mercredi 26 janvier 2011

Napoléon (1927, A. Gance): Une scène perdue

(Violine : Annabella ; Tristan Fleuri : Nicolas Koline)

Dans le chef d'oeuvre d'Abel Gance, on trouve des personnages historiques et de fiction. Gance a trouvé bon de créer un personnage ubiquitaire que l'on retrouve du début à la fin du film: Tristan Fleuri, interprété avec beaucoup d'humour et de chaleur par le comédien russe Nicolas Koline. Il est employé dans la cuisine à Brienne, où il aide le jeune Bonaparte lors de la bataille de boules de neige, et il est un sans culotte de la Campagne d'Italie. Puis, on le retrouve à Toulon devenu aubergiste. Il est, à ce moment-là, rejoint par un deuxième personnage de fiction qui va lui aussi se développer tout le long du film: sa fille, Violine Fleuri. La jeune Suzanne Charpentier, âgée de dix-huit ans, fait ses débuts au cinéma en interprétant le rôle. Gance va lui trouver un nom de cinéma en s'inspirant d'un poème d'Edgar Allan Poe. Suzanne Charpentier devient Annabella.
Violine est une adolescente fascinée par la jeune Général Bonaparte. Gance utilise ce personnage pour montrer l'importance du marketing et de la publicité -déjà à cette époque !- pour lancer la popularité de Bonaparte. On voit Violine acheter une petite poupée de Napoléon dans une rue de Paris chez un marchand ambulant pour en faire une sorte d'autel pour le culte de son héros. C'est d'ailleurs lors de ces dévotions, fort païennes, que Joséphine (Gina Manès) la surprend en flagrant délit.

Gance va pratiquer de nombreuses coupes dans les scènes de Violine tant et si bien que, lors de la première du film, Annabella constate, effondrée, que son personnage est devenu presque inexistant. Dans les restaurations effectuées par Kevin Brownlow, le personnage retrouve la plupart de ses scènes (mais, elles sont absentes de la version écourtée publiée par Coppola et Harris).
Au cours de mes lectures de revues d'époque, je suis tombée sur un petit trésor: deux planches de photogrammes d'une scène inconnue de Violine. On y voit la jeune fille, vêtue d'une robe et d'une perruque, qui se fait presque lynchée par une foule déchaînée qui semble la prendre pour une aristocrate. Ces 12 photogrammes suffisent à rendre l'intensité de la scène tournée avec la virtuosité habituelle de Gance.
Voici l'animation que j'ai tirée de cette scène:

En attendant de la retrouver, vous pouvez apprécier le mouvement et la beauté de cette scène perdue.

He Who Gets Slapped 1924

Larmes de Clown

Un film de Victor Sjöström avec Lon Chaney, Norma Shearer, John Gilbert et Tully Marshall

Paul Beaumont (L. Chaney) se fait dérober sa découverte scientifique par le Baron Regnard (M. McDermott) ainsi que son épouse. Il devient clown de cirque pour un numéro où il se fait gifler...

Lon Chaney n'a jamais été meilleur que sous la direction de Victor Sjöström. Le grand réalisateur suèdois obtient de lui une caractérisation épurée et sans excès. Bien qu'il soit la star du film, Sjöström réussit à faire un film de réalisateur sans chercher à trop flatter l'égo de Chaney. Les autres personnages existent en dehors de Chaney and le récit ne cherche pas le rendre omniprésent. Et c'est là la différence principale entre les autres films de Lon et celui-ci. Il est le visage de l'homme qui va boire l'humiliation jusqu'à la lie. Ayant tout perdu, il n'est plus qu'un clown de cirque. Pire encore, son numéro consiste à se faire gifler rituellement tous les soirs devant un public hilare qui trouve un énorme plaisir devant cette torture publique. Le symbolisme est encore plus féroce avec ce coeur en tissu qu'on lui arrache tous les soirs pour le jeter sur la piste. Il n'est que le reflet du désespoir de Chaney amoureux de la belle écuyère Consuelo (N. Shearer pour une fois très sobre et juste). Elle aussi le frappe au visage par jeu. Dans cet univers très noir, on ne trouve que des âmes noires comme celle du Comte Mancini (T. Marshall toujours aussi vénéneux) qui veut vendre sa fille au riche et libidineux Baron Regnard (M. McDermott un habitué de ce type de personnage). Chaney a été aussi un clown dans Laugh, Clown, Laugh (1928, H. Brenon); mais, il y a une énorme différence entre les deux films. La mise en scène de Sjöström est magistrale. Il a un sens de l'espace, de la direction d'acteur et une connaissance de l'âme humaine qui transcendent son sujet assez conventionnel. Un film superbe.

mardi 25 janvier 2011

'49-'17 1917


Un film de Ruth Ann Baldwin avec Joseph W. Girard, Leo Pierson et Jean Hersholt

Le vieux juge J.R. Brand (J. Girard) se souvient avec nostalgie de ses jeunes années dans l'ouest quand il était chercheur d'or. Il envoie son secrétaire Tom (L. Pierson) là-bas en lui demandant de recréer l'atmosphère des années 1849 dans Nugget Notch, la petite ville de l'ouest où il avait habité. Tom arrive sur place et embauche une troupe de comédiens qui travaillent sur un champ de foire...

