vendredi 2 septembre 2011

Intruder in the Dust 1949

L'Intrus
Un film de Clarence Brown avec Juano Hernandez, Claude Jarman Jr., David Brian et Elizabeth Patterson

Dans une petite ville du Mississippi, Lucas Beauchamp (J. Hernandez), un fermier noir, a été arrêté pour le meurtre d'un blanc. Toute la population se rassemble autour de la prison pour organiser son lynchage. Mais, le jeune Chick Mallison (C. Jarman Jr.) va trouver Lucas avec son oncle avocat John Stevens (D. Brian). Il part la nuit pour déterrer le cadavre du mort et récupérer la balle qui l'a tué...

Avec cet Intruder in the Dust, Clarence Brown rappelle à ceux qui l'aurait oublié qu'il est bien plus qu'un simple 'studio director'. Embauché à la MGM en 1926, il est le réalisateur des stars maisons telles que Garbo et Crawford. Mais, en 1949, avec l'arrivée de Dory Schary comme producteur, les films MGM deviennent progressivement plus sensibles aux problèmes raciaux et sociaux de l'Amérique. Clarence Brown produit et réalise un plaidoyer anti-raciste sur un scénario de William Faulkner qui tranche avec ses films de pure divertissement. Le film est entièrement tourné à Oxford (Mississippi) la ville où habite William Faulkner. Il y a un désir d'authenticité et de sobriété remarquable à tous les niveaux dans ce film. Tout d'abord, il y a le personnage central Lucas Beauchamp, interprété avec dignité et charisme par le portoricain Juano Hernandez. Le cinéma américain de l'époque ne nous a pas habitué à voir un homme noir qui montre une telle fierté dans l'adversité. Alors qu'il est amené menottes aux poignets jusqu'à la prison devant une immense foule d'hommes blancs, il conserve sa dignité et toise du regard cette foule hostile. Il secoue même la poussière de son chapeau tombé à terre avant de la remettre. Vêtu comme un gentleman farmer, Il s'avance ignorant les regards haineux. Il possède une propriété et cultive sa propre terre et n'a pas l'intention de se laisser humilier. Cependant, il sait que ses chances de prouver son innocence sont faible. Aux yeux de la population, il est noir et forcément coupable. C'est sans compter le jeune Mallison (un Claude Jarman Jr. à l'air de petit oiseau effrayé) qui va tout faire pour l'aider. Les rapports en Mallison et Beauchamp sont d'ailleurs teintés d'une ambiguité étonnante. Il a rencontré Lucas après être tombé dans un trou d'eau gelé et celui-ci lui a offert l'hospitalité. Il a refusé toute aumône après ce beau geste. On sent un mélange de crainte et de gratitude chez cet adolescent blanc, élevé dans une famille du cru. Il va partir dans une expédition dangereuse la nuit tombée en compagnie du fils noir d'une domestique et d'une vieille dame excentrique Miss Habersham, jouée par la vétérante Elizabeth Patterson. Partis pour déterrer le cadavre de la victime, ils trouvent une tombe vide. A partir de ce moment-là, son oncle avocat commence à croire à l'innocence de Lucas. Ce bled perdu du Mississippi est rempli de personnages illettrés et racistes qui tueraient père et mère pour de l'argent. Le vieux Ned Gowrie (Porter Hall) est manchot, mais il a un pistolet caché dans sa chemise qu'il reboutonne systématiquement après l'avoir rangé. Il est le père du mort, lui aussi à la recherche du meurtrier. Tout ce petit monde nous replonge dans cette Amérique du sud profond qui vit encore comme au siècle dernier. Clarence Brown choisit une sobriété totale dans ce récit, sans jamais chercher d'effets de manche. Mais, les images en disent plus qu'un long discours. Il suffit de voir la cohue des voitures qui convergent vers la ville dans l'attente du lynchage qui apportera un 'divertissement' bienvenu, comme une sorte de fête foraine. La vieille Miss Habersham réussira à empêcher le lynchage de Lucas en se plantant devant la prison avec son tricot. Les forcenés reculent face à sa détermination. Brown évite toute sensiblerie ou sermon. Il montre simplement la couardise de ces 'justiciers'. Lucas sera finalement innocenté. Et il tiendra encore à payer son avocat, même une somme symbolique, pour conserver sa dignité d'homme. Il faut ajouter un mot sur la très belle photo noir et blanc de Robert Surtees, que l'on associe pas forcément au cinéma de Brown, mais qui se révèle un excellent collaborateur. Voilà un très grand film de Brown qui prédate de plus de treize années To Kill a Mockingbird et qui est, à mon avis, bien supérieur au film de Mulligan, par son propos et sa mise en scène. Le film est maintenant disponible dans une copie restaurée de toute beauté chez Warner Archive, sans ST. Attention, l'accent traînant du sud n'est pas toujours facile à comprendre. Mais, le film mérite qu'on fasse un effort.

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