vendredi 24 juin 2011

Les Frères Karamazoff 1931

Un film de Fédor Ozep avec Fritz Kortner, Anna Sten et Fritz Rasp

Dimitri Karamazoff (F. Kortner) oublie sa fiancée Katia après avoir rencontrée Grouchenka (A. Sten) la maîtresse de son père. Il devient fou de jalousie en pensant qu'elle puisse rester avec lui...

Cette adaptation de Dostoievski par le réalisateur soviétique Fédor Ozep est une grande réussite. Il tourne en Allemagne ce film produit par Eugene Frenke, le mari d'Anna Sten. Une version française est ensuite réalisée en France avec une distribution quasiment identique (à part trois acteurs). Au début des années 30, quand le parlant en est à ses balbutiements, Ozep a l'intelligence de ne pas oublier ce qu'il a appris au cinéma muet. Il utilise brillamment le montage rapide, lancé par Gance avec La Roue (1921-23) puis repris par tous les cinéastes soviétiques durant les années 20. A une époque où les films sont confinés en studio et ont tendance à enregistrer du théâtre filmé, Ozep ose se démarquer. La fuite éperdue de Dimitri, aiguillonné par la jalousie et la peur d'avoir tué un vieux serviteur, est une scène incroyable pour 1931. D'autant plus que le film est soutenue par une partition remarquable de Karol Rathaus. A une époque où la composition d'une partition originale pour un film dramatique était quasiment inconnue, Rathaus réalise une oeuvre inquiétante qui suggère, plutôt qu'elle ne montre les sentiments sous-jacents des personnages. Son style résolument moderne pour l'époque est également étonnant. Apparemment, la partition fut remarquée par Bernard Herrmann qui n'oubliera pas le style de ce compositeur et sa maîtrise de l'image. La mobilité de la caméra est également remarquable pour l'époque, bien que d'autres réalisateurs fassent montre de la même fluidité comme Anatole Litvak dans Coeur de Lilas qui est légèrement postérieur (1932). N'ayant eu accès qu'à une version française hybride où les acteurs allemands sont doublés en français, j'ai été un peu gênée par la mauvaise synchronisation. J'ai été d'ailleurs étonnée par cette version qui offre pour la plupart les images du film allemand avec des fragments de scènes reprises en France (et pas toujours très bien raccordées!). Il aurait été plus facile de doubler tout le film. Pour la petite histoire, c'est en découvrant Anna Sten dans ce film que Samuel Goldwyn lui fit signer un contrat et l'amena à Hollywood. Sa beauté est certainement très bien mise en valeur et elle joue sa Grouchenka avec talent. Goldwyn songea d'ailleurs pendant un certain temps à lui faire tourner une nouvelle version américaine de Karamazoff avant de se rabattre sur Nana (1934, D. Arzner). Fritz Kortner est un bon Dimitri Karamazoff et Fritz Rasp (présent dans nombre de films muets de Pabst et Lang) est un inquiétant Smerdiakoff. Si par la suite Ozep ne fera plus beaucoup de grands films [sa Tarakanova (1938) est vraiment banale], ici, il montre son très grand talent.

mercredi 22 juin 2011

Das Schiff der verlorenen Menschen 1929

Le Navire des hommes perdus
Un film de Maurice Tourneur avec Fritz Kortner, Robin Irvine, Vladimir Sokoloff, Gaston Modot et Marlene Dietrich


Le capitaine Fernando Vela (F. Kortner) offre le passage pour le Brésil à bord de la Galathée contre rémunération. Un jeune médecin américain, William Cheyne (R. Irvine) se retrouve à bord par accident et se voir refuser de retourner à terre. En mer, les rapports entre le capitaine et l'équipage dégénèrent. Une nuit, Cheyne et le cuistot (V. Skoloff) repèrent un avion en perdition. Ils sauvent le pilote et découvrent qu'il s'agit d'une femme (M. Dietrich)...

