dimanche 19 septembre 2010

The Patriot 1928

Le Patriote
Un film d'Ernst Lubitsch avec Emil Jannings, Florence Vidor, Lewis Stone et Neil Hamilton
Cette grosse production Paramount de Lubitsch a disparue sauf quelques fragments de quelques minutes issues des collections de la cinémathèque portugaise ainsi que la bande-annonce. Ces quelques fragments permettent de se faire une idée sur cette superproduction centrée sur le Tsar Paul interprété par Emil Jannings. La caméra est extrêmement mobile se déplaçant dans les airs pour cadrer un Jannings en grande forme. La bande-annonce est disponible sur YouTube ainsi que dans le coffret More Treasures from the American Film Archive. Difficile de décréter qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre perdu, mais en tous cas, les quelques scène m'ont parfois fait penser à Von Sternberg.

Meyer aus Berlin 1919

Meyer de Berlin
Un film d'Ernst Lubitsch avec E. Lubitsch, Ethel Orff, Heinz Landsmann et Trude Koll
Sally Meyer (E. Lubitsch) fait semblant d'être malade pour que sa femme le laisse partir en vacances à la montagne. Il part pour le Tyrol habillé en costume typique et il y rencontre la belle Kitty...
Lubitsch reprend son personnage comique Sally, le Berlinois juif qui aime flirter. Contrairement à d'autres comédies, Lubitsch est moins cabotin que d'habitude. Il joue de son comportement légèrement décalé. Il part habillé en tyrolien avec Lederhosen, immense plume de faisan sur son chapeau et un piolet. Il ne passe pas inaperçu parmi les berlinois amusés: "Vous jouez dans quelle pièce ?" Une fois dans l'hôtel tyrolien, il flirte outrageusement avec la belle Kitty qui ne le prend pas du tout au sérieux. C'est l'escalade vers les sommets qui provoque le plus de rire avec un Sally dépassé par les événements. Après une nuit dans un refuge, il se réveille -oh surprise !- avec sa femme à ses côtés (voir ci-dessus). Une comédie plutôt réussie tournée dans les Alpes Bavaroises. Il est d'ailleurs étonnant de constater le nombre de films tournés à la montagne par Lubitsch: Die Bergkatze, Romeo und Julia im Schnee et Kohlhiesels Töchter.

Forbidden Paradise 1924

Paradis Défendu
Un film d'Ernst Lubitsch avec Pola Negri, Adolphe Menjou, Rod La Rocque et Pauline Starke
La tsarine Catherine (P. Negri) risque d'être détronée suite à la rébellion d'une partie de l'armée. Le jeune officier Alexei (R. La Rocque) se précipite vers la palais royal pour prévenir la tsarine. Mais, son chancelier (A. Menjou) pense qu'il est fou...
Cette production Paramount n'existe plus que sous la forme d'un contretype Tchèque particulièrement médiocre. De plus, il doit manquer environ 10 min de métrage. Cependant, il est assez facile de remplir les manques dans la narration. L'histoire modernisée de cette tsarine a des relents de Catherine la Grande. Elle collectionne les amants parmi les officiers de son armée et leur remet une décoration pour 'bons et loyaux services'. Rod La Rocque (qui était d'ailleurs l'amant de Pola à cette époque) est un officier crédule et pataud qui ne comprend pas les avances de sa souveraine. Elle doit grimper sur un tabouret pour l'embrasser (vu sa petite taille). Pola s'en donne à coeur joie en mangeuse d'hommes ; elle a un sourire matois en contemplant sa proie. Adolphe Menjou est un chancelier qui sert aussi d'entremetteur pour fournir la souveraine en chair fraîche. Il sait aussi manier le carnet de chèques pour supprimer une révolution : même les révolutionnaires peuvent être achetés! Il y a de délicieuses séquences typiquement Lubitschiennes où Menjou surveille par le trou de la serrure les discussions entre Pola et son nouvel amant. Mais, celle-ci connait son manège: l'écran vire au noir après la fermeture d'un rideau. Il est vraiment dommage que la copie soit si granuleuse et horriblement contrastée...

