lundi 3 octobre 2011

The Great White Silence 1924

Un film d'Herbert G. Ponting

Ce documentaire exceptionnel a été réalisé par un photographe. Herbert G. Ponting n'avait pas encore réalisé de films lorsqu'il se joignit à l'expédition du Capitaine Scott, en Antarctique, en 1910-1912. Mais, il est évident qu'il avait un talent inné pour la réalisation en voyant ses fantastiques images superbement composées. Herbert G. Ponting rencontre la capitaine Scott en 1909 et en 1910, il rejoint l'expédition en Nouvelle-Zélande pour le départ vers le Grand Sud sur le Terra Nova. Il va filmer la traversée de Nouvelle-Zélande vers l'Antarctique et le début de l'expédition se concentrant sur les animaux et la vie des hommes. En février 1912, il remonte à bord du navire Terra Nova et ne sera pas présent lors de la fin de l'expédition qui verra la mort de Scott et de ses compagnons. Dans un premier temps, il utilisera ses nombreuses photos et ses films pour illustrer des conférences. Mais, c'est seulement en 1924 qu'il assemble tout son matériel pour en faire un film. Le film sera à nouveau retravaillé au parlant pour en faire 90° South (1933). Le BFI vient de réaliser un superbe travail de restauration du film de 1924 à partir du négatif original. Le film a été soigneusement remonté, teinté et viré. Les intertitres ont été également recréés dans le style de l'époque sur pellicule 35 mm pour éviter les cartons numériques flagrants.
Herbert G. Ponting part avec deux caméras et réalise aussi une énorme quantité de clichés sur plaques de verre. Encore maintenant, ses clichés de l'Antarctique conservent leur beauté plastique et provoquent tout autant la sidération du spectateur que dans les années 10. Il va filmer la vie des hommes de cette expédition hors-normes qui vise à atteindre le Pôle Sud. Ponting ne s'intéresse pas à l'aspect compétition de cette 'conquête' du pôle. Il va filmer pour la première fois des pingouins, des phoques et des baleines tueuses dans leur milieu naturel. Nous sommes maintenant saturés d'images de tous ces animaux, mais, en 1910, c'est la première fois qu'un homme va filmer la vie des pingouins. Et il le fait d'une manière remarquable. Nous assistons à l'éclosion d'un oeuf, à la croissance rapide des petits et nous observons la vie en société de ces animaux et de leurs prédateurs, les mouettes skua. Il filme aussi l'attaque brutale d'une bande de baleines tueuses qui cherchent à attraper un bébé phoque. On est étonné par la rapidité et la réactivité de ce photographe qui utilise un matériel lourd et encombrant, en plus des conditions polaires glaciales qui rendent le travail épuisant. A bord du Terra Nova, il va se faire construire une plate-forme qui dépasse de 3 m sur le côté tribord pour filmer la proue qui brise la glace lors de leur progression vers l'Antarctique. La traversée vers l'Antarctique n'est pas de tout repos avec une mer démontée en permanence. Ponting a le mal de mer, des animaux meurent durant la traversée et des membres d'équipages sont blessés. Arrivés en Antarctique, nous assistons au débarquement du matériel, des poneys et des chiens sibériens. Ponting filme l'équipage qui danse, s'amuse ou les poneys ivres de joie qui se roulent dans la neige après la longue et difficile traversée. Il réussit à capturer l'instant avec autant d'acuité en filmant qu'avec ses photos. Il a un oeil d'esthète lorsqu'il filme la formation de la glace à la surface de l'océan. On voit des formations de glace telles des feuilles de nénuphar qui flottent à la surface avant de s'agglomérer. Il a su capter la beauté de ce paysage antarctique avec un talent d'artiste inégalé. Mais, si le film conserve un pouvoir émotionnel certain, c'est sans aucun doute à cause de l'histoire humaine qui est racontée. Le capitaine Robert Falcon Scott a été envoyé en Antractique pour atteindre le premier le pôle Sud, au nom de l'Empire Britannique, avant ses compétiteurs norvégiens, l'expédition d'Amundsen. Scott atteindre la pôle 34 jours après Amundsen et il mourra avec ses compagnons sur le chemin du retour, affamé et perdu dans le blizzard. Bien qu'il n'ait pas participé à la dernière partie de l'expédition, Ponting nous raconte comment Scott avec ses quatres compagnons partirent en tirant eux-mêmes leurs traîneaux sur des terrains dangereux et accidentés. On les retrouvera morts sous leur tente. Scott avait laissé un journal détaillant leur dernier voyage. Il est évident que Ponting a été profondément affecté par la mort de ces hommes qu'il connaissait bien et qu'il appréciait. Et cela se ressent dans les images qu'il nous montre de la troupe joyeuse qui se prépare au grand départ. En plus d'être un document tout à fait exceptionnel, le film de Ponting est authentiquement une oeuvre d'art.
La restauration est fabuleuse. Mais, il y a cependant un bémol. La musique choisie pour accompagner le film est un ratage total. Le BFI a engagé un musicien, Simon Fisher Turner qui a réalisé une illustration sonore décousue et irritante. Sa musique électronique utilise parfois des fragments de Madame Butterfly ou autres voix. Il semble incapable de soutenir la qualité esthétique et cinématographique fabuleuse de Ponting. J'ai terminé de regarder le film en silence. Une responsable du BFI nous explique qu'un tel film ne peut être accompagné d'un orchestre ou d'un piano. On se demande bien pourquoi....!

2 commentaires:

La Sigoise a dit…

Avez vous vu The Viking de Varick Frissell, réalisé en 1931 ? L'effet de l'homme face à l'immensité des glaces est impressionnant.

Ann Harding a dit…

Non, je ne l'ai pas encore vu. Mais, j'en prends note! Merci.