mardi 29 mars 2011

The Blot 1921


Un film de Lois Weber avec Claire Windsor, Louis Calhern, Philip Hubbard, Margaret McWade

Le Professeur Griggs (P. Hubbard) enseigne dans une université pour un maigre salaire. Son épouse (M. McWade) a de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Leur fille Amelia (C. Windsor) travaille comme bibliothécaire. Un des étudiants du professeur, Phil West (L. Calhern), issue d'une riche famille, s'intéresse à elle...

Lois Weber fut une pionnière importante du cinéma américain dans les années 10. Elle signait souvent le scénario de ses films et elle les produisait également. Elle s'intéressait souvent à des sujets difficiles tels que l'avortement dans Where Are My Children? (1916) ou l'hypocrisie des 'bons paroissiens' dans Hypocrites (1915). Avec The Blot, elle nous plonge dans l'univers d'une université américaine des années 20. Le film regarde la vie des gens ordinaires comme le fera Vidor avec The Crowd (1928). Renonçant à un tournage en studio, tout le film est tourné dans de véritables habitations de l'époque sans avoir recours à un 'art director.' Nous entrons donc de plein pied dans la vie de la famille Griggs, fière mais désargentée. Par petites touches, comme le fait William de Mille dans Miss Lulu Bett (1921), nous découvrons le calvaire de Mme Griggs qui n'arrive pas à faire vivre et à nourrir convenablement la famille. Avec quelques plans, tout est suggéré : le tapis part en lambeaux, les chaussures sont éculées et le mobilier est usé jusqu'à la corde. On nous montre le décalage entre la vie riche et bourgeoise de Phil West (un tout jeune et mince Louis Calhern) qui se régale de mets recherchés pendant que sa petite amie Amelia (C. Windsor) meurt littéralement de faim. Le message du film est sans ambiguïtés: le riche bottier, voisin des Griggs, vit dans l'opulence pendant qu'un professeur d'université reçoit un salaire de misère. L'optimisme du final ne m'a pas semblé très crédible (Phil West convainc son père d'augmenter les salaires des professeurs). Mais, le film est une vraie réussite dans sa construction narrative et par son aspect documentaire. Il faut aussi mentionner les excellents acteurs: Margaret McWade en mère de famille, Claire Windsor et Louis Calhern que l'on découvre à l'aube de sa carrière. Un film tout à fait intéressant sur la vie des années 20. Le film est disponible en DVD aux USA.

dimanche 27 mars 2011

East Lynne 1931

Un film de Frank Lloyd avec Ann Harding, Conrad Nagel, Clive Brook et Cecilia Loftus


En Angleterre, dans les années 1860, Lady Isabel (A. Harding) épouse Robert Carlyle (C. Nagel). Son mariage d'amour devient rapidement un enfer dans le domaine d'East Lynne où elle est constamment tenue à l'écart par sa belle-soeur, la terrible Cornelia (C. Loftus). Accusée injustement d'adultère par celle-ci, elle quitte son époux et est forcée de laisser son enfant derrière elle. Des années d'exil commencent...

Cette majestueuse production Fox est une adaptation d'un roman victorien d'Ellen Wood. Le film - qui était déjà la Nième version cinématographique de ce roman - fut un gros succès auprès du public et fut même nominé aux Oscars en 1931 dans la catégorie 'meilleur film.' La Fox engagea de grosses dépenses pour donner au film toutes les 'production values' possibles et elle se fait prêter Ann Harding par Pathé à grands frais. On est, de nos jours, vraiment étonné du standing d'un Frank Lloyd à cette époque. Ses films étaient régulièrement nominés aux Oscars alors que son style visuel n'avait rien de remarquable si on le compare à nombres de ses confrères à l'époque. Si cette production présente un intérêt, c'est essentiellement dû à la présence d'Ann Harding dans le rôle principal. Le sujet de ce mélodrame devait déjà être assez poussiéreux en 1931, mais le charme a opéré auprès du public.

