mercredi 27 mai 2015

Le Secret d'Alta Rocca 1920 (I)

Jean Caudry (Henri Bosc)
Un film d'André Liabel en 12 épisodes avec Louis Monfils, Henri Bosc, Jacqueline Arly, Jacques Volnys et Gina Manès
Episodes 1 à 6

Dans la mystérieuse villa Alta Rocca au bord de la Méditerranée, M. et Mme Azmy (Louis Monfils et Lise Jaffry) organisent des escroqueries et des chantages. Une de leurs victimes est le banquier Romero (M. Javerzac) qui a réalisé des trafics louches en Amérique du Sud durant la guerre...

Viola Santi (Gina Manès)
En 1919, René Navarre, l'illustre interprète de Fantômas, crée une société de production à Nice nommée les Cinéromans. Il utilise les studios de la Victorine (alors appelés Ciné-studios) qui sont les mieux équipés de France à l'époque. Ils profitent aussi du climat clément de la Côte d'azur qui leur permet des tournages en extérieurs. Pour ce Cinéroman en 12 épisodes, le scénario est signé Valentin Mandelstamm qui est l'auteur de plusieurs romans. Il a concu une intrigue criminelle à rebondissements qui est cependant moins échevelée que celles d'Arthur Bernède, le collaborateur de Louis Feuillade. Plusieurs intrigues se nouent dans des milieux différents. D'un côté, il y a les agissements louches des Azmy qui dissimulent leur identité et de l'autre la vie apparemment sans histoires d'un riche industriel, M . Sourbier, et de sa fille. Or, ce dernier a un homme de confiance, Vitelli (Jacques Volnys) qui est en fait une sombre canaille qui essaie de marier son neveu désargenté avec Catherine (J. Arly) la fille de Sourbier. Pour arriver à ses fins, il n'hésite pas à faire emprisonner le fiancé secret (Henri Bosc) de celle-ci en fabriquant des preuves. Le film est extrêmement riche en séquences tournées en décors naturels et nous permet de découvrir Nice, ses vieux quartiers, ses rues pentues avec leurs trams ainsi que Grasse et Cannes. Malheureusement, André Liabel n'est pas un grand réalisateur et il filme sans grand relief cette intrigue criminelle. Les acteurs sont peu connus à part Henri Bosc (qui faisait du cinéma depuis les années 1910 comme dans La Dame de Monsoreau) et la jeune Gina Manès en amoureuse éconduite. Malgré tout, la sauce prend car le scénario nous transporte dans le microcosme de cette côte d'azur de l'après-guerre où se croisent des russes émigrés, des sud-américains et les industries locales, comme la parfumerie de Grasse. A bientôt pour la suite!

Zur Chronik von Grieshuus 1925

Le vieux seigneur de Grieshuss (A. Kraußneck) se meurt près de
ses fils Hinrich (P. Hartmann) et Detlev (R. Forster)
La Chronique de Grieshuus 
Un film d'Arthur von Gerlach avec Lil Dagover, Paul Hartmann, Rudolf Forster, Arthur Kraußneck et Gertrud Arnold

Au XVIIe siècle, le seigneur de Grieshuus (A. Kraußneck) souhaite faire de son fils Hinrich (P. Hartmann) son unique héritier. Mais, ce dernier tombe amoureux de Bärbe (L. Dagover) la fille d'un serf. Son père décide de le déshériter...