jeudi 16 septembre 2010

Three Women 1924


(L. Cody, P. Gendron et M. McAvoy)


Trois Femmes


Un film d'Ernst Lubitsch avec Pauline Frederick, May McAvoy, Marie Prevost, Lew Cody et Pierre Gendron



A New York, Mrs Wilton (P. Frederick) est une veuve richissime qui attire les regards d'un aventurier mondain, Edmund Lamont (L. Cody). Criblé de dettes, il voudrait bien l'épouser. Celle-ci fait tout ce qu'elle peut pour paraître plus jeune. Mais, sa fille de 18 ans, Jeanne (M. McAvoy) rentre précipitamment de Berkeley. Lamont s'intéresse alors à la fille, richement dotée...


Ce troisième film de Lubitsch réalisé en Amérique est peu connu et c'est bien dommage. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une comédie. Le sujet est réellement celui d'un mélodrame. Les rapports entre Mrs Wilton, sa fille et son amant sont tissés de main de maître par Lubitsch. Chaque personnage découvre les rapports entre les deux autres au fur et à mesure. Mrs Wilton est interprétée avec énormément de talent par Pauline Frederick. Cette femme d'une quarantaine d'années qui lutte contre les outrages du temps au point de délaisser sa fille n'est à priori pas très sympathique; mais, elle en fait une victime d'un système où la femme doit rester jeune et désirable. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Pauline Frederick jouera un rôle très proche dans Smouldering Fires (La femme de 40 ans, 1925), un excellent film de Clarence Brown, immédiatement après celui-ci. Elle y est à nouveau une femme d'affaires impitoyable qui tombe amoureuse d'un de ses employés plus jeune qu'elle avant de céder la place à sa jeune soeur. Le séducteur mondain et cupide joué par Lew Cody est dépourvu de qualités : il ne s'intéresse qu'à l'argent, aux filles et n'hésite pas à faire chanter son ex-maîtresse. La fille crédule et innocente est jouée par May McAvoy. Sa petite taille la cantonnait dans les rôles de jeunes filles innocentes comme dans Ben-Hur (1926, F. Niblo). Dirigée par Lubitsch, elle est émouvante et juste comme dans Lady Windermere's Fan (L'éventail de Lady Windermere, 1925). Il faut aussi saluer la construction dramatique du film qui utilise avec parcimonie les intertitres. Le jeu des visages suffit à nous faire comprendre que Lew Cody a déjà compromis May McAvoy pour la pousser au mariage. Lubitsch utilise aussi quelques ombres expressionnistes pour l'assassinat de Lamont, comme pour excuser le geste de Mrs Wilton. La fin paraît plus convenue et expédiée. Mais, c'est un très grand cru de Lubitsch sans être une comédie.

mercredi 15 septembre 2010

Domik v Kolomne 1913

La Maison à Kolomna
Un film de Petr Chardynin avec Ivan Mosjoukine, Praskovia Maksimova et Sofia Goslavskaia
Une veuve (P. Maksimova) vit seule avec sa fille Parasha (S. Goslavskaia). Celle-ci flirte avec un bel officier (I. Mosjoukine) pendant que sa mère dort. Quand elle lui demande de trouver une nouvelle cuisinière, Parasha aide l'officier à se déguiser en femme. Mavrushka (I. Mosjoukine) est embauchée...
J'ai été très agréablement surprise par cette charmante comédie basée sur un poème de Pouchkine. Elle démontre que les russes savaient aussi faire du cinéma comique. Ivan Mosjoukine montre tout son talent en personnifiant la cuisinière Mavrushka. Portant jupe, fichu et tablier par dessus son pantalon et ses bottes, il campe un travesti très réussi. Mais, le film ne tombe pas dans la grivoiserie ou l'effet facile. Il y a une délicieuse scène où Mavrushka aide Parasha à se dévêtir sans qu'il n'y ait de sous-entendus. Mosjoukine semble s'amuser comme un fou alors qu'il allume sa pipe en l'absence de la veuve. Mais, celle-ci le découvre en train de se raser et elle tombe en pâmoison. Morale de l'histoire: "Voici ce qui arrive quand on veut trouver une cuisinière qui ne coûte pas trop chère!" Le film est tourné pour la plupart en plan général sauf pour le plan moyen montrant Mosjoukine fumant la pipe. Il est bien composé alternant scènes en extérieur et studio. Une charmante pépite.

