samedi 24 juillet 2010

Le Noël du Poilu 1916

Un film de Louis Feuillade
Le caporal Renaud va encore une fois passer un Noël solitaire dans les tranchées. Sa femme et sa fille habitent dans le nord de la France en zone occupée. Mais la marraine de guerre de Renaud va organiser une rencontre avec sa famille...
Avec ce court-métrage d'environ 35 min, Feuillade réussit à évoquer l'atmosphère du pays en guerre d'une manière remarquable quand Henri Desfontaines ne faisait qu'un film scolaire et ennuyeux. Nous découvrons la vie de Mme Renaud et de sa fille et en une seule image tout est dit. La porte du fond s'ouvre révélant un groupe de soldats allemands cantonnés chez elle qui festoient. Avec une grande profondeur de champ, nous suivons le coucher de la petite fille avec en contrepoint les soldats tapageurs dans le fond de l'image. De même, la région est évoquée par la berceuse que Mme Renaud chante à sa fille: 'Le p'tit Quinquin'. Sur ce sujet très simple, Feuillade nous concocte une délicieuse tranche de vie avec les retrouvailles de la famille chez la marraine de guerre. Et le film se clôt sur la même berceuse du 'P'tit Quinquin'. Charmant. Ce film de Feuillade est un supplément sur le DVD du Film du Poilu.

Le Film du Poilu 1928


Un film d'Henri Desfontaines avec Daniel Mendaille, Ninon Gilles et Roby Richard

Le petit Morel vit seul à Montmartre avec sa mère veuve de guerre. Leur voisin Lambert (D. Mendaille), un ancien poilu, est artiste peintre. Il contemple d'un air désaprobateur les jeux de guerres des enfants du quartier. Il demande à un ami de projeter aux enfants son film sur la guerre de 14...

En 1928, la guerre est finie depuis 10 ans, mais elle affecte encore beaucoup la population dans son ensemble. Le début du film de Desfontaines montre une veuve de guerre qui élève seule son enfant au fruit d'un travail acharné, un ancien poilu qui a perdu une jambe et l'artiste peintre qui est encore affecté par ses souvenirs de tranchée. Le film est construit avec une mise en abîme habile qui projette les enfants 14 ans en arrière au début de la guerre de 14. la seconde partie du film est en fait un montage de bandes d'actualités d'époques tournées par des opérateurs de l'armée. Et c'est là que le bât blesse. Au lieu d'offrir une réflexion sur la guerre, le film se contente de dérouler chronologiquement les événements et de montrer des armées qui défilent avec son cortège de rois et de généraux. Au milieu de ces plans d'archives, on reconnaît quelques séquences de fiction. Comme celle qui montre l'assassinat du Prince François-Ferdinand à Sarajevo. L'assassin n'est autre que Julien Carette (voir ci-dessous). Au total, Henri Desfontaines confirme mon impression qu'il est un réalisateur dépourvu d'imagination. A partir d'un bon sujet, il réalise un film très plat qui n'arrive pas à intéresser. Le CNC a réalisé une superbe restauration de ce film malheureusement décevant et il a été publié par l'ECPAD (Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense) avec une bande son qui est un patchwork fort décousu.

mercredi 21 juillet 2010

La Glu 1913

Un film d'Albert Capellani avec Mistinguett, Paul Capellani et Henry Krauss
Fernande (Mistinguett), dite La Glu, enjôle les hommes avec son charme canaille. Après avoir épousé le Dr Paul Cézambre (H. Krauss) plus âgé qu'elle, elle le trompe d'une manière éhontée. Elle le quitte et part pour la Bretagne. Elle s'installe au Croisic où elle ne tarde pas à conquérir le jeune pêcheur Marie-Pierre (P. Capellani)...
Cette adaptation d'un roman de Jean Richepin se révèle être une oeuvre remarquable d'Albert Capellani. Il est aidé par la performance excellente d'une Mistinguett tout à fait convaincante en femme fatale. Le film est de plus réalisé pour le plus grande part en extérieurs, en Bretagne. On reconnaît le port du Croisic, la Côte Sauvage et les petites rues de Guérande. Capellani montre un sens du récit qui est proche en qualités de celui de Léonce Perret. Mistinguett passe d'homme en homme en montrant des qualités d'interprète moderne. Elle danse un tango endiablé avec l'une de ses conquêtes au Pré Catelan, avant de s'aventurer en maillot de bain sur les plages bretonnes sous les yeux d'un jeune pêcheur (joué par Paul Capellani). Elle se roule dans le sable. Voilà une attitude fort indécente en 1913 ! Certes, ce roman de Richepin fait un peu sourire avec ses clichés sur la mauvaise femme qui pervertit les hommes. Mais, Mistinguett est tellement bien dans son rôle de femme libérée que l'on accepte sans problème les excès même de cette histoire fort misogyne. De plus le film offre une vision documentaire de la Bretagne des années 10. On assiste à l'arrivée des bateaux de pêcheurs de crustacés dans le port du Croisic. Le final atteint un sommet mélodramatique avec l'assassinat de La Glu par la mère du jeune Marie-Pierre. Un excellent film de Capellani qui a bien vieilli.