Bärbe (Lil Dagover)
Cette magnifique production de la UFA est une oeuvre d'atmosphère pratiquement tournée entièrement en studios. Le producteur Carl Laemmle n'a pas lésiné sur les moyens avec la construction d'un village et d'un château avec étang et landes désolées. Evoquant les gravures de Dürer, la composition des plans est de toute beauté avec des effets de clair-obscur ou des brumes évocatrices. Le scénario de Thea von Harbou est une adaptation d'un nouvelle de Theodor Storm qui nous plonge dans l'univers poétique d'un XVIIe siècle de conte de fées. Les situations ne sont pas nécessairement originales, mais c'est leur mise en image qui fait le pris de ce magnifique film. On retrouve l'opposition entre un père noble et son fils qui à ses yeux le déshonore en épousant une serve. Puis, le conflit se déplace après la mort du père entre les deux fils qui tous deux convoitent la Seigneurie. Au milieu de ce conflit, il y a la belle Bärbe que joue Lil Dagover avec son talent habituel. Elle sera une des victimes expiatoires de la violence entre les frères. Pour un tel film, la musique est essentielle pour porter l'atmosphère lyrique et poétique du propos. J'avais eu la chance de voir ce film en 2012 à la Cinémathèque française avec l'accompagnement génial du pianiste Stephen Horne. Arte nous l'a présenté avec une reconstruction de la partition originale du compositeur Gottfried Huppertz qui a également composé des partitions pour plusieurs grands films de Fritz Lang. Le résultat est un véritable plaisir pour l'oreille après plusieurs partitions modernes affligeantes présentées récemment. Huppertz donne au film exactement le lyrisme et les couleurs chromatiques post-romantiques qui lui conviennent. C'est l'une des plus belles partitions reconstituées que j'ai entendue avec celle d'Eduard Künneke pour Das Weib des Pharao (1922, E. Lubitsch) et celle d'Henri Rabaud pour Le Joueur d'échecs (1927, R. Bernard). Une superbe restauration à tous les points de vue.

lundi 25 mai 2015

Am Rande der Welt 1927

Le Lieutenant (Jean Bradin) et Magda (Brigitte Helm)
Au bout du monde
Un film de Karl Grune avec Albert Steinrück, Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck

Dans un moulin proche d'une frontière, un meunier (A. Steinrück) engage un étranger (Erwin Faber). Il s'installe avec la famille du meunier et tombe amoureux de sa fille Magda (B. Helm). C'est en fait un espion. La guerre éclate peu après...

Le fils du meunier face aux soldats ennemis
Ce passionnant film pacifiste de Karl Grune est fort peu connu, mais heureusement, une récente restauration est maintenant disponible sur  le site European Film Gateway. La distribution est impressionnante avec plusieurs grands noms du cinéma allemand: Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck. Grune nous raconte une histoire se déroulant dans un pays imaginaire où un meunier et sa famille se retrouve au centre d'un violent conflit à cause de leur position géographique proche d'une frontière. Un espion s'est infiltré à leur insu et leur moulin va devenir un point stratégique dans les plans de bataille des deux côtés. D'ailleurs, il ne semble pas qu'il existe réellement une armée "amie" pour les malheureux civils. Le moulin est investi par une colonne armée et le fils du meunier est emmené manu militari. Son sort repose entre les mains d'un capitaine brutal et cruel qui s'intéresse de près à sa soeur, la jolie Magda (Brigitte Helm en délicieuse ingénue). Il la met face à un dilemme épouvantable: accepeter de se donner à lui ou son frère mourra. Pourtant, parmi cette armée d'occupation, il y a un jeune lieutenant (Jean Bradin) qui va faire tout pour sauver le frère de Magda, par amour pour elle. Le film se termine par un sommet de violence avec l'incendie du moulin et l'exécution sommaire de l'espion. Bien que le film se déroule dans une contrée imaginaire, on ne peut s'empêcher de penser à la Grande Guerre en voyant les soldats dans des tranchées inondées avec un masque à gaz. D'ailleurs, la UFA voulut couper et remonter le film ce qui provoqua l'ire du réalisateur Karl Grune. C'est Brigitte Helm qui retient particulièrement notre attention en jeune ingénue, très éloignée de son rôle habituel de vamp. Wilhelm Dieterle joue le fils aîné du meunier avec talent; quant à Max Schreck, le terrifiant Nosferatu de Murnau, il est ici un colporteur inquiétant  à la tête d'un réseau d'espions. Une très jolie surprise qu'on aimerait bien voir sur Arte avec une belle partition.

