vendredi 3 juin 2011

The Four Horsemen of the Apocalypse 1921

Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse

Un film de Rex Ingram avec Rudolph Valentino, Alice Terry, Alan Hale, Wallace Beery et Nigel de Brulier

En Argentine, avant la première guerre mondiale, le vieux Madariaga (Pomeroy Cannon) règne sur d'immenses propriétés. Ses deux filles ont épousé, l'une, un français Marcelo Desnoyer (Josef Swickard) et l'autre, un allemand, von Hartrott (Alan Hale). Julio Desnoyers (R. Valentino) est le petit-fils préféré du vieux Madariaga qui lui permet tout. Suite à sa mort, la famille se divise. Les Desnoyers repartent pour Paris et les von Hartrott pour l'Allemagne...

Cette adaptation du roman de Vicente Blasco Ibáñez est certainement le film le plus célèbre de Rex Ingram. Alors sous contrat à la Metro Picture Corporation (plusieurs années avant la fusion avec la compagnie Goldwyn), il réalise là une superproduction qui ne peut être comparée qu'aux grands films de Griffith de par son ambition et la débauche de moyens employés. Le tournage commença en juin 1920 et dura 6 mois. Ingram choisit méticuleusement ses interprètes. Il remarque un jeune acteur d'origine italienne auquel il va donner sa chance dans un grand rôle: Rudolph Valentino. Sa future épouse Alice Terry est Marguerite Laurier. Ses deux jeunes acteurs vont, sous sa direction, donner le meilleur d'eux-mêmes et devenir des stars. Il faut souligner le jeu épuré plein de sensibilité des deux acteurs qui doit certainement beaucoup à Ingram. Le film montre la montée inéxorable de la guerre qui va détruire tout sur son passage. Si le sujet conserve un aspect anti-allemand, ce n'est guère étonnant, vu que le film a été réalisé à peine 3 ans après la fin du conflit. L'espagnol Ibáñez voulait écrire une oeuvre contre la guerre et les quatre cavaliers de l'Apocalypse sont le symbole choisi pour montrer les ravages de la guerre.
Ingram savait réaliser comme personne ces séquences mythologiques. Ici, les quatres cavaliers, symbolisant la conquête, la guerre, la famine et la mort, surgissent dans les nuages annonçant la désolation qui va bientôt frapper la population. Le film réussit à combiner les grandes scènes de batailles avec l'intimisme. Nous suivons aussi la destiné de Julio Desnoyers (R. Valentino), le petit-fils chéri qui a toujours vécu dans une atmosphère de privilège et d'oisiveté. Sa rencontre avec Marguerite Laurier (A. Terry) va changer sa vie. Elle est mal mariée et malheureuse. Pour la première fois, il rencontre une 'dame' au lieu d'une 'fille.' Puis, il va ensuite prendre conscience des événements qui l'entourent et rejoindre l'armée. Il est entouré par une famille dominée par un père obsédé par la possession matérielle et qui entasse des objets de collection. Il se cherche, dépourvu de repères, jusqu'à sa rencontre avec le mystique Tchernoff (Nigel de Brulier) qui lui ouvre les yeux sur le monde.
Parallèlement, son vieux père va voir que tous les biens de la terre ne sont qu'un mirage face à la guerre. Son vieux chateau rempli de trésors est envahi par une horde de soldats et d'officiers allemands qui pillent, violent et ripaillent. On reconnaît parmi eux, un Wallace Beery particulièrement odieux. La scène qui tourne à l'orgie, avec des soldats déguisés en femme, fait penser à l'univers de von Stroheim (qui était d'ailleurs un ami et un grand admirateur d'Ingram). La scène finale dans le cimetière réussit à être émouvante et sans grandiloquence. Bien que tourné entièrement en studios en Californie, les décors ont une véracité qui n'est égalée que dans les films de von Stroheim. Le film est un énorme succès critique et auprès du grand public. Ingram se retrouve alors dans la liste des plus grands réalisateurs de l'époque avec D.W. Griffith et Cecil B. DeMille. Il le méritait sans aucun doute. Pour profiter au mieux de ce film magnifique, il faut le voir avec la superbe partition de Carl Davis qui sait donner toute l'ampleur et tout l'intimisme nécessaire à chaque scène.

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