L'héroïne se débat vaillamment dans un monde fait et dirigé par les hommes. La douce Lady Isabel est une victime de cette société patriarcale profondément injuste qui ne donne strictement aucun droit à une femme. Elle est une épouse et une mère. Mais, elle est totalement sous la coupe de son mari froid et absent quand elle n'est pas malmenée par sa détestable belle-soeur qui dirige le domaine d'une main de fer. Accusée à tord, elle ne peut que partir et renoncer à son enfant. En route pour un exil vers Calais, elle rencontre William Levison (Clive Brook) et décide de le suivre. Ils vivent ensemble -hors des liens du mariage- à Vienne, puis à Paris. Ils sont constamment poursuivis par les commérages et elle par l'épouvantable culpabilité d'avoir abandonné son fils. Les événement historiques les rattrapent dans le Paris assiégé et affamé de 1870. Le final est au diapason avec le suicide de l'héroïne après avoir revu une dernière fois son fils.

Avec un rôle aussi chargé et mélodramatique, Ann Harding a fort à faire pour rendre son personnage crédible. Elle y parvient néanmoins, particulièrement durant la scène où elle explose littéralement face à son mari et sa soeur. Elle parvient enfin à exprimer la boule de frustrations et d'humiliations qu'elle a subie. Laissant libre court à son exaspération, elle dit tout sans ambages. Elle le paiera cher, mais, elle ne recule pas. Face à elle, Conrad Nagel est raide comme un piquet et aussi expressif qu'une bûche. Cecilia Loftus est plus subtile en soeur machiavélique. Quant à Clive Brook, qui est souvent fort raide, il se montre finalement plutôt intéressant en amant de la belle. Ce diplomate déchu -qui est en partie responsable de la déchéance d'Isabel- donne une enveloppe consistante à cet homme égoïste qui ne comprend pas vraiment son sacrifice. La mise en scène de Lloyd est assez académique avec cependant quelques travellings bien venus. Il a pourtant à sa disposition des moyens importants comme pour la reconstitution du Paris de 1870 bombardé par les Prussiens. Le film peut se voir comme un mélo traditionnel de cette époque où le Hollywood des années 30 adorait les romans anglais victoriens.

vendredi 25 mars 2011

Smouldering Fires 1924

La Femme de Quarante Ans

Un film de Clarence Brown avec Pauline Frederick, Laura La Plante, Malcolm McGregor et Tully Marshall
Jane Vale (P. Frederick) dirige une entreprise de confection d'une main de fer. Tous ses employés sont terrorisés et n'osent pas critiquer sa gestion. Mais, Robert Elliott (M. McGregor) ose proposer des changements. Jane tombe amoureuse de lui...

Ce film de Clarence Brown, réalisé pour la Universal, a pour personnage principal une femme d'affaires. Brown montre déjà sa capacité remarquable à la direction d'actrices, et ce bien avant de diriger Garbo. Pauline Frederick est absolument splendide dans le rôle principal. En 1924, elle était aussi à l'affiche d'un Lubitsch remarquable, Three Women (1924). Elle nous apparaît d'abord assez masculine: costume, fine cravate et cheveux plaqués. Lors d'une réunion au sein de l'entreprise, on voit la terreur qu'elle y fait règner. Seul, Scotty (Tully Marshall) est de taille à lui répondre car il est là depuis longtemps. Il est une sorte d'éminence grise, devinant les désirs de sa patronne avant qu'elle les formule. Cela donne lieu d'ailleurs à un petit jeu fort amusant : elle empoche systématiquement tous les crayons que lui tend Scotty pour signer. En quelques plans, nous avons fait connaissance avec les personnages. La très froide Jane Vale va s'adoucir soudain face à son jeune employé, Robert Elliott (Malcolm McGregor). Elle redevient féminine et souhaite lui plaire. Celui-ci n'a même pas remarqué l'attraction que sa patronne ressent pour lui. Il pense que sa soudaine promotion est due à son talent. Et c'est là que la mise en scène de Brown est en tous points remarquables. Les différentes aspirations des personnages se reflètent dans leurs regards sans que ceux-ci se croisent. Ils regardent tous dans une direction opposée, absorbés par leur propre désir. Jane rêve d'épouser ce jeune homme qui lui a fait retrouver sa part de féminité ; Robert, heureux de sa promotion, ne réalise d'abord pas l'amour de Jane. Et un troisième personnage va compliquer la situation. La jeune soeur de Jane, Dorothy (L. La Plante) va être d'abord choquée par ce mariage étrange entre cet homme d'une vingtaine d'année avec sa soeur de quarante ans. Mais, rapidement, elle est attirée par lui. Contrairement à ce qu'ont pourrait attendre dans un mélodrame classique, aucun des personnages ne souhaite faire du mal aux autres. Ils vont donc dissimuler cette attraction pour ne pas nuire à Jane. Et, à nouveau, c'est pas un regard que Jane va découvrir la vérité. Elle surprend le visage de sa soeur dans le reflet d'une fenêtre. Elle comprend alors combien elle s'est méprise. Le film se termine en douceur avec Jane qui fait preuve d'une abnégation superbe en redonnant sa liberté à son mari par un mensonge. Clarence Brown réalise là un petit bijou qui réussit à combiner l'aspect social (la vie au sein de l'entreprise), les désirs d'une femme qui a perdu sa jeunesse et l'humour. La structure du film est absolument parfaite sans une once de 'gras'. Le jeu des teintages nous rend les différentes émotions qui étreignent Jane, passant du bonheur à la désillusion. C'est sans conteste un des plus portraits de femme du cinéma des années 20. Le film est disponible chez Sunrise Silents.

