lundi 20 juin 2011

Prestige 1932

Un film de Tay Garnett avec Melvyn Douglas, Ann Harding et Adolphe Menjou

A Paris, Thérèse du Flos (A. Harding) est sur le point d'épouser le Lieutenant André Verlaine (M. Douglas). Mais, quelques jours avant leur marriage, il reçoit son affectation pour diriger une colonie pénitentiaire en Indochine. Il part seul et sombre rapidement dans l'acoolisme...

Cette production Pathé-RKO a été tournée en partie dans les Everglades en Floride. Il faut mentionner ce choix de tourner en extérieurs à une époque où pratiquement tous les films sont réalisés en studio. Le film se caractérise également par une virtuosité des mouvements de caméra tout à fait inhabituelle pour l'époque. Tay Garnett commence le film par un travelling (quasiment en un seul plan) survolant les toits de Paris (en fait une maquette). Et cette virtuosité sera mise au service des personnages d'un bout à l'autre du film. Le scénario illustre sans fard l'esprit colonialiste de l'époque avec son racisme assumé. L'histoire étant située en France et en Indochine, il semble que les scénaristes américains en profitent pour montrer une image fort peu glorieuse du colonialisme français (et probablement très proche de la vérité). Le titre du film fait référence au 'prestige de l'homme blanc' face aux indigènes qui sont censés reconnaître la supériorité intrinsèque de celui-ci par rapport à eux. Melvyn Douglas y est un officier français posté dans au milieu de la jungle indochinoise. Il doit diriger un pénitencier avec pour seul soutien un escadron d'indochinois sous l'uniforme français. Il est le seul homme blanc aux alentours. Puis, Ann Harding vient le rejoindre dans cette jungle où les hommes se délitent sous une chaleur torride. Douglas n'a pas résisté longtemps à l'isolement et au climat accablant. Il s'est mis à boire sous le regard ironique de ses hommes. Seul son serviteur noir (joué par Clarence Muse) lui reste totalement fidèle. L'arrivée de Harding va le sortir momentanément de sa torpeur. Mais, le désespoir reprend le dessus suite à la visite du Capitaine Rémi Baudouin (Adolphe Menjou) qui lui annonce que son affectation est permanente. Son effondrement moral provoque le soulèvement de ses soldats qui libèrent les prisonniers. Au milieu de tous ces indigènes en révolte, la blonde Ann Harding semble être l'image mème de la femme blanche menacée par les 'sauvages'. La scène finale du film fait presque rire (ou grincer des dents) par son extrémisme : on y voit un Douglas désarmé qui remet littéralement à leurs places les indigènes à coups de fouet. Ann Harding avait tellement détesté ce film qu'elle avait demandé à la RKO de le détruire. Il faut dire qu'elle avait des idées progressistes sur les droits civiques des noirs et ne devait pas partager cette idée du 'prestige blanc'. Mais, le message raciste du film s'autodétruit presque de lui-même. On nous montre une société de surhommes et de sous-hommes tellement outrancière qu'on ne peut y adhérer. Garnett ménage de nombreuses surprises visuelles dans ce film.
L'arrivée de Ann Harding dans le pénitencier est suivie d'un long panoramique (presque à 360°) où elle balaie des yeux la cour de celui-ci. De même, la cérémonie de marriage traditionnelle entre Douglas et Harding est introduite par un mouvement de grue spectaculaire au-dessus de la foule jusqu'au couple. Il faut reconnaître qu'à partir d'un matériel assez stéréotypé, Tay Garnett a réussi à faire un film passionnant visuellement et riche en atmosphère (grâce également à la photo du français Lucien Andriot). Prestige est un film à découvrir.

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