mardi 14 septembre 2010

Der Blusenkönig 1917

(Le Roi du corsage)
Un film d'Ernst Lubitsch avec Ernst Lubitsch, Käthe Dorsch et Guido Herzfeld
Sally Katz (E. Lubitsch) est devenu le 'roi du corsage' et il revient visiter son ancien employeur tout heureux de son succès. La fille de celui-ci flirte avec lui...
Il ne reste plus qu'un fragment de 12 min de cette comédie de 3 bobines où Lubitsch tient le rôle principal. Il est bien dommage que le film entier n'ait pas survécu car c'est ce film-là qui a retenu mon attention à cause d'une scène délicieuse qui annonce les futurs chefs d'oeuvres d'Ernst. Sally est seul avec la fille du patron et on les épie par le trou de la serrure (il y a une scène similaire dans Die Austernprinzessin). Il renoue les rubands de la chaussure de la demoiselle qui emet un petit cri de plaisir au contact du ruband. Tout cela est épié et mal interprété par l'espion. Charmant!

Wenn vier dasselbe tun 1917

(Quatre font la même chose)
Un film d'Ernst Lubitsch avec Emil Jannings, Ossi Oswalda, Margarete Kupfer et Fritz Schultz
Ossie (O. Oswalda) rentre du couvent où elle était pensionnaire pour vivre avec son père (E. Jannings). En chemin, elle a fait la connaissance d'un jeune homme (F. Schultz) qui est employé de librairie...
Ce film de Lubitsch a été retrouvé dans les archives russes. La distribution est extrêmement prometteuse avec Ossie Oswalda, la pétulante et hilarante interprète de nombreux Lubitsch des années 10 (Die Puppe et Ich möchte kein Man sein) et Emil Jannings dans le rôle du papa. Malheureusement le résultat n'est pas tout à fait au niveau des espoirs que l'on pouvait fonder sur une telle distribution. Il faut aussi tenir compte du fait que les intertitres russes ne rendent pas forcément très bien l'humour des intertitres originaux qui devaient être bien meilleurs. La traduction m'a paru assez laborieuse. Oswalda est formidable de charme et d'énergie, mais c'est le scénario qui pêche légèrement. Il n'y a aucune surprise dans cette histoire de flirt entre la jeune fille et le jeune garçon et la libraire et le papa d'autre part. Les meilleures scènes sont celles où Jannings (qui frise sans arrêt d'immenses moustaches en guidon de vélo) danse avec sa dulcinée aux bals des veuves et des veufs.

Als ich tot war 1916


(Quand j'étais mort)

Un film d'Ernst Lubitsch avec Ernst Lubitsch, Louise Schenrich, Lanchen Voss et Julius Falkenstein


Ernst est victime d'une belle-mère acariâtre qui barricade la porte de son appartement quand il veut rentrer tard chez lui. Il s'endort dans l'escalier où elle vient lui subtiliser ses vêtements. Le lendemain, elle le flanque à la porte. Il laisse un mot d'adieur à sa femme lui annonçant son suicide. Peu après une petite annonce propose une place de domestique chez lui. Il se déguise et y répond...