mercredi 16 mars 2011

La Merveilleuse Vie de Jeanne d'Arc 1929

Un film de Marco de Gastyne avec Simone Genevois,Gaston Modot, Philippe Hériat et Jean Debucourt
La vie de Jeanne d'Arc de son adolescence à Domrémy jusqu'au bûcher à Rouen.

Ce film à grand spectacle a été tourné en même temps que La Passion de Jeanne d'Arc (1928) de Dreyer. De nos jours, le film de Dreyer est un grand classique indétrônable et le film de Gastyne, un oublié de l'histoire du cinéma. Et c'est bien dommage. Il serait vain de comparer les deux films car Dreyer réalise une oeuvre intime et entièrement en studio. Il se concentre sur le procès et la mort de Jeanne alors que celui-ci déroule la vie de Jeanne de Domrémy à sa mort. En 1927, lorsqu'on commence le tournage du film, le cinéma français essaie de son mieux de concurencer le cinéma américain en produisant des films que l'on nommerait de nos jours des super-productions. Abel Gance tourne Napoléon, Gaston Ravel Madame Récamier et Raymond Bernard Le Joueur d'Echecs. Jeanne d'Arc est évidemment un personnage à part dans l'histoire de France. On a toujours essayé de récupérer son image à des fins politiques (il en est encore ainsi de nos jours). Les intertitres de ce film sont sans ambiguité: il s'agit d'un 'film national' qui est là pour exalter les sentiments patriotiques. Le film commence par une citation de Michelet exaltant la 'France éternelle'.
Heureusement, le film dépasse largement le simple message patriotique. Pour le rôle principal, une jeune fille de 16 ans a été sélectionnée parmi plus de 1000 candidates: Simone Genevois. Elle n'était pas une débutante au cinéma. Elle avait déjà joué enfant avec Ivan Mosjoukine dans La Maison du Mystère (1922, A. Volkoff) et elle était l'adolescente Pauline Bonaparte dans Napoléon (1927, A. Gance). Elle doit endosser les différentes personalités de Jeanne: simple paysanne pieds nus, jeune femme habillée en homme rencontrant le Dauphin, guerrière revêtue d'une cuirasse, prisonnière des anglais et finalement supliciée sur le bûcher. Voilà un rôle qui demande beaucoup de travail de la part de son interprète! Simone Genevois, certainement très bien dirigée par le metteur en scène, se montre à la hauteur du challenge. On croit de bout en bout à sa Jeanne. Elle a la jeunesse pour elle, l'innocence, le naturel et même l'humour lorsqu'il le faut.
Autour d'elle, s'agitent de nombreux personnages tels que le très indécis Charles VII (excellemment interprété par Jean Debucourt) et le dangereux Gilles de Rais (Philippe Hériat à l'allure impériale). Chaque personnage secondaire a été choisi avec soin, de même que les figurants qui offrent des trognes dignes de Bruegel. Le film se décline en deux parties. La première montre Jeanne recevant le 'message de Dieu' et partant rejoindre le Dauphin suivi du siège d'Orléans. La deuxième partie est consacrée à son emprisonnement, son procès et sa mort. Il faut préciser que ce film était à l'origine beaucoup plus long que la copie actuelle (un bon tiers est encore manquant). On sent particulièrement les manques dans la première partie du film qui contient de nombreux fragments issus d'une copie 17,5 mm (Pathé rural). Il en résulte parfois une impression de vide pour certains personnages qui sont peu détaillés. Néanmoins, le film conserve son ampleur grâce à des scènes de bataille spectaculaires avec de nombreux figurants. Le réalisateur a eu la bonne idée de choisir de filmer à Reims, Carcassonne, Pierrefonds, Aigues-Mortes et au Mont-Saint-Michel (pour le procès). En combinant ces différents lieux, il réussit à recréer un moyen-âge tout à fait crédible.
Le procès final est également une grande réussite avec une Jeanne fragile, mais qui répond intelligemment aux questions tordues de ses juges. Puis, la scène finale sur le bûcher donne véritablement froid dans le dos dans son dépouillement. Pour un tel film, il faudrait une partition orchestrale de premier ordre. Une projection en silence réduit singulièrement l'impact des grandes scènes de bataille. Le film avait été diffusé par le passé avec un accompagnement musical au synthétiseur qui était une première tentative de lui rendre la couleur qu'il mérite. On espère qu'un jour ce film trouvera le chemin du DVD.

