mercredi 26 janvier 2011

Napoléon (1927, A. Gance): Une scène perdue

(Violine : Annabella ; Tristan Fleuri : Nicolas Koline)

Dans le chef d'oeuvre d'Abel Gance, on trouve des personnages historiques et de fiction. Gance a trouvé bon de créer un personnage ubiquitaire que l'on retrouve du début à la fin du film: Tristan Fleuri, interprété avec beaucoup d'humour et de chaleur par le comédien russe Nicolas Koline. Il est employé dans la cuisine à Brienne, où il aide le jeune Bonaparte lors de la bataille de boules de neige, et il est un sans culotte de la Campagne d'Italie. Puis, on le retrouve à Toulon devenu aubergiste. Il est, à ce moment-là, rejoint par un deuxième personnage de fiction qui va lui aussi se développer tout le long du film: sa fille, Violine Fleuri. La jeune Suzanne Charpentier, âgée de dix-huit ans, fait ses débuts au cinéma en interprétant le rôle. Gance va lui trouver un nom de cinéma en s'inspirant d'un poème d'Edgar Allan Poe. Suzanne Charpentier devient Annabella.
Violine est une adolescente fascinée par la jeune Général Bonaparte. Gance utilise ce personnage pour montrer l'importance du marketing et de la publicité -déjà à cette époque !- pour lancer la popularité de Bonaparte. On voit Violine acheter une petite poupée de Napoléon dans une rue de Paris chez un marchand ambulant pour en faire une sorte d'autel pour le culte de son héros. C'est d'ailleurs lors de ces dévotions, fort païennes, que Joséphine (Gina Manès) la surprend en flagrant délit.

Gance va pratiquer de nombreuses coupes dans les scènes de Violine tant et si bien que, lors de la première du film, Annabella constate, effondrée, que son personnage est devenu presque inexistant. Dans les restaurations effectuées par Kevin Brownlow, le personnage retrouve la plupart de ses scènes (mais, elles sont absentes de la version écourtée publiée par Coppola et Harris).
Au cours de mes lectures de revues d'époque, je suis tombée sur un petit trésor: deux planches de photogrammes d'une scène inconnue de Violine. On y voit la jeune fille, vêtue d'une robe et d'une perruque, qui se fait presque lynchée par une foule déchaînée qui semble la prendre pour une aristocrate. Ces 12 photogrammes suffisent à rendre l'intensité de la scène tournée avec la virtuosité habituelle de Gance.
Voici l'animation que j'ai tirée de cette scène:

En attendant de la retrouver, vous pouvez apprécier le mouvement et la beauté de cette scène perdue.

2 commentaires:

Music Man a dit…

Quelle merveilleuse trouvaille! et la reconstitution avec les photos est des plus réussies. un vrai trésor pour cinéphile : espérons que ce fragment soit sauvegardé quelquepart!

Ann Harding a dit…

Merci, Music Man. Moi aussi, j'espère que cette scène sera un jour retrouvée, comme d'autres scènes du film.