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mercredi 13 août 2014

Kärlek och journalistik 1916

Hertha Weye (Karin Molander)
Amour et journalisme
Un film de Mauritz Stiller avec Karin Molander, Richard Lund et Stina Berg

Eric Blomée (R. Lund) revient d'une expédition polaire et une meute de journalistes l'attend dans sa ville natale. Il réussit à les éviter à la gare. Cependant, sa mère embauche une jeune fille Hertha (K. Molander) pour aider leur domestique. Celle-ci est en fait journaliste...

Cette comédie de 40 min en trois bobines de Mauritz Stiller est une petite merveille de charme et de vivacité. En la voyant, on constate à quel point le cinéma suédois de ces années de guerre était en avance sur son époque. La trame et le traitement prédatent de plusieurs décennies les comédies sophistiquées américaines. Karin Molander y joue une journaliste maligne et intrépide qui se déguise en gamine de 16 ans pour se faire embaucher comme domestique et pouvoir ainsi écrire son article sur un explorateur. Une fois dans la place, elle explore ses papiers et ses photos en douce, tout en flirtant avec l'explorateur qui n'est pas insensible à son charme. L'histoire est simple et on devine rapidement la conclusion: Hertha va épouser Eric et renoncer au journalisme. Cependant, on est charmé par le jeu des acteurs qui interprètent leurs rôles avec un naturel et un sens du rythme tout à fait moderne. Les personnages secondaires sont croqués avec talent. Ainsi la journaliste au physique de déménageur qui fume le cigare et boit de l'alcool se retrouve au bas de l'escalier lorqu'elle tente d'envahir la maison de l'explorateur. Elle trouve face à elle une domestique de poids, au sens propre qui ne s'en laisse pas compter. Aucune trace de slapstick cependant dans cette comédie. Tout est suggéré avec subtilité et Karin Molander incarne à merveille cette jeune femme forte des années 1910. Une petite merveille de l'histoire du cinéma.

vendredi 3 mai 2013

Johan 1921

A travers les rapides
Un film de Mauritz Stiller avec Jenny Hasselqvist, Mathias Taube et Urho Somersalmi

Marit (J. Hasselqvist) a épousé Johan (M. Taube) malgré l'opposition de la mère de celui-ci. Mais, une fois mariée, elle  s'éloigne de son époux. Un étranger (U. Somersalmi) arrive et fait tout pour la séduire...

Ce magnifique film de Mauritz Stiller est une adaptation du roman Juha du finlandais Juhani Aho. Stiller était d'ailleurs lui-même d'origine finlandaise. L'intrigue est simplissime: la jeune Marit a été adoptée enfant par Johan et sa mère. Elle devient la servante de la famille, exploitée par la mère qui profite de sa reconnaissance. Et lorsque son fils décide d'épouser Marit, elle fait tout ce qu'elle peut pour l'éloigner, sans résultat. Pourtant, le mariage ne semble pas heureux. Il y a une grande différence d'âge entre les époux et Marit va soudain suivre un jeune étranger pour vivre une passion éphémère. Stiller utilise au mieux les décors sauvages qui symbolisent admirablement le voyage émotionnel de l'héroine. Elle descent les rapides dans une barque avec son amant, à la fois terrorisée et pourtant recherchant le risque. C'est finalement cette séparation et cette courte aventure avec cet étranger volage qui va souder son couple avec Johan. Jenny Hasselqvist est une magnifique Marit à la recherche d'une aventure des sens qui lui est inconnue. Contrairement à tant de films tournés avec des transparences en studio, Johan est tourné entièrement en décors naturels en prenant tous les risques. Il faut noter qu'en 1999, le cinéaste finlandais Aki Kaurismäki en a fait un remake. C'est un Stiller de tout premier ordre qui a été diffusé par Arte en 2001 avec une partition assez irritante que j'ai remplacé epar la symphonie N°3 de Jean Sibelius. Sa musique reflète admirablement l'ambiance de Johan. Une pure merveille.

mardi 12 juin 2012

Sången om den eldröda blomman 1918

Le Chant de la fleur écarlate
Un film de Mauritz Stiller avec Lars Hanson, Edith Erastoff, Lillebil Ibsen et Nils Lundell

Olof Koskela (L. Hanson), le fils d'un riche fermier flirte inconsidérément avec toutes les filles du village. Suite à une violente altercation avec son père, il quitte son village. Devenu simple bûcheron, il rencontre Kyllikki (E. Erastoff) et entreprend de la séduire...

