samedi 6 janvier 2018

Tao 1923 (I)

Jacques Chauvry (Gaston Norès) et Soun (Mary Harald)
Un film en 10 épisodes de Gaston Ravel avec Gaston Norès, Mary Harald, Joë Hamman, André Deed et Andrée Brabant

Episodes 1 à 4
Au Cambodge, un Esprit du Mal terrorise les habitants d'une petite ville. L'administrateur français Jacques Chauvry (G. Norès) pense qu'il s'agit d'une mystification. Lorsque le bonze Krou-Méas est assassiné, il aide la jeune laotienne Soun (M. Harald) qui a hérité du bonze d'un secret convoité pour une bande de dangereux criminels...

L'Esprit du Mal chevauchant au-dessus des eaux
La Société des Cinéromans de Jean Sapène a produit une multitudes de films à épisodes. Tao de Gaston Ravel ne fait pas partie des oeuvres les plus connues. Elle possède néanmoins un charme indéniable grâce à la présence de Mary Harald, abonnée aux rôles d'annamites depuis Tih Minh (1918) de Louis Feuillade, et à celle de Joë Hamman en chef de bande qui terrorise les gens dans un déguisement d'Esprit du Mal. De plus, le film récrée de manière convaincante la vie au Cambodge en utilisant les bâtiments construits pour une Exposition Coloniale à Marseille ainsi que des stock shots d'Indo-Chine. Gaston Ravel est un réalisateur non dépourvu de talents, même s'il ne possède pas le sens du rythme d'un Feuillade qui multiplie les péripéties. Le scénario du film n'est pas exempt des préjugés raciaux de la France coloniale. La petite Soun, admirablement interprétée par Mary Harald, est amoureuse de Jacques Vaudry et celui-ci n'est pas insensible à son charme. Cependant, il va lui préférer la blonde et blanche Andrée Brabant qui est "de la même race" que lui comme nous l'apprend un intertitre sans ambiguîté. Même les personnages secondaires n'échappent pas au racisme ordinaire comme lorsque Bilboquet (André Deed) suggère à la camériste noire "d'arrêter ses écluses ou tu vas déteindre". Les premiers épisodes exposent assez lentement l'intrigue criminelle où des bandits tentent de s'emparer par tous les moyens (meurtre ou vol) d'un terrain pétrolifère que possédait un bonze assassiné par les soins de leur chef, le redoutable Tao (J. Hamman). Si le rythme n'est pas encore très soutenu, on peut penser que les épisodes suivants offriront plus de rebondissements. Il reste cependant en mémoire, une très belle scène où la haute silhouette de Tao chevauche un destrier le long du Mékong. Ravel utilise un ralenti - encore très rare à l'époque - pour accentuer l'irréel de la scène destinée à terroriser les populations. A suivre.

jeudi 28 décembre 2017

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (X)

Nouvelle critique dans Le Figaro du 28 décembre 2017:

vendredi 22 décembre 2017

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (IX)

Nouvelle critique publiée dans L'Obs du 21 décembre 2017:
Et dans Jeune Cinéma N°384 en décembre 2017:

mercredi 13 décembre 2017

Continental films - Cinéma français sous contrôle allemand (VIII)