mardi 5 mai 2015

Maurice Tourneur en vidéo

J'ai été interviewée à propos de ma biographie de Maurice Tourneur pour 
RLHD.TV. Vous pouvez visionner l'entretien ici.

samedi 25 avril 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (III)

Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur parue
 le 23 avril 2015 dans le N° 2633 de L'Obs:

Je voudrais quand même corriger une erreur dans cette chronique qui apparaît aussi sur IMDb. Maurice Tourneur n'a jamais joué avec Max Linder dans Max boxeur par amour (1912). Par contre, on peut le voir boxer - pour rire - avec Max Linder pour une bande d'actualités cinématographiques américaine de 1920 à l'époque où Max tournait Seven Years Bad Luck dans le studio de Maurice.

mercredi 22 avril 2015

Suzanne 1916

Michael (J. Signoret), Suzanne (S. Grandais) et le Père Bonheur
Un film de Louis Mercanton et René Hervil avec Suzanne Grandais, Jean Signoret, Marie-Louise Derval et Georges Tréville

Suzanne (S. Grandais) tombe amoureuse de Michael de Sylvanie (J. Signoret). Mais, il est promis à la Princesse Sonia (M.-L. Derval). Après son départ, Suzanne enceinte est jetée à la rue par son père. Elle trouve refuge auprès d'un vieux berger, le père Bonheur...

Cette production Eclipse est un véhicule pour mettre en valeur Suzanne Grandais qui était alors une des plus grandes stars du cinéma français. Ayant quitté la Gaumont, elle n'a plus Léonce Perret pour la diriger et doit se contenter du tandem Mercanton-Hervil qui sont également les réalisateurs attitrés de la grande Sarah Bernhardt. Ils ne sont malheureusement pas du tout au même niveau que le grand Léonce. Cependant, ce mélodrame larmoyant, qui ne recule devant aucun cliché, résiste au temps grâce à sa délicieuse interprète qui est la fraîcheur et le naturel même. Suzanne illumine l'écran de sa personnalité et nous permet d'avaler ce mélo sans sourciller. L'intrigue est pleine de déjà-vu dans la carrière-même de l'actrice: elle est séduite et abandonnée par son amant, puis fille-mère jetée à la rue, avant de retrouver son prince après avoir perdu la raison. Tout cela se termine par un suicide aquatique dans la grande tradition d'Ophélie comme elle le faisait déjà dans Le Coeur et l'argent (1912, L. Perret). Avec un tel sujet, Perret aurait certainement réussi à nous tirer quelques larmes alors que Mercanton et Hervil se contentent de filmer tout cela fort platement. Heureusement, le film a été tourné sur la Côte d'Azur près d'Antibes, ce qui nous vaut de beaux paysages maritimes. Cependant, les cadrages et les prises de vue manquent d'originalité. On est cependant très content de pouvoir regarder ce petit film grâce à l'European Film Gateway qui offre une copie néerlandaise teintée de belle qualité.

samedi 18 avril 2015

Vent debout 1923

Marie Richard (M. Renaud) et Jacques Averil (L.  Mathot)
Un film de René Leprince avec Léon Mathot, Madeleine Renaud, Robert Tourneur, Maurice Touzé et Camille Bert

Suite à la faillite et au suicide de son père, Jacques Averil (Léon Mathot) abandonne sa fortune aux créanciers de son père. Il retourne à Paimpol où il s'engage comme simple matelot sur un chalutier...

Il est difficile d'imaginer le statut de Léon Mathot au sein du cinéma français en 1923. Il est le favori du public français et il touche alors 60.000 francs par an de Pathé-Consortium ce qui constitue un salaire extrêmement élevé pour l'industrie française. Il faut dire qu'il a tourné précedemment d'excellents films pour Film d'Art sous la direction d'Henri Pouctal et d'Abel Gance, en particulier Le Comte de Monte-Cristo (1918) et Travail (1919). Vent Debout lui offre un rôle passionnant, celui d'un homme qui a perdu toutes ses illusions et qui tente de refaire sa vie en tant que marin. L'héritier oisif qui aimait la mer va devenir un dur à cuire et va s'imposer à bord d'un chalutier dominé par une brute. Il se prend d'amitié pour un petit mousse qui lui témoigne de l'affection. Las, ce nouvel environnement qui lui offrait un nouvel espoir de vie se fracasse avec la mort accidentelle du gamin. Le retour à Paris après ce drame ne semble guère engageant, car à part une bordée très arrosée, il n'a pas de perspective. C'est sa rencontre avec la douce Marie, interprétée avec énormément de talent par une toute jeune Madeleine Renaud de 22 ans, qui va en décider autrement. Soudain, l'espoir renaît avec la possible découverte d'un filon de malachite en Islande. Ce nouvel espoir sera également sans lendemain, mais Marie revient vers lui prête à partager sa vie. Leprince a à sa disposition une excellente histoire qu'il filme à Paimpol et à Paris. Mathot donne à son personnage toute la gamme de sentiments voulue avec une grande sensibilité. Du matelot costaud qui se mutine au jeune homme timide qui ne sait pas comment aborder le jolie Madeleine Renaud qu'il vient de rencontrer. La copie qui nous est parvenue est teintée et de belle qualité à part quelques séquences en cours de décomposition. Une autre curiosité du film est la présence de l'acteur Robert Tourneur, le frère cadet de Maurice Tourneur qui fit carrière au théâtre et au cinéma. Il est le portrait craché de son frère aîné. Un très bon film de René Leprince qui a été accompagné magnifiquement par Emmanuel Birnbaum à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Fanfan la Tulipe 1925 (II)

Fanfan (A. Simon-Girard) et le Maréchal de Saxe (Alexandre Colas) 
Episodes 6 à 8
Un film en 8 épisodes de René Leprince avec Aimé Simon-Girard, Paul Guidé, Simone Vaudry, Renée Héribel et Pierre de Guingand

Fanfan la Tulipe (A. Simon-Girard) est le porte-drapeau du Maréchal de Saxe à la bataille de Fontenoy. Le Chevalier de Lürbeck (P. Guidé) a fait enlever Perrette (S. Vaudry) pour forcer le Marquis d'Aurilly (P. Guingand) à lui fournir des missives secrètes...

Lürbeck (P. Guidé) s'apprête à éliminer
une complice trop bavarde
Pour les derniers épisodes de Fanfan, Le rythme du récit s'accélère. Le Chevalier de Lürbeck élimine une complice trop bavarde en tirant à travers une vitre teintée. Les problèmes personnels des personnages s'effacent face aux événements historiques. La bataille de Fontenoy est un enjeu crucial qui va mobiliser tous les héros et les traîtres de notre histoire. Lürbeck espionne à tout va pour renseigner les Anglais usant de l'intrigue et de la menace. Fanfan, appelé au front, va devoir secourir le roi Louis XV ainsi que d'Aurilly des griffes de ce redoutable adversaire. Pour la reconsitution de la bataille de Fontenoy, on a mobilisé d'importants moyens de figuration: un régiment d'Ecossais en kilt attaquent les Français dont certains sont perchés dans les arbres. Il y a moult charges de cavalerie et autre combats corps à corps. Certes, la réalisation reste fort sage. On est loin des effets techniques éblouissants d'Abel Gance dans Napoléon (1927). Néanmoins, le dernier épisode tient en haleine sans problèmes et les acteurs font tous preuve d'excellentes qualités athlétiques dans leurs rôles respectifs qu'ils chevauchent à bride abattue ou qu'ils ferraillent avec une belle énergie. Dans le style roman-feuilleton, ce Fanfan la Tulipe tient extrêmement bien la route comme les meilleurs feuilletons de l'ORTF savaient le faire. Un très agréable divertissement qui est un plaisir pour l'oeil.