Ce film écrit et réalisé par Ruth Ann Baldwin, dont je n'avais jamais entendu parler, m'a emballé. C'est une sorte de parodie de western avec une intrigue extrêmement habile. Son titre est une abbréviation de 1849-1917, marquant bien la marche du temps entre ses deux périodes. On recrée une ville de western artificiellement avec des acteurs qui font un 'show' sur l'ouest. Le juge qui veut se replonger dans cette atmosphère de Far West a un souvenir nostalgique de cette période. Il va passer un moment merveilleux dans cette ville peuplée de comédiens où l'on va même organiser une bagarre mémorable dans le saloon. Je suis toujours fascinée de voir à quel point le western -une invention encore récente en 1917- pouvait être parodié ou mis en décalage avec ses contemporains. Dans Wild and Woolly (1917), Douglas Fairbanks était lui aussi victime d'une reconstitution du Far West pour satisfaire son plaisir. Mais, au sein de la troupe de comédiens, il y a l'inquiétant Jim Raynor, superbement incarné par Jean Hersholt, le futur interprète de Greed (1924). Jim lui s'intéresse à l'argent qu'il pourrait soutirer au juge grâce à une escroquerie bien organisée. La réalisatrice mène son récit tambour battant dans la deuxième partie où s'entremêlent les souvenirs du juge, en flash-back, le complot de Jim et la vie au sein de la ville. Comme dans Wild and Woolly, la fiction rejoint la réalité lorsque Jim met en oeuvre ses méfaits. Un excellent film disponible chez Kino aux USA.

The Ocean Waif 1916

Un film d'Alice Guy-Blaché avec Doris Kenyon, Carlyle Blackwell et Edgar Norton

Millie (D. Kenyon), une enfant trouvée, s'enfuit de la cabane de son père adoptif qui la bat. Elle trouve refuge dans une maison abandonnée. Mais, peu après, un écrivain, Donald Roberts (C. Blackwell) vient s'installer là pour écrire. Elle se cache dans le grenier...

Alice Guy fut la première réalisatrice de cinéma au monde (homme et femme confondus). Elle avait été embauchée comme secrétaire de Léon Gaumont peu de temps avant l'arrivée du cinématographe en 1895. Elle fut ignorée pendant des décennies par les historiens du cinéma. En 1910, elle quitta la France pour les USA avec son époux Herbert Blaché. The Ocean Waif appartient à sa carrière américaine. Le film ne nous ai pas parvenu dans sa totalité dû à la décomposition. Mais, il forme néanmoins un ensemble cohérent avec des intertitres pour remplacer les manques. Cette histoire simple filmée en décors naturels a énormément de charme ainsi que de l'humour. La jolie Doris Kenyon -qui deviendra une star quelques années plus tard- offre son beau visage à cette enfant perdue qui se métamorphose sous l'influence de l'écrivain qu'elle rencontre. Enfilant une vieille robe du siècle passé, elle devient une femme désirable plutôt que la sauvageonne qu'elle était. Il est amusant de reconnaitre Edgar Norton, qui jouera tant de domestiques comme dans Dr Jeckyll and Mr Hyde (1931), en valet de l'écrivain. Une scène a particulièrement retenu mon attention. Carlyle Blackwell prend dans ses bras Doris Kenyon alors que le vent secoue les herbes folles autour d'eux donnant à la scène un mouvement et une ampleur intéressante. Un joli film disponible en DVD chez Kino Video aux USA.

lundi 24 janvier 2011

Forbidden 1932

Amour Défendu
Un film de Frank Capra avec Barbara Stanwyck, Adolphe Menjou et Ralph Bellamy

Lulu (B. Stanwyck) bibliothéquaire célibataire quitte brusquement sa petite ville pour vivre des vacances inoubliables. Sur le paquebot de croisière qui l'emmène à La Havane, elle rencontre Bob (A. Menjou). Ils ignorent tout l'un de l'autre et tombent amoureux...