De nombreuses nouvelles critiques de mon livre ont été diffusées et publiées récemment. Philippe Meyer l'a chroniqué dans son émission Le Nouvel Esprit Public le 17 novembre dernier:
Je vais recommander la lecture d’un livre publié par une vaillante petite maison d’édition cinéphile – pas seulement cinéphile – mais très cinéphile, ce sont les éditions de la Tour Verte. Le livre est signé de Christine Leteux et il s’intitule Continental Films et c’est donc un livre d’histoire sur cette firme allemande dirigée par Alfred Greven, installée à Paris et qui a eu un rôle déterminant dans la production cinématographique pendant l’Occupation, qui entre autres a fait travailler des gens comme Le Chanois, comme Richard Pottier, comme Henri-Georges Clouzot et un certain nombre d’autres comme Maurice Tourneur. Et c’est autour de cette Continental Films que Christine Leteux fait une enquête méthodique qui permet de savoir qui a vraiment fait quoi et comment à l’intérieur de cette firme allemande. Il y a eu d’un côté une volonté hégémonique allemande, mais de l’autre côté, énormément de petites initiatives qui ont fait en sorte que cet endroit soit un endroit où l’on fasse essentiellement des films et surtout pas de la propagande. Alors, Christine Leteux ne dissimule ni qu’il y avait des salauds, ni qu’il y avait des profiteurs, ni qu’il y avait des imbéciles, ni qu’il avait des gogos… et qu’il y avait peu de juifs. Quoique Le Chanois ! Et aussi la manière dont un certain nombre d’entre eux ont été protégés par ceux qui étaient employés par la Continental. Et aussi, elle examine un certain nombre de dossiers qui ont été jugés sans qu’il y ait eu d’instruction ni à charge et ni à décharge, ou plus exactement, seulement à charge, notamment l’histoire du fameux voyage des huit à Berlin, sept comédiens (sic) [Erreur : Six comédiens et un scénariste] et un journaliste. Et en réalité, on s’aperçoit que par exemple Danielle Darrieux n’y est allée que parce qu’elle a obtenu en échange d’aller voir son fiancé qui était dans un camp d’internement, que tel autre n’y est allé que parce qu’on lui avait dit que si il n’y allait pas on allait ressortir le livre anti-nazi qu’il avait publié avant la guerre et qu’il allait faire autre chose que du cinéma, etc. etc. Le seul qui était un collaborateur enthousiaste c’était le journaliste qui les accompagnait et tous les autres y sont allés en marche arrière. Et c’est très intéressant… sauf peut-être Suzy Delair, qui va avoir 100 ans bientôt. On se demande aussi si c’est pas parce que elle avait quand même « ein Vogel in seinem Kopf » comme diraient les Allemands, en tous cas un pois chiche à l’intérieur du crâne, quelle que soit ses qualités d’actrice que l’ont a pu admirer de nouveau dans la rediffusion de Quai des orfèvres, la version restaurée, par Arte qui était vraiment une splendeur.

Frédérique Le Teurnier l'a également chroniqué sur France Bleu le 12 décembre 2017:
Le premier ouvrage c’est un bijou. Il se lit comme un roman. Il s’appelle Continental Films – Cinéma français sous contrôle allemand. Et dans ce livre, on se remet dans le contexte de la seconde guerre mondiale. Nous sommes à Paris à l’octobre de 1940 et c’est dans une capitale occupée qu’Alfred Greven un producteur allemand crée donc une société de production cinéma où il va enrôler de grandes vedettes, Danielle Darrieux, Fernandel, Raimu, puis des réalisateurs de renom, Marcel Carné ou encore Henri-Georges Clouzot pour ne citer qu’eux. Et cette société elle va faire naître une trentaine de films dont certains chefs d’œuvre comme Le Corbeau. Et pour la première fois, en fait, cette histoire nous est racontée de l’intérieur grâce aux archives aussi bien françaises qu’allemandes. On pourrait comparer ça à une enquête passionnante dans une période pour le moins troublée. Bertrand Tavernier, qui a fait la préface nous dit que cela fait des années qu’il attendait un tel livre... Parce qu’il y avait de nombreuses zones d’ombre, vous vous en doutez, tout simplement et qu’ici tout est relaté sans jugement. Et aussi parce que le regard de l’auteure, Christine Leteux, est précis, mais humaniste également. En fait, on se rend compte que certains ont travaillé dans une firme allemande, mais ils ont pourtant réussi à faire de la résistance alors que d’autres, il faut bien avouer, étaient plus fourbes. Et surtout tous les angles de cette période sont traités. On y trouve des paroles de techniciens, de scénaristes, d’acteurs, de réalisateurs, mais des aspects financiers et politiques sont également traités. C’est ce qui fait tout le mérite de ce livre. Franchement au départ, c’est tout juste si j’ai pas soupiré en disant : « Oh la la ! ça va être un peu une lecture ardue quand même… » En fait pas du tout, ça se lit comme on regarderait un film de cinéma. C’est un long métrage de 400 pages pour reprendre une jolie formule d’Alain Guédé au Canard Enchaîné. Ca tombe plutôt bien me direz-vous, un long métrage pour ce livre, tout n’était pas tout noir ou tout blanc, le cinéma était passé en zone grise. On s’en rend compte. 
Il y a également une critique signée "Julien" sur le Blog de la Librairie Mollat de Bordeaux: cliquez ici. et sur Critiques Libres: cliquez là.