mardi 15 mars 2011

Thomas Graals bästa barn 1918

Leur premier né

Un film de Mauritz Stiller avec Victor Sjöström et Karin Molander

Thomas Graal (S. Sjöström) épouse enfin Bessie (K. Molander). Mais, immédiatement après la cérémonie, ils se disputent sur le sexe et le nom de leur futur enfant et font chambre à part...

Thomas Graals bästa film a été immédiatement suivi par ce Thomas Graals bästa barn qui montre l'évolution du couple Thomas-Bessie. Les jeunes époux se révèlent tous deux immatures face à leur nouvelle vie. Ils se disputent pour des fadaises. Puis, devenus jeunes parents, les conflits sont nombreux sur leur idée de l'éducation d'un bébé. Les personnages sont totalement modernes et pourraient figurer dans une comédie contemporaine. La mère insiste sur une hygiène maniaque et le père essaie vainement de s'approprier l'enfant, sans succès. Alors qu'il aime jouer avec lui comme le ferait un autre enfant, son épouse insiste pour lui jouer les sonates de Beethoven ce qui provoque les hurlements du bébé. Puis, insidieusement, le mari -toujours assez immature- se sent rejeté dans cette relation mère-enfant dont il se sent exclu. Les choses empirent lorsque Bessie décide de porter des vêtements dépourvus de la moindre élégance avec des chaussures style sandalettes. Elle semble pratiquer un style 'hippie' des années 10, inspiré (dit-elle) par Isadora Duncan. La dernière étape montre leur réconciliation après qu'il lui ait fait comprendre, indirectement, qu'il regrettait la première Bessie, très élégante. Victor Sjöström est absolument formidable en Thomas Graal. Son enthousiasme, son charisme en font un des plus grands comédiens du cinéma muet. Un pur chef d'oeuvre de l'histoire du cinéma.

Thomas Graals bästa film 1917


Le Meilleur Film de Thomas Graal
Un film de Mauritz Stiller avec Victor Sjöström et Karin Molander


Thomas Graal (S. Sjöström) est un scénariste en panne d'inspiration. Il est amoureux de sa secrétaire Bessie Douglas (K. Mollander). Il décide d'imaginer une histoire basée sur sa rencontre avec elle...

Dans les années 10, le cinéma suédois est l'un des premiers du monde. Avec les réalisateurs Mauritz Stiller et Victor Sjöström, Svenska Bio produit des films déjà incroyablement sophistiqués dans leur scénarios, l'utilisation des décors naturels et la fluidité narrative. Alors que Sjöström en tant que réalisateur se concentre sur le drame, Stiller lui développe la comédie. Pour ce film, il utilise Sjöström comme acteur comique. Son interprétation de Thomas Graal, cet adolescent attardé, est une petite merveille de timing, de subtilité et de charme. Ses jeux de physionomie sont toujours parfaitement en place, montrant un élan et un entrain communicatif. Il n'est pas à proprement parler dans le burlesque, mais plus dans la comédie sophistiquée telle qu'elle existera dans les années 30 aux USA, une sorte de Cary Grant avant l'heure. Le sujet du film est l'occasion d'une mise-en-abîme particulièrement riche et passionnante. Graal utilise des éléments de sa propre vie qu'il transforme à dessein pour écrire un mélo parfois proche du ridicule. A chaque étape, nous visualisons ses idées basées également, pour une part, sur les mensonges de Bessie. Elle lui a raconté être issue du peuple avec un père alcoolique, alors qu'elle est en fait issue de la meilleure société. Karin Molander est parfaite en jeune fille capricieuse qui veut sortir de son milieu. Elle était alors l'épouse de Gustaf Molander, le scénariste du film. On peut penser que leur propre vie conjugale a pu lui servir ! Une petite merveille.

