vendredi 25 juillet 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (VI)

Une nouvelle critique du livre En Angleterre occupée - Journal d'un tournage vient de paraître dans la revue du court-métrage Bref N°112, juillet 2014:


jeudi 24 juillet 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (V)

Avec un peu de retard, voici l'excellente critique du DVD et du livre En Angleterre occupée publiée dans L'Ecran fantastique de mai 2014:


samedi 19 juillet 2014

Flower of the Dusk 1918

Viola Dana
L'Héroïque mensonge
Un film de John H. Collins avec Viola Dana, Howard Hall, Margaret McWade et Jack McGowan

La jeune Barbara (Viola Dana), qui est invalide, vit avec son père Ambrose (H. Hall)  qui est aveugle. La tante de jeune femme (Margaret McWade) prend soin d'eux tout en ruminant sa vengeance. En effet, elle était amoureuse d'Ambrose et celui-ci lui a préféré sa soeur. Or cette dernière s'est suicidée pour un motif inconnu...

John H. Collins (1889-1918)
John H. Collins ne fait pas partie des pionniers du cinéma qui ont laissé un nom, malgré son talent. Il faut dire que sa carrière fut extrêmement courte. Il mourut à l'âge de 28 ans de la grippe espagnole. Un seul de ses films est maintenant disponible en DVD: Children of Eve (1915) que j'avais beaucoup apprécié. En 1918, il est sous contrat à la Metro Pictures Corporation avec son épouse l'actrice Viola Dana qui est souvent son interprète principale. Pour ce mélodrame qui semble accumuler les poncifs - père aveugle, fille invalide et mère suicidée - Collins montre l'étendu de son talent avec une direction d'acteurs tout en retenue et une lumière crépusculaire apportée par le talentueux John Arnold, le futur opérateur de The Big Parade (1925) de King Vidor et de The Wind (1928) de Victor Sjöström. Malheureusement, il ne reste que trois des cinq bobines que comptaient ce joli film. On ne verra donc pas le prologue avec Constance, la mère de Barbara (Viola Dana joue les deux rôles) qui s'est mariée trop jeune avec un homme assez âgé pour être son père. Or, elle rencontre Lawrence, un homme marié dont elle tombe amoureuse. Cet amour impossible la pousse au suicide. Vingt ans plus tard, Barbara et Ambrose ignorent les raisons de sa mort. Mais, Miriam - la soeur de Constance - qui les connait, ne songe qu'à se venger. Elle a vieilli en s'occupant de sa nièce et de l'homme qui l'avait rejetée au profit de sa soeur. Margaret McWade, la formidable interprète de The Blot (1921), suggère avec talent l'amertume de cette femme rongée par la jalousie. Le beau visage expressif Viola Dana est magnifiquement éclairé par John Arnold et apporte toute l'émotion nécessaire à son rôle. La fin du film, qui réservait une surprise, est également absente de cette copie. On ne verra donc pas comment Barbara, habillée en robe de mariée, ment une dernière fois à son père pour lui épargner la douleur de savoir que sa femme ne l'aimait pas. Même incomplet, ce film montre le talent de ce jeune réalisateur fauché dans sa prime jeunesse. Il ne fait aucun doute que s'il avait vécu plus longtemps, il aurait certainement continué à grimper les échelons du métier et serait devenu un réalisateur célèbre.

lundi 19 mai 2014

Fazil 1928

L'Insoumise
Un film d'Howard Hawks avec Greta Nissen, Charles Farrell, John Boles et Mae Busch

Fabienne (G. Nissen) une jeune parisienne recontre un prince arabe Fazil (C. Farrell) à Venise. Ils se marient, mais leurs différences culturelles vont les séparer...

Un journaliste sarcastique a suggéré à la sortie du film que le patron de la Fox, Mr. Sheehan, devait être absent lors de la réalisation de cette concoction. Les nombreux fans d'Howard Hawks pourront en vain chercher les traces de la "Hawks Touch" dans cette histoire d'amour digne d'un roman photo à deux sous. On comprend cependant le raisonnement de la maison de production. The Sheik (1921) et The Son of the Sheik (1926) avec Rudolph Valentino en voiles blancs avaient fait chavirer les coeurs et rapporté une petite fortune à ses producteurs. Alors tout le monde se met sur le filon. Même Maurice Tourneur réalise Old Loves and New (Le Cavalier des sables, 1926) qui, tout comme Fazil, est reçu avec tièdeur par la presse. Le film de Hawks souffre déjà d'un sérieux problème de distribution. Qui a pu songer que Charles Farrell, le timide héros de Borzage, pouvait être un sheik arabe crédible ? Sur l'écran, on voit Charles déguisé avec maquillage et moustache, mais il n'est guère convaincant. Si encore le scénario permettait un certain second degré comique. Même pas, tous les clichés les plus éculés s'étalent à l'écran. Les intertitres ont été qualifiés en 1928 de "lamentables". On ne saurait mieux dire. Malgré ses défauts, The Son of the Sheik possédait quelques qualités essentielles qui manquent terriblement à ce film: la sensualité et un second degré assumé. Une bande-son Fox Movietone a été ajoutée à la sortie du film. Comme c'est souvent le cas, on entend jusqu'à plus soif une chanson d'amour sirupeuse, ce qui n'arrange pas les choses. Que peut-on sauver de cette bluette sentimentale digne de Nous Deux ? On voit que la Fox a investi pas mal d'argent dans les décors et les costumes. Mais, en dehors de la qualité de ceux-ci, les personnages sont tellement indigents qu'il est difficile de prendre au sérieux cette histoire insipide. Pour apprécier Hawks, mieux vaut se tourner vers le parlant.

