l'ensemble, ce film ne fait pas partie des meilleurs Lubitsch de l'époque allemande. Die Bergkatze et Die Puppe sont tous les deux plus inventifs autant visuellement que narrativement. Mais, on passe un bon moment devant cette farce bavaroise un peu 'hénaurme'.