dimanche 25 novembre 2018

88e Après-Midi du Livre au Lycée Victor Duruy (Paris 7e) le 8 décembre 2018

Vous pouvez venir me rencontrer à l'Après-Midi du Livre le dimanche 8 décembre 2018 de 15h à 19h30.

Salon des Beaux Livres de Giverny - 2 décembre 2018

Je serai présente au salon dimanche 2 décembre de 10h à 18h avec tous mes ouvrages: Continental Films, Maurice Tourneur et Albert Capellani. 

dimanche 30 septembre 2018

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (XVII)


Une nouvelle critique (signée Charlotte Garson) de mon ouvrage dans la revue Etudes d'octobre 2018:
« Chut ! » En couverture du livre, Prix du meilleur livre français 2017 du Syndicat français de la critique de cinéma, Raimu a l'index sur les lèvres dans Les inconnus dans la maison d'Henri Decoin – l'un des trente films produits par la Continental, studio créé à Paris par l'occupant allemand. Cette image n'est pas choisie au hasard : l'intrigue de Georges Simenon et les circonstances de production de ce film prêtent à des lectures ambiguës. C'est cet écheveau des années noires 1941-1944 – où la Continental, dirigée par le producteur allemand Alfred Greven appointé par Joseph Goebbels, a la mainmise sur le cinéma français – que l'auteure démêle en recoupant les dossiers d'épuration. La Continental sollicite les talents français, avec pour résultat une collaboration « grise » : exception faite de rares zélateurs pronazis, les professionnels diffèrent leur accord, prétextant une tournée en province ou des ennuis de santé, puis s'exécutent face à une menace économique (l'Allemagne n'autorise la reprise de la production en France que si la Continental fonctionne) et personnelle (à partir de 1943, ceux qui déclinent la demande de Greven sont envoyés au STO). S'il rappelle que ce cinéma privé de nombreux artistes d'origine juive a aussi produit des chefs-d'œuvre (Le corbeau de Henri-Georges Clouzot, 1943), le livre évoque une industrie fragilisée par les faillites de Gaumont et Pathé dans les années 1930 et l'exil à Hollywood des grands (Philippe Clair, Julien Duvivier, Jean Renoir). Il fait émerger des figures singulières, Russes blancs aux studios de Billancourt, Autrichien antinazi (le réalisateur Richard Pottier), Américain expulsable (Maurice Tourneur), Alsacien torturé par la Gestapo (le comédien Harry Baur)… Autant de cas particuliers qui détonnent dans une France « sous contrôle ».
Les cinéphiles auront repéré la belle coquille dans le texte...

jeudi 13 septembre 2018

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (VI)

A new review for my book Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (University Press of Kentucky, 2015) in The Journal of Popular Film and Television, N°84, Vol. 46, 2018:

vendredi 24 août 2018

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (XVI)


Nouvelle critique de mon ouvrage publiée dans la revue 1895 n°84, printemps 2018:
Les éditions de La Tour Verte se sont spécialisées avec la collection « La Muse Celluloïd » dans des ouvrages qui présentent des personnalités ou explorent des sujets peu voire jamais abordés. Citons Corinne Luchaire, Mag Bodard, Albert Capellani, Simone Simon, Maurice Tourneur, les écrits de critique de Marcel Carné, les rapports de Max Ophuls et Danielle Darrieux, Sacha Guitry et la Malibran, etc. La période de l’Occupation a souvent retenu l’attention des historiens, mais les critiques et les historiens du cinéma ne sont pas en reste avec l’ouvrage fondamental de Roger Régent en 1948 (Cinéma de France, sous-titré ensuite De La Fille du puisatier aux Enfants du paradis), Jacques Siclier (La France de Pétain et son cinéma), Jean-Pierre Bertin-Maghit (Le Cinéma français sous l’Occupation), René Chateau (Le Cinéma français sous l’Occupation 1940-1944), Pierre Darmon (Le Monde du cinéma sous l’Occupation), Jean-Louis Ivani (Continental Films. L’incroyable Hollywood nazie). Les articles sont également innombrables, que l’on pense en particulier au dossier coordonné par Hubert Niogret dans Positif (n°682, décembre 2017), « La Continental. Le cinéma français occupé ». L’ouvrage de Christine Leteux apporte une contribution fondamentale qui rend caducs certains travaux précédents. À partir de la consultation attentive des archives aussi bien françaises qu’allemandes et de nombreux témoignages, l’auteur éclaire d’un jour nouveau l’histoire de la Continental (qui a produit 30 films dans sa période d’existence), revenant notamment sur le voyage des artistes français à Berlin en mars 1942 ou sur les circonstances de la mort d’Harry Baur, assassiné par les nazis. Préfacé avec enthousiasme par Bertrand Tavernier (qui a évoqué le sujet avec son film Laissez-passer), le livre constitue une borne miliaire dans l’histoire du cinéma français pendant les années de guerre qui ne demande qu’à être poursuivi par de nouveaux travaux car les zones d’ombre subsistent.

dimanche 5 août 2018

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (XV)


Une nouvelle critique de mon ouvrage publiée sur le site nonction.fr:
Le cinéma français à l'heure allemande
[mercredi 18 juillet 2018]
Entre 1940 et 1944, 220 films sont tournés en France. La production de chefs d’œuvre comme Le Corbeau (Clouzot, 1943) et Les Enfants du paradis (Carné, 1944) a peu à peu érigé l’Occupation en un « âge d’or » paradoxal du cinéma français, au prix de certains raccourcis, contre-vérités et zones d’ombre. La Continental-Films, société contrôlée par les Allemands, a pourtant constitué un objet de choix pour les historiens du cinéma (cf. Le cinéma français sous l’Occupation de Jean-Pierre Bertin-Maghit, ou La France de Pétain et son cinéma de Jacques Siclier). Le livre de Christine Leteux prolonge donc l’exploration de cet angle-mort historiographique, tout en contribuant à balayer les fantasmes et approximations encore bien vivaces sur cet épisode complexe. Il mobilise pour cela des sources variées, certain inédites : extraits du journal de Goebbels non encore traduits, souvenirs des comédiens et des cinéastes, archives allemandes, mais aussi certains dossiers relatifs à l’épuration depuis peu accessibles aux chercheurs. Ce livre offre ainsi un regard à la fois neuf et complet sur la firme Continental et sur la période de l’Occupation.