jeudi 10 mars 2011

Blue Blazes Rawden 1918


L'Homme aux Yeux Clairs

Un film de Wm S. Hart avec William S. Hart, Maude George, Robert McKim et Gertrude Claire

Blue Blazes Rawden (Wm S. Hart) est bûcheron dans le Grand Nord. Lors d'une virée dans un saloon, il se bat contre 'Ladyfingers' Hildgard (R. McKim) et le tue par accident. Il hérite de son saloon et de sa maîtresse, une indienne (M. George)...

Nous quittons, pour une fois, le monde des cow-boys pour celui des bûcherons. Ce western se déroule presque entièrement dans un saloon après un début dans les forêts de séquoia carliforniennes. Nous avons droit à un duel au revolver dans l'obscurité avec Bill Hart et Robert McKim. Malheureusement, la copie que j'ai vue était réellement très médiocre et délavée, ne rendant absolument pas justice à la photo de Joseph August. Contrairement à bien d'autres films de Hart, l'héroine n'est pas ici la jeune et traitresse Babette (Maude George), mais la vieille maman du défun Hildgard. La vétérante Gertrude Claire est cette vieille dame très digne qui ignore tout du passé de son fils. Bill Hart est tellement ému par cette dame qu'il décide de lui cacher la vérité. Et c'est l'affection quasi-filiale qu'il ressent pour elle qui va le décider à partir loin pour mourir sur la piste solitaire. Par moment, Hart sort de sa réserve et a tendance à surjouer légèrement son mauvais garçon. Mais, malgré tout, le film tient parfaitement la route. Mais, quelle détestable copie....

The Silent Man 1917


Le Droit d'Asile
Un film de Wm S. Hart avec avec William S. Hart, Vola Vale et Robert McKim

'Silent' Budd Marr (Wm S. Hart) est chercheur d'or. Il a trouvé un bon filon dans la montagne et redescent en ville pour faire enregistrer sa concession. Mais, un escroc 'Handsome' Jack Pressley (R. McKim) lui vole celle-ci...

Cette fois-ci William S. Hart est chercheur d'or. Il a décidément exploré tous les personnages de l'Ouest sauvage ! Lui qui est honnête et confiant se fait voler le fruit de son travail par un escroc qui a la haute main sur la ville champignon qui porte le nom évocateur de Bakeoven. Lors d'une partie de poker truquée, il se fait voler tout son or et son argent. La séquence est superbement menée avec Hart qui remarque les signes que fait une entraineuse du saloon à son complice: son image se reflète dans la lampe de cuivre qui pend au plafond. Ayant tout perdu, il devient bandit et attaque la diligence pour recouvrer son or. Ce faisant, il tente de tuer le malfaisant Jack Pressley. Mais, il en est empêché par la jeune épouse innocente de Jack (une jeune et jolie Vola Vale qui fait penser à Lillian Gish). Les rapports entre les deux personnages vont évoluer lorsqu'il lui révèle l'imposture dont elle est victime : Jack est bigame et un voleur. Bill Hart aura bien du mal à prouver sa bonne foi face à un Robert McKim retord et sournois qui va même jusqu'à brûler une église (rappel en mineur de Hell's Hinges de 1916). Comme toujours, la mise en scène est au cordeau et William S. Hart charismatique à souhait.

The Goose Woman 1925

Déchéance
Un film de Clarence Brown avec Louise Dresser, Jack Pickford et Constance Bennett

Marie de Nardi (L. Dresser) vit dans un taudis en élevant des oies. Elle fût autrefois une cantatrice célèbre et reconnue. Un soir, un crime est commis près de chez elle. Elle décide d'aider la police. Mais, son témoignage fait de son fils Gerald (J. Pickford) le suspect numéro un...