Cette comédie jouée par Lubitsch porte encore la marque de sa carrière théâtrale. La mise en scène est pratiquement totalement statique et Lubitsch lui-même fait un numéro hénaurme en domestique ignare qui pèle les patates au point de n'en rien laisser. On reconnaît Julius Falkenstein l'acteur chauve de Die Austernprinzessin qui est ici un prétendant sélectionné par la belle-mère pour la 'veuve' d'Ernst. Cela donne lieu au meilleur gag du film : Ernst a percé un trou dans sa cuillère et le malheureux essaie désespéremment de boire sa soupe avec cet instrument qui fuit. Dans l'ensemble, nous sommes encore très loin des meilleures comédies muettes allemandes de Lubitsch.

Romeo und Julia im Schnee 1920


(Roméo et Juliette dans la neige)

Un film d'Ernst Lubitsch avec Gustav von Wangenheim, Julius Falkenstein, Jacob Tiedtke, Marga Köhler, Lotte Neuman et Ernst Rückert



Romeo Montekugerl (Gustav von Wangenheim) est tombé follement amoureux de Julia Capuletofer (Lotte Neumann). Hélas, la belle est promise à un autre garçon, passablement débile (Julius Falkenstein)...


Cette parodie de Shakespeare tournée dans la Forêt Noire voit l'affrontement à coups de boules de neige des Capuletofer et des Montakugerl. C'est une pochade vraiment réussie avec une certaine exagération comme dans Die Bergkatze (La chatte des montagnes). Lors d'un bal masqué, Romeo usurpe le costume du ridicule Falkenstein (habillé en ange avec de grandes ailes) à la grande fureur de la famille Capuletofer. L'un des meilleurs gags montre Romeo et Julia allant chez l'apothicaire s'acheter du 'poison pour deux'. Celui-ci doit leur faire crédit car ils n'ont pas d'argent. ('Vous reviendrez une autre fois'). Tout se termine bien car les amoureux ont bu de l'eau sucrée. Une comédie très enlevée et pleine de bonne humeur.

Die Flamme 1922

Un film d'Ernst Lubitsch avec Pola Negri, Hilde Wörner, Alfred Abel et Hermann Thimig

A Paris en 1860, Yvette (P. Negri), une cocotte, tombe amoureuse d'un jeune compositeur Adolphe (H. Thimig). Mais, elle est victime de son passé et de Gaston (A. Abel) qui la poursuit de ses assiduités...
Die Flamme (Montmartre) fut le dernier film de Lubitsch en Allemagne avant son départ pour les Etats-Unis. Il ne reste malheureusement qu'une seule bobine de ce mélodrame avec Pola Negri. La reconstruction effectuée par le Film Museum de Munich est donc composée de nombreuses photos de plateau et de dessins de storyboard pour complémenter les 22 min restantes de film. Pola joue un beaucoup de retenu son personnage de femme perdue. On remarque la patte de Lubitsch dans de tous petits détails comme le petit geste de la main d'Yvette envers sa co-locataire pour éloigner le dangereux Gaston. Il est difficile d'avoir une véritable opinion sur ce film car il ne reste qu'un tout petit fragment. On remarque nénamoins le soin apporté aux décors et aux costumes pour reconstituer le Paris du Second Empire. Alfred Abel est excellent en méchant. Le film se terminait par le suicide de Pola qui ne supportait plus les doutes de son amant. Pour la sortie en Amérique, une version heureuse voyait la réconciliation des amants. Toutes deux sont perdues.