Une firme pour le repos du guerrier
Créée le 1er octobre 1940, la Continental-Films n’est pas du tout fondée pour inonder les écrans français de films de propagande. Goebbels souhaite au contraire qu’elle se spécialise dans le divertissement. Car Hitler a donné à Paris un rôle particulier dans l’Europe occupée. La capitale doit se consacrer à la détente des soldats du Reich. Il faut donc produire au plus vite des films de qualité, en quantité. Or, depuis mai 1940, l’industrie cinématographique française est à l’arrêt. L’Exode a éparpillé techniciens, comédiens et cinéastes dans tout le pays. Beaucoup sont au chômage. L’antisémitisme de Vichy aggrave encore la situation. Le 3 octobre 1940 est publié un statut qui interdit aux Juifs d’exercer le moindre métier dans le cinéma (cela va des réalisateurs jusqu’aux simples ouvreuses de cinéma). Désorganisée, amputée de nombreux talents, la profession est réduite à l’inactivité. Autant dire que le contexte est propice à la mainmise de Goebbels.

Le rêve d’un Hollywood sur Seine version nazie
L’histoire de la Continental est surtout indissociable de celle de son directeur : Alfred Greven. Entré par hasard dans l’industrie cinématographique après-guerre, il y mène une carrière rapide, que l’avènement d’Hitler accélère. Nazi convaincu, il possède dès 1935 sa propre unité de production au sein de la UFA (une des sociétés de production les plus importantes de l’Allemagne de l’entre-deux-guerres). Il noue alors des relations avec des cinéastes français, qu’il saura mettre à profit ultérieurement sous l’Occupation. Nommé en février 1939 directeur de production de la UFA, il ne reste toutefois que trois mois à ce poste. Individualiste, colérique, Greven est un électron libre. Si Goebbels reconnaît ses talents, il se méfie de son caractère. C’est pourquoi Greven n’est pas le vrai patron de la Continental. Il est subordonné à Martin Winkler qui dépend directement du ministre de la propagande du Reich.
Le producteur nazi semble pourtant être l’homme de la situation. Pour lui, la Continental ne doit pas se contenter d’être une simple société de production. Elle doit aussi tourner ses films dans ses studios, les distribuer dans son propre circuit de salles et en assurer le tirage des copies. Greven ne se voit donc pas comme une simple courroie de transmission de Goebbels mais plutôt comme l’équivalent allemand d’un Jack Warner. Rapidement, Greven fait de la Continental une firme puissante, présente de l'amont à l'aval dans la filière du cinéma. Christine Leteux rappelle toutefois que le producteur nazi ne pèse pas sur les choix artistiques, domaine jalousement gardé de ses cinéastes et scénaristes sous contrat.

Collaborateurs, délateurs et résistants
Greven impose des cadences de production infernales. Les films doivent être tournés en vingt ou trente jours. Sur les plateaux règne une atmosphère de délation. Le sculpteur André Kuczura, antisémite et anticommuniste, joue les yeux et les oreilles de Greven. Travailler pour le cinéma attire aussi l’attention, suscite les jalousies et alimente les haines. Malgré son contrat avec la Continental, Harry Baur est arrêté sur dénonciation par la Gestapo en mai 1942. Interné, le comédien est torturé de manière abominable. Libéré, il ne retrouvera jamais la santé et meurt en avril 1943. Son dénonciateur, un ami d’enfance, sera acquitté en 1951. On croise aussi des résistants comme le chef opérateur Nicolas Hayer. Certains n’hésitent pas à défier la législation antisémite de Vichy. Le cinéaste Henri Decoin engage Max Kolpé pour mettre au point le scénario de Premier rendez-vous (1941). La vente du script permet au scénariste juif de fuir la zone occupée. Bref, l’histoire de la Continental rappelle à son échelle ce complexe mélange qu’a été la France occupée : d’un côté d’authentiques saloperies, des compromissions plus ou moins graves, tout un faisceau de petites lâchetés ; de l’autre, du courage, de l’entraide, de la débrouille, parfois même de l’héroïsme.

