lundi 14 février 2011

Zhizn zo zhizn 1916

Une vie pour une vie

Un film d'Evgenii Bauer avec Lidia Koreneva, Vera Kholodnaia, Vitold Polonskii et Olga Rakhmanova

Musia (L. Koreneva) et Nata (V. Kholodnaia) sont les deux filles de Mme Khromovo (O. Rakhmanova) qui est millionnaire. Durant une soirée, elles rencontrent le Prince Bartinskii (V. Polonski), qui dépense sans compter et a de nombreuses dettes. Bien qu'il soit amoureux de Nata, il épouse Musia car elle seule héritera de la fortune de sa mère. Nata n'est qu'une fille adoptive...

Avec ce film en 5 bobines, Bauer et la compagnie Khanzhankov veulent concurrencer les productions étrangères importées en Russie. Bauer adapte lui-même un roman français de Georges Ohnet, Serge Panine. Cette histoire se situe dans la haute société russe de l'époque. Le personnage central de la mère est assez étonnant car elle est une femme d'affaires qui gère elle-même ses usines. Le développement de l'intrigue est mené de main de maître. Dès le début, nous savons que le mariage de Musia et du Prince sera un échec. Musia est sincèrement amoureuse de lui alors qu'il ne s'intéresse qu'à son argent. Quant à Nata, elle épouse, sans aucun entousiasme, le riche marchand Zhurov. Aucun des personnages n'a ce qu'il désire le plus : l'amour de celui qu'il/elle aime. Les apparences sont sauves durant un temps. Mais, le prince ne peut se passer de Nata, ni elle de lui. La fin tragique est inévitable, mais ne sera pas celle que l'on avait imaginée. Bauer, qui avait débuté au cinéma comme décorateur, fait ici merveille en variant habilement les intérieurs des différents personnages. La millionnaire habite un appartement opulent avec mobilier XVIIIème et lambris doré sur les murs alors que celui du Prince semble plus contemporain et une déclinaison de l'Art Nouveau en Russie. Comme toujours, Bauer sait 'meubler' le champ de la caméra pour créer différents plans et ouvrir la profondeur de champ. C'est ainsi que Musia, derrière un rideau, découvrira son infortune. Les deux jeunes actrices donnent un relief particulier à leurs personnages. En particulier, Vera Kholodnaia (dans le rôle de Nata) qui fut une des stars du cinéma russe des années 10. Elle mourra dans la fleur de l'âge à 26 ans en 1919 suite à l'épidémie de grippe espagnole. Evgenii Bauer utilise plus le gros-plan en 1916 qu'il ne l'a fait jusqu'ici. Et c'est tout au bénéfice de la belle Vera qui a un jeu sincère et naturel. Un superbe mélo.

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