Clarence Brown avait travaillé comme assistant de Maurice Tourneur avant de devenir réalisateur à par entière. Ce film réalisé pour la Universal montre l'influence de son mentor par la précision de la composition picturale des images et le sens du récit. Louise Dresser, dans la rôle principal, n'est plus qu'une épave humaine qui noie son désespoir dans le gin. Elle, qui était une artiste réputée, a sombré après avoir donné naissance à son fils. Sa voix a été détruite. Les rapports entre cette femme et son fils sont faits de rancoeurs et de ressentiments. Face à elle, Jack Pickford donne une vraie épaisseur humaine à ce garçon fragile et sentimental. Il essaie tant bien que mal de sortir sa mère de cette cabane sordide où elle croupit, en vain. Finalement, c'est le désir de notoriété qui va la pousser à sortir de son taudis. Lorsqu'un juge lui fait miroiter la possibilité de faire la une des journaux, elle décide de faire un témoignage. Elle est prête à mentir pour être à nouveau considérer comme un être humain et non plus un objet de dérision. La construction du film -qui annonce le film noir par certains aspects- est remarquable. Brown nous apprend toutes sortes de détails grâce aux images en évitant les cartons. Par exemple, Louise Dresser touche la surface de la carte de visite du juge et remarque que les caractères sont en relief - le signe, pour elle, de son importance - contrairement au policier qui n'a qu'un bristol ordinaire. Le récit se fait à coup de flash-backs qui vont nous révéler peu à peu les circonstances du crime. Un homme a été tué avec un révolver devant son portail. Mais, au début, nous ne savons rien de lui, ni du motif du crime. Mais, ce crime n'a finalement que peu d'importance car il n'est là qu'un catalyseur de la transformation de Marie de Nardi. Il va lui permettre de retrouver visage humain et de l'affection pour son fils. Brown a donné à son film une belle authenticité avec pour décor une vieille cabane qu'il avait réussi à trouver et fait déplacer en studios. Le film offre aussi une vision des coulisses d'un théâtre lorsque Jack Pickford va retrouver sa petite amie actrice (jouée par Constance Bennett). Nous assistons amusés aux performances du bruiteur alors que les acteurs s'agitent en scène. Puis, la scène de l'interrogatoire au poste de police est superbement rythmée par des inserts: robinet qui coule, pièces de monnaie qui s'entrechoquent et agent se limant les ongles. Le malaise de Jack Pickford va grandissant avec tous ces bruits parasites. Le film contient un humour bienvenu dans cette histoire très noire qui pourrait tourner au mélo. On voit, par exemple, le policier incommodé par la puanteur de la cabane, ouvrir la fenêtre pour avoir un peu d'air frais. Mais, c'est l'odeur du lisier des porcs qui vient lui frapper les narines. De plus, la cinématographie est superbe avec toutes les ombres et lumières requises. Le film vient de faire l'objet d'une restauration par la UCLA Film and TV Archive. Espérons qu'il sera édité en DVD rapidement.

mardi 8 mars 2011

La Dentellière 1912

Un film de Léonce Perret avec Suzanne Grandais et Emile Keppens

La dentellière Yolande Wouvermann (S. Grandais) voudrait épouser Peter Claes. Mais, le père de celui-ci réclame une dot de 5000 florins qu'elle n'a pas. Elle se présente à un concours de dentelle, espérant gagner le premier prix...

La Dentellière est certainement un des plus beaux courts-métrages de Perret. Dans le rôle principal, Suzanne Grandais est une délicieuse petite hollandaise revêtue d'une coiffe de dentelle. Le personnage apparemment impressionna tant Mary Pickford qu'elle demanda aussi à jouer une hollandaise. Mais, au-delà, de cet aspect folklorique, le film est une lumineuse recréation d'une Hollande picturale. Dans des intérieurs, en clair-obscur, qui font penser à Vermeer et à Rembrandt, Suzanne se lève au milieu de la nuit pour voir se former sur la vitre les critaux de glace. Ils forment -miraculeusement- un motif de dentelles qu'elle cherchait vainement pour son concours. Une petite merveille de grâce et de poésie !

