vendredi 6 mai 2011

Geneviève 1923

Un film de Léon Poirier avec Laurence Myrga, Dolly Davis, Pierre Blanchar, Thomy Bourdelle et Pierre Eloi

Une vieille servante, Geneviève (L. Myrga), raconte sa vie au poète Lamartine (P. Blanchar). Suite à la mort de sa mère, elle dut s'occuper de sa jeune soeur Josette. Alors qu'elle allait épouser un colporteur, Cyprien (T. Bourdelle), elle dut y renoncer pour ne pas abandonner celle-ci...

Léon Poirier adapte pour la deuxième fois une oeuvre de Lamartine à la suite de Jocelyn (1920) déjà interprété par Pierre Blanchar. Le film a été tourné dans les Alpes et bénéficie du travail remarquable de Robert-Jules Garnier pour les décors. Nous pénétrons dans les intérieurs dépouillés et chaleureux des montagnards du Dauphiné superbement reconstitués. La copie présentée par la Cinémathèque est superbe et permet d'apprécier au mieux les ombres et les lumières de la cinématographie. Malheureusement, cette copie de Geneviève n'a pas été restaurée et il n'y a ni générique, ni cartons d'intertitres. Ayant lu un résumé du film avant de le voir, il m'a cependant été facile de suivre l'intrigue. Geneviève raconte sa vie en une série de flash-backs. Sa vie ne fut qu'une longue série de sacrifices pour sa petite soeur. D'abord, elle renonce à se marier car sa future belle-mère refuse de prendre sa soeur à la ferme. Plus tard, sa soeur Josette ayant grandie (D. Davis), celle-ci est séduite par un dragon Septime de Rivieu (P. Eloi) qui la laisse enceinte. Dès qu'elle a accouché, Geneviève et une vieille sage-femme décident d'abandonner l'enfant devant un couvent. Mais, une loi sévère interdit les abandons d'enfant et la sage-femme est arrêtée. Quant à Josette, elle perd la raison suite à la disparition de l'enfant et meurt. Geneviève va se dénoncer comme étant la mère de l'enfant et part en prison. Quelques années plus tard, elle sort de prison et devient servante. Elle passe de maisons en maisons. Jusqu'au jour où elle est recueillie par Cyprien (T. Bourdelle), celui qui fut son fiancé. Elle devient la servante de la ferme et retrouve son petit neveu qui a été adopté par des gens du pays. Cette histoire très mélodramatique bénéficie d'une très bonne interprétation. De plus, les scènes dans les alpages et les villages de montagne ont un aspect documentaire passionnant. Il semble bien que la plupart de la figuration soit composée de gens du cru. On voit les visages tannés par le soleil des vieilles sous leurs coiffes et les paysans en habit traditionnel. La scène des fiançailles de Geneviève et de Cyprien recrée les us et coutûmes des dauphinois au XIXè siècle. La fiancée arrive montée sur un cheval tirée par le fiancé. Puis, on lui demande de boire un verre d'eau de la fontaine avec son promis ainsi que de partager le pain. S'en suit une grande farandole où tout le village se rassemble pour faire la fête. Les scènes d'intérieur -bien que tournées en studio- sont éclairées comme s'il s'agissait d'une vraie maison. Il y a des ombres puissantes dans ces maisons montagnardes avec leurs toutes petites fenêtres. Laurence Myrga a un rôle écrasant en Geneviève car elle est pratiquement de toutes les scènes. Elle s'en sort plutôt bien dans un rôle tragique qui ne lui permet que peu de variété, à part au début du film lors des fiançailles. Ayant vu le film sans aucun intertitre, je constate que l'intrigue reste limpide malgré l'absence de ceux-ci. C'est certainement le signe d'un film bien réalisé. Léon Poirier a réalisé aussi bien des documentaires (La Croisière Noire) que des fictions (Jocelyn, Narayana). Il utilise la caméra subjective lorsque le récit le demande, mais il ne fait pas partie de l'avant-garde cinématographique de l'époque. Néanmoins, Geneviève est sans aucun doute une oeuvre intéressante du patrimoine cinématographique des années 20.

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