Je termine mon exploration de la collaboration Stanwyck/Capra avec ce film rare qui n'est même pas commenté dans le Tavernier/Coursodon. Je suis une inconditionnelle des 4 films de Stanwyck pour Capra dans les années 30: The Miracle Woman, The Bitter Tea of General Yen et Lady of Leisure offrent tous un rôle en or à Barbara. Elle est tour à tour prêcheuse, missionnaire en Chine et fille du peuple. Forbidden a réussi à me surprendre avec une intrigue incroyable. Essayer d'imaginer un croisement entre Now Voyager (1942), Back Street (1932) et The Life of Vergie Winters (1934). Mais, il ne faut pas perdre de vue que le film de Capra est antérieur à tous les fims précités. Avec Jo Swerling, Capra concocte un mélodrame qui commence comme une comédie romantique. Barbara apparaît d'abord en vieille fille avec un pince-nez. Ellle se transforme en cygne à bord du paquebot espérant rencontrer l'amour. Elle s'ennuie d'abord copieusement avant de tomber par hasard sur Adolphe Menjou, légèrement éméché, qui est entré dans sa cabine par accident. Ils ébauchent un marivaudage délicieux en s'appelant par leur numéro de cabine: elle, le 66 et lui, le 99. Ce marivaudage se poursuit à leur retour à New York où ils se retrouvent avec des masques de carnaval pour un dîner. Capra réussit brillamment une scène légère et qui paraît improvisée entre les deux acteurs. Mais, le ton devient plus noir immédiatement après quand Barbara découvre qu'Adolphe est marié. Il se refuse à divorcer car son épouse est une invalide. Barbara désespérée, prend seule son avenir en main et accouche d'un enfant sous un faux nom. Quelques années plus tard, elle retrouve Adolphe et lui tombe dans les bras. Il y a à nouveau une scène superbe où ils se parlent assis dans un escalier, le tout filmé derrière la rembarde comme en cachette. Barbara devient rapidement la maîtresse qu'on cache. Elle doit aussi renoncer à sa fille, adoptée par Menjou et sa femme suite à un quiproquo. Ce thème de la fille-mère sacrificielle qui fera les beaux jours du mélo hollywoodien est déjà là présent avec en prime des rebondissements qui tiennent en haleine jusqu'à la dernière bobine. Ralph Bellamy est un directeur de journal qui enquête sur Menjou, en passe de devenir gouverneur. Il est également amoureux de Barbara. Elle sacrifiera tout pour l'homme qu'elle aime. Je pourrais même lui décerner le premier prix en tant que maîtresse/mère sacrificielle que j'ai jamais vue dans un mélo. C'est vraiment elle qui va le plus loin. L'intrigue semble par moment totalement délirante s'il n'y avait le jeu aigu et émouvant de Barbara qui réussit à nous faire croire à cet amour totalement désintéressé. Il n'est pas étonnant que Barbara soit devenue une star après avoir fait 4 films de Capra qui lui permettent de jouer quatre rôles différents dans des univers également différents. Forbidden est un mélo d'anthologie.

dimanche 23 janvier 2011

Manolescu: Der König der Hochstapler 1929

Un film de Victor Tourjansky avec Ivan Mosjoukine, Brigitte Helm, Heinrich George et Dita Parlo

George Manolescu (I. Mosjoukine) rencontre la troublante et mystérieuse Cleo (B. Helm) à bord du train Paris-Monte-Carlo. Envouté, il devient voleur, escroc et faux-monnayeur pour lui offrir le train de vie qu'elle réclame...

La carrière d'Ivan Mosjoukine est fort complexe. Il passe de la Russie Impériale à la France, puis fait une courte escale à Hollywood en 1927 pour un seul film (Surrender d'E. Sloman) avant de retourner en Europe faire des films en Allemagne. De retour en France, au moment de l'arrivée du parlant, il disparaît rapidement des premiers rôles miné par son accent russe et les mauvais films. Pour Manolescu, une production allemande muette, il retrouve son compatriote Victor Tourjansky qui est lui aussi passé de l'autre côté du Rhin après un échec à Hollywood. Le film bénéficie d'une belle distribution avec Brigitte Helm en femme fatale et Dita Parlo en jeune innocente. L'intrigue ne me semble pas offrir, néanmoins, le type de personnage complexe que Mosjoukine interprétait fréquemment dans sa première période française (la meilleure). Il est un escroc victime d'une femme qui retrouve le chemin de l'honnêteté au contact de la pure Dita Parlo. C'est un film plus formaté que ceux de la période Albatros où comique et tragique faisait bon ménage. Cela dit, le film doit certainement recéler des beautés plastiques grâce à la photo de Carl Hoffmann. Malheureusement, la hideuse copie que j'ai pu voir ne permet pas du tout de les apprécier. De même le jeu tout en nuances de Mosjoukine est parfois à peine perceptible tant son visage ressemble à un point blanc. Par contre, il semble que Tourjansky avait conservé son talent avec des mouvements de caméra remarquables comme celui où elle se déplace vers une fenêtre, arrive au niveau du carreau avant de passer au travers pour nous faire pénétrer à l'intérieur de la maison. Tout cela est totalement fluide et sans à-coups. Helm et Parlo offre un beau contraste dans les deux personnages féminins opposés. Ce n'est pas le meilleur film de Mosjoukine ; mais, c'est certainement un de ses meilleurs pour la période allemande.


I. Mosjoukine et V. Tourjansky

samedi 22 janvier 2011

The Cat and the Canary 1927

La Volonté du mort
Un film de Paul Leni avec Laura La Plante, Creighton Hale et Tully Marshall

Le vieux West est mort en laissant un testament qui ne doit être ouvert que 20 ans plus tard. A l'heure dite, les héritiers putatifs se retrouvent dans le vieux château poussiéreux. Une nuit d'angoisse et de frayeur les attend...