dimanche 11 mai 2014

La Belle Nivernaise 1923

Un film de Jean Epstein avec Blanche Montel, Maurice Touzé, Pierre Hot et Mme Lacroix

Le père Louveau (P. Hot) adopte un petit garçon abandonné et l'emmène sur sa péniche 'La Belle Nivernaise'. Quelques années plus tard, le garçon nommé Victor (M. Touzé) tombe amoureux de Clara (B. Montel), la fille des Louveau...

Adaptée d'une nouvelle d'Alphonse Daudet, La Belle Nivernaise a été tournée sur la Seine entre Paris et Rouen. La vie des mariniers a intéressé les cinéastes très tôt. On trouve par exemple Les Chalands dès 1911, un court-métrage Gaumont de Georges-André Lacroix, et, bien entendu, le très célèbre L'Hirondelle et la Mésange (1920) d'André Antoine qui avait plus un caractère documentaire. Le cinéaste d'avant-garde Jean Epstein abandonne ici ses expérimentations formelles pour un récit traditionnel d'un amour contrarié au fil de l'eau. Parmi ses acteurs, on remarque particulièrement Blanche Montel qui avait été formée à l'école des sérials de Louis Feuillade, comme Barrabas (1920) où elle exécutait parfois des cascades dangereuses. Elle est ici la fille d'un marinier qui se promène pieds nus sur la péniche et qui tombe amoureuse de son frère adoptif. Epstein a un excellent opérateur en la personne de Paul Guichard de la maison Pathé. Il filme avec talent les paysages des bords de Seine. Comme c'est malheureusement souvent le cas avec Epstein, la direction d'acteur est assez faible et n'aide pas au développement et à la caractérisation des personnages. L'évolution de Victor d'enfant perdu à fils chéri du Père Louveau, puis retrouvé par son vrai père est pour le moins schématique. De même lorsque le metteur en scène veut faire monter le suspense lors de la bagarre entre Victor et le matelot de Louveau, il étire la scène au-delà du raisonnable réduisant du même coup son impact. La Belle Nivernaise conserve un certain charme à cause son tournage en extérieurs, mais le récit pourrait avoir un tout autre impact entre d'autres mains. Cependant, c'est un joli film qui permet de redécouvrir les paysages lacustres de la Seine.

jeudi 8 mai 2014

The Canadian 1926

Un film de William Beaudine avec Thomas Meighan, Mona Palma, Wyndham Standing et Dale Fuller

Suite à la mort de sa tante, Nora Marsh (M. Palma) est obligée de quitter l'Angleterre pour aller vivre dans la ferme de son frère (W. Standing) dans les grandes plaines de l'Alberta, au Canada. Elle s'adapte difficilement à la vie rude des fermiers et a des altercations avec Gertie (D. Fuller), l'épouse de son frère. Elle décide d'épouser Frank Taylor (T. Meighan) un employé de son frère et part vivre dans une ferme isolée...

Ce film peu connu de William Beaudine est une vraie découverte. L'intrigue, tirée d'un roman de W. Somerset Maughan, ressemble étrangement à celle de The Wind (Le Vent, 1928) de Victor Sjöström. Réalisé deux ans avant le chef d'oeuvre de Sjöström, The Canadian a été tourné dans la région de Calgary au Canada. Le réalisateur William Beaudine est surtout connu pour ses deux films avec Mary Pickford, Little Annie Rooney (1925) et Sparrows (1926). Il montre ici qu'il était capable de réaliser un film intimiste reposant essentiellement sur ses deux acteurs principaux, Thomas Meighan et Mona Palma, qui jouent tous deux avec une grande subtilité leurs rôles. Le film suit la vie quotidienne difficile d'un paysan de l'Alberta où une soudaine tempête peut ruiner une moisson en une nuit. C'est aussi l'affrontement entre deux personnages que tout oppose. Nora la citadine n'a accepté d'épouser Frank que pour échapper à sa belle-soeur Gertie. Il ne comprend pas pourquoi elle se refuse à lui et il va lui imposer de force ses devoirs conjugaux, avant de le regretter amèrement. Dans l'atmosphère de huis clos de leur cabane en bois, Nora et Frank vont finir par se comprendre. Loin du lyrisme de Sjöström, le film avance par petites touches et ne cherche pas à introduire du suspense ou de l'action. Le décalage social entre Gertie et Nora est par exemple montré par les gestes maladroits de Nora qui essuie ses couverts sur sa serviette avant de manger, ce qui met Gertie hors d'elle. Thomas Meighan, qui fut un des acteurs favoris de C.B. DeMille dans les années 1910, est un remarquable interprète, tout à fait moderne dans son détachement et son jeu minimaliste. Le film repose sur ses épaules, cependant, il ne tire pas la couverture à lui et laisse toute leur place aux autres acteurs, qui sont tous excellents. The Canadian est maintenant disponible chez Grapevine Video, dans une copie passable (tirée d'une copie 16 mm) qui permet de découvrir ce beau film.