dimanche 18 juillet 2010

Narayana 1920

Un film de Léon Poirier avec Edmond Van Daële, Laurence Myrga, Marcelle Souty et Marguerite Madys
Jacques Hébert (E. Van Daële) noie sa mélancholie dans la débauche. Un jour, un mystérieux jeune homme indien Sari-Yama (L. Myrga) lui apporte une statuette de Narayana, le Dieu du Bonheur. Elle pourra exhausser cinq souhaits, puis il mourra...

Cette adaptation modernisée de La Peau de Chagrin de Balzac modifie considérablement l'oeuvre originale. Ici, point de peau de chagrin qui rétrécit à chaque voeu exhaussé, mais, une divinité indienne avec un mystérieux serviteur, joué par une femme en travesti (Laurence Myrga). De plus, la scène finale montre un héros qui se repend et sauve le mari de celle qui l'aime au lieu du final nettement plus sombre de Balzac. Edmond Van Daële est un Jacques Hébert (l'équivalent du Raphaël de Valentin de Balzac) crédible face au visage impassible de Laurence Myrga. Le film est orné de décors Art Déco de fort belle facture signés Robert-Jules Garnier, un pilier de la Sté Gaumont à l'époque. Il est fort dommage que la copie restaurée par Gaumont soit aussi médiocre en terme de contraste et de netteté. Il est impossible d'apprécier pleinement la cinématographie. En temps que metteur en scène, Léon Poirier ne montre pas un sens visuel aussi développé qu'un Marcel L'Herbier par exemple. Son découpage est également très classique, pour ne pas dire académique. Il y a cependant de fort beaux moments dans ce film comme lorsque Sari-Yama surprend la déesse vivante dans un temple. Une même actrice (Marcelle Souty) interprète aussi le rôle de Maroussia, une danseuse des Folies Bergères et la maîtresse de Jacques Hébert. Et Sari-Yama se met naturellement à son service. Un film intéressant, mais qui aurait pu utiliser la nouvelle de Balzac avec plus de subtilité.

samedi 17 juillet 2010

L'Homme du Large 1920

Un film de Marcel L'Herbier avec Jaque Catelain, Roger Karl, Marcelle Pradot et Charles Boyer
Michel (J. Catelain) est le fils de Nolff (R. Karl) surnommé l'Homme du Large. Il profite de la bonté de son père pour s'enivrer dans les bouges, poussé par Guenn-la-Taupe (C. Boyer) un mauvais garçon. Pendant ce temps, sa soeur Djenna (M. Pradot) trime avec sa mère...


Marcel L'Herbier, toujours épris d'esthétisme Art Déco, a nommé ce film une marine. Il est en effet visuellement un tableau superbe de la Bretagne autour de Penmarch et de Sainte-Anne-d'Auray. Il fait un vrai travail pictural avec la lumière dans les scènes d'intérieurs intimes aussi bien que les splendides scènes d'extérieurs. Si l'intrigue reste très schématique et mélodramatique -le fils ingrat qui exploite la bonté aveugle de son père- le film atteint néanmoins un véritable lyrisme par son utilisation de la lumière, des paysages, ses teintages et même la décoration ouvragée de ses cartons d'intertitres. De ce point de vue, la restauration de la copie par la Gaumont et du CNC doit être saluée. C'est un véritable travail d'orfèvre. L'interprétation est dominée par Roger Karl dans le rôle titre, un marin bougon qui se fourvoie dans son amour parternel avant de vouloir la destruction de ce fils mal élévé et violent. Jaque Catelain, qui fût un des interprètes chéris de L'Herbier, est ici plus convaincant qu'à l'accoutumée en mauvais fils. Quant à Charles Boyer, c'est ici un débutant prometteur, la cigarette au bec, le béret sur l'oreille soufflant de mauvais conseils à un Jaque Catelain sans volonté. Marcelle Pradot -Mme L'Herbier à la ville- est une petite Bretonne fragile et innocente face à son mauvais frère. Le film est construit en flash-back et c'était une nouveauté en cette année 1920. D'ailleurs en terme narratif, le film est subtil et bien monté. Certes, L'Herbier ne cherche pas à construire une trame psychologique puissante ; mais, il se rattrape grace à son sens visuel. Le film est accompagnée par une partition orchestrale signée Antoine Duhamel qui souligne la violence sous-jacente des sentiments qui animent les personnages. Une restauration exemplaire d'un très beau film français.