La Petite Béarnaise 1911

Un film de Léonce Perret avec Valentine Petit et Yvette Andréyor

A Pau, le roi Henri de Navarre séduit une petite béarnaise. Mais, sa mère Jeanne d'Albret lui présente sa future épouse, Marguerite de Valois...

Ce court-métrage historique raconte une aventure du Vert-Galant. Il séduit une jolie Béarnaise qui ne survivra pas au désespoir d'être quittée par le roi. Cette histoire simplette se révèle un vrai plaisir pour l'oeil grâce aux superbes prises de vue autour du château de Pau. Le roi au panache blanc repère, depuis un pont, une jolie fille au bord d'une rivière. Ce conte bénéficie d'une atmosphère particulière qui nous fait croire immédiatement aux démêlées d'Henri et de sa belle. Le jeu des acteurs est excellent comme dans la plupart des films Gaumont des années 10. Très joli!

Le Gardian de Camargue 1910

Un film de Léonce Perret 


Arlette, une jeune actrice parisienne, vient passer ses vacances chez sa vieille nounou en Camargue. Elle y en rencontre Hector, un jeune gardian naïf, qui tombe fou amoureux d'elle...

Ce charmant court-métrage a été tourné en Camargue, probablement au même endroit où Jean Durand tournait ses westerns. L'intrigue est simplicissime. Un gardian s'amourache d'une parisienne. Désespéré, il se suicide lorsqu'elle repart à la capitale. Mais, comme toujours avec Perret, on apprécie les cadrages, l'utilisation habile des extérieurs et un côté documentaire sur la vie de l'époque. On voit les jeunes arlésiennes en costume traditionnel partir à la cueillette des amandes et revenir avec leurs paniers vers la ville. L'acteur dans le rôle du gardian surjoue, mimant un désespoir grandiloquent. Mais, le final, où il part à cheval dans les vagues pour y trouver le repos de la mort conserve un charme intact. Perret sait rythmer une séquence et lui donner l'atmosphère requise.

lundi 7 mars 2011

Double Harness 1933


La Femme aux Gardénias
Un film de John Cromwell avec Ann Harding, William Powell et Henry Stephenson

A San Francisco, Joan Colby (A. Harding) flirte avec le riche célibataire John Fletcher (W. Powell). Un soir, elle s'arrange pour que son père, le colonel Colby (H. Stephenson), la trouve chez Fletcher en situation compromettante. John Fletcher est alors obligé de l'épouser...

Ce film pre-code disparut de la circulation pendant plus de 70 ans à cause de son scénario qui le rendait inapte à une ressortie. Il y avait de plus des problèmes de droits sur sur ce film RKO produit par Merian C. Cooper. TCM l'a restauré et ressortit en 2006 en DVD. Ce film marie avec bonheur la comédie et le mélodrame. Ann Harding trouve là l'un de ses rôles les plus intéressants face à un partenaire de choix, William Powell. Le film débute comme une comédie. En Joan Colby, Ann Harding nous donne sa philosophie du mariage qui, selon elle, est un contrat commercial où les sentiments n'entrent pour rien. Voyant sa jeune soeur dépensière et frivole convoler en justes noces, elle décide elle aussi de se marier. Pour se faire, elle suit un célibataire endurci, et fort riche, dans son appartement un soir. William Powell est formidable en coureur de jupons qui n'a pas la moindre intention de subir les chaînes conjugales. Leurs premières scènes sont rythmées par un dialogue étincelant, pleins de sous-entendus. Les deux acteurs forment un couple tout à fait crédible où chacun joue sa partie avec finesse et intelligence. La mise en scène de Cromwell est fluide et suit les protagonistes avec intelligence. Obligé d'épouser celle qu'il considérait comme une amie d'un soir, John Fletcher ne se dérobe pas, mais pense divorcer rapidement. Mais, évidemment, les sentiments s'en mêlent des deux côtés. Ann tombe amoureuse de son mari et lui, n'est certainement pas insensible, quoi qu'il en dise. Le film accuse une petite baisse de régime au milieu avant de repartir pour un final comique avec Reginald Owen en maître d'hôtel obséquieux. On ne peut qu'admirer la performance d'Ann qui donne humanité et émotion à son personnage. Lorsqu'elle doit révéler à son mari la machination qu'elle a conçue pour l'épouser, son visage reflète un mélange de soulagement et de désespoir. Un très joli film qui doit beaucoup au couple Powell-Harding.