jeudi 27 mars 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (IV)

Une nouvelle critique d'En Angleterre occupée est maintenant en ligne sur DVDClassik.
Et pour celles et ceux qui désireraient en savoir (beaucoup) plus sur les origines et le destin d’un des projets les plus atypiques de l’Histoire du 7ème Art, l’on recommandera une nouvelle fois la lecture d'En Angleterre occupée. Journal d’un tournage, édité en français au début de l’année 2014 aux éditions de La Tour Verte.

dimanche 23 mars 2014

La Dame de Monsoreau 1913

Bussy (H. Bosc) quitte Méridor (alias Chenonceau)
Un film de Charles Krauss ? ou Victorin Jasset ? ou Emile Chautard ? 
avec Marie-Louise Derval, Henri Bosc, Paul Guidé, Victor Perny, Léonce Cargue et Emile Garandet

La belle Diane de Méridor (M.L. Derval) est convoitée par le Duc d'Anjou (L. Cargue) et doit accepter la protection du Comte de Monsoreau (Jean Dulac) qu'elle abomine. Un jour, elle sauve le Comte de Bussy (H. Bosc) blessé dans un duel, en faisant venir un médecin...

Chicot (V. Perny) fait boire Gorenflot (E. Garandet)
Le célèbre roman d'Alexandre Dumas a été adapté plus d'une fois au cinéma et à la télévision. Cette première version produite par la société Eclair sortie en novembre 1913 présente un intérêt certain. Tout d'abord, les films produits par cette firme ont presque tous disparus et la restauration d'une de leurs grandes productions est vraiment un événement à saluer. Il reste un sérieux problème pour l'indentification du metteur en scène de ce film. Cette production de la branche ACAD (Association cinématographique des auteurs dramatiques) a dans le passé été attribué à Maurice Tourneur, par le peu fiable Jean Mitry. En fait, les quelques sources que l'on possède montre qu'il n'en est rien. Emile Garandet, qui joue Gorenflot, indique que le film aurait été réalisé par Victorin Jasset. Et Paul Guidé, qui joue Henri III, donne Charles Krauss comme réalisateur. Il n'est pas impossible que le film ait été commencé par Jasset et suite à son décès en juin 1913, qu'il ait été repris par Charles Krauss. Quant à l'attribution à Emile Chautard qui réalisait les grandes adaptations littéraires de l'ACAD, elle reste également possible sans qu'on puisse l'affirmer à 100%.
Henri III (Paul Guidé) et sa cour
 En tout état de cause, c'est un plaisir de découvrir cette version de mon roman préféré d'Alexandre Dumas. Eclair n'a pas lésiné sur les moyens, entre les costumes somptueux, le tournage en extérieurs au château de Chenonceau et le choix des acteurs issus des grands théâtres parisiens. En seulement 60 min, l'intrigue complexe du roman est résumée à grands traits sans éliminer pourtant les personnages et les intrigues secondaires. Le résultat donne un film qui avance sur les chapeaux de roue, mais qui est nettement plus satisfaisant que la version languissante réalisée par René Le Somptier en 1923. Les films Eclair offrent un découpage nettement plus dynamique que les films Pathé de la même époque. Ce film contient d'ailleurs nombres de plans américains, qui étaient fort rares chez leur concurrent. Il y a une excellente qualité de la photo avec une composition et une lumière directionnelle élaborées.
Diane (M.L. Derval) retrouve son père amené par Bussy
Et on peut l'apprécier malgré les nombreuses traces de décomposition. Les acteurs sont parfois un peu théâtraux, mais évitent l'outrance. C'est surtout par sa pure beauté plastique que le film régale les yeux. D'ailleurs, lorsque le film fut distribué aux Etats-Unis en mai 1914, il reçut les louanges de la presse professionnelle qui "nota la beauté exceptionnelle des paysages et la magnificence des intérieurs." Le seul bémol dans mon appréciation du film vient de la fin heureuse qui a été élaborée pour épargner au public la mort du héros et qui, sans nul doute, fut adorée par le public américain, mais qui ne correspond pas du tout aux intentions de Dumas qui avait conçu un drame romantique dans les règles de l'art. Même si je préfère toujours le merveilleux feuilleton de 1971 réalisé pour l'ORTF, ce film Eclair reste un régal pour les yeux. Vous pouvez découvrir le film sur le site des Archives Françaises du Film en cliquant ici.