dimanche 11 juillet 2010

Die Liebe der Jeanne Ney 1927

(L'Amour de Jeanne Ney)
Un film de GW Pabst avec Edith Jéhanne et Uno Henning

Raymond Ney, un immigré français en Crimée est tué durant la Révolution. Sa fille Jeanne (E. Jéhanne) fuit en France aidée par un bolchévique (W. Sokoloff). Elle laisse derrière elle, Andréas (U. Henning) dont elle est amoureuse, bien qu'il ait tué son père. A Paris, elle trouve refuge chez son oncle, un détective privé qui vit avec Gabrielle, sa fille aveugle (Brigitte Helm)...
Ce film de Pabst a une distribution assez internationale avec la française Edith Jéhanne dans le rôle principal. Cette jeune ingénue qui fut à l'affiche de trois films muets de Raymond Bernard (Triplepatte, Le Joueur d'Echec et Tarakanova) a fait une carrière éclair dans le cinéma français des années 20. Elle représentait la jeune fille innocente (comme Annabella) avec beaucoup de talent face à de nombreuses actrices plus mûres. Ici, elle est à nouveau victime des hommes qui l'entourent: son oncle libidineux et le sinistre Khalibiev. J'ai énormément aimé les scènes tournées dans Paris au Buttes-Chaumont et dans les Halles. Son partenaire est le suédois Uno Henning qui tient aussi le rôle principal dans A Cottage on Dartmoor d'Asquith. On retrouve les obsessions de Pabst qui aime fouiller dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine avec le personnage de Khalibiev (F. Rasp) qui veut épouser Gabrielle pour son argent bien que son handicap lui fasse horreur. On retrouve les très gros-plans claustophobiques habituels pour les scènes les plus tendues. Mais, le film conserve une couleur assez claire dans l'ensemble si on le compare à La Rue sans joie ou à Loulou. Je dois signaler que la musique de Thimothy Brock sur le DVD Kino est excellente: une suite de chambre avec une tonalité qui rappelle le Herrmann de Vertigo.

Die wunderbare Lüge der Nina Petrowna 1929

(Le Mensonge de Nina Petrovna)
Un film d'Hanns Schwarz avec Brigitte Helm, Franz Lederer et Warwick Ward
Je viens de découvrir ce superbe film d'Hanns Schwarz qui démarque l'histoire de la Dame aux Camélias. Nous sommes à St Peterbourg, avant la Révolution, Nina Petrovna (Brigitte Helm) est la maîtresse d'un colonel (W. Ward). Mais, elle tombe follement amoureuse d'un sous-officier Petroff (F. Lederer). Elle quitte son amant fortuné pour aller vivre avec Petroff dans la pauvreté...La restauration de ce film est une pure merveille; il faut dire que le tirage a été réalisé à partir du négatif original. La beauté des images est à couper le souffle avec une finesse des détails et une palette de gris incroyables. Brigitte Helm n'a jamais été aussi humaine et émouvante. Par moment, elle ressemble à la jeune Garbo. Franz Lederer (qui fera carrière à Hollywood sous le nom de Francis Lederer) est également excellent en jeune homme naïf qui va la mener à sa perte. Et le film est accompagné par une partition d'origine de Maurice Jaubert (qui a fait, entre autres, la musique de Quai des Brumes et Le Jour se Lève) absolument merveilleuse. Il donne au film une mélancolie douce-amère typique de ses compositions des années 30. Une pure merveille! Pourquoi ce film n'est-il pas en DVD ? (Il a été diffusé sur Arte en 2000 et j'ai vu la même copie qui est visible au Forum des Images.)

Belphégor 1926

Un film en 4 épisodes d'Henri Desfontaines avec René Navarre, Lucien Dalsace, Elmire Vautier et Genica Missirio
Un fantôme apparaît au Louvre dans la Salle des Dieux Barbares. Un gardien est assassiné durant la nuit. La journaliste Jacques Bellegarde (L. Dalsace) veut élucider le mystère; mais, justement une main mystérieuse semble accumuler les présomptions contre lui. Le fantôme imite son écriture et vole les lettres qu'il a écrites à Simone Desroches (E. Vautier)...