Autres critiques parues dans Positif de décembre 2017:

Et dans La Gazette de Monaco de décembre 2017:

mercredi 29 novembre 2017

Rencontre-dédicace chez Joseph Gibert le 16 décembre 2017

Je serai chez Joseph Gibert au 26 Bd St Michel (Paris 6e) pour une rencontre-dédicace le samedi 16 décembre de 17h à 19h. Elle aura lieu à l'espace-rencontres au 1er étage du magasin, rayon beaux-arts. 

vendredi 24 novembre 2017

Le Corbeau le 20 décembre 2017 à la Cinémathèque de Toulouse

Je serai à Toulouse le mercredi 20 décembre pour présenter Le Corbeau (1943) d'H.-G. Clouzot à la Cinémathèque de Toulouse à 19h00. Cette séance sera précédée d'une rencontre avec les lecteurs à la Librairie Ombres Blanches à 16h30.

mercredi 22 novembre 2017

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (VII)

Une nouvelle critique sous la plume de Philippe Meyer dans La Semaine Juridique du 20 novembre 2017:


mardi 14 novembre 2017

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (VI)

Critique publiée dans Télérama du 15 novembre 2017:

Le superbe livre de Christine Leteux (Continental Films, Cinéma français sous contrôle allemand, éd. La Tour Verte) remet les pendules à l’heure. Certes, Greven est un allemand raffiné, qui accroche, chaque jour, telle une provocation, son manteau et son chapeau au buste de Hitler dans son bureau, mais il sait aussi se montrer implacable. Harceler Edwige Feuillère qui refuse de travailler pour la Continental après que la firme a racheté son contrat. Forcer Danielle Darrieux à prendre, avec d’autres vedettes, un train pour Berlin, en 1942, pour la première allemande de Premier Rendez-vous.
Le récit se lit comme un roman d’aventures tragiques. Il fait le point sur ce fameux voyage à Berlin en différenciant les acteurs ravis d’en faire partie (Suzy Delair se plaint de ne pas avoir été présentée à Goebbels) et ceux qui y assistent contrains et forcés. Christine Leteux est la seule à avoir réussi à consulter toutes les archives françaises et allemandes sur le sujet, ce lui a permis d’éclaircir des cas très douloureux, comme celui d’Harry Baur.
Il est l’un des comédiens les plus populaires de l’époque : on l’a vu dans Les Misérables, Mollenard, Un Carnet de bal, Volpone, L’Assassinat du Père Noël. C’est dire la stupéfaction des Français lorsqu’ils apprennent que leur vedette adorée a accepté de tourner, en Allemagne, Symphonie eines Lebens. En fait le comédien, dont la femme est juive, a tenté mille prétextes pour refuser. Son état de santé : mais les autorités lui ont promis la présence d’un médecin 24 heures sur 24. Sa méconnaissance de la langue allemande : mais un coach la lui apprendra à vitesse grand V… De retour à Paris après deux séjours éprouvants en Allemagne, Harry Baur et sa femme sont arrêtés, sur la dénonciation d’un ami d’enfance du comédien. Devenu un antisémite forcené, il avait même reproché à un journal d’avoir publié sur la même page la photo de son ex-camarade, un « enjuivé, sale, taré, lâche » et celle d’un être « aussi beau, aussi moral que le Führer ». L’acteur est enfermé dans la prison du Cherche-Midi. A l’un de ses tortionnaires qui s’étonne de le voir se lever alors qu’il s’apprête à le rouer de coups, Harry Baur dit « Ce sera moins lâche, pour vous, de frapper un homme debout. » Il meurt en avril 1943. Un médecin, venu le voir avant son décès, constate qu’il « avait été brutalisé, rossé et frappé avec une violence extrême ».
Le livre s’attache à démêler les responsabilités de chacun. Ceux qui se ruaient sur Alfred Greven avant même qu’ils ne les sollicite (Fernandel, Tino Rossi). Ceux qui travaillaient pour la Continental mais luttaient pour leur indépendance (le cinéaste Henri Decoin). Et ceux qui, au mépris de tout danger, refusaient la moindre proposition (les comédiens Paul Meurisse et Pierre Blanchar). Parmi les comportements les plus détestables, Christine Leteux insiste sur celui de Léo Joannon, réalisateur de second ordre, auteur, avant la guerre, de comédies pas inoubliables : Bibi-la-Purée et Vous n’avez rien à déclarer ? Le scénariste Henri Jeanson l’appelait « la mouche du Boche ». Pour réaliser Caprices, en 1941, Joannon va se livrer à des magouilles ignobles. Il fait signer des contrats antidatés aux vrais auteurs du scénario : Jacques Companeez et Raymond Bernard, interdits de travail parce que juifs, pour s’approprier leur œuvre. Il refuse de les payer, comme il l’avait promis, une fois qu’il est sorti d’affaire. Et lorsque l’un d’eux – Raymond Bernard, se rebiffe et ose l’attaquer en procès, il menace de le dénoncer aux autorités… Le film ne vaut que pour une scène formidable : dans un restaurant huppé, Danielle Darrieux et Albert Préjean créent la panique, à propos d’un lustre gigantesque qui pourrait tomber… On ne peut s’empêcher, aujourd’hui, de mesurer ce que cette fantaisie cachait de lâchetés et d’ignominies. Pierre Murat