Le réalisateur allemand Paul Leni produit là un film qui combine comédie et horreur pour la Universal. On retrouve tous les clichés du film gothique: château hanté, gouvernante à l'allure sinistre, passages secrets et mystères autour d'un joyau. Si on retrouve le style expressionniste, dont Leni était un adapte avec Das Wachsfigurenkabinett (1924), l'élément comique est, à mon avis, moins réussi. Creighton Hale (avec ses lunettes à la Harold Lloyd) joue le jeune effarouché et Flora Finch est la vieille tante qui a peur des fantômes. Tully Marshall en notaire a la tête de l'emploi (comme toujours!). Mais, tout ce petit monde ne réussit pas totalement à capter mon intérêt. Laura La Plante était meilleure dans la comédie pure comme Skinner's Dress Suit (1926, Wm A. Seiter). Ici en héritière terrifiée, elle manque de relief. Il reste néanmoins, la superbe cinématographie. Pour l'apprécier au mieux, il faut absolument voir le DVD de la restauration Photoplay réalisée à partir de copies nitrate d'origine. C'est une pure merveille de contrastes chatoyants avec des ombres d'un noir d'encre et des éclairs lumineux d'une incroyable finesse de grain. En plus, il y a une excellente musique (orchestrale) de Neil Brand qui souligne le mystère et le comique avec intelligence.

vendredi 21 janvier 2011

Ungarische Rhapsodie 1928


Un film d'Hanns Schwarz avec Dita Parlo, Willy Fritsch et Lil Dagover

Dans les grandes plaines de Hongrie, le lieutenant Turoczy (W. Fritsch) bien qu'issu d'une famille aristocratique est sans le sou. En tant qu'officier, il ne peut se marier sans avoir une fortune d'au moins 45000 couronnes. Or, il est amoureux de la jolie Marika (D. Parlo)...

Ce film d'Hanns Schwarz nous plonge dans un univers d'opérette austro-hongroise avec les beaux officiers en uniforme de hussard et les femmes volages de généraux. Evidemment, nous sommes au cinéma muet, donc les czardas endiablées chantées par Willy Frisch ne sont que suggérées à l'écran par un remarquable montage de trépignements de pieds et de bouteilles en vibrations sur les tables. Hanns Schwarz a réalisé un superbe Die wunderbare Lüge der Nina Petrowna (1929) où Brigitte Helm illuminait l'écran. Ici, les deux actrices principales sont également superbement photographiées par Carl Hoffmann. Dita Parlo offre son délicieux visage mobile et émouvant tandis que Lil Dagover se montre sensuelle et provocante. L'histoire est totalement prévisible; mais, la qualité de l'interprétation, du montage et de la mise en scène en font un film au-dessus de la moyenne. Willy Fritsch se laisse séduire par la femme du général (Lil Dagover) au grand dam d'un violoniste qui la convoitait. Il le dénonce à son mari qui arrive au grand galop pour les surprendre en flagrant délit. Mais, Marika (D. Parlo) qui a tout vu, le sauvera du déshonneur en s'exposant elle-même. Il y a là une formidable séquence où Marika imagine les conséquences pour le lieutenant: une courte séquence en montage rapide qui nous expose ses pensées et sa décision immédiate de se porter à son secours. Encore un très joli film d'Hanns Schwarz.

jeudi 20 janvier 2011

Fine Manners 1926

Un film de Richard Rosson avec Gloria Swanson, Helen Dunbar et George O'Brien

Orchid Murphy (G. Swanson) est chorus girl à Broadway. Elle est chaperonnée par un frère envahissant. Mais, un soir de réveillon, elle rencontre Brian Alden (G. O'Brien) qui est issu de la bonne société de Park Avenue. Il décide de l'épouser, mais, il la confie d'abord à sa tante Agatha (H. Dunbar) pour lui apprendre les bonnes manières...

Dans cette comédie pétillante, Gloria Swanson est une irlandaise pétulante à l'instar de son rôle dans Manhandled (1924, A. Dwan) où elle était une petite vendeuse dans un magasin new-yorkais. Il y a plusieurs Swanson à l'écran: la grande dame parée de costumes exotiques dans les films de DeMille ou la fille du peuple avec son franc parler comme dans Sadie Thompson (1928, R. Walsh). J'ai toujours préféré la deuxième. Le look de Swanson dans ce film est très moderne avec ses cheveux coupés au carré et ses robes de flapper. Et c'est son exubérance qui attire Brian Alden qui ne supporte plus la société guindée qu'il fréquente. Orchid exprime son bonheur en faisant la roue dans sa chambre et n'aime rien mieux que d'aller passer la soirée dans un 'penny arcade' pour voir le cirque de puces. Tout va changer avec les leçons de Tante Agatha qui va faire d'elle une Lady pleine d'assurance et sans expression. Ce snob de Brian en vient à regretter l'ancienne Orchid qui est devenue une fleur blanche et fade. Il s'agit, certes, d'un film centré sur la star Swanson et le réalisateur Richard Rosson (un frère de l'opérateur Harold Rosson) réalise là une comédie de série. Néanmoins, le film contient quelques travellings ébouriffants lors d'un bal masqué. Une charmante comédie grâce à Gloria Swanson.

mercredi 19 janvier 2011

The Hoodlum 1919

Un film de Sidney Franklin avec Mary Pickford, Ralph Lewis et Kenneth Harlan
Amy Burke (M. Pickford) est une jeune fille riche et gâtée de la 5ème Avenue qui vit avec son richissime grand-père (R. Lewis). Mais, un jour, elle décide de suivre son père John Burke, un sociologue qui étudie la vie des gens dans les bas quartiers new-yorkais. Amy se transforme en vrai fille de la rue...
Mary Pickford a tourné de nombreux films avec Sidney Franklin. Celui-ci est une comédie dramatique très bien faite avec une reconstitution en studios hallucinante de vérité des bas quartiers de New-York. Mary se transforme en garçon manqué qui organise des parties de dés endiablés au grand dam du policier local. Dans une séquence qui ressemble à un film de Chaplin, elle se jette dans un toboggan à charbon pour échapper au flic. Mary a très souvent joué sur cette opposition entre les riches et les pauvres comme dans Stella Maris (1918) ou Amarilly of Clothes-Line Alley (1918), deux films de Marshall Neilan. Ici, elle accède à l'univers des immigrants grâce à son père, un sociologue. Le film est d'ailleurs très juste dans sa description de la vie de ceux-ci. Le juif d'Europe Centrale est constamment en train de s'echarper avec son voisin irlandais irascible. On retrouve là tout le monde de ceux qui espèrent réussir aux Etats-Unis. Mais, le film montre que certains n'ont pas tous les mêmes chances. Cette mère malade avec ses nombreux enfants ne pourrait survivre sans la charité offerte in-extremis par le grand-père d'Amy. Néanmoins, le film est moins efficace que les deux sus-mentionnés où Mary Pickford est une fille du peuple avec un talent certain. Cette nouvelle restauration de la Pickford Film Foundation est une pure merveille. Espérons qu'elle sera publié bientôt en DVD chez Milestone Films après une diffusion sur TCM US.

Poor Little Rich Girl 1917

Pauvre Petite Fille Riche
Un film de Maurice Tourneur avec Mary Pickford

Gwendolyn (M. Pickford) est la seule enfant d'un couple de riche New-Yorkais qui la délaisse. La mère est trop occupée par sa vie mondaine et le père par ses actions à Wall Street pour prêter attention à leur fille. Elle passe la journée avec des domestiques peu amènes qui ne l'aime pas. Elle rêve de pouvoir sortir de chez elle et de pouvoir jouer avec les autres enfants du quartier...
Voilà un résumé qui pourrait induire en erreur. Ce film de Maurice Tourneur n'a rien d'un roman de la Comtesse de Ségur. Mary Pickford y joue certes une petite fille de 11 ans avec beaucoup de malice. Mais, nous ne sommes pas face à une histoire à l'eau de rose. Gwendolyn est trimbalée de domestique en précepteur toute la journée et ne rêve que de faire toutes les bêtises de son âge. A peine lui a-t-on mis un vêtement de garçon -pour la punir- qu'elle se lance dans une bataille à coup de boue avec les garnements du coin. Gwendolyn est un garçon manqué qui ne supporte pas les petites filles riches de son milieu qui sont des teignes. Mais, le film prend un tour quasiment phantasmagorique dans la deuxième partie. Alors que Gwendolyn a été droguée par une des domestiques qui voulait sortir, elle se retrouve dans un monde parallèle où tous les personnages de sa vie quotidienne se retrouvent sous un autre masque révélateur. On pourrait presque penser au Magicien d'Oz si l'univers n'en était pas bien plus noir. Gwendolyn est perdue dans un cauchemar où toutes expressions entendues dans la vie de tous les jours prennent une nouvelle dimension. La gouvernante 'à deux visages' a réellement deux faces et le gentil majordome surnommé 'silly ass' devient un âne. Gwendolyn ne comprend pas toutes ces expressions imagées qui deviennent une sorte de Symphony in slang comme le fera Tex Avery. Toutes ces séquences annoncent The Blue Bird (1918) que Maurice Tourneur tournera peu après.
La rencontre finale de Gwendolyn avec la mort, sous la forme d'une femme voilée souriante, montre l'incroyable talent des opérateurs de Maurice Tourneur (J. van den Broek & L. Andriot). Mary Pickford est la formidable interprète de ce film magnifique ainsi que la productrice. Elle est un petit démon qui ne désire qu'une chose: l'amour de ses parents. Un très beau Tourneur qui vient tout juste d'être restauré et devrait bientôt être disponible en DVD chez Milestone Films.

mardi 18 janvier 2011

Napoleon auf St. Helena 1929


Napoléon à Ste Hélène
Un film de Lupu Pick avec Werner Krauss, Albert Bassermann et Philippe Hériat
L'empereur (W. Krauss) déchu est envoyé sur l'Ile de Ste Hélène en compagnie de ses derniers fidèles. Un nouveau gouverneur est nommé, Hudson Lowe (A. Bassermann) qui va lui rendre la vie difficile...