Le scénario de ce sérial est signé Arthur Bernède qui fut le collaborateur attitré de Feuillade sur Judex (1917). On reconnaît la patte de ce scénariste; mais hélas, en 1926, Louis Feuillade n'est plus de ce monde et c'est Henri Desfontaines qui réalise le film. Desfontaines est un réalisateur assez quelconque qui se contente de filmer le scénario sans grande imagination. On retrouve systématiquement la succession : plan d'exposition/plan d'ensemble/plan moyen/gros plan durant tout le film. Néanmoins, il s'agit d'une production de prestige de la Sté des Cinéromans qui a tous les atouts du point de vue de la décoration et de l'interprétation. René Navarre, qui fût Fantômas (1913-15), est ici un détective -ancien agent de la Sûreté- nommé Chantecoq et maître du déguisement qui va démasquer Belphégor. Le journaliste Bellegarde (L. Dalsace) n'est pas vraiment de taille face au machiavélique Fantôme. Elmire Vautier est très bonne dans le rôle de la maîtresse jalouse de Lucien Dalsace et Genica Missirio [qui joue Murat dans le Napoléon (1927) de Gance] est son complice. Dans un rôle secondaire, Alice Tissot est une amusante Baronne Papillon qui tombe en pâmoison à chaque mention du fantôme. Le suspense est très bien mené et le mystère reste entier jusqu'à la dernière bobine. Le film bénéficie de décors Art Déco superbement habillés avec beaucoup de goût, sans aucune surcharge. Les extérieurs ont été tournés au Louvre, dans les rues de Paris et au Château d'Anet. La cinématographie de Julien Ringel et Robert Lefebvre est absolument superbe et on l'apprécie d'autant plus que la copie du Forum des Images est excellente, teintée et d'une grande finesse de grain. Il est bien dommage que Desfontaines n'utilise pas à plein le potentiel de son scénario. Mais, tel qu'il est le film vaut le coup d'oeil malgré sa durée de 4h30.

vendredi 9 juillet 2010

The Pagan 1929

Un film de W.S. Van Dyke avec Ramon Novarro, Dorothy Janis, Donald Crisp et Renée Adorée
Henry Shoesmith (R. Novarro), un métis, mène une vie nonchalante sur une petite île du Pacifique. Roger Slater (D. Crisp) arrive pour exploiter le copra avec sa pupille, une jeune métis nommée Tito (D. Janis)...

Van Dyke a tourné ce film en Polynésie peu de temps après White Shadows in the South Seas (1928) tourné aux Iles Marquises. Ici, l'intrigue est vraiment à l'eau de rose. Ramon Novarro a enregistré la chanson Pagan Love Song de Nacio Herb Brown & Arthur Freed pour la bande-son et elle devint un tube qui fut réutilisé plus tard, lorsque Arthur Freed devint producteur à la MGM. Malgré son intrigue sucrée, le film a du charme, principalement à cause de ses interpètes, Ramon Novarro et la très jolie Dorothy Janis qui n'avait alors que 19 ans. (Elle est d'ailleurs morte récement à l'âge de 100 ans). Donald Crisp est un affreux hypocrite qui élève Dorothy dans les soit-disants principes chrétiens alors qu'il ne pense qu'à abuser d'elle. Le film prend le rythme nonchalant de la vie dans les Iles et on passe un très bon moment bercé par la Pagan Love Song et le vent dans les palmiers.

White Shadows in the South Seas 1928


Un film de W.S. Van Dyke avec Monte Blue et Raquel Torres
Matthew Lloyd (M. Blue) est un médecin devenu alcoolique qui vit en Polynésie. Il ne supporte plus de voir l'exploitation honteuse dont sont victimes les indigènes par les blancs. Sebastian (Robert Anderson) qui est à la tête du comptoir local décide de se débarrasser de lui en le mettant sur un navire à la dérive, rempli de cadavres de pestiférés...

Avec ce film aux images sublimes, Van Dyke réalise un film qui s'attaque de front aux méfaits de la colonisation. Certains cartons d'intertitres ne laissent aucun doute sur les méfaits de la soit-disant civilisation qui bien loin d'aider les populations indigènes leur ont apporté les maladies infectieuses, l'appat du gain, la prostitution et l'alcoolisme. On découvre l'envers du Paradis. La vie de Lloyd (M. Blue) est transformée par son arrivée sur une autre île qui n'a encore jamais vu d'hommes blancs. Il reprend goût à la vie. Hélas, l'arrivée des colonisateurs détruira également cette île encore intacte. Le film a été commencé par Robert Flaherty en collaboration avec Van Dyke. Mais, en cours de route, Flaherty a été licencié; Van Dyke reprit le tournage dans sa globalité. Le résultat est certainement un des tous meilleurs films de Van Dyke avec une beauté visuelle incroyable (Clyde De Vinna fait des merveilles), mais qui réussit à délivrer un message sans concession à l'image de la scène finale qui est très noire. Attention: chef d'oeuvre!

jeudi 8 juillet 2010

L'Enfant du carnaval 1921

Un film d'Ivan Mosjoukine avec Ivan Mosjoukine, Nathalie Lissenko et Paul Ollivier