Cette saga suèdoise du grand Mauritz Stiller est adaptée d'un roman du finlandais Johannes Linnankoski. Comme la plupart des oeuvres de Stiller, nous sommes face à un de ces 'bildungsromans', un roman d'apprentissage comme le nomme les allemands. Olof Koskela devra tout perdre, quitter sa famille, aller jusqu'au fond de lui-même avant de pouvoir refaire surface et affronter la réalité. Dans Gunnar Hedes Saga (Le vieux manoir, 1923) de Stiller où le héros doit affronter un troupeau de rennes dans le grand nord, Olof doit prouver sa bravoure en chevauchant un rondin emporté par les rapides. Comme toujours dans les films suèdois de cette époque, l'utilisation des décors naturels est un élément central de l'intrigue. Le héros est intégré à son environnement, généralement hostile. Et il doit surmonter ces éléments pour trouver enfin la paix de l'âme. Stiller travaille toujours avec le génial Henrik Jaenzon derrière la caméra et celui-ci donne aux vastes et majestueux paysages suèdois un lyrisme et une beauté à couper le souffle. Dans le rôle principal, Lars Hanson montre l'étendu de son talent. D'abord un jeune homme insouciant et égoïste, il va sombre peu à peu  dans l'enfer de la ville. Dans un bouge, il se regarde dans un miroir et découvre son double: un homme au visage ravagé. Evitant l'emphase, il offre un personnage naturel et charismatique. La séquence la plus spectaculaire nous montre la descente des rapides d'Olof juché sur un tronc d'arbre instable avec une perche pour la faire avancer telle une pagaie. Cette séquence hallucinante a été réalisée sans trucage et tient en haleine le spectateur. Stiller est à l'époque à la fois un maître de la comédie avec les merveilleux Thomas Graals bästa film (1917) et Thomas Graals bästa barn (1918) et du drame avec son chef d'oeuvre absolu Herr Arnes pengar (Le trésor d'Arne, 1919) qui suivra immédiatement ce film. Il combine une direction d'acteur hors pair et un sens visuel hors du commun. Lors de la première du film, on avait commandé au compositeur finlandais Armas Järnefelt une partition symphonique originale. On peut en entendre un extrait dans le documentaire Cinema Europe (1996). On ne peut qu'espérer que cette petite merveille du cinéma suédois des années 10 trouvera le chemin d'une édition DVD avec cette partition originale.

mardi 15 mars 2011

Thomas Graals bästa barn 1918

Leur premier né

Un film de Mauritz Stiller avec Victor Sjöström et Karin Molander

Thomas Graal (S. Sjöström) épouse enfin Bessie (K. Molander). Mais, immédiatement après la cérémonie, ils se disputent sur le sexe et le nom de leur futur enfant et font chambre à part...

Thomas Graals bästa film a été immédiatement suivi par ce Thomas Graals bästa barn qui montre l'évolution du couple Thomas-Bessie. Les jeunes époux se révèlent tous deux immatures face à leur nouvelle vie. Ils se disputent pour des fadaises. Puis, devenus jeunes parents, les conflits sont nombreux sur leur idée de l'éducation d'un bébé. Les personnages sont totalement modernes et pourraient figurer dans une comédie contemporaine. La mère insiste sur une hygiène maniaque et le père essaie vainement de s'approprier l'enfant, sans succès. Alors qu'il aime jouer avec lui comme le ferait un autre enfant, son épouse insiste pour lui jouer les sonates de Beethoven ce qui provoque les hurlements du bébé. Puis, insidieusement, le mari -toujours assez immature- se sent rejeté dans cette relation mère-enfant dont il se sent exclu. Les choses empirent lorsque Bessie décide de porter des vêtements dépourvus de la moindre élégance avec des chaussures style sandalettes. Elle semble pratiquer un style 'hippie' des années 10, inspiré (dit-elle) par Isadora Duncan. La dernière étape montre leur réconciliation après qu'il lui ait fait comprendre, indirectement, qu'il regrettait la première Bessie, très élégante. Victor Sjöström est absolument formidable en Thomas Graal. Son enthousiasme, son charisme en font un des plus grands comédiens du cinéma muet. Un pur chef d'oeuvre de l'histoire du cinéma.

Thomas Graals bästa film 1917


Le Meilleur Film de Thomas GraalUn film de Mauritz Stiller avec Victor Sjöström et Karin Molander


Thomas Graal (S. Sjöström) est un scénariste en panne d'inspiration. Il est amoureux de sa secrétaire Bessie Douglas (K. Mollander). Il décide d'imaginer une histoire basée sur sa rencontre avec elle...
Dans les années 10, le cinéma suédois est l'un des premiers du monde. Avec les réalisateurs Mauritz Stiller et Victor Sjöström, Svenska Bio produit des films déjà incroyablement sophistiqués dans leur scénarios, l'utilisation des décors naturels et la fluidité narrative. Alors que Sjöström en tant que réalisateur se concentre sur le drame, Stiller lui développe la comédie. Pour ce film, il utilise Sjöström comme acteur comique. Son interprétation de Thomas Graal, cet adolescent attardé, est une petite merveille de timing, de subtilité et de charme. Ses jeux de physionomie sont toujours parfaitement en place, montrant un élan et un entrain communicatif. Il n'est pas à proprement parler dans le burlesque, mais plus dans la comédie sophistiquée telle qu'elle existera dans les années 30 aux USA, une sorte de Cary Grant avant l'heure. Le sujet du film est l'occasion d'une mise-en-abîme particulièrement riche et passionnante. Graal utilise des éléments de sa propre vie qu'il transforme à dessein pour écrire un mélo parfois proche du ridicule. A chaque étape, nous visualisons ses idées basées également, pour une part, sur les mensonges de Bessie. Elle lui a raconté être issue du peuple avec un père alcoolique, alors qu'elle est en fait issue de la meilleure société. Karin Molander est parfaite en jeune fille capricieuse qui veut sortir de son milieu. Elle était alors l'épouse de Gustaf Molander, le scénariste du film. On peut penser que leur propre vie conjugale a pu lui servir ! Une petite merveille.