Lorsqu'Abel Gance s'était lancé dans l'écriture du scénario de Napoléon, il avait préparé six parties qui couvrait la vie de l'empereur de son enfance à sa mort. Mais, après avoir englouti un budget conséquent, le tournage se limita à la première partie. En 1928, il vendit au réalisateur et acteur Lupu Pick le scénario de la sixième et dernière partie. Ironiquement, Lupu Pick avait tourné un bout d'essai pour Gance pour le rôle de Napoléon (voir photo ci-dessus), mais n'avait pas été retenu. Mais, ici, le rôle de l'empereur vieilli et malade est tenu par Werner Krauss. Il serait vain de comparer le chef d'oeuvre lyrique de Gance avec ce film nettement plus conventionnel. le réalisateur nous offre ici une sorte de théâtre filmé qui nous fait découvrir le petit monde de Longwood House, l'ancienne ferme où Napoléon et ses proches résident. Dans ce huis-clos, il règne une atmosphère parfois de cour en minuscule entre les deux seules dames de Longwood. Tous les soirs, pour le dîner, tout le monde met sur son plus bel habit et les femmes se parent de leurs plus beaux bijoux, comme si ils étaient encore au Palais des Tuileries. Ce désir de faire comme avant est évidemment compréhensible dans cette île battue par les vents, perdue au milieu de l'Atlantique Sud. Mais, on peut voir, derrière cet apparat de façade, des rats qui courrent sous les meubles. La situation se tend avec l'arrivée d'Hudson Lowe. C'est un gouverneur intransigeant, on pourrait même dire paranoïaque. Il confine Napoléon à l'intérieur de Longwood House avec des soldats devant sa fenêtre. Il lui refuse toute correspondance et lui enlève même le médecin qui le soignait, alors qu'il est gravement malade. Albert Bassermann est un excellent Hudson Lowe. Il secoue frénétiquement un buste du Roi du Rome qu'il suspecte de contenir un message. Face à lui, Werner Krauss est également un Napoléon convaincant. Il est allourdi, malade et mélancolique. Il contemple et étreint le buste de son fils qu'il ne reverra plus. Il essaie de rester digne face aux différentes humiliations concoctées par Hudson Lowe. Philippe Hériat joue avec talent le Général Bertrand qui fait partie du dernier carré des fidèles. (Il faut noter qu'il jouait le rôle de Salicetti, un ennemi mortel de Bonaparte dans Napoléon.) Werner Krauss réussit à rendre émouvante l'agonie de Napoléon entouré de ses derniers fidèles. Cinématographiquement parlant, ce film est terriblement statique et décoré d'une multitude de cartons avec des citations historiques. Il bénéficie de quelques extérieurs tournés sur l'Ile de Ste Hélène; mais presque tout le film a été tourné en studio. Somme toute, on prend un certain plaisir à cette reconstitution historique grâce au jeu des acteurs.

lundi 17 janvier 2011

The Ring 1927

Un film d'Alfred Hitchcock avec Lilian Hall-Davis, Carl Brisson et Ian Hunter

Jack Sander (C. Brisson) est boxeur pour une attraction sur un champ de foire. Un jour, il est repéré par le manager de Bob Corby (I. Hunter). Jack devient son entraineur. Mais, Bob s'intéresse un peut trop à sa femme (L. Hall-Davis)...
Pour ce film, Hitchcock combine le film de boxe et une histoire de jalousie. Certes le sujet est assez banal, mais il y a ajoute des petites touches qui rendent le tout intéressant. Lors de la première rencontre entre Bob Corby et la fiancée de Jack, il lui offre un bracelet en forme de serpent. Ce bracelet va réapparaître dans de nombreuses scènes comme le 'corps du délit' et augmenter la jalousie de Jack plus que ne le ferait un long discours. On ne peut que louer les trois interprètes principaux dans leur rôles respectifs. Le film se termine par un long match de boxe entre les deux hommes dans le gigantesque Royal Albert Hall. Ce combat a pour but la 'possession' de Lilian Hall-Davis. Dans l'ensemble, c'est un film tout à fait intéressant, même s'il ne fait pas partie des meilleurs de Sir Alfred. Maintenant, il faut que je mentionne la qualité désastreuse de la copie présentée par la Cinémathèque lors de cette projection avec un pianiste. C'était un contretype français (16 mm) extrêmement abimé et granuleux. Il est incompréhensible que ce film ait été présenté dans des conditions aussi lamentables d'autant plus qu'il existe une copie 35mm au National Film Archive de Londres. Je ne vois pas l'intérêt d'engager un pianiste pour accompagner un film quand la copie est aussi laide. Un petit mot sur le pianiste Mathieu Régnault que j'ai déjà entendu plusieurs fois. Il a du talent et a de bonnes intuitions; mais, il fait par moment des longues pauses, qui n'ont pas lieu d'être, au beau milieu de certaines scènes.

The Farmer's Wife 1928

Un film d'Alfred Hitchcock avec Lilian Hall-Davis et Jameson Thomas

Cette charmante comédie sur un fermier veuf qui cherche une nouvelle épouse a énormément de charme. Tout d'abord, le film nous permet de découvrir la vie de la bourgeoisie terrienne anglaise. Il y a toute une atmosphère parfaitement reconstituée avec d'excellents acteurs dans les seconds rôles. De ce point de vue, la 'tea party' est un grand moment de rire avec ses vieilles dames excentriques, l'homme à tout faire qui fait des gaffes, et autres joyeusetés. Ce fermier ne réalise même pas qu'il a la femme idéale sous son nez. Lilian Hall-Davis réussit à apporter un élément humain et émouvant en gouvernante discrète qui devine le moindre désir de son patron. Un film absolument charmant. Il a aussi été présenté en copie numérique (de bonne qualité) avec une bande-son au piano.