Octave de Granier (I. Mosjoukine) est un noceur patenté qui fait la fête tous les jours au milieu du carnaval niçois. Un jour en rentrant au matin, fort éméché, il trouve un bébé abandonné devant sa porte. Il ramasse le nourrisson et se transforme en papa-poule...
Ce film réalisé par Mosjoukine a été tourné à Nice. Il a lui même écrit le scénario du film qui combine des éléments du mélodrame à la française avec du comique et une touche tragique typiquement russe. Visuellement, le film profite de l'excellent travail de F. Bourgassoff, un superbe opérateur russe. Une séquence délicieuse montre une ligne de noceurs -très éméchés- en goguette en ombres chinoises sur la Promenade des Anglais. Mais, c'est Mosjoukine qui fait vivre le film avec son talent habituel. Son charisme illumine l'écran alors que le fêtard -qui rentre en dansant, sous le regard désapprobateur de son domestique (Bartkevitch excellent)- se transforme en père attentif qui pouponne l'enfant trouvé. On pense au Kid (1921) de Chaplin -sur un mode mineur- en voyant son intéraction avec le jeune acteur. Nathalie Lissenko, la mère abandonnée dans le dénuement, est engagée comme nurse de l'enfant et un tendre sentiment s'établit entre la bourgeoise déchue et le marquis noceur. Mais, le film évite une conclusion heureuse retrouvant là les origines russes de son auteur. Octave va se retrouver seul alors qu'il pensait que le bonheur était tout proche. Mosjoukine montre avec ce film non seulement son talent d'interprète, mais aussi son talent de metteur en scène avec cette ouverture où il tire le rideau révélant un vaste panorama du Carnaval Niçois, tel un magicien évoquant un conte pour adultes. Un très joli film. La copie de la Cinémathèque est malheureusement peu contrastée et très granuleuse.

mardi 6 juillet 2010

Les Misérables 1913

Un film d'Albert Capellani avec Henry Krauss, Henri Etiévant, Maria Ventura et Mistinguett
Cette adaptation du roman de Victor Hugo en quatre parties dure 2h42 ce qui fait de ce film un des premiers longs métrages du cinéma. Contrairement à son Notre Dame de Paris (1911), ce film de Capellani est une grande réussite. Henry Krauss est un Jean Valjean de très grande qualité dont le jeu est tout à fait moderne contrairement aux froncements de sourcils et moulinets des bras prodigués par Henri Etiévant qui est un Javert de bande dessinée. Pour ce qui est du récit, il est très bien mené avec une grande économie au niveau des intertitres. Il est seulement dommage que ceux-ci annoncent l'action qui va suivre dans les cinq minutes qui suivent... Au niveau des cadrages, on reste la plupart du temps en plan d'ensemble au demi-ensemble, les gros plans ne sont pas encore arrivés dans la grammaire moyenne du cinéma de l'époque. Mais, si on compare ce film avec celui de Léonce Perret, L'Enfant de Paris (1913), alors il faut reconnaître que ce dernier a plus de poésie et de charme. Néanmoins, Il y a plusieurs scènes excellentes dans cette version des Misérables. J'ai beaucoup aimé la perfomance de Maria Ventura dans le rôle de Fantine, particulièrement la scène déchirante où elle va vendre sa chevelure à un perruquier. Ventura a un physique étonnant pour l'époque: mince, longue avec des pommettes saillantes. Elle a un visage de biche effrayée qui fait merveille en Fantine. Quant à Mistinguett, elle dessine avec beaucoup de fraîcheur la silhouette d'Eponine, la fille des Thénardier. Elle se promène pieds nus dans une robe déchirée et trouve l'attitude parfaite pour cette pauvre fille qui mendie pour ses parents indignes. Le film évolue entre les décors de studios fait de toiles peintes, un peu platement éclairées et des extérieurs beaucoup plus excitants comme les rues pavées de Paris. Un bon Capellani.

lundi 5 juillet 2010

Notre Dame de Paris 1911


Un film d'Albert Capellani avec Stacia Napierkowska et Henry Krauss


Cette version de 35 min du chef d'oeuvre de Victor Hugo produite par Pathé est probablement une des toutes premières de l'histoire du cinéma. Elle est handicapée par des décors de studio éclairés très platement. Heureusement quelques rares séquences sont tournées à Notre Dame de Paris et soudain le film prend vie. Stacia Napierkowska joue le rôle d'Esmeralda. Pour la petite histoire, Napierkowska était danseuse et elle a joué le rôle d'Anthinéa dans L'Atlantide (1922, Feyder). (Malheureusement la danseuse longiligne était devenue une matrone de Rubens en très peu de temps au grand désespoir de Feyder.) Le jeu des acteurs est en général très exagéré dans ce Capellani. L'acteur qui joue Claude Frollo passe son temps à battre l'air avec ses bras. Mais, malgré tout, cette antiquité offre quelques bons moments comme lors de la scéance de torture où Napierkowska est plus naturelle que dans d'autres scènes où elle est théâtrale au possible. Elle se tord de douleur devant un Claude Frollo qui semble savourer le spectacle. Henry Krauss est un Quasimodo difforme assez peu expressif. Capellani a aussi réalisé une version des Misérables (1913).

