vendredi 24 juin 2011

Les Frères Karamazoff 1931

Un film de Fédor Ozep avec Fritz Kortner, Anna Sten et Fritz Rasp

Dimitri Karamazoff (F. Kortner) oublie sa fiancée Katia après avoir rencontrée Grouchenka (A. Sten) la maîtresse de son père. Il devient fou de jalousie en pensant qu'elle puisse rester avec lui...

Cette adaptation de Dostoievski par le réalisateur soviétique Fédor Ozep est une grande réussite. Il tourne en Allemagne ce film produit par Eugene Frenke, le mari d'Anna Sten. Une version française est ensuite réalisée en France avec une distribution quasiment identique (à part trois acteurs). Au début des années 30, quand le parlant en est à ses balbutiements, Ozep a l'intelligence de ne pas oublier ce qu'il a appris au cinéma muet. Il utilise brillamment le montage rapide, lancé par Gance avec La Roue (1921-23) puis repris par tous les cinéastes soviétiques durant les années 20. A une époque où les films sont confinés en studio et ont tendance à enregistrer du théâtre filmé, Ozep ose se démarquer. La fuite éperdue de Dimitri, aiguillonné par la jalousie et la peur d'avoir tué un vieux serviteur, est une scène incroyable pour 1931. D'autant plus que le film est soutenue par une partition remarquable de Karol Rathaus. A une époque où la composition d'une partition originale pour un film dramatique était quasiment inconnue, Rathaus réalise une oeuvre inquiétante qui suggère, plutôt qu'elle ne montre les sentiments sous-jacents des personnages. Son style résolument moderne pour l'époque est également étonnant. Apparemment, la partition fut remarquée par Bernard Herrmann qui n'oubliera pas le style de ce compositeur et sa maîtrise de l'image. La mobilité de la caméra est également remarquable pour l'époque, bien que d'autres réalisateurs fassent montre de la même fluidité comme Anatole Litvak dans Coeur de Lilas qui est légèrement postérieur (1932). N'ayant eu accès qu'à une version française hybride où les acteurs allemands sont doublés en français, j'ai été un peu gênée par la mauvaise synchronisation. J'ai été d'ailleurs étonnée par cette version qui offre pour la plupart les images du film allemand avec des fragments de scènes reprises en France (et pas toujours très bien raccordées!). Il aurait été plus facile de doubler tout le film. Pour la petite histoire, c'est en découvrant Anna Sten dans ce film que Samuel Goldwyn lui fit signer un contrat et l'amena à Hollywood. Sa beauté est certainement très bien mise en valeur et elle joue sa Grouchenka avec talent. Goldwyn songea d'ailleurs pendant un certain temps à lui faire tourner une nouvelle version américaine de Karamazoff avant de se rabattre sur Nana (1934, D. Arzner). Fritz Kortner est un bon Dimitri Karamazoff et Fritz Rasp (présent dans nombre de films muets de Pabst et Lang) est un inquiétant Smerdiakoff. Si par la suite Ozep ne fera plus beaucoup de grands films [sa Tarakanova (1938) est vraiment banale], ici, il montre son très grand talent.

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