Blackmail 1929

Chantage
Un film d'Alfred Hitchcock avec avec Anny Ondra, Donald Calthrop, John Longden, Cyril Ritchard

Alice White (A. Ondra) renvoit son fiancé policier (J. Longden) pour suivre un artiste peintre (C. Ritchard) dans son studio. Il tente de la violer et elle le tue...

Blackmail fut le dernier film muet d'Alfred Hitchcock. Mais, il décida d'en retourner une version entièrement parlante suite aux demandes des producteurs. A l'origine, on ne lui avait demandé de sonoriser qu'une seule bobine, mais il décida -sans rien leur dire- de refaire tout le film en version parlante. La cinémathèque a projeté la version muette du film avec un excellent accompagnement au piano de Jacques Cambra. La tchèque Anny Ondra qui semble une jeune fille assez sage, flirtant avec plusieurs homme, se transforme en meurtrière l'espace d'un instant. Elle s'empare d'un simple couteau à pain et tue l'artiste qui voulait la violer. Le spectateur ne voit rien du meurtre qui se déroule derrière un rideau. (voir extrait ci-dessous) Le film entier baigne dans une atmosphère germanique expressionniste qui n'a rien d'étonnant vu que Hitchcock a été formé dans les studios allemands avant de revenir travailler en Grande-Bretagne. Sous sa forme muette, le film est un des meilleurs exemples de la fluidité d'exécution du cinéma muet à son apogée. la qualité du montage et des mouvements d'appareils donne au film son rythme plein de suspense. Je n'ai vu que des extraits de la version parlante qui montre qu'Hitchcock avait modifié son plan de travail pour mettre l'accent sur le son. Je pense en particulier à la scène du petit déjeuner où Alice White (A. Ondra) est terrifiée par le couteau à pain. Dans la version muette, sa main avance doucement vers le couteau projetant une ombre alors que dans le version parlante, c'est la voix de la voisine qui répète constamment 'knife' (couteau) qui la terrorise. Ondra est très bonne dans cette version muette ainsi que Donald Calthrop en maître-chanteur. Espérons que cette version muette sera un jour éditée en DVD avec la belle partition orchestrale de Neil Brand dont vous pouvez voir un extrait ici.

Dans le documentaire Cinema Europe (1996), on peut voir un petit film amateur tourné par Ronald Neame sur le tournage du film où Sir Alfred s'amuse à trousser le tutu d'Anny Ondra et un moment encore plus drôle où il fait un bout d'essai sonore en disant les pires horreurs à Anny Ondra ("You've been a naughty girl. Have you slept with the director?") qui éclate de rire. Sir Alfred adorait les blagues.

While The City Sleeps 1928

Un film de Jack Conway avec Lon Chaney, Anita Page et Mae Bush

Dan Coghlan (L. Chaney) est policier à la brigade criminelle. Il essaie de coincer Eddie 'Mile-Away' (W. Oakman) depuis longtemps. Il s'occupe aussi paternellement de Myrtle Sullivan (A. Page) bien qu'il ressente pour elle des sentiments qui n'ont rien de paternels...

Avec ce film, la MGM produit un film de gangsters, un genre en vogue suite au succès d'Underworld (1927) de Josef von Sternberg. Il s'agit aussi d'un 'star vehicle' pour Lon Chaney. Pour ce rôle de flic de base, il renonce à tout maquillage ou infirmité. Et c'est là le meilleur argument du film. En Dan Coghlan, il projette à l'écran le profil parfait du flic mal payé, fatigué par les blagues des gratte-papiers qui hantent les postes de police. On le voit rentrer le soir, épuisé, vers son appartement en grand désordre. Bien avant les nombreux films sur les flics qui fleuriront dans les années 40 et 50, Chaney est un flic solitaire, violent et légèrement asocial. La jeune Anita Page est un beau brin de fille qui intéresse le gangster. Mais, Chaney, secrètement amoureux d'elle, tente de la préserver de la mauvaise vie qui la guette. Les scènes entre Page et Chaney sont une grande réussite, essentiellement grace au jeu tout en nuances de Chaney. Pour ce qui est de l'action, le film est évidemment largement en-dessous du chef d'oeuvre de Sternberg et même de The Racket (1928, L. Milestone) qui est plus réussi visuellement. Il y a cependant quelques très bonnes scènes de fusillade sur un toit de Los Angeles entre Chaney et le gangster. Le film n'est pas totalement complet dû à la décomposition, mais la narration reste totalement intelligible. Conway réalise là un film de série avec quelques emprunts à Sternberg (comme la scène du crachoir et la fusillade finale). Sympathique et à voir pour Chaney.

mercredi 12 janvier 2011

Ivor Novello (1893-1951)

Que reste-t-il de ce gallois qui fut l'idole des Britanniques durant plusieurs décennies ? Peu de choses à vrai dire. Il suffit d'ouvrir The Encyclopedia of British Films et de lire sa notice biographique pour être fixé. Il se fait descendre par un Noël Coward, jaloux de son succès, avec cette remarque assassine: "Devant la caméra, son visage prend une expression figée, ses yeux se prennent d'une mélancolie trompeuse et fréquemment quelque chose d'épouvantable se produit au niveau de sa bouche." Après avoir vu sept films avec cet acteur, je ne peux que constater la mauvaise foi du grand Noël. Il n'est pas le seul à enfoncer Ivor Novello qui est souvent victime des critiques. Il faut dire que sa beauté physique et son profile parfait en font une cible de choix. Il est bien trop beau pour avoir le moindre talent, comme dit l'adage. Néanmoins, celui qui joua pour D.W. Griffith et pour Alfred Hitchcock devait certainement avoir suffisamment de qualités pour travailler avec de tels metteurs en scène. De nos jours, on remet en Grande-Bretagne, les 'Ivor Novello Awards' pour les meilleurs musiciens de l'année. Et en 2001, il réapparaît sous les traits de Jeremy Northam dans Gosford Park de Robert Altman pour un hommage sympathique.