vendredi 4 mars 2011

L'Assommoir 1909


Un film d'Albert Capellani avec Eugénie Nau, Alexandre Arquillière, Jacques Gretillat et Catherine Fontenay

Ce film de trois bobines d'une durée de 36 min est certainement une des toutes premières adaptations d'Emile Zola. Malgré cette courte durée qui condense le récit considérablement, Capellani réussit à transcrire à l'écran l'atmosphère des romans de Zola. Certes, le récit a subi quelques modifications en particulier sur l'influence néfaste de Virginie (C. Fontenay) qui va multiplier les actes criminels pour se venger de Gervaise (E. Nau). C'est elle qui provoque la chute de Coupeau (A. Arquillère) d'un échaffaudage ou qui lui donne une bouteille d'absinthe en lieu de vin pour provoquer sa mort. Ces entorses au récit de Zola donnent à l'intrigue plus de cohésion. Le jeu des acteurs (tous issus des théâtres parisiens) est dans l'ensemble une bonne surprise. Nous sommes après tout en 1909 ! La bagarre entre Virginie et Gervaise au lavoir est très bien amenée avec toutes les filles qui s'agglutinent pour mieux voir. De même, le repas d'anniversaire de Gervaise distille quelques rires bien venus lorsqu'un des convives s'empare de la soupière. Il boit toute la soupe avec la louche tout en trempant une baguette entière dedans. Le film donne l'impression d'être un pamphlet contre l'alcoolisme avec plusieurs références à l'absinthe, le poison du temps. D'ailleurs la scène finale montre Coupeau, en état de délirium tremens avancé, qui s'agite comme un damné avant de tomber raide mort. l'ensemble du film est filmé en plan large - comme c'était la règle avant 1910. Néanmoins, Capellani montre un sens du cadrage déjà fort élaboré. De nombreuses scènes sont filmées en extérieurs et donnent au film un cachet remarquable. Encore un très bon Capellani !

mercredi 2 mars 2011

The Right to Romance 1933


Un film d'Alfred Santell avec Ann Harding, Robert Young et Nils Asther

Peggy Simmons (A. Harding) est une chirurgienne esthétique renommée et surmenée. Elle décide de partir en vacances en Californie. Elle y rencontre un play-boy, Bobby Preble (R. Young) qui ne pense qu'à faire la fête...

Les 'vehicles' pour les stars féminines des années 30 en disent plus long qu'il n'y parait sur la sociologie des années 30. Certes, on leur offre des rôles de femmes actives qui occupent des métiers parfois masculins comme Ruth Chatterton en femme d'affaires dans Female (1933, M. Curtiz) ou Irene Dunne en directrice de prison dans Ann Vickers (1933, J. Cromwell). Mais, généralement, elles rentrent dans le 'droit chemin' à la dernière bobine, en se mariant et en retournant au foyer. Ici, Ann Harding n'échappe pas à la règle. Elle interprète, avec son talent habituel, une chirurgienne qui aspire à la 'romance'. Elle est fatiguée de n'être considérée que comme un docteur et pas comme une femme. Abandonant la casaque de chirurgien parfumée à l'éther, elle part en robe de mousseline vaporeuse pour la Californie ensoleillée. Elle va tomber sur un prétendant qui est son antithèse absolu. Robert Young, encore tout jeunôt, lui fait une cour empressée bien qu'ils n'aient pratiquement rien en commun. Le mariage se révèle être un échec très rapidement : les différences d'âge, de métier et dans leurs relations sont trops grandes. Elle retourne alors vers son métier où elle réalise enfin que le partenaiare idéal était là, en la personne de son collègue biologiste, joué par le suédois Nils Asther. La trame de ce film est assez faible et convenue. Mais, ce qui le rend intéressant, c'est la performance d'Ann qui donne un merveilleux naturel et une grande spontanéité à son personnage. Elle ne cherche pas à surjouer ; elle nous offre simplement le portrait d'une femme simple, volontaire et généreuse. La photo est signée du français Lucien Andriot qui lui offre des gros-plans sublimes. Alfred Santell dirige tout cela avec compétance à défaut de génie. Un bon petit mélo grâce aux acteurs.