En 1929, Maurice Tourneur a quitté les Etats-Unis où il travaillait sans interruption depuis 1914. En effet, les conditions de travail au sein de la MGM ont brusquement changées. Un réalisateur n'a plus la loi et doit accepter la présence constante d'un producteur-superviseur sur son plateau. Tourneur refuse ce dictat de la direction et quitte brusquement le studio en pleine production de The Mysterious Island. Il part pour l'Allemagne où il va tourner ce film produit par la compagnie Wengeroff. Son fils Jacques est assistant-réalisateur sur le tournage. Il semble que des moyens importants ont été donnés à Tourneur pour la réalisation de ce film. Mais, hélas, à part la scène d'ouverture, splendide, tout le film a été tourné en studio. Pour un film censé se dérouler en mer, c'est un comble! On a construit apparemment une énorme nef de 30m de haut pour le tournage dans un réservoir. La distribution est internationale avec les russes Vladimir Sokoloff et Boris de Fast, les allemands Fritz Kortner et Marlene Dietrich (avant sa métamorphose sternbergienne), l'anglais Robin Irvine (que l'on peut voir dans Downhill d'Alfred Hitchcock) et le français Gaston Modot, un vétéran du cinéma qui a débuté à la Gaumont en tant que cascadeur. Malheureusement, le scénario écrit par Maurice Tourneur lui-même manque de surprises. Ce navire peuplé d'évadés et autres criminels nous offre un récit balisé et attendu. Le capitaine est une brute. Il sera victime d'une mutinerie qui l'enverra par-dessus bord. Puis, les marins se soûlent avec tout ce qui leur tombe sous la main. Pendant ce temps, l'inquiétant Morain (Gaston Modot) prend la place du capitaine. Une femme (une jeune Marlene assez dodue) se retrouve à bord et va exciter la concupiscence de cet équipage hors de contrôle. Elle est défendue par un jeune médecin séduisant. Voilà, c'est à peu près tout avec en plus une fin heureuse sans surprise. Visuellement, Tourneur a les services du hongrois Nicolas Farkas qui travaille en Allemagne depuis de nombreuses années.
Le film débute par une scène particulièrement atmosphérique où Gaston Modot, un évadé, courre dans de hautes herbes sous un ciel plombé. Ces paysages du nord de l'Allemagne aurait pu donner au film un tout autre cachet que la pesanteur des studios. Il y a des images remarquables dans ce film, mais, la montée du suspense et la terreur qu'on devrait resentir est absente. Je pense que le transfer du film a été réalisé à une vitesse trop lente: c'est un handicap supplémentaire pour le déroulement de l'intrigue. Néanmoins, il y a des très bons acteurs tels Valdimir Sokoloff en cuisinier sympathique et Gaston Modot qui prête ses larges épaules au dangereux Morain. Quant à Marlene, elle est habillée en homme à bord de ce bateau (bien qu'elle soit apparemment une riche héritière américaine). Elle n'a pas encore l'aura qu'elle gagnera grâce à la photo de Sternberg. J'ai été contente de découvrir le seul film allemand de Tourneur, même si celui-ci se révèle une relative déception.

mardi 21 juin 2011

Jewel Robbery 1932

Un film de William Dieterle avec Kay Francis, William Powell, Henry Kolker et André Luguet

A Vienne, Teri (K. Francis) est mariée à un riche baron (H. Kolker) avec lequel elle s'ennuit profondément. Alors qu'elle est dans une bijouterie avec son mari, le magasin est mis à sac par un gentleman cambrioleur (W. Powell)...

Cette comédie sophistiquée signée William Dieterle est un Pre-Code délicieusement immoral. William Powell est un voleur de très grande classe qui arrive dans une bijouterie avec ses complices, tous tirés à quatre épingles, pour vider le contenu des vitrines avec un soin méticuleux tout en écoutant Le beau Danube bleu de Strauss sur un phonographe. Il repère immédiatement (et elle aussi) la charmante Kay Francis. Leurs dialogues sont cousus de sous-entendus risqués. Ils s'amusent tous deux comme des fous à ce marivaudage sophistiqué. Le film a un rythme sautillant et c'est vraiment une vraie bouffée de bonheur. Certaines scènes sont absolument hilarantes comme lorsque Powell offre une cigarette au bijoutier. Cette cigarette contient une drogue qui provoque une crise d'hilarité chez le fumeur. Les cigarettes seront ensuite essayées par le chef de la police qui va lui aussi totalement perdre la tête. Le gentleman-cambrioleur s'introduit ensuite chez Kay Francis qui trouve l'aventure terriblement excitante (bien entendu, sans l'avouer). Une série d'actes manqués sont là pour signaler le désir qui anime les deux personnages : elle coince la bas de sa robe dans la porte de sa chambre qu'elle a vérouillée et elle lui fait tomber un révolver sur le pied. La belle Kay est ensuite emmenée dans la garçonnière de Powell (en lui faisant croire que c'était la police qui l'emmenait) qui a prévu un petit souper galant. Le film se termine sur une pirouette avec la belle Kay qui va aller rejoindre son gentleman-cambrioleur sur la Côte d'Azur. Le dialogue est absolument délicieux et les deux interprètes jouent leurs scènes avec un talent et un charme remarquables. Un des meilleurs films de la période des Pre-Codes.

lundi 20 juin 2011

Afraid To Talk 1932

(Eric Linden)
Un film de Edward L. Cahn avec Eric Linden, Sidney Fox, Louis Calhern, Tully Marshall, Edward Arnold et Mayo Methot

Dans une grande ville américaine, Eddie Martin (E. Linden), un garçon d'étage dans un grand hôtel, est témoin de l'assassinat d'un gangster par Skelli (E. Arnold). Il accepte de témoigner face à la police. Mais, l'ensemble des édiles municipaux sont corrompus et ne souhaitent pas voir Skelli passer en jugement...