Le Mystère de la Tour Eiffel 1927


Un film de Julien Duvivier avec Gaston Jacquet, Félicien Tramel et Régine Bouet

Les frères Miroton (F. Tramel) font un numéro de frères siamois dans un cirque. Ils ne sont en fait que des sosies. L'un d'eux, Achille, a hérité d'une immense fortune. Son compère l'apprend avant lui et décide de s'accaparer cette fortune qui est aussi convoitée par un certain DeWitt (G. Jacquet). Ce dernier est à la tête d'une organisation masquée mystérieuse, les Compagnons de la Tour...
Avec ce film, Duvivier démarque les sérials de Louis Feuillade. On y sent l'influence puissante de Barrabas (1920) et d'ailleurs on retrouve les mêmes lieux que dans ce sérial: Paris, Nice et l'arrière pays niçois. Quant à l'intrigue, elle reprend aussi une partie de celle du dit sérial: un gang masqué, un château mystérieux, l'avion qui survole l'arrière pays, les enlèvements, etc. Mais contrairement au sérial de Feuillade, le rythme du récit est nettement moins efficace. Duvivier semble incapable de faire monter le suspense. Lors d'un moment dramatique, il étire la séquence jusqu'à plus soif au lieu de la ponctuer comme le fait Feuillade. Quant aux acteurs, ils ne m'ont guère convaincants. Félicien Tramel n'a pas beaucoup de charisme et Gaston Jacquet est toujours aussi monolithique. Même la séquence finale sur la Tour Eiffel, où le chef du gang meurt, n'offre pas le sens du risque que l'on ressent chez Feuillade. Il faut dire qu'au lieu de stopper la séquence sur la mort de DeWitt, Duvivier la continue avec la descente -sans intérêt- de Félicien Tramel le long des câbles de la Tour. J'ai vu le film sur le DVD du Nederland Film Museum qui est entièrement en néerlandais (aucun ST). J'ai réussi à suivre l'histoire facilement grâce à un synopsis en français. J'ai été très amusée de voir que le gang des Compagnons de la Tour devenait le 'Ku-Klux-Eiffel' dans la traduction! Quant à la musique qui accompagne le film, c'est plutôt une série de bruitages extrêmement agaçants. Au total, un film décevant...

Le reflet de Claude Mercoeur 1923

Un film de Julien Duvivier avec Gaston Jacquet et Maud Richard

Le ministre Claude Mercoeur (G. Jacquet) est épuisé par sa vie mondaine et sa charge de travail. Il accepte la proposition d'un certain Raoul Berjean (G. Jacquet), qui est son sosie, de le remplacer pour les cérémonies et autres soirées...
Encore une grosse déception de la part de Duvivier. Sa période muette est décidément très inégale. Cette histoire de sosie qui aurait pu être amusante et donner lieu à des quiproquos est filmée d'une manière incroyablement statique. Les décors rappellent ceux des films Gaumont des années 10 avec des toiles peintes. Quant à l'acteur principal, Gaston Jacquet, il semble n'avoir que deux expressions: triste ou malade. Duvivier ne semble pas avoir la moindre imagination visuelle et toute l'histoire nous est racontée à coup de longs cartons d'intertitres. Plus les intertitres sont bavards, moins un film muet a de l'intérêt. En plus, toutes les séquences avec une double exposition, où Gaston Jacquet parle avec son double, sont terriblement mal réalisées techniquement. On peut voir sans problème la ligne de démarcation laissée par le cache. :roll: J'ai vu un Onésime de Jean Durand des années 10 qui offrent des résultats techniques largement supérieurs. Et en 1920, aux USA, Charles Rosher réalisait des miracles avec Mary Pickford sur Little Lord Fauntleroy où l'actrice embrassait sa propre image. Du côté du scénario, ce n'est guère mieux. Les personnages restent creux et ennuyeux. On est encore dans ces mélo mondains tirés de romans de gare. La copie présentée était un nouveau tirage teinté et viré de bonne qualité. Mais, pour le film...