samedi 11 septembre 2010

Le Crime de Lord Arthur Savile 1922


(René Hervil)
Un film de René Hervil avec André Nox, Cecil Mannering et Catherine Fonteney
Lors d'une soirée mondaine, un chiromancien nommé Podgers (A. Nox) prédit à Lord Arthur Savile (C. Mannering) qu'il deviendra un assassin. Affolé, celui-ci repousse son mariage avec Sybil Merton. Puis, il décide de prendre les devants et d'agir. Il achète un poison violent qu'il propose à sa vieille cousine (C. Fonteney) qui souffre de l'estomac...
Cette adaptation du conte d'Oscar Wilde a été tourné pratiquement entièrement à Londres. Le rôle principal est tenu par un acteur britannique, Cecil Mannering ce qui ajoute à l'authenticité. Cette histoire de chiromancien qui prédit le pire fait penser à Kind Hearts and Coronets (Noblesse Oblige, 1949). Lord Arthur décide de supprimer quelqu'un rapidement pour faire un sort à la prédiction. Il tente de supprimer sa vieille cousine en lui présentant un soit-disant médicament pour son estomac. C'est un échec. Il se tourne alors vers un homme d'église de son entourage, le Doyen de Chichester auquel il fait livrer une horloge qui explose. Ce sera aussi un échec, mais fort amusant car l'horloge au lieu d'exploser révèle un 'Bobby' qui sort de sa boîte. Cette adaptation très -trop- sage de Wilde manque d'humour. Cependant, il y a une excellente utilisation des extérieurs londoniens et pas seulement des monuments célèbres. On peut voire une rue des quartiers pauvres de l'East End avec une grappe d'enfants sales et mal nourris qui dansent au rythme d'un orgue de barbarie. De même, on voit des musiciens de rues qui parcourt les beaux quartiers. Ils s'installent sur un trottoir devant les riches propriétés d'Hampstead et attendent de recevoir quelques oboles. La meilleure scène du film est celle où Arthur ayant fait livrer l'horloge explosive chez le Doyen est forcé de rester déjeuner avec lui. Il avale son repas avec un lance-pierre en surveillant la pendule pendant que le Doyen lui se resert sans arrêt. Et c'est que le film pêche le plus: l'humour de Wilde n'est pas suffisament présent. Evidemment, nous sommes très loin du superbe Lady Windermere's Fan (1925) de Lubitsch. Ce n'est qu'une adaptation honnête et un petit peu plate.

mardi 7 septembre 2010

A Gentleman of Paris 1927

(Le Valet de Coeur)
Un film d'Harry d'Abbadie d'Arrast avec Adolphe Menjou, Shirley O'Hara, Arlette Marchal et Nicholas Soussanin

Le Marquis de Marignan (A. Menjou) mène une vie sentimentale compliquée entre ses nombreuses maîtresses. Son valet Joseph (N. Soussanin) est heureusement là pour le tirer de tous les mauvais pas. Sa fiancée vient d'arriver avec son futur beau-père...

Cette comédie sophistiquée au rythme trépidant est l'oeuvre d'un cinéaste français d'Hollywood, Harry d'Abbadie d'Arrast (ci-contre), qui a été très injustement oublié. D'Arrast a été embauché par Chaplin comme 'technical advisor' sur A Woman of Paris (L'Opinion publique, 1923). Après quelques années auprès de Chaplin comme assistant, il vole de ses propres ailes et réalise ce petit bijou de sophistication. Le film semble avoir la magique 'Lubitsch Touch' avec ses ellipses et ses charmants retournements de situation. Il faut dire que la première comédie dramatique sophistiquée est certainement A Woman of Paris qui prédate l'arrivée de Lubitsch en Amérique. Adolphe Menjou est ici un aristocrate parisien qui jongle avec ses multiples maîtresses, leurs maris jaloux et son valet exemplaire. Le personnage de Joseph, le parfait valet, rappelle l'immortel Jeeves créé par P.G. Woodehouse. Il sait anticiper les conflits et les problèmes pour son maître. Mais, le marquis va commettre une erreur colossale en devenant l'amant (sans le savoir) de la femme de Joseph. Celui-ci va alors concocter une vengeance éclatante et subtile. D'Abbadie d'Arrast manie la caméra avec brio: elle se déplace dans les airs cadrant un personnage important avant de révéler la scène entière. La subtilité du récit n'a rien à envier aux meilleurs Lubitsch muets. Les délicieux intertitres sont signés par Herman J. Mankiewicz. Adolphe Menjou est absolument parfait comme son comparse Nicholas Soussanin en valet. Une délicieuse comédie qu'il faut découvrir.

vendredi 3 septembre 2010

L'Avocat 1925

(Gaston Ravel)
Un film de Gaston Ravel avec Rolla-Norman, Sylvio de Pedrelli et Mme Miralès

Le vicomte du Coudrais (S. de Pedrelli), un homme violent, alcoolique et jaloux, est retrouvé mort assassiné. On soupçonne son épouse Louise (Mme Miralès) qui subit ses violences depuis des années. L'avocat Martiny (Rolla-Norman) décide de la défendre...
C'est le troisième film de Gaston Ravel que j'ai pu voir et c'est certainement le plus faible. Ravel est un réalisateur peu imaginatif qui se contente de suivre le scénario. Pour peu que le script vaille quelque chose, on obtient quelques scènes intéressantes comme dans Jocaste (1924) ou pour une reconstitution historique comme Madame Récamier (1927). Mais, cet Avocat est une adaptation d'une pièce poussièreuse d'Eugène Brieux, un dramaturge maintenant bien oublié. Il fut pourtant un auteur à succès qui s'exportait à l'étranger. Sa pièce pourrait être plus intéressante si elle avait développé l'opposition de classe et créé un vrai suspense comme l'aurait fait un Georges Simenon. Hélas, l'intrigue est très mince et le 'mystérieux assassin' ne le reste pas longtemps. On a affaire à du théâtre filmé, du travail solide et bien terne. C'est dommage d'autant plus que l'intrigue se déroule dans le Poitou avec quelques beaux extérieurs le long d'une rivière. De même ce milieu de hobereaux de province avec ses tares aurait été un terreau fertile pour un autre auteur que Brieux. On ne peut guère sauver que le récit de la domestique qui nous raconte en flashback les frasques de son défunt patron qui frappait sa femme, buvait plus que de raison et partait s'encanailler dans les bouges. Rolla-Norman que j'avais énormément apprécié dans L'île Enchantée (1927, Henry-Roussell) surjoue son roi du barreau et Sylvio de Pedrelli est un aristocrate débauché sans grand relief. Lucien Bellavoine réalise une belle cinématographie. Mais, cela ne suffit pas à sauver cet Avocat de la banalité.

Les Frères Corses 1915-17

Un film d'André Antoine avec Henry Krauss, Romuald Joubé et Henry-Roussell

Alexandre Dumas (H. Krauss), en voyage en Corse, reçoit l'hospitalité de la famille de Franchi. Le fils Lucien de Franchi (R. Joubé) lui raconte une histoire de vendetta ancestrale. De retour à Paris, Dumas rencontre son frère jumeau Louis de Franchi (R. Joubé)...


Ce court roman d'Alexandre Dumas est unique en ce que le romancier lui-même est l'un des protagonistes de l'histoire. Ce faisant, il donne au récit une véracité et un style documentaire qui font oublier la fiction. André Antoine est ici à son coup d'essai en tant que réalisateur et il fait merveille. La qualité de la distribution ainsi que la direction d'acteur montrent l'énorme apport de ce grand metteur en scène de théâtre au cinéma. Henry Krauss en Dumas Père semble sortir littéralement d'un portrait de Nadar et prendre vie devant nos yeux. Romuald Joubé joue le rôle des jumeaux avec son charme habituel et Henry Roussell est un méchant de grande classe. La qualité des éclairages est proche des meilleurs films russes de Bauer. Cette histoire de vendetta avec un élément surnaturel est parfaitement adaptée, sans emphase. Les angles de caméra sont déjà fort élaborés comme lors de ce bal à l'opéra où nous découvrons les danseurs à l'orchestre en plongée, une sorte de vue subjective, ce qui était tout à fait novateur en 1915. Le récit est ponctué par un flashback où un des frères Franchi lui raconte l'histoire de son ancêtre, une autre technique de récit moderne pour l'époque. Il est intéressant de noter que le film s'ouvre sur un gros plan du metteur en scène, comme pour confirmer son importance à une époque où il n'est pas toujours reconnu. Une très jolie adaptation de Dumas.