Une relecture de l’histoire du cinéma français sous l’Occupation
La Continental produit à elle seule 13% des films réalisés entre 1940 et 1944 en France. Si certains comme Jean Gabin refusent de tourner pour les Allemands, d’autres grands noms du cinéma français de l’époque acceptent de travailler pour Greven. Des réalisateurs reconnus (Marcel Carné, Maurice Tourneur, Christian-Jaque…) ou des talents prometteurs (Henri-George Clouzot, André Cayatte) sont engagés. Sont aussi enrôlés des techniciens réputés et des stars populaires comme Danielle Darrieux, Raimu, Fernandel ou Pierre Fresnay. En mars 1942, Junie Astor, Suzy Delair, Viviane Romance, Danielle Darrieux, René Dary et Albert Préjean sont invités à Berlin pour un voyage de propagande, séjour devenu le symbole de la collaboration des artistes français sous l’Occupation. Cette impression d’une « dérive fasciste » ne résiste toutefois pas à l’analyse. Christine Leteux rappelle les conditions de cette tournée berlinoise. La présence de la plupart des participants n’est due qu’aux pressions de Greven. Danielle Darrieux espère, par exemple, obtenir le droit de rendre visite à son fiancé, interné en Allemagne. Seul le journaliste Pierre Heuzé, collaborationniste frénétique, est là par conviction.
De même, être sous contrat à la Continental recouvre des réalités hétérogènes. Si l’acteur Robert Le Vigan y a vu l’occasion de manifester son adhésion à la collaboration, Henri-Georges Clouzot souhaitait de son côté, plus pragmatiquement, sortir du chômage. D’autres, comme le scénariste Carlo Rim, ne rejoignent la firme qu’en raison des menaces agitées par Greven. Le producteur nazi est de fait un manipulateur hors-pair, sans scrupule, qui sait profiter du contexte délétère de l’Occupation pour atteindre ses fins. Christine Leteux corrige aussi le tir sur un des mythes cinématographiques les plus prégnants des années noires : l’histoire du Corbeau. De manière irréfutable, elle démontre que le chef d’œuvre de Clouzot n’a jamais été distribué en Allemagne. Le film n’est pas non plus un témoignage sur la propension à la délation de la société française durant l’Occupation, le script initial datant de 1937. Il n’est pas non plus un objet de propagande voulu par les Allemands : le projet a été amené et porté par son seul réalisateur. Critiqué aussi bien par les journaux collaborationnistes que par la presse de la Résistance, Le Corbeau est loin d’avoir freiné longtemps la carrière de Clouzot comme on peut parfois le lire. Interdit d’exercer sa profession en août 1945, le cinéaste peut tourner de nouveau dès septembre 1946, avec le succès que l’on sait (Quai des orfèvres).

La Fin de la Continental
La Continental interrompt sa production en avril 1944. Les conditions de travail étaient de plus en plus difficiles. Coupures d’électricité, pénuries et bombardements contrarient les tournages. La réalisation des Caves du Majestic (Pottier, 1944) est de fait interrompue à plusieurs reprises par les attaques aériennes et ne sort sur les écrans qu’après la Libération. Après avoir fui la France, Greven est arrêté et interné par les Soviétiques. Après une traversée du désert, il fonde en 1953 une nouvelle société et s’essaie à la réalisation. L’ancien nazi tourne ainsi deux documentaires où il fait la promotion des forces navales de l’OTAN ! Avant sa mort en 1973, le destin d’Alfred Greven illustre aussi très bien les recompositions inattendues dues à la guerre froide.

En conclusion
Le travail de Christine Leteux constitue d’ores et déjà un jalon essentiel dans l’historiographie du cinéma français sous l’Occupation. Solidement documenté, servi par une analyse claire, l’ouvrage a été récompensé par le prix du meilleur livre sur le cinéma en 2017. Ses qualités en font le complément idéal du film Laissez-passer(2002) de Bertrand Tavernier, lequel signe d’ailleurs une longue et belle préface. 
                                                                                                                      Yoann Chanoir

mardi 3 juillet 2018

Continental Films à Cabourg le 20 juillet 2018

Je serai au Salon du livre de Cabourg le vendredi 20 juillet 2018 pour présenter Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand lors d'un café littéraire au Grand Hôtel de Cabourg.

vendredi 22 juin 2018

Cinema Ritrovato 2018

Je présenterai La Vie de plaisir (1944, A. Valentin) à 14h30 le dimanche 24 juin au festival Cinema Ritrovato.

vendredi 8 juin 2018

Continental Films au Festival de Bologne - Il Cinema Ritrovato 2018

Je serais au Festival de Bologne - Il Cinema Ritrovato du 23 juin au 1er juillet 2018 pour y présenter mon ouvrage sur la Continental Films ainsi que le très rare film d'Albert Valentin, La Vie de plaisir (1944)

Affiche de La Vie de plaisir (1944) d'Albert Valentin

mardi 5 juin 2018

Continental Films le 28 mai 2018 à la Maison Heinrich Heine

La conférence-débat qui a eu lieu le 28 mai dernier à la Maison Heinrich Heine - Fondation de l'Allemagne à laquelle j'ai participé avec Olivier Barrot et Bertrand Tavernier est maintenant visible sur YouTube:

jeudi 10 mai 2018

Conférence au Forum des Images le 7 juin 2018 à 19h15

Le jeudi 7 juin 2018 à 19h15, je présenterai une conférence sur la Continental Films au Forum des Images. Voici la présentation dans le magazine En Vue:

dimanche 22 avril 2018

Continental Films à la Maison Heinrich Heine le 28 mai 2018 à 19h30

Une conférence-débat sur Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand aura lieu à la Maison Heinrich Heine - Fondation de l'Allemagne le lundi 28 mai 2018 de 19h30 à 21h30
en présence de Bertrand Tavernier et la modération sera assurée par Olivier Barrot. L'entrée est gratuite dans la limite des places disponibles.
La Maison Heinrich Heine est située à la Cité Universitaire Internationale, 27 Boulevard Jourdan, Paris 14e (M° Cité Universitaire)

vendredi 30 mars 2018

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (XIII)