Mais revenons au début. Ivor Novello fut d'abord une star des planches britanniques quelques années avant Noël Coward dans un registre assez similaire: il fut acteur, auteur, chanteur et compositeur. Certaines de ses chansons furent d'immenses succès durant les deux guerres. Mais, c'est dans le registre dramatique qu'il passe à l'écran. En 1923, un D.W. Griffith qui est déjà sur la pente descendante, l'embauche pour The White Rose. Le scénario mélodramatique combine bizarrement Way Down East et The Scarlet Letter. Ivor est un jeune pasteur qui séduit et abandonne une jeune serveuse (Mae Marsh) car il la croit volage. La malheureuse abandonnée se retrouve fille-mère par ses soins. Tel le Dimmesdale de Scarlet Letter, Joseph (I. Novello) se repend et l'épouse, pour un happy-end inattendu. Ivor se voit confier un rôle fort complexe d'homme d'église qui prêche la vertu tout en pratiquant lui-même le péché. Sa silhouette élancée et distinguée fait tâche dans l'univers américain de la Louisiane. Il y a une réserve toute britannique qui le différencie immédiatement de l'autre jeune premier américain du film Neil Hamilton. Las, le film ne fut pas un succès. Il faut dire que l'intrigue mélo tombe à plat dans les années du 'jazz-age'.

De retour en Grande-Bretagne, il devient The Rat (1925, Graham Cutts), un 'apache' des bas-fonds parisiens. Il faut noter qu'il est l'auteur de la pièce dont est tirée le film. Dans les milieux interlopes parisiens, il navigue avec facilité entre le bouge 'White Coffin' et les salons chics de Zélie de Chaumet (Isabel Jeans), une dame du beau monde qui veut s'encanailler. Il faut remarquer qu'il n'a pas osé situé l'action à Londres. Il est plus facile de parler des classes sociales en situant l'intrigue à Paris. Le film contient une scène de danse chez les apaches qui se veut une version anglaise du tango de Valentino dans The Four Horsemen of the Apocalypse (1920, R. Ingram). Ivor y montre ses qualités de danseur. Le personnage fonctionne auprès du public et le 'rat' réapparaît dans The Triumph of the Rat (1926, G. Cutts). Il est de nouveau victime de Zélie (I. Jeans) qui veut l'humilier. Elle le fait descendre de son piedestal dans la bonne société avant de même le décribiliser parmi les apaches. C'est un thème récurrent dans les scénarios de Novello. Il est souvent balloté entre deux mondes: les oisifs riches et odieux et de l'autre les bas-fonds criminels mais avec une certaine morale. Novello joue la dégradation physique et morale d'une manière tout à fait crédible. La fin du film reste en suspens. Et il revient pour la dernière fois dans The Return of the Rat (1929, G. Cutts) où il est partagé entre Zélie devenue son épouse (mais toujours aussi fourbe) et Lisette (Mabel Poulton). Il faut d'ailleurs saluer le travail de Graham Cutts qui a réalisé les trois films: ils sont fluides, bien montés et de bonne facture.

L'autre grande étape de sa carrière sont les deux films d'Alfred Hitchcock: The Lodger (1926) et Downhill (1927). Basés tous deux sur des scénarios de Novello, ils exploitent son image publique avec intelligence. Dans le premier, il est un mystérieux locataire qui vient débarque dans une pension de famille, non loin du lieu de crimes. Est-il le tueur ? Prédatant Cary Grant dans Suspicion, sa séduction et son charme semble contredire les soupçons. Innocenté, il manque de se faire lyncher par une foule déchaînée dans l'une des scènes les plus fortes du film. Dans Downhill, le rôle du jeune étudiant d'Oxford -issu de la haute bourgeoisie- faussement accusé et renvoyé lui va comme un gant. Il devient successivement figurant, danseur mondain puis clochard pour une descente aux enfers savamment orchestrée par Hitchcock. J'ai eu la chance de voir le rare The Constant Nymph (1928, A. Brunel) où il est parfait en compositeur bohème amoureux de l'adolescente Mabel Poulton. Ce film le montre au sommet de sa popularité. On peut même apercevoir une affiche du film dans Blackmail (1929) de Hitchcock.


Avec ses limitations, Ivor Novello était une figure marquante du cinéma muet britannique. Ses traits réguliers, ses cheveux noirs et son regard mélancholique font partie de l'histoire de ce cinéma autant que d'autres grands acteurs britanniques plus tardifs. Il mérite amplement d'être redécouvert dans sa diversité.