La Divine croisière 1928

Un film de Julien Duvivier avec Jean Murat, Henry Krauss, Thomy Bourdelle et Charlotte Barbier-Krauss

L'armateur Ferjac (H. Krauss) insiste pour que son bateau 'Le Cordilière' reprenne la mer avant d'être réparé. Le capitaine, Jacques de St Ermond (J. Murat) proteste, mais, finalement doit se résigner. Ils embarquent avec eux un nouveau marin Mareuil (T. Bourdelle). En mer, Mareuil fomente une mutinerie et provoque le naufrage du navire. A terre, les familles des marins pensent qu'ils sont morts et envahissent la demeure de Ferjac pour se venger...
Ce film dont le scénario est de Duvivier lui-même démarre extrêmement bien en montrant les relations tendues entre le riche armateur de Paimpol et les malheureux matelots qui doivent prendre des risques énormes pour un maigre salaire. L'arrivée du matelot Mareuil laisse présager le pire. Il provoque le naufrage en poussant les matelots à se révolter. Une fois en possession du navire, ils s'enivrent oubliant la manoeuvre. Malheureusement, la deuxième partie du film devient une sorte de parabole religieuse où un 'miracle' va sauver l'équipage échoué sur une île déserte. Il est étonnant de constater le nombre important de films religieux (pour ne pas dire de bondieuseries!) qu'a tourné Duvivier à cette époque. Le film a néanmoins certaines qualités comme l'utilisation de la ville de Paimpol et probablement de la 'figuration locale'. Mais, le scénario aurait pu être bien plus intéressant si les personnages du capitaine (joué par Jean Murat) et celui de Mareuil n'étaient restés à l'état d'ébauche. Tout le reste du film se concentre sur une intervention divine, qui récompense le bien et punit le mal, guidée par la fille de Ferjac (Suzanne Christy) qui a reçu ses instructions de la Vierge Marie. Le film est légèrement incomplet, mais cela n'entrave pas la compréhension. Un Duvivier inégal.

Un Chapeau de paille d'Italie 1927

Un film de René Clair avec Albert Préjean, Olga Tschekowa, Vital Geymond et Alice Tissot
Fadinard (A. Préjean) se prépare à épouser Helène. Mais en traversant le bois de Vincennes, son cheval a malencontreusement mangé le chapeau de paille d'Anaïs Beauperthuis (O. Tschekowa) qui folâtrait avec son amant, le colérique Lt Tavernier (V. Geymond). Il ordonne à Fadinard de retrouver rapidement un autre chapeau ou il détruira son appartement...
Cette merveilleuse comédie de René Clair est une brillante adaptation de la comédie d'Eugène Labiche. Nous suivons durant toute une journée les mésaventures de Fadinard qui essaie maladroitement de réparer les dommages causés au chapeau d'Anaïs, tout en faisant face à Monsieur le Maire et à sa belle famille envahissante. Tous les personnages secondaires sont merveilleusement dessinés depuis la vieille cousine (A. Tissot) qui bourre de coups de coudes son pauvre mari dont la cravate s'est détachée jusqu'au cousin Bobin à l'air ahuri qui cherche partout son gant. Tout ce beau monde est agité de mouvements spasmodiques comme la mariée qui a une épingle dans le dos. Tout est superbement chorégraphié et le film evite le verbiage inutile avec très peu de cartons d'intertitres. Clair réussit à raconter son histoire visuellement comme le fait Lubitsch dans Lady Windermere's Fan (1925). Et avec cela, le film est d'une superbe élégance visuelle grâce aux décors du génial Lazare Meerson. On ne peut que louer tous les acteurs; Albert Préjean est un superbe Fadinard dépassé par les événements. Olga Tschekowa est la femme infidèle qui s'évanouit à tout bout de champ et Alice Tissot est fidèle à ses rôles de vieille enquiquineuse. Le tout nouveau DVD chez Flicker Alley offre une très belle copie avec des intertitres en anglais (sous-titrés en français et espagnol). Il offre également deux partitions différentes: une au piano de Philip Carli, qui met en valeur les situations, et une seconde avec un ensemble de chambre du Mont Alto Motion Picture orchestra qui utilise intelligemment des extraits de musique française de la fin du 19ème. Les suppléments sont deux courts-métrages, un petit film sur la Tour Eiffel de Clair, La Tour (1927) et Noce en Goguette (1907, F. Zecca). Si j'ajoute que le DVD est Zone 0, vous devriez tous vous précipiter pour découvrir cette petite merveille du cinéma français.

La Madone des Sleepings 1927


Un film de Maurice Gleize avec Claude France, Olaf Fjord et Boris de Fast
Lady Wynham (C. France) une aristocrate anglaise excentrique engage comme secrétaire le Prince Séliman (O. Fjord). Elle lui confie une mission pour recouvrer des champs pétrolifères en Russie soviétique. Il faut pour cela qu'elle se donne à Varishkine (B. de Fast). Mais, elle déclanche la jalousie de la commissaire Irina Mouravieff (Mary Serta)...
Cette adaptation du roman populaire de Maurice Dekobra est une déception quant à la construction et à la mise en scène. Le film a été commencé par Marco de Gastyne, qui partit après seulement qq semaines de tournage et a été remplacé par un faiseur sans imagination, Maurice Gleize. Si la distribution est dans l'ensemble plutôt bonne, avec Claude France dans le rôle de la Lady scandaleuse, le russe Boris de Fast en délégué soviétique libidineux (il aime arracher la robe des filles avant de les arroser de champagne !), Mary Serta est une commissaire très masculine (cheveux courts, vêtements stricts), Olaf Fjord (qui apparaît aussi dans Tarakanova de R. Bernard) est lui assez insipide en Prince Séliman. Mais, le problème principal du film vient de son découpage. Après une première partie, tournée entièrement en studios, nous nous retrouvons pour quelques scènes à Constantinople avant de retomber dans des scènes de prisons interminables. Les relations entre les personnages sont assez mal tissées. On a du mal à comprendre ce qui relie Lady Wynham à son secrétaire bénévole et qui n'est même pas son amant. Il est fort possible qu'une partie du film ait disparu ce qui pourrait expliquer ces manques. La mise en scène est très plate et statique. Le film manque d'air: des scènes en extérieurs lui aurait donné un tout autre souffle. Sinon, on peut quand même sauver la belle prestation de Boris de Fast, les décors Art Déco et les quelques scènes à Constantinople. Dommage que le film n'ait pas été réalisé entièrement par Marco de Gastyne!

Le Mystère des Roches de Kador 1912

Un film de Léonce Perret avec avec Suzanne Grandais et Léonce Perret
Suzanne (S. Grandais) suite à la mort de son oncle hérite d'une grande fortune. Son cousin Fernand de Kéranic (L. Perret) - qui voudrait l'épouser pour renflouer ses finances - découvre qu'elle est amoureuse d'un autre. Il décide de se débarrasser d'elle et de son amant pour récupérer ses millions...
Encore une petite merveille signée Perret! Le film a été tourné dans le Finistère, dans la presqu'île de Crozon. L'héroïne du film est Suzanne Grandais qui fut une des plus grandes stars du cinéma de l'époque jusqu'à sa mort tragique (à l'âge de 27 ans) en 1920 dans un accident de voiture. Un livre lui a été consacré récemment (Un amour sans parole de Didier Blonde, Ed Gallimard, 2009). Perret nous concocte ici un petit film criminel avec juste ce qu'il faut de suspense et poésie. La science du cadrage est absolument remarquable pour un film de 1912. Et l'intrigue prend un tour étonnement moderne lorsque l'héroïne amnésique (qui a survécu miraculeusement) revit le drame lors d'une projection de cinéma. En effet, un docteur aux méthodes révolutionnaires fait un film des événements pour le projeter à sa patiente. Voici un film qui ne décevra pas les amateurs de Feuillade car Perret reprend ici les histoires criminelles typiques des sérials mais sur une durée de seulement 45 min. La copie proposée est vraiment bonne (contrairement à celle de L'enfant de Paris). A voir!

L'angoissante aventure 1920


Un film de Yakov Protazanov avec Ivan Mosjoukine et Natalie Lissenko
Octave de Granier (I. Mosjoukine) veut éloigner une actrice (N. Lissenko) que courtise son frère. Mais ce faisant, il tombe lui même dans les filets de la sirène. Il l'épouse et est répudié par son père. Commence une nouvelle existance pour Octave, en tant que mari d'une vedette venue d'un autre monde...
Ce film du catalogue Albatros (en fait Ermolieff) tient une place spéciale dans leur production. Il s'agit du premier film tourné par Mosjoukine en France. La troupe Ermolieff, fuyant la Révolution, a quitté Yalta pour prendre le bateau à Constantinople. Ils arriveront à Marseille où commencera le tournage du film. Le scénario du film est assez décousu, et on peut penser que le scénario a été plus ou moins improvisé en cours de route. On aperçoit des plans de Constantinople ainsi que de très belles scènes tournées à Marseille. Mosjoukine et Lissenko sont filmés sur le pont transbordeur au dessus du port de Marseille offrant une vue imprenable sur la ville. Mosjoukine tire son épingle du jeu grace à son charme et à son humour. Il se démène comme un beau diable avec cette actrice capricieuse et jalouse ; il est tour à tour timide, humilié et désespéré. Lissenko n'est pas en reste en reine du music hall, puis du grand écran. Les quelques scènes de tournage en studio (un film dans le film) sont d'ailleurs très réussies. On ne peut que regretter que le scénario soit aussi décousu. Et le final semble être là uniquement pour éviter au film une fin tragique: Octave se réveille chez lui et se rend compte qu'il a eu un cauchemar. Le metteur en scène Yakov Protozanov avait déjà tourné plusieurs films avec Mosjoukine avant la Révolution (Le Père Serge et La Dame de Pique tous deux disponibles chez Bach Films dans des versions accélérées). Il feront ensemble aussi Justice d'Abord (1921) dont il ne reste qu'une copie incomplète que j'ai pu voir à Pordenone (le film est un mélo bien mené et excellemment interprété par Mosjoukine qui en tant que procureur doