mercredi 13 avril 2011

Hell's Heroes 1930

Les héros de l'enfer

Un film de William Wyler avec Charles Bickford, Raymond Hatton et Fred Kohler


Trois hors-la-loi, qui viennent d'attaquer une banque, s'enfuient dans le désert. Durant une tempête de sable, leurs chevaux s'échappent. Chemin faisant, ils trouvent une femme enceinte dans un chariot abandonné...


Ce très intéressant western de Wyler est la toute première version du roman de Peter B. Kyne, Three Godfathers, qui sera à nouveau porté à l'écran par Richard Boleslawski en 1936 et par John Ford en 1948. C'est aussi le premier film totalement parlant de Wyler. Avec une distribution de vieux routiers du muet comme Fred Kohler et Raymond Hatton qui furent des spécialistes des rôles de méchants, Wyler offre un film dépourvu de glamour, mais qui sent la poussière et la sueur. Charles Bickford, lui, vient de commencer sa carrière au cinéma parlant après des années de théâtre. Il deviendra aussi un acteur de second plan que l'on retrouve dans de multiples westerns. Donc, il n'y aucune star au générique de ce western adapté par C. Gardner Sullivan, un grand spécialiste du genre qui a travaillé durant des années avec William S. Hart. Son adaptation (avec Tom Reed) est nettement plus sèche que celle des scénaristes de Ford. ici, il n'y a pas de scènes comiques pour introduire les hors-la-loi. Et on n'essaie à aucun moment de les rendre sympathiques. Ces trois brutes avec leur quatrième complice exécutent même le caissier de la banque de sang-froid. Quant à la découverte du chariot, loin de provoquer une brusque montée de foi et de générosité, elle n'engendre d'abord qu'un désir de possession de cette femme abandonnée en plein désert. Réalisant qu'elle va accoucher, l'un d'eux est obligé de se dévouer pour l'aider, mais presque à contre-coeur. Devenus parrains malgré eux, les disputes continuent. Dépourvus d'eau, ils songent même à se partager le lait en boîte au lieu de nourrir l'enfant. Ils vont finalement se dévouer pour sauver cet enfant, comme si ils ne pouvaient pas faire autrement. Bickford poussera l'abnégation jusqu'à boire de l'eau empoisonnée pour réussir à atteindre la ville voisine et sauver ainsi le bébé. La fin est totalement dépourvue de sentimentalisme : il tombe mort à l'arrivée et on lui enlève l'enfant des bras. Au début du cinéma parlant, la censure est moins dure et on peut plus facilement montrer un méchant sans chercher à lui donner des excuses diverses. En 1948, il faut trouver des faux-fuyants pour que les personnages soient acceptés. On insiste lourdement sur l'aspect biblique avec l'arrivée de l'âne et on termine le film sur un happy-end hyper-sentimental qui n'est guère convaincant. J'ai été plus convaincue par le trio de brigands de Wyler que par celui -édulcoré- de Ford. Quant à l'aspect visuel du film, on est entièrement en décors naturels et la caméra n'est absolument pas statique. C'est certainement un des meilleurs films de 1930 que j'ai pu voir. Les dialogues ne sont pas emphatiques, mais naturels. Avec une durée de 69 min et sans une once de gras, le film est une vraie réussite parmi les premiers westerns parlants. Il est disponible dans la collection Warner Archive .

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