Une nouvelle chronique de mon livre est maintenant disponible sur DVDClassik
Et une critique a paru dans le quotidien juridique Les Petites Affiches du 26 mars 2018:
Parler du cinéma sous l’Occupation est un exercice difficile voire périlleux. Terrain miné qui réveille mémoires et polémiques, il évoque le débat sur le positionnement des artistes et des intellectuels pendant l’Occupation allemande. On renvoie pour ce qui concerne le milieu littéraire au livre de Pierre Assouline : L’épuration des intellectuels. Ce n’est pas le moindre des talents de Christine Leteux d’avoir osé et su dans Continental films, le cinéma français sous l’Occupation (Christine Leteux, Paris, 2018), ouvrage charpenté autour de thématiques passionnantes, narrer la création et le fonctionnement de la firme allemande qui allait produire un grand nombre de films, de février 1941 à avril 1944, dont certains incontournables du cinéma français. Ainsi des Inconnus dans la maison ou l’énigmatique Le Corbeau qui valut à Henri-Georges Clouzot quelques déboires et une mauvaise réputation. Qui furent les metteurs en scène, acteurs, régisseurs, décorateurs, recrutés par la Continental ? Comment pouvaient-ils ensuite la quitter et à quel prix, à quoi se rapporte «l’affaire Harry Baur» — particulièrement nauséabonde ? Telles sont, parmi d’autres, les questions auxquelles répond avec force détails et anecdotes Christine Leteux. La documentation est solide. Le style précis. Et la réflexion que ce livre suscite va bien au-delà des enjeux cinéphiliques. On est replongé non seulement dans l’univers de la production filmique organisée par les nazis, mais dans l’histoire. En fond il y a tous les enjeux, les drames de l’époque : le monde du cinéma, pas moins qu’un autre, n’échappe aux faiblesses et aux vilenies, tout n’y est pas toujours bien joli. On se fait des crocs-en-jambe, l’antisémitisme ambiant encourage parfois d’ignobles attitudes. Avec à chaque page la question lancinante et la plus inconfortable qui soit : qui sommes-nous pour juger et faut-il punir ceux qui ont tourné pour la firme allemande ? Ce sera la mission confiée, ce que narre l’auteure, au CLCF pour les metteurs en scène et à une autre commission pour les acteurs. On en saura plus en lisant le livre. 
L’usine à films. 
Mais au fait de quoi s’agit-il ? La Continental, qui s’en souvient ? Qui y fait attention aujourd’hui à la lecture d’un générique en noir et blanc ? Qui était derrière cette firme ? Les cinéastes pouvaient-ils conserver une marge de liberté créatrice ? Comment le régime nazi exerçait-il son contrôle sur les tournages et les montages ? Christine Leteux raconte à plusieurs reprises comment, au cœur des discussions, est à cette époque… le contrat. Exiger l’application du contrat, passer entre les mailles du contrat, utiliser les silences du contrat, puis si besoin sortir du contrat, telles sont les figures imposées pour sauver sa part de liberté et de créativité. Beaucoup s’y sont cassés les dents, quelques uns, parfois douloureusement comme Marcel Carné sur le tournage des Évadés, ou Henri Decoin qui va jusqu'au tribunal, réussirent à tenir tête aux exigences d’un Alfred Greven, placé à la tête de la Continental par un certain Goebbels, le créateur de la firme, qui surveillait tout mais dont Alfred Greven entendait aussi s’affranchir. Le livre raconte les jeux d’influence au sein du régime nazi lui-même. 
Une galerie de portraits. 
Le livre met en scène des femmes et des hommes ; leur destin, leurs choix. Alfred Greven donc. Mais aussi évidemment Arletty et sa liberté assumée, Mireille Balin et son triste destin, Ginette Leclerc et ses choix aventureux. Un chapitre fort intéressant est consacré aux Russes qui après l’exode de 1917 sont venus en France et qui ont grossi le personnel de la Continental. On fait ici connaissance des trajectoires et vies des régisseurs, décorateurs, monteurs russes. On laisse au lecteur (re-) découvrir les Danièle Darrieux, Maurice Tourneur, André Cayatte, Henri Decoin, Albert Préjean, Christian-Jaque, Ginette Leclerc, Fernandel, Jean-Paul Le Chanois, Noël Roquevert, Suzy Delair, Harry Baur, et bien d’autres, figures emblématiques du cinéma aux prises avec leur époque. L’auteure, c’est ce qui rend le livre si passionnant, ne juge personne, même si la plume est parfois plus sympathique pour certains que d’autres. Elle rétablit avec les faits une certaine vérité. Bertrand Tavernier, signataire de la préface, ne s’y est pas trompé en rendant hommage au livre. Pour les cinéphiles, ce livre Continental Films est une pépite documentaire qui ajoutera à leur culture. Pour eux et pour tous les autres, il est avant tout un vrai livre d’histoire et de réflexion sur cette période.
Christian Baillon-Passe

lundi 19 mars 2018

Continental Films à Vichy le 27 mars 2018 à 16h

Je serai au Petit Théâtre Impérial de Vichy le mardi 27 mars à 16h pour présenter mon ouvrage sur la Continental Films. Cette présentation sera suivie d'une séance de dédicaces à la Librarie "A la page" de Vichy. A bientôt!

lundi 12 mars 2018

Continental Films au Salon du Livre le 18 mars 2018


Je serai au Salon du Livre de Paris pour une séance de dédicaces le dimanche 18 mars de 15h à 18h au stand La Tour Verte de "Livres en Normandie" (Hall 1 - Stand F31)


Le cinéma muet de Maurice Tourneur à la Fondation Pathé du 4 avril au 1er mai 2018

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé au 73 avenue des Gobelins, Paris 13 ème (M° Place d'Italie) propose une programmation autour des films muets de Maurice Tourneur. Il y aura un certain nombre de raretés inédites. En outre, je présenterai une conférence sur le cinéma muet de Tourneur le mardi 10 avril à 19h. Venez nombreux découvrir Prunella (1918) et d'autres raretés délectables de 1916!

samedi 10 mars 2018

La Femme rêvée 1928

Angel (Charles Vanel) et Mercédès (Alice Roberte)
Un film de Jean Durand avec Charles Vanel, Arlette Marchal, Alice Roberte et Harry Pilcer

Un homme d'affaire parisien Angel Caal (C. Vanel) suite à un accident de voiture en Espagne fait la connaissance de Mercédès (A. Roberte). Il décide de l'épouser attisant ainsi la jalousie de sa maîtresse Suzanne (A. Marchal)...

Jean Durand fut un des grands pionniers de la firme Gaumont et produisit quantité de comédies et de westerns dans les années 1910. En 1928, il est déjà un vétéran qui tourne un de ses derniers films. Comme nombre de ses confrères, il a du mal à suivre l'évolution technique du cinéma et du discours cinématographique. Il filme en plans larges et ne sait pas rythmer une séquence avec des gros plans et des plans moyens. Il en résulte un film extrêmement long vu la minceur de l'intrigue: un riche homme d'affaire doit décider si la "femme rêvée" ressemble à sa femme ou à sa maîtresse. Outre ce problème de rythme des séquences, Durand est handicapé par une distribution bancale. Alice Roberte, qui joue la jeune femme effacée et timide de Charles Vanel, est parfaitement impavide et incapable d'exprimer les sentiments qui l'habitent. On imagine ce qu'une actrice de talent comme Sandra Milowanoff (qui fut souvent la partenaire de Vanel à l'écran) aurait pu faire dans un tel rôle. On s'ennuie ferme devant le jeu maladroit de Roberte qui est en plus dépourvue de tout charisme. Dire qu'elle a été la Comtesse Geschitz dans le Loulou de Pabst! Heureusement, il y a Harry Pilcer. Ce danseur, partenaire de Mistinguett au Music-Hall, nous offre un numéro de danse fort érotique sur la scène du Casino de Paris qui parvient à peine à dérider notre Roberte. Arlette Marchal a une toute autre allure, mais son rôle reste assez vide et lui permet à peine d'exister. Par contre, le film est d'une richesse incroyable pour ce qui est des costumes et des décors. Les actrices changent de tenue à chaque scène et le film semble avoir été sponsorisé par les grands couturiers parisiens pour faire leur promotion à l'étranger. Les décors vont du grand siècle pompeux de l'appartement de Charles Vanel à l'art déco très tendance de celui d'Arlette Marchal. Visuellement, c'est un régal car la copie est magnifique grâce à une restauration 4K à partir du négatif original. Durand se réveille vers la fin du film où il nous offre enfin un montage plus efficace alors que Vanel roule à tombeau ouvert sous un orage dantesque. Mais, le film reste cependant anecdotique dans l'histoire du cinéma muet français. Contrairement à Léonce Perret, son exact contemporain, il ne sait pas obtenir de ses acteurs des interprétations humaines et inspirées. Il filme un roman de gare sans réussir à transcender son matériel.

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (XII)

Nouvelle critique publiée dans La Septième Obsession N°15 de mars-avril 2018:
Et dans le journal suisse Bilan:
"Continental Films". Quand les Allemands produisent à Paris en 1940 

L'histoire du cinéma n'en finit pas de se refaire. D'abord, les choix esthétiques changent. Les spectateurs d'aujourd'hui n'aiment souvent plus les films appréciés par leurs parents ou grands-parents. Le vieillissement de certains titres constitue un fait subjectif, mais réel. Un lent travail d'archives permet par ailleurs de mieux comprendre les conditions de création et de diffusion. Une scientifique comme Christine Leteux a ainsi su cerner la carrière de deux réalisateurs importants sur lesquels ont savait peu de chose. Elle a parlé d'Albert Capellani, actif dans les années 1910 à Paris puis à Hollywood, puis de Maurice Tourneur, créatif lui aussi des deux côtés de «la grande mare» de 1912 à 1948. Deux biographies qui ont fait date, même s'il s'agit de publications confidentielles. Je vous avais parlé en son temps du Tourneur. 
Christine Leteux revient aujourd'hui avec un sujet plus populaire, dans le mesure où il reste polémique. A nouveau édité par la Tour Verte, «Continental Films» retrace la vie d'une société de production créée par les Allemands à Paris sous l'Occupation. Il s'agissait alors de donner aux Français des films de divertissement, si possible de qualité. La Continental échappait à la censure nationale. En allait-il de même avec une propagande nazie, surtout diffuse? Deux titres ont posé des problèmes à la Libération. Il s'agit de «Les inconnus dans la maison» d'Henri Decoin (1942) où le jeune assassin est Juif, et de «Le Corbeau» de Georges-Henri Clouzot (1943). Le cinéaste y faiit le portrait au vitriol d'une petite ville bouleversée par des lettres anonymes. Une réalité que connaissait pourtant bien le pays en ces années peu glorieuses.
Une collaboration ancienne
Comme le rappelle en préambule l'historienne, la collaboration (au sens propre) franco-allemande formait une réalité depuis les années 1920. Face à une France désorganisée, où les grandes sociétés comme Pathé ou Gaumont étaient en veilleuse, Berlin offrait les plus grands studios d'Europe, dirigés à l'américaine. Le muet était par définition international. Au début du parlant, il y avait eu des versions multiples. Des acteurs français jouaient, dans les mêmes décors et pour la même équipe technique, après leurs collègues germanophones. Etait enfin venu, dès 1935, le temps des productions françaises tournées à Berlin. «L'héritier des Mondésir» avec Fernandel avait été la dernière d'entre elles au printemps 1939. 
Il n'est donc pas étonnant qu'en 1940 les Allemands, installés à Paris désirent faire redémarrer à leur profit en automne une production interrompue en mai. La Continental peut ainsi naître sous la direction du mystérieux Alfred Greven. Celui-ci veut les meilleurs réalisateurs et les acteurs les plus célèbres. Ceux qui n'ont pas émigré aux USA sont au chômage. Il obtient du coup Christian-Jacque, Henri Decoin, Maurice Tourneur, Marcel Carné (qui ne s'exécutera jamais), Danielle Darrieux, Edwige Feuillère ou Pierre Fresnay. Il faut parfois exercer des chantages. Travailler avec lui fait peur. Les cinéastes sont du coup aussi des nouveaux-venus prometteurs comme André Cayatte ou Clouzot.
Pressions et défections
Après des débuts brillants, alors que l'atmosphère s'assombrit toujours davantage, les défections se multiplient. Les gens sous contrat s'en vont par principe, ou pour rejoindre la production privée. La Continental paie mal et les rythmes de tournage se révèlent effrayants. Sur les 220 films réalisés sous l'Occupation, elle n'en sort du reste que 30. Dès 1943, la machine tourne avant tout grâce aux efforts de deux hommes sur lesquels toutes les pressions peuvent s'exercer. Tourneur a un passeport américain échu, tout comme sa compagne un temps emprisonnée. Richard Pottier, qui porte le nom de son épouse, est un Autrichien naturalisé Français. Il s'agit d'un sujet allemand aux yeux des nazis depuis l'Anschluss de 1938. Mais il a fait la guerre du côté français en 1939-40... 
En dépit d'un climat souvent qualifié dans le livre de «délétère», les tournages se poursuivent jusqu'au printemps 1944. «Cécile est morte» de Tourneur d'après Simenon, «La vie de plaisir» d'Albert Valentin réussissent à rester in extremis de bons films. Il faut faire illusion, alors que la France est prise entre collaboration, simple survie et résistance. Christine Leteux consacre ainsi un chapitre au fameux voyage des acteurs parisiens en Allemagne de mars 1942 (1). Là aussi, l'historienne remet les choses à leur place. L'affaire a été déformée par une lecture sensationnaliste, puis moutonnière. Les comédiens ont été poussés à accepter. Danielle Darrieux, pour prendre un seul cas, a deux frères menacés de Service de Travail Obligatoire en Allemagne. Son fiancé, un diplomate devenu ennemi, est emprisonné outre-Rhin. Elle pose ses conditions. En plus, si elle accomplit le voyage aller, elle reviendra en France par ses propres moyens.
Un travail de synthèse
Il y a comme cela bien des révélations dans ce gros ouvrage. Elles modifient preuves en main tout ce qui se répétait depuis un demi siècle. Il suffisait pourtant de lire (notamment) les milliers de pages produites à la Libération par les Comités d'épuration. Il se trouve là d'innombrables témoignages. Christine Leteux en a tiré la «substantifique moelle», comme dit Rabelais. Un travail de synthèse que salue la longue préface de Bertrand Tavernier. «Cela faisait des années que j'attendais un tel livre, qui bouscule des croyances, des préjugés, décape certaines fables et fait émerger la face cachée d'un iceberg, tout un pan d'une Histoire dont on croyait connaître les grandes lignes.» Quand le cinéaste a tourné en 2002 «Laisser-passer», qui se passe précisément à la Continental, il ne savait presque rien de tout cela. Il avait dû se contenter de faire d'Alfred Greven un personnage de cinéma.
(1) Il y en a un autre de plasticiens et un troisième d'écrivains.
Etienne Dumont

jeudi 15 février 2018

Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand (XI)

Une nouvelle critique de mon ouvrage dans La Nouvelle Quinzaine Littéraire du 15 février 2018:

mardi 30 janvier 2018

Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma 2017

Cérémonie à la Cinémathèque française le 29 janvier 2018
Je suis heureuse de vous annoncer que mon ouvrage Continental Films - Cinéma français sous contrôle allemand a reçu le prix du meilleur livre français sur le cinéma 2017 du Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

vendredi 26 janvier 2018

Tao 1923 (III)

Soun (Mary Harald) sous l'emprise de Tao (J. Hamman) et de l'opium...
Un film en 10 épisodes de Gaston Ravel avec Gaston Norès, Mary Harald, Joë Hamman, André Deed et Andrée Brabant

Episodes 9 & 10
Soun (M. Harald) accepte de suivre Tao (J. Hamman) pour se venger de Vaudry (G. Norès) qui a épousé Mlle de Sermaize (A. Brabant). Néanmoins, Tao ne peut plus s'approprier les champs pétrolifères et décide d'y mettre le feu...

Pour les derniers épisodes, nous retournons en Indochine pour le dénouement de l'intrigue. Soun a perdu tout espoir d'être aimé de Vaudry et elle tombe sous la coupe de Tao qui profite de sa jalousie et de son désespoir. Il y a quelques séquences mémorables dans cette dernière partie, en particulier l'incendie des champs pétrolifères tourné en Camargue (figurant les rives du Mékong) avec un Tao hiératique chevauchant dans son costume d'esprit du mal. Quant à Soun, Mary Harald réussit à lui conférer une vraie sensibilité et c'est bien le seul personnage de ce Ciné-Roman qui évolue sur la durée contrairement aux autres qui restent des clichés de mélodrame. Le couple Vaudry-Mlle de Sermaize est particulièrement fade. Dans la scène finale, nous découvrons Soun en prêtresse de Bouddah, ayant recouvré ses esprits après avoir sauvé la vie de Vaudry. Au total, ce film est agréable grâce à l'utilisation habile des décors de l'exposition coloniale qui lui donne une certaine atmosphère. Et c'est grâce au talent de Mary Harald que nous garderons un bon souvenir de cette épopée coloniale.

jeudi 25 janvier 2018

Tih Minh 1918 (II)

Jacques d'Athys (R. Cresté), Sir Francis Grey (E. Mathé) et Placide (G. Biscot)
à la poursuite des espions
Un sérial en 12 épisodes de Louis Feuillade avec Mary Harald, René Cresté, Georges Biscot, Georgette Faraboni, Gaston Michel, Louis Leubas, Edouard Mathé et Jeanne Rollette

Jacques d'Athys (R. Cresté) aidé de son ami Sir Francis Grey (E. Mathé) poursuivent Kistna (L. Leubas) et Gilson (G. Michel) qui n'ont pas réussi à s'emparer du précieux document détenu par d'Athys...

Louis Feuillade (contre le poteau) face à R. Cresté, E. Mathé et G. Biscot
Pour les derniers épisodes, Feuillade utilise de manière remarquable la géographie tourmentée de l'arrière-pays niçois. Sur les routes en lacet flanquées de ravins vertigineux, nos héros poursuivent les dangereux criminels à pied, en voiture ou même en wagonnet suspendu! Le metteur en scène n'hésite pas faire escalader des façades de grand hôtel à ses acteurs et à précipiter la malheureuse Tih Minh dans un ravin enfermée dans un panier d'osier. Il multiplie les cascades les plus dangereuses qui tiennent en haleine le spectateur jusqu'à la dernière minute. L'une d'elle est proprement ahurissante. Tih Minh a été précipité par dessus une balustrade par un des criminels. Elle est suspendue par les mains, elle tombe dans le vide et comme par miracle atterrit dans les bras de Dolores qui passait justement pas là! Nos héros n'ont finalement pas à commettre de meurtre pour éliminer les méchants: ils s'entretuent, meurent dans des accidents ou se suicident. La police n'est pas une seule fois impliquée dans cette lutte contre les espions étrangers. Seul un diplomate britannique interprété par Edouard Mathé les aide dans cette tache. On a l'impression que Feuillade improvise des rebondissements en fonction des lieux de tournage tel un feuilletoniste chevronné. Il se permet même d'apparaître quelques secondes alors que nos héros vont embarquer dans un wagonnet pour traverser un ravin. Feuillade n'est pas le premier metteur en scène à faire ce genre de caméo; Maurice Tourneur et Albert Capellani l'avaient fait avant lui. C'est cependant une image émouvante de voir Feuillade discutant avec ses trois interprètes et leur indiquant de monter dans le wagonnet. Décidément Tih Minh est un sérial réellement enthousiasmant. Espérons qu'il sera un jour disponible en DVD.

samedi 20 janvier 2018

Tao 1923 (II)

Tao (J. Hamman) attise la jalousie de Soun (M. Harald)
Un film en 10 épisodes de Gaston Ravel avec Gaston Norès, Mary Harald, Joë Hamman, André Deed et Andrée Brabant

Episodes 5 à 8
Soun (M. Harald) a hérité d'un vieux bonze de riches champs pétrolifères. Elle se fait voler ceux-ci par une bande de criminels dirigés par Tao (J. Hamman) qui ont usurpé l'identité d'un banquier, M. de Sermaize. Vaudry (G. Norès) et Soun partent à la poursuite de l'escroc vers Dakar...

L'intrigue de ce feuilleton colonial s'attache à nous montrer comment les colonies étaient perçues comme des zones d'opportunité pour l'exploitation des ressources naturelles, dans ce cas, le pétrole. Mais loin de fustiger cet état de fait, l'auteur n'en fait qu'un élément dramatique opposant d'un côté les "bons colons" comme Jacques Vaudry et de l'autre les escrocs dirigés par Tao, le métis machiavélique. Quant à Soun, admirablement incarnée par Mary Harald, elle n'est qu'un pion dans ce poker menteur. Elle est amoureuse de Vaudry, mais réalise rapidement qu'il lui préfère la blonde, blanche et fade Mlle de Sermaize (Andrée Brabant). Les épisodes se déroulent principalement à Paris et n'offre plus le dépaysement des précédents. André Deed, le grand comique de Pathé des années 1910 sous le nom de Boireau, tente de meubler une intrigue qui patine sans avoir les ressources comiques d'un Marcel Levesque. Il est assommé, mis dans une benne à ordures, enfermé dans un tonneau, percuté par un train, etc. Il ne fait aucun doute que le vétéran est un vrai cascadeur. Mais l'intrigue n'avance guère. Heureusement, une superbe scène clôt le huitième épisode où Soun observe de loin Vaudry et Mlle de Sermaize et comprend qu'elle ne sera jamais que le "chien fidèle" de celui-ci. Mary Harald est de loin la meilleure interprète de ce serial grâce à son naturel et son expressivité alors que les autres sont coincés dans les clichés de leur époque. Même l'athlétique Joë Hamman en rajoute un peu en métis qui convoite une femme blanche. Espérons que les derniers épisodes relèveront un peu le niveau...

jeudi 18 janvier 2018

Tih Minh 1918 (I)

Tih Minh (Mary Harald) droguée par le trio criminel composé de la
Marquise Dolorès (G. Faraboni), Kistna (L. Leubas) et Gilson (G. Michel)
Un sérial en 12 épisodes de Louis Feuillade avec Mary Harald, René Cresté, Georges Biscot, Georgette Faraboni, Gaston Michel, Louis Leubas, Edouard Mathé et Jeanne Rollette

Jacques d'Athys (R. Cresté) revient d'une long voyage en Indo-Chine avec sa fiancée, la jeune Annamite Tih Minh (M. Harald). Il transporte à son insu un document précieux que convoite trois dangereux criminels...

Tih Minh (Mary Harald) en Indochine
J'avais déjà parlé de ce magnifique sérial de Louis Feuillade, il y a quelques années. Il n'est malheureusement que rarement projeté et Gaumont n'a pas jugé utile de le sortir en DVD. Il est en ce moment présenté à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et c'est une occasion unique de revoir dans d'excellentes conditions cette superbe réussite. Le charme du film est dû pour une large part aux interprètes principaux, René Cresté et Mary Harald. Cresté était déjà une star grâce à Judex (1917) alors que la jeune Mary Harald était une inconnue. Je l'ai crue longtemps britannique à cause de son patronyme. Mais, j'avais tort. Mary est née à Hong-Chong (Viêt-Nam) d'un père français et d'une mère annamite, comme on nommait alors les habitants du Viêt-Nam. La fiction suit la réalité de près car le nom de son personnage, Tih Minh, était - si on en croit la presse - le véritable nom de sa mère. Feuillade était un véritable découvreur de talents. Mary Harald, tout comme Sandra Milowanoff, est une actrice d'un grand naturel qui venait de la danse. Elle se retrouve au centre d'une intrigue criminelle où les rebondissements se suivent à une grande rapidité: kidnappings, courses en automobile, meurtres, vols. Le trio de criminels ne lésinent pas sur les moyens et nos héros n'hésitent pas à dégainer leurs révolvers personnels pour s'en débarrasser. La police n'est jamais convoquée pour aider à leur arrestation. Jacques d'Athys (R. Cresté) agit seul avec ses amis le diplomate Sir Francis Grey (E. Mathé) et son domestique Placide (G. Biscot). Nous apprenons finalement que les trois criminels sont des agents de l'Allemagne... Le film a été tourné en 1918, avant l'Armistice. On peut reprocher à Feuillade une psychologie sommaire des personnages. Mais le rythme trépidant de ce sérial tourné entièrement sur la Côte d'Azur nous fait oublier bien vite ses limitations. Et le film prend même un tour quasiment onirique avec la séquence à la Villa Circé où un groupe de femmes, ayant perdu la raison suite l'absorption d'une drogue, court dans le jardin de la villa en chemises blanches. Les acteurs effectuent de nombreuses cascades eux-mêmes comme des escalades de façade de villa par les toyaux de gouttières et des bagarres en voiture. Tih Minh  a décidément un charme tout à fait particulier. A suivre!

samedi 6 janvier 2018

Tao 1923 (I)

Jacques Chauvry (Gaston Norès) et Soun (Mary Harald)
Un film en 10 épisodes de Gaston Ravel avec Gaston Norès, Mary Harald, Joë Hamman, André Deed et Andrée Brabant

Episodes 1 à 4
Au Cambodge, un Esprit du Mal terrorise les habitants d'une petite ville. L'administrateur français Jacques Chauvry (G. Norès) pense qu'il s'agit d'une mystification. Lorsque le bonze Krou-Méas est assassiné, il aide la jeune laotienne Soun (M. Harald) qui a hérité du bonze d'un secret convoité pour une bande de dangereux criminels...

L'Esprit du Mal chevauchant au-dessus des eaux
La Société des Cinéromans de Jean Sapène a produit une multitudes de films à épisodes. Tao de Gaston Ravel ne fait pas partie des oeuvres les plus connues. Elle possède néanmoins un charme indéniable grâce à la présence de Mary Harald, abonnée aux rôles d'annamites depuis Tih Minh (1918) de Louis Feuillade, et à celle de Joë Hamman en chef de bande qui terrorise les gens dans un déguisement d'Esprit du Mal. De plus, le film récrée de manière convaincante la vie au Cambodge en utilisant les bâtiments construits pour une Exposition Coloniale à Marseille ainsi que des stock shots d'Indo-Chine. Gaston Ravel est un réalisateur non dépourvu de talents, même s'il ne possède pas le sens du rythme d'un Feuillade qui multiplie les péripéties. Le scénario du film n'est pas exempt des préjugés raciaux de la France coloniale. La petite Soun, admirablement interprétée par Mary Harald, est amoureuse de Jacques Vaudry et celui-ci n'est pas insensible à son charme. Cependant, il va lui préférer la blonde et blanche Andrée Brabant qui est "de la même race" que lui comme nous l'apprend un intertitre sans ambiguîté. Même les personnages secondaires n'échappent pas au racisme ordinaire comme lorsque Bilboquet (André Deed) suggère à la camériste noire "d'arrêter ses écluses ou tu vas déteindre". Les premiers épisodes exposent assez lentement l'intrigue criminelle où des bandits tentent de s'emparer par tous les moyens (meurtre ou vol) d'un terrain pétrolifère que possédait un bonze assassiné par les soins de leur chef, le redoutable Tao (J. Hamman). Si le rythme n'est pas encore très soutenu, on peut penser que les épisodes suivants offriront plus de rebondissements. Il reste cependant en mémoire, une très belle scène où la haute silhouette de Tao chevauche un destrier le long du Mékong. Ravel utilise un ralenti - encore très rare à l'époque - pour accentuer l'irréel de la scène destinée à terroriser les populations. A suivre.