lundi 14 juin 2010

Treasures III-Social Issues in American Film (II)

Deuxième disque de Treasures III-Social Issues in American Film qui est consacré aux femmes (New Women) et à leur place dans la société. Les sujets abordés sont : la prohibition, les suffragettes, le mariage, l'éducation, l'avortement etc.



Where are my children? (1916, Lois Weber) avec Tyrone Power Sr, Helen Riaume et Mary Walcamp
Le District Attorney Richard Walton (T. Power Sr) est sans enfant. Durant le procès d'un médecin avorteur, il apprend pourquoi son épouse n'en a jamais eu...
Ce film est l'oeuvre de Lois Weber, une des pionnières du cinéma américain qui réalisa des films aussi impressionnants que Suspense de 1913 qui contient un écran divisé et des plans en plongée. Ce film se veut en faveur du contrôle des naissances tout en condamnant violemment l'avortement. (Voilà un sujet qui ne sera plus du tout abordé dans le cinéma américain pendant de longue années !) Le traitement de l'histoire provoque un certain malaise. En effet, le DA Richard Walton est présenté comme un partisan de l'eugénisme qui était à la mode à l'époque. Cet eugénisme consiste à favoriser la naissance d'enfants sains dans des familles comme-il-faut et à prévenir les naissances d'enfants dans des familles qui sont soit-disant des 'foyers criminels'. Ce type de projet sera repris plus tard par les Nazis. Mais, n'anticipons pas, ici, Weber s'attache au problème du contrôle des naissances, mais ne pose pas le problème comme il faut. Elle montre que les femmes de la bonne société ont recours à l'avortement comme moyen contraceptif. En parallèle, nous voyons les miséreux qui ont de multiples enfants sans pouvoir n'y rien faire. Le tout est agrémenté d'images pieuses d'enfants à naître ou de ceux qui sont renvoyés vers les cieux (avec des surimpressions assez hideuses). Mais, avec ses énormes défauts, ce film nous donne une vision assez claire des mentalités en 1916 aux USA alors que Margaret Sanger se lançait dans sa campagne pour le contrôle des naissances. (La France était encore bien loin de tout cela à cette époque-là !) Pour ce qui est du film lui-même, les acteurs sont excellents avec en premier lieu Tyrone Power Sr et Helen Riaume (qui sont les parents de Tyrone Power). La copie proposée a été reconstituée à partir de deux copies différentes. Il y a une très bonne partition orchestrale.
Les deux premiers courts-métrages de la firme Edison se concentrent sur la terrifiante Carrie Nation qui fut la tête de pont de la prohibition dans les années 1900. Armée d'une hache, cette armoire à glace de 6 pieds de haut s'attaquait aux bars et aux saloons pour réduire en miettes toutes les bouteilles qui tombaient sous sa lame. Edison se moque du personnage dans deux petits films où Carrie Nation est jouée par un homme. Kansas Saloon Smashers (1901) montre la destruction d'un saloon tranquille où quelques hommes viennent prendre un verre. Et dans Why Mr Nation Wants a Divorce (1901), le malheureux époux de Carrie doit gérer une marmaille envahissante avant de recevoir une fessée de son épouse.
Trial Marriages (1907, Biograph Co) s'intéresse au mariage à l'essai que prônait Elsie Clewes Parson, une dame de la bonne société. Inutile de dire que de telles idées étaient considérées comme totalement scandaleuses à l'époque. Et ce court-métrage se moque du mariage à l'essai en montrant un malheureux célibataire qui est victime de plusieurs femmes (la pleureuse, la jalouse et la fénéante). Le style comique est assez archaique (même pour l'époque). dans l'ensemble, le ton est résolument misogyne.
A Lively Affair(1912, Selig ou Warner ?) nous montre un groupe de femmes qui sous couvert d'un meeting de suffragettes, se retrouvent pour une partie de poker endiablée. A nouveau, on sent une forte misogynie car le mouvement des sufragettes marquait le désir d'émancipation des femmes.
A Suffragette in Spite of Himself (1912, Edison Co) est une amusante comédie tournée à Londres par la branche anglaise de la Compagnie Edison. On y voit un gentleman anglais, courroucé par les suffragettes, qui est la victime d'une blague de collégien. On lui a épinglé dans le dos un panneau: 'Vote for Women' sans qu'il s'en aperçoive. Il provoque la fureur d'un groupe d'hommes avant d'être pris à parti par des suffragettes. On reconnait plusieurs lieux célèbres londoniens dont Trafalgar Square. Le rôle principal est joué par Marc McDermott qui fut un spécialiste des rôles de fripouille mondaine.
The Courage of the Commonplace (1913, Rollin S. Sturgeon/Vitagraph) est un excellent court-métrage qui montre le labeur des femmes de fermiers dans l'Amérique rurale de l'époque. La fille aînée d'un fermier aide sa mère du matin au soir pour nourrir ses nombreux frères et soeurs en rêvant secrètement d'aller étudier l'art au collège . Elle économise péniblement sou par sou pour payer son inscription. Hélas, ses espoirs s'évaporent quand le cheval de labour meurt et doit être remplacé pour la prochaîne moisson... Ce CM a une fraîcheur et une qualité documentaire qui le rend immédiatement attachant. Le rêve de la jeune fille d'étudier pour sortir de son milieu rural est brutalement anéanti par les besoins immédiats de la ferme. Les petits fermiers américains vivaient très difficilement à l'époque avec des méthodes ancestrales. Excellent film Vitagraph.

Poor Mrs Jones! (1926, Prod. USDA) Ce court-métrage d'une quarantaine de minutes a été produit par le ministère de l'agriculture américain à des fins éducatives. C'est néanmoins une document fascinant sur les différences entre la vie rurale et citadine à l'époque. Mrs Jones est une femme de fermier qui est fatiguée par ses longues journées de labeur. Elle interpelle son mari en lui faisant remarquer qu'il gagne un misérable 400$ par an alors que le mari de soeur lui gagne 2000$ par an, en ville. Elle part visiter sa soeur et va découvrir l'envers du décor de la vie citadine. Sa soeur habite un tout petit appartement au dernier étage (sans ascenseur) et sa vie quotidienne est loin d'être reluisante après le paiement du loyer. Elle partage une seule pièce avec son mari et son jeune fils. La nourriture coûte une somme astronomique et la fermière trouve les oeufs incroyablement mauvais (ils sont probablement loin d'être frais...!). La foule est oppressante et le trafic incessant. En une semaine, elle se rend compte que son sort est bien plus enviable que celui de sa soeur. Certes, la vie est dure ; mais, ils vivent au grand air avec une nourriture abondante et saine. Le ministère de l'agriculture cherchait certainement avec ce film à décourager la migration des ruraux vers les villes. Il faut dire qu'avec la dépression de 29, de nombreux paysans avaient déjà fait ce chemin. La réalisation de ce film est en tout point intéressante par son aspect documentaire et le jeu totalement naturel des acteurs. Un document formidable sur l'amérique des années 20.
Si la plupart des films ont un point de vue masculin misogyne, il ressort néanmoins que les mouvements pour l'émancipation féminine (même ridiculisées dans certains films) étaient très important à l'époque. Juste un petit rappel pour les françaises qui obtinrent le droit de vote en 1944 : Les britanniques votaient depuis 1918 et les américaines depuis 1920....

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