Ce magnifique film de gangster produit par la Universal pourrait s'intituler l'enfer de la corruption. On a rarement vu une dénonciation aussi virulente et noire de la corruption à tous les niveaux. L'un des auteurs du scénario, Albert Maltz, sera d'ailleurs l'une des victimes de la liste noire durant la 'chasse aux sorcières'. Dans cette ville (qui n'est pas nommée), les racketteurs et les bootleggers arrosent tout le monde: maire, gouverneur, procureur et chef de la police. La malheureux Eddie Martin se retrouve témoin d'un meurtre qui va mettre en danger sa propre vie. En fait, il a moins à craindre des gangsters que de ceux qui sont censés le protéger. Le District Attorney (procureur) est joué avec délice par Louis Calhern, toujours suave et élégant dans l'infamie. Il recoit ses ordres du gouverneur et du maire, tous deux parfaitement pourris jusqu'à l'os. On lui demande d'enterrer le dossier d'accusation contre Skelli, car celui-ci a des papiers compromettants. Le dossier est enterré illico. Mais, une fusillade entre gangsters provoque la mort d'un enfant. Le maire (joué par Berton Churchill, le banquier pourri de Stagecoach) voulant être réélu, il faut qu'il montre qu'il fait quelque chose contre les gangsters. Alors, le procureur décide de faire porter le chapeau au malheureux Eddie pour le meurtre commis par Skelli. Les méthodes sont expéditives: un groupe de six flics (plus ou moins écoeurés) sont chargés de torturer le garçon jusqu'à ce qu'il avoue le meurtre dont il est innocent. Il manque de mourir de ce traitement avant d'être soigné par un médecin clairvoyant qui lui envoie un bon avocat pour l'aider. Celui-ci en deux temps deux mouvements réunit un dossier à charge contre la police et la justice. C'est la panique chez le maire et le gouverneur. Alors, le procureur décide de se débarrasser d'Eddie en le faisant pendre dans sa cellule. Il sera sauvé de justesse. Et si presque tous les éléments les plus pourris seront enfin écartés, la gouverneur lui reste en se faisant passer pour le 'nettoyeur de la ville'. La réalisation du film est à la hauteur de ce scénario ravageur. Derrière la caméra, Karl Freund réalise de superbes ombres et lumières. Tous les acteurs, même dans le plus petit rôle, sont absolument formidables et en situation. C'est d'ailleurs un plaisir de reconnaître Tully Marshall, qui avale sans arrêt de l'aspirine (peut-être pour calmer sa culpabilité ?) ou Mayo Methot (la troisième Mrs Humphrey Bogart) qui est la poule du gangster. Au premier rang de l'interprétation, il y a Eric Linden, le jeune et frais acteur de nombres de Pre-Codes, Louis Calhern parfait et suave malfaisant, et Edward Arnold puissant et redoutable. La copie présentée était absolument superbe. Un vrai bonheur et une superbe découverte.

Prestige 1932

Un film de Tay Garnett avec Melvyn Douglas, Ann Harding et Adolphe Menjou

A Paris, Thérèse du Flos (A. Harding) est sur le point d'épouser le Lieutenant André Verlaine (M. Douglas). Mais, quelques jours avant leur marriage, il reçoit son affectation pour diriger une colonie pénitentiaire en Indochine. Il part seul et sombre rapidement dans l'acoolisme...

Cette production Pathé-RKO a été tournée en partie dans les Everglades en Floride. Il faut mentionner ce choix de tourner en extérieurs à une époque où pratiquement tous les films sont réalisés en studio. Le film se caractérise également par une virtuosité des mouvements de caméra tout à fait inhabituelle pour l'époque. Tay Garnett commence le film par un travelling (quasiment en un seul plan) survolant les toits de Paris (en fait une maquette). Et cette virtuosité sera mise au service des personnages d'un bout à l'autre du film. Le scénario illustre sans fard l'esprit colonialiste de l'époque avec son racisme assumé. L'histoire étant située en France et en Indochine, il semble que les scénaristes américains en profitent pour montrer une image fort peu glorieuse du colonialisme français (et probablement très proche de la vérité). Le titre du film fait référence au 'prestige de l'homme blanc' face aux indigènes qui sont censés reconnaître la supériorité intrinsèque de celui-ci par rapport à eux. Melvyn Douglas y est un officier français posté dans au milieu de la jungle indochinoise. Il doit diriger un pénitencier avec pour seul soutien un escadron d'indochinois sous l'uniforme français. Il est le seul homme blanc aux alentours. Puis, Ann Harding vient le rejoindre dans cette jungle où les hommes se délitent sous une chaleur torride. Douglas n'a pas résisté longtemps à l'isolement et au climat accablant. Il s'est mis à boire sous le regard ironique de ses hommes. Seul son serviteur noir (joué par Clarence Muse) lui reste totalement fidèle. L'arrivée de Harding va le sortir momentanément de sa torpeur. Mais, le désespoir reprend le dessus suite à la visite du Capitaine Rémi Baudouin (Adolphe Menjou) qui lui annonce que son affectation est permanente. Son effondrement moral provoque le soulèvement de ses soldats qui libèrent les prisonniers. Au milieu de tous ces indigènes en révolte, la blonde Ann Harding semble être l'image mème de la femme blanche menacée par les 'sauvages'. La scène finale du film fait presque rire (ou grincer des dents) par son extrémisme : on y voit un Douglas désarmé qui remet littéralement à leurs places les indigènes à coups de fouet. Ann Harding avait tellement détesté ce film qu'elle avait demandé à la RKO de le détruire. Il faut dire qu'elle avait des idées progressistes sur les droits civiques des noirs et ne devait pas partager cette idée du 'prestige blanc'. Mais, le message raciste du film s'autodétruit presque de lui-même. On nous montre une société de surhommes et de sous-hommes tellement outrancière qu'on ne peut y adhérer. Garnett ménage de nombreuses surprises visuelles dans ce film.
L'arrivée de Ann Harding dans le pénitencier est suivie d'un long panoramique (presque à 360°) où elle balaie des yeux la cour de celui-ci. De même, la cérémonie de marriage traditionnelle entre Douglas et Harding est introduite par un mouvement de grue spectaculaire au-dessus de la foule jusqu'au couple. Il faut reconnaître qu'à partir d'un matériel assez stéréotypé, Tay Garnett a réussi à faire un film passionnant visuellement et riche en atmosphère (grâce également à la photo du français Lucien Andriot). Prestige est un film à découvrir.

samedi 18 juin 2011

One Way Passage 1932

Un film de Tay Garnett avec Kay Francis, William Powell, Frank McHugh, Aline McMahon et Warren Hymer

Dan (W. Powell) et Joan (K. Francis) se sont rencontrés alors qu'ils traversent le Pacifique de Hong-Kong à San Francisco. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. Mais, ils savent que leur histoire sera sans lendemain. Joan est gravement malade et Dan est un criminel recherché par la police voué à la peine de mort...

Ce film produit par la Warner est un délice. Dès les tous premiers plans, on sait qu'on va passer un moment tout à fait exceptionnel. La caméra se promène, arérienne, dans un bar de Hong Kong, s'attarde un moment sur un groupe de trois chanteurs qui ramassent les pièces qu'on leur jette, puis poursuit le long d'un comptoir où un barman loquace prépare un cocktail. Nous découvrons Dan (W. Powell) qui trébuche face à une femme inconnue, Joan (K. Francis), et au premier coup d'oeil tombe amoureux. Ce simple prémisse est le début d'un des plus beaux films d'amour produits par Hollywood. Nous sommes sur un paquebot en partance pour San Francisco et le voyage de ces deux condammnés sera leur dernière étincelle avant la fin de leur existence. En contrepoint de cette histoire d'amour poignante, il y a le couple comique et nettement moins élégant formé par Aline McMahon, en aventurière qui se fait passer pour une comtesse, et Frank McHugh, un pick-pocket toujours alcoolisé. Le comique apporté par ces deux acteurs permet au film d'échapper aux conventions du mélodrame. McHugh passe tout le film à boire (au goulot) et McMahon chaparde avec dextérité dans les poches de ses victimes. Powell et Francis forment le couple le plus élégant qui soit avec une sorte d'ironie légère et sophistiquée. La concision même du film est l'une de ses qualités premières. Il n'y a pas de sentimentalisme excessif et on reste dans une sorte d'apesanteur durant ces délicieuses 67 min. Le plan final du film est inoubliable: deux verres se brisent sur un comptoir à Agua Caliente où les deux amants s'étaient donnés rendez-vous, tout en sachant qu'ils ne pourraient s'y rendre. Cependant ces deux verres signifient qu'ils ont réussi à venir de l'au-delà. Un vrai bonheur.

Okay America 1932

Un film de Tay Garnett avec Lew Ayres, Maureen O'Sullivan, Edward Arnold, Louis Calhern et Walter Catlett

Larry Wayne (L. Ayres) est un célèbre chroniqueur au Daily Blade où il révèle les frasques des célébrités. Il se lance dans une enquête sur la disparition de Ruth Drake (M. Lindsay), la fille d'un riche homme d'affaires. Il suspecte un bootlegger, Mileaway Russell (L. Calhern) de savoir où elle est retenue captive...

Ce film produit par la Universal est inspiré de la vie de Walter Winchell, un journaliste qui faisait ses choux gras des potins et autres commérages. Lew Ayres, le héros de All Quiet on the Western Front (1930, L. Milestone) est un choix à priori bizarre pour incarner ce journaliste sans scrupules. Mais, au fil de la progression du film, ses actions le rendent crédible. Il dicte ses chroniques à sa dévouée secrétaire Barton (M. O'Sullivan) avec ce qu'il faut de badinage. Le début du film ressemble à une sorte de comédie comme Platinum Blonde (1932, F. Capra). Mais, la seconde partie prend un tour politique fort différent. A l'instar de Gabriel Over the White House (1934, G. LaCava) ou The Star Witness (1931, W.A. Wellman), le film suggère que les criminels (en particulier les bootleggers) doivent être éliminés par des moyens fort peu démocratiques. Le journaliste, plus ou moins pourri, devient un vengeur de son propre chef, au lieu de faire appel à la police. Le chef des gangsters, joué par un Edward Arnold en grande forme, essaie de faire chanter le président des Etats-Unis pour obtenir une remise de peine. Il va se heurter au refus catégorique du président qui va risquer la vie de son otage pour préserver la démocratie. Il parle néanmoins d'éliminer les gangsters par tous les moyens. Il est vraiment étonnant de voir le nombre de films tournés durant la dépression et la prohibition qui propose ce type de solution. L'historien du cinéma William K. Everson suggère que la Californie de l'époque se considérait comme un état dans l'état prompt à proposer des solutions expéditives pour se débarrasser des criminels. La scène finale est sèche et sans concession, presque inattendue après la nonchalance du début. Le film est parsemé de merveilleux seconds rôles comme Walter Catlett en rédacteur-en-chef excédé, Louis Calhern en bootlegger raffiné et élégant et l'italien Henry Armetta en indicateur vendeur de pommes. Un film vraiment intéressant qui nous transporte dans une époque troublée, peu avant l'élection de F.D. Roosevelt.

mercredi 15 juin 2011

A Modern Hero 1934

Un film de G.W. Pabst avec Richard Barthelmess, Jean Muir, Marjorie Rambeau et Florence Eldridge

Aux Etats-Unis, avant la première guerre mondiale, Pierre Radier (R. Barthelmess) est écuyer dans un cirque ambulant avec sa mère (M. Rambeau). Il séduit une jeune fille, Joanna (J. Muir), avant de l'abandonner alors qu'elle est enceinte. Pierre rêve de devenir un riche homme d'affaire...

La seule incursion de Georg Wilhelm Pabst dans l'univers Hollywoodien a produit un film pour la Warner qui se révèle plus noir et immoral que la production habituelle de ce studio. Le héros du titre n'en est pas un. Richard Barthelmess, qui fut le héros au coeur pur des films muets de Griffith et Henry King, s'était reconverti dans les années 30 dans les personnages victimes de l'après-guerre avec deux grands chefs d'oeuvres: The Last Flight (1931, W. Dieterle) et Heroes for Sale (1933, Wm A. Wellman). Dans ce film de Pabst, Barthelmess est un séducteur sans scrupules qui ne pense égoïstement qu'à faire fortune. Il séduit prestement l'innocent Joanna et s'introduit même dans sa chambre dès leur premier rendez-vous. Celle-ci n'est pas dute et se rend bien compte qu'il ne restera pas. Elle choisit de son propre gré d'en épouser un autre qui lui offrira un marriage solide. Pierre est un émigré français qui gagne sa vie dans un cirque avec sa mère, une ancienne dompteuse aigrie, jouée par Marjorie Rambeau. Elle a perdu un bras et noie son chagrin dans l'alcool. Pierre ne songe qu'à trouver une petite affaire pour quitter le cirque et faire fortune. L'opportunité se présente grâce à une certaine Leah (Florence Eldridge) qui lui prête de l'argent alors qu'il devient son amant. Il va monter rapidement les échelons de la fortune et épouser une riche héritière. Sa réussite financière ne lui apporte néanmoins pas le bonheur. Il est sans enfant et il souhaite revoir ce fils qu'il n'a pas reconnu. Une série de catastrophes va le laisser seul et démuni. La trajectoire montante et descendante de Pierre est l'occasion pour Pabst de montrer le revers de la société américaine. Son 'héros' n'hésite pas à utiliser ses charmes pour obtenir de l'argent auprès des femmes ou à spéculer avec des margoulins à la bourse. Cette obsession de la réussite lui fait oublier toutes les valeurs humaines d'honnêteté et d'abnégation. Il va le payer très cher. Mais, on ne ressent pas cette scène finale comme une sanction moralisatrice, mais plutôt, comme le résultat inévitable de sa cupidité. Dans ce rôle, Barthelmess apporte une ambiguité intéressante. Lui qui fut toujours l'image de l'honnêteté est ici un homme égoïste obsédé par l'argent et le pouvoir. On ressent pour lui un mélange de compassion et d'écoeurement. Le film appelle un chat un chat, car il fait encore partie de la production pre-code. Il aurait été fort difficile de réaliser le même film l'année suivante. Même s'il ne s'agit pas d'un chef d'oeuvre, ce film de Pabst est fort intéressant.

vendredi 10 juin 2011

Manhandled 1924

Tricheuse

Un film d'Allan Dwan avec Gloria Swanson, Tom Moore, Frank Morgan, Lilyan Tashman et Ian Keith

Tessie McGuire (G. Swanson) est vendeuse dans un grand magasin new-yorkais. Elle voudrait pouvoir échapper à son quotidien épuisant : un travail harassant, un voyage dans une rame de métro bondée et un appartement minuscule. Son petit ami Jim Hogan (T. Moore) est mécanicien dans un garage. Il espère faire fortune avec son invention pour réduire la consommation d'essence des moteurs...

Avec cette comédie très enlevée, Gloria Swanson relance sa carrière comique après une succession de films pour Cecil B. DeMille où elle était cataloguée dans les rôles de créatures altières vêtues de costumes tapageurs. Allan Dwan prend le contrepied de cette image en faisant d'elle une simple vendeuse qui mâche du chewing-gum, porte une petite robe à deux sous et doit affronter son chef de rayon. Pour la mettre dans le bain, Dwan l'envoit passer quelques jours dans un grand magasin new-yorkais, puis, lui fait prendre le métro en l'abandonnant à son propre sort au dernier moment. Les leçons sont bien retenues : Gloria devient Tessie, la jeune new-yorkaise délurée. Le film débute avec la fameuse séquence du métro où Tessie doit lutter contre le flot de voyageurs pour entrer dans la rame. Elle perd son sac; son chapeau est écrasé et elle doit lutter à nouveau pour sortir à la station suivante. La reconstitution du métro au studio Paramount est vraiment excellente. On s'y croirait ! Swanson machouille son chewing-gum sous le nez de son chef qui la houspille. Puis, la chance apparait lorsqu'elle est invitée à une soirée chez un sculpteur ami du fils du patron du magasin. La collègue de Tessie, Pinkie (jouée avec beaucoup de talent par Lilyan Tashman) l'enjoint d'accepter. Elle aussi, elle voudrait bien échapper à son rayon au sous-sol du magasin. Gloria va se voir proposer un emploi de fausse comtesse russe dans une maison de couture tenue par Arno Riccardi (Frank Morgan). Gloria en profite pour parodier sa rivale de l'époque à la Paramount, Pola Negri (voir ci-dessus) Mais, elle découvrira que tous ses hommes qui l'entourent, cherchent tous à profieter d'elle. Tout finira bien lorsque son petit ami Jim (Tom Moore) réussira enfin à vendre son invention. Si l'intrigue est relativement attendue et n'offre que peu de surprises, cette comédie est cependant parfaitement rythmée et bien menée. Gloria Swanson montre un abattage et un talent comique formidable. Une excellente comédie de celui qui fut le réalisateur préféré de Swanson, Allan Dwan.

La star et son metteur en scène.

mercredi 8 juin 2011

The Conquering Power 1921

Eugénie Grandet

Un film de Rex Ingram avec Ralph Lewis, Alice Terry et Rudolph Valentino

Le Père Grandet (R. Lewis) reçoit son neveu Charles (R. Valentino) dont le père vient de se suicider suite à une banqueroute. Le vieil avare cherche à se débarrasser de son neveu qui semble être attirée par sa cousine Eugénie (A. Terry)...

Suite au succès de The Four Horsemen of the Apocalypse (1921), Ingram reprend son couple vedette, Alice Terry et Rudolph Valentino. Cette adaptation modernisée du roman d'Honoré de Balzac est malheureusement particulièrement édulcorée. En donnant la vedette à ces deux acteurs, la cruelle vérité de Balzac en prend pour son grade. Eugénie Grandet n'est plus la jeune fille sans grâce et sans beauté du roman, mais la lumineuse Alice Terry. Face à elle, son cousin vaniteux et égoïste devient un Rudolph Valentino vulnérable et désintéressé. Heureusement, le Père Grandet du roman, sous les traits de Ralph Lewis conserve sa cruauté et son avarice maladive. Ce sont d'ailleurs les scènes où figure ce dernier qui restent en mémoire. Le vieil avare se retrouve enfermé dans sa chambre forte avec son or. Soudain, tel un alcoolique en proie au delirium tremens, il croit voir son or s'animer et se retourner contre lui.
Les murs de la pièce se mettent à bouger et s'apprêtent à l'écraser. Il mourra écrasé par ce même or qu'il chérissait plus que tout au monde. La scène utilise habilement une citation de Griffith où nous voyons le Père Grandet, sous un rai de lumière, qui berce son or dans un berceau d'enfant telle la Lillian Gish d'Intolerance (1916). Si Ingram n'avait pas trouvé bon d'ajouter cette histoire d'amour sentimentale entre Eugénie et son cousin ainsi qu'une fin heureuse déconnectée du roman, le film serait une grande réussite. En tous cas, visuellement, la reconstitution de la France de l'époque est superbe avec le village et les intérieurs de la maison Grandet. Comme toujours les éclairages font merveille avec des ombres et des lumières qui sculptent les visages comme des gravures anciennes. Un film qui n'est donc pas une réussite totale, mais qui contient plusieurs scènes impressionnantes.

dimanche 5 juin 2011

The Prisoner of Zenda 1922

Un film de Rex Ingram avec Lewis Stone, Alice Terry, Ramon Novarro et Barbara La Marr

L'anglais Rudolph Rassendyll (L. Stone) visite la Ruritanie lors du couronnement de Rudolph V (L. Stone). Suite à un complot ourdi par le demi-frère du roi, Rassendyll -qui est son sosie parfait- doit prendre la place de celui-ci...

Le roman d'Anthony Hope est un immense classique de la littérature d'aventure anglo-saxonne. Le royaume inventé par l'auteur est même entré dans le langage commun comme le symbole des pays imaginaires des romans d'aventure. Dès les années 10, le roman est adapté au cinéma par les anglais et les américains. Quand Ingram s'attaque au roman en 1922, il réalise une production fastueuse, dépensant pour les costumes seuls la somme de 160 000 dollars. Il a repéré un jeune acteur nommé Ramon Samaniegos qu'il engage pour jouer le rôle du méchant flamboyant, Rupert of Hentzau. Devenu Ramon Novarro, il apparaitra dans beaucoup d'autres films d'Ingram. Pour le double rôle du roi et de son sosie, il utilise la retenue et l'humour de Lewis Stone. Alice Terry est la douce Flavia et Barbara La Marr, la spécialiste des vamps de l'époque, Antoinette de Mauban. Le style visuel du film est une pure merveille, comme tous les films d'Ingram. John Seitz utilise sa technique d'éclairage habituelle avec des lumières directionnelles et limitées qui apportent une vraie profondeur aux visages et aux décors. Cette utilisation parcimonieuse de la lumière fut une grande inspiration pour nombres de directeurs de la photo.
Les décors sont massifs et créent une vraie atmosphère. Il est évident que le style visuel du film a été la source d'inspiration de la décoration du remake de 1937 produit par David O. Selznick. On y retrouve le même type d'uniformes, vaguement austro-hongrois, le relais de chasse de Zenda ainsi que le chateau. On peut trouver cependant que la structure dramatique du film est un peu lâche. La première partie avance à coups de cartons d'intertitres. Et ensuite, le suspense ne monte pas autant qu'il le faudrait. Ces défauts sont compensés lors du duel final qui oppose Lewis Stone à tous les méchants présents dans le chateau de Zenda. Il offre un morceau de bravoure de très belle qualité. On peut préférer la version de 1937, mais cette version muette est d'une grande beauté et très bien jouée. Le film est maintenant disponible en Warner Archive.

vendredi 3 juin 2011

The Four Horsemen of the Apocalypse 1921

Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse

Un film de Rex Ingram avec Rudolph Valentino, Alice Terry, Alan Hale, Wallace Beery et Nigel de Brulier

En Argentine, avant la première guerre mondiale, le vieux Madariaga (Pomeroy Cannon) règne sur d'immenses propriétés. Ses deux filles ont épousé, l'une, un français Marcelo Desnoyer (Josef Swickard) et l'autre, un allemand, von Hartrott (Alan Hale). Julio Desnoyers (R. Valentino) est le petit-fils préféré du vieux Madariaga qui lui permet tout. Suite à sa mort, la famille se divise. Les Desnoyers repartent pour Paris et les von Hartrott pour l'Allemagne...

Cette adaptation du roman de Vicente Blasco Ibáñez est certainement le film le plus célèbre de Rex Ingram. Alors sous contrat à la Metro Picture Corporation (plusieurs années avant la fusion avec la compagnie Goldwyn), il réalise là une superproduction qui ne peut être comparée qu'aux grands films de Griffith de par son ambition et la débauche de moyens employés. Le tournage commença en juin 1920 et dura 6 mois. Ingram choisit méticuleusement ses interprètes. Il remarque un jeune acteur d'origine italienne auquel il va donner sa chance dans un grand rôle: Rudolph Valentino. Sa future épouse Alice Terry est Marguerite Laurier. Ses deux jeunes acteurs vont, sous sa direction, donner le meilleur d'eux-mêmes et devenir des stars. Il faut souligner le jeu épuré plein de sensibilité des deux acteurs qui doit certainement beaucoup à Ingram. Le film montre la montée inéxorable de la guerre qui va détruire tout sur son passage. Si le sujet conserve un aspect anti-allemand, ce n'est guère étonnant, vu que le film a été réalisé à peine 3 ans après la fin du conflit. L'espagnol Ibáñez voulait écrire une oeuvre contre la guerre et les quatre cavaliers de l'Apocalypse sont le symbole choisi pour montrer les ravages de la guerre.
Ingram savait réaliser comme personne ces séquences mythologiques. Ici, les quatres cavaliers, symbolisant la conquête, la guerre, la famine et la mort, surgissent dans les nuages annonçant la désolation qui va bientôt frapper la population. Le film réussit à combiner les grandes scènes de batailles avec l'intimisme. Nous suivons aussi la destiné de Julio Desnoyers (R. Valentino), le petit-fils chéri qui a toujours vécu dans une atmosphère de privilège et d'oisiveté. Sa rencontre avec Marguerite Laurier (A. Terry) va changer sa vie. Elle est mal mariée et malheureuse. Pour la première fois, il rencontre une 'dame' au lieu d'une 'fille.' Puis, il va ensuite prendre conscience des événements qui l'entourent et rejoindre l'armée. Il est entouré par une famille dominée par un père obsédé par la possession matérielle et qui entasse des objets de collection. Il se cherche, dépourvu de repères, jusqu'à sa rencontre avec le mystique Tchernoff (Nigel de Brulier) qui lui ouvre les yeux sur le monde.
Parallèlement, son vieux père va voir que tous les biens de la terre ne sont qu'un mirage face à la guerre. Son vieux chateau rempli de trésors est envahi par une horde de soldats et d'officiers allemands qui pillent, violent et ripaillent. On reconnaît parmi eux, un Wallace Beery particulièrement odieux. La scène qui tourne à l'orgie, avec des soldats déguisés en femme, fait penser à l'univers de von Stroheim (qui était d'ailleurs un ami et un grand admirateur d'Ingram). La scène finale dans le cimetière réussit à être émouvante et sans grandiloquence. Bien que tourné entièrement en studios en Californie, les décors ont une véracité qui n'est égalée que dans les films de von Stroheim. Le film est un énorme succès critique et auprès du grand public. Ingram se retrouve alors dans la liste des plus grands réalisateurs de l'époque avec D.W. Griffith et Cecil B. DeMille. Il le méritait sans aucun doute. Pour profiter au mieux de ce film magnifique, il faut le voir avec la superbe partition de Carl Davis qui sait donner toute l'ampleur et tout l'intimisme nécessaire à chaque scène.

mercredi 1 juin 2011

Mare Nostrum 1926

Un film de Rex Ingram avec Alice Terry et Antonio Moreno

Le capitain Ulysses Esteban (A. Moreno), un officier de la marine marchande espagnole, rencontre dans les ruines de Pompéi la mystérieuse Freya Talberg (A. Terry) qui voyage en compagnie de l'inquiétante Dr Feldman (Mme Paquerette). Il tombe amoureux fou de Freya, qui est une espionne allemande et accepte de collaborer avec l'Allemagne...

Cette production extrêmement ambitieuse de Rex Ingram demanda un tournage de 15 mois et le premier montage du film durait 2h30. Il fut considérablement réduit par la suite. La copie qui est visible de nos jours est une reconstruction où il manque toujours certaines scènes importantes (comme la scène d'amour entre Alice Terry et Antonio Moreno près d'un aquarium qui a dû inspirer Orson Welles pour The Lady from Shanghai). Cette adaptation d'un roman de Vicente Blasco Ibáñez est pour moi une des plus grandes réussites de Rex Ingram. Il réussit à combiner avec bonheur le roman d'espionnage et d'aventures et les grandes mythologies européennes. L'héroine du film s'appelle Freya comme la déesse de la beauté de l'amour des légendes nordiques. Elle attrape dans ses filets un capitaine nommé Ulysses qui reconnait en elle Amphitrite, la divinité des mers grecque. Le film a été tourné en Italie (Naples, Pompéi, Paestum) en Espagne (Barcelone) et en France (Marseille).
On ne peut qu'être impressionné par cette volonté de tourner sur les lieux de l'action au lieu de faire une reconstitution en studio comme l'auraient fait la plupart des réalisateurs américains de l'époque. Mais, Ingram se trouve dans une position extrêmement confortable vis-à-vis de la Metro-Goldwyn-Mayer. Il a son propre studio près de Nice; il choisit ses collaborateurs et ses acteurs lui-même. Son film est ensuite distribué aux USA par la MGM. Parmi les jeunes techniciens employés sur le tournage, il y a un certain Michael Powell. Ce dernier a certainement appris énormément au contact de son aîné. Avec John F. Seitz derrière la caméra et Grant Whytock au montage, Ingram travaille avec son équipe habituelle. L'histoire commence à Barcelone où le petit Ulysses (joué par le petit Kada Abd-el-Kader, le fils adoptif d'Ingram) rêve de devenir marin comme son vieil oncle Triton (encore un personnage mythologique!) en contemplant le portrait d'Amphitrite, une divinité blonde. Plus tard, devenu adulte, il rencontre Freya qui se révèle être la figure vivante de la divinité. Elle est accompagnée d'une créature à la carrure imposante et particulièrement hommasse qui dirige un réseau d'espions à la solde de l'Allemagne. Ulysses accepte de les aider et provoque ainsi la mort de son fils. Rongé par la culpabilité, il rejoint la marine française pour venger cette mort. Freya, elle aussi, expie son forfait en se faisant fusiller comme Mata-Hari. C'est d'ailleurs une des plus belle scène du film où Alice Terry vêtue de ses plus beaux atours fait face au peloton d'exécution. Alice Terry, qui était la deuxième épouse d'Ingram, était souvent assez inexpressive quand elle jouait les ingénues. En Freya, elle apparaît sous un nouveau jour. En espionne sensuelle et mystérieuse, elle montre ses talents d'actrice. Ce fut d'ailleurs son film et son rôle préféré. Face à elle, Antonio Moreno est un héros solide. Tous les seconds rôles sont distribués avec minutie à des acteurs de nationalités diverses qui correspondent parfaitement aux personnages. Le film se termine sur une superbe scène où les amants se retrouvent au fond de la mer après leur mort. Le titre du film Mare Nostrum (notre mer) était le terme employé par les romains pour désigner la Mer Méditerranée. Le film peut être considéré comme un poème à cette mer et à ses divinités. Un très beau film.