mardi 15 juin 2010

Ivan Mosjoukine (1889-1939)


Je vais maintenant vous offrir un portrait d'Ivan Mosjoukine car cet acteur est incroyablement important dans le cinéma des années 20. Quand on lit les revues de cinéma de l'époque, il est omniprésent.


Il naît dans une famille russe de propriétaires terriens aisés. Son père souhaite qu'il fasse son droit, mais, il quitte la faculté après 2 ans. Son père s'oppose à sa vocation d'acteur. Il quitte sa famille et entre au théâtre de Kiev. Sa carrière progresse rapidement et il devient une des stars au théâtre de Moscou où il interprète tous les grands classiques (Ibsen, Shaw, Gogol, Tourgueniev...) Il fait ses débuts au cinéma dès 1911 car en Russie, toutes les grandes firmes -pathé, Vitagraph, Nordisk- ont déjà des agences. On remarque dès ses premiers films sa capacité de passer du rire au larme. Il tourne pour le réalisateur polonais Starewitch et le russe Protazanoff surtout des adaptations littéraires des grands chefs d'oeuvre de la littérature russe. [Chez Bach Films, on trouve en DVD La Dame de 
Pique (1916) et Le Père Serge (1917) dans des copies médiocres, hélas!]Mais la révolution russe est arrivée. Le producteur Ermolieff transporte ses studios à Yalta, en Crimée. Mais, rapidement, la situation se dégrade également à Yalta. En 1920, Ermolieff et toute sa troupe émigre en France via Constantinople. Ils s'installent dans des studios à Montreuil-sous-Bois et y resteront juqu'à la fin du muet. La Cie Ermolieff deviendra Albatros. Les premiers films tournés en France sont: L'Angoissante aventure (1920) et Justice d'Abord (1920) de Protazanoff. Puis vient L'Enfant du Carnaval dont il écrit le scénario. Il devient réalisateur pour Le Brasier Ardent (1923), un film étonnant qui mélange avant-garde, comique et dérision. Sa partenaire dans un grand nombre de films est son épouse [en fait ils n'étaient pas mariés devant M. le maire, bien que cela soit mentionné dans de nombreux ouvrages], l'actrice Nathalie Lissenko.


C'est le début d'une série de films qui lui offre des rôles à sa mesure tel le Kean (1924) de Volkoff qui est une adaptation de la pièce d'A. Dumas sur le grand comédien anglais. En voyant le film, on ne peut s'empêcher de penser au Frédéric Lemaître de Pierre Brasseur. Je suis persuadée que le film a sûrement eu un impact sur Marcel Carné et son interprète. Kean meurt par une nuit de tempête dans un petit pavillon veillé par son souffleur (Nicolas Koline) et la femme qu'il a aimé sans retour. Une séquence du film est célèbre pour son montage rapide quand il danse habillé en marin dans une taverne (Coal Hole Inn). La même année, il est dans Les Ombres qui passent (1924) un autre film de Volkoff absolument admirable. Il y est Louis Barclay, un jeune anglais dominé par son père qui lui lit tous les soirs Thoreau et l'oblige à vivre au grand air, à traire les vaches. Bien que marié, il vit comme un petit garçon sous la domination de ce père omnipotent. Tout va changer quand il reçoit une lettre lui annonçant un héritage substantiel. Il part pour Paris habillé d'un nouveau costume fort mal ajusté (trop court tel Buster Keaton, une de ses grandes influences) où il suscite l'hilarité dans le grand hôtel où il séjourne. Il devient la proie d'escrocs qui lui envoie leur meilleure arme, la dangereuse Jacqueline (Nathalie Lissenko). Louis tombe amoureux quasiment instantanément, ouble famille, héritage et son épouse pour poursuivre cette sirène qui est elle aussi éprise de lui. Le film se termine en tragédie. La transition comédie-tragédie est absolument formidable.

En cette année 1924, il tourne avec Marcel L'Herbier Feu Mathias Pascal d'après Pirandello qui lui offre un rôle en or. Mathias Pascal est victime d'une belle-mère acariatre et d'une épouse non moins désagréable. Sa vie serait infernale si il n'y avait leur enfant qu'il adore. Las, l'enfant meurt ainsi que sa mère. Il décide de quitter sa petite ville Toscane pour Rome et y refaire sa vie. ce très long film (155 min) est un des chefs d'oeuvre de L'Herbier et il doit beaucoup à Mosjoukine. Son désespoir à la mort de son enfant est réellement palpable. Après cette série de films, il tourne maintenant de grands productions comme le Michel Strogoff (1926) de Tourjansky puis le Casanova (1927) de Volkoff. Ce dernier est tourné à Venise. Il reçoit alors une offre de Hollywood et n'y résite pas. ce sera un échec. Il ne tourne qu'un seul film, Surrender! (1927) de Edward Sloman. Puis, il part pour l'Allemagne où il continue à faire quelques films à grand spectacle comme Der Weisse Teufel (1930) tiré de Tolstoï. Mais, le parlant arrive qui va complètement laminer Mosjoukine. Il parle le français avec un fort accent russe. Il n'obtient plus que de petits rôles. Et en 1939, oublié et sans la sou, on le ramasse sur un banc à Neuilly. Il est emmené à l'hôpital où il meurt. Pour vous resituer l'importance de Mosjoukine, je vais vous citer les propos de Charles Vanel qui fut son ami et son partenaire:"Mosjoukine me plaisait beaucoup, d'abord il avait du talent et ensuite, parce que contrairement à beaucoup, il avait une haute idée du cinéma. Il pensait qu'on était à la veille de voir naître une véritable littérature cinématographique....Un jour en allant sur la tombe de mon père, au cimetière de Neuilly, je vis celle qui était à sa tête et qui m'attira par son dénuement. Il n'y avait qu'une pauvre croix de bois, à moitié pourrie déjà, et sur laquelle difficilement je lus 'Ivan Mosjoukine'...j'en fus retourné. je sais bien que les artistes tombent dans l'oubli. Tout est périssable. Mais tout de même... ce fou généreux, cette idole, qui avait brûlé toute sa vie pour le public, ce très grand acteur qui refusait de se faire doubler dans les exercices les plus périlleux: dans son premier Casanova (1927) il se battait seul contre douze en grand épéiste..."
Je dois ajouter que Mosjoukine combine la puissance de l'acteur de théâtre et celle d'un vrai homme de cinéma qui joue avec son corps tel un Fairbanks. Il est acrobatique ou intime. Un vrai grand acteur comme le dit Vanel. Espérons que certains de ses films français seront un jour disponibles en DVD.

5 commentaires:

g.duffau a dit…

Bonjour,

l'édition DVD de certains films dans lesquels joue Ivan Mosjoukine est en cours. C'est un travail long et patient qu'a entrepris la Cinémathèque française, qui a racheté le catalogue de la Société des Films Albatros, qui a produit de nombreux films avec et de Ivan Mosjoukine.
Un avant-gout sera donné avec une belle rétrospective à la Cinémathèque française (Paris), qui aura lieu au mois de novembre 2010.

g.duffau a dit…

j'ajoute que la Cinémathèque a mis en ligne une exposition virtuelle sur la Société des Films Albatros, dont Ivan Mosjoukine fut un pilier, dont une section est consacrée au jeu d'Ivan Mosjoukine : http://www.cinematheque.fr/expositions-virtuelles/albatros/index.htm#//PAROLES_4//.

Ann Harding a dit…

Merci pour ces informations, j'attends avec impatience la parution en DVD des films Albatros ainsi que la rétrospective.

Tamas DEAK a dit…

Bonjour, je viens de trouver une information dans un journal hongroise contemporaire que Mosjoukinie a voulu faire un mariage avec Ilona Mecséry/Illa Meery actreuse hongroise en 15 juin 1932. Est-ce qu'il est vrai? La mariage a ete fait?

Ann Harding a dit…

Bonjour Tamas, j'ignore totalement si Mosjoukine s'est marié avec cette actrice hongroise, malheureusement. C'est quelque chose qu'il faudrait vérifier dans l'Etat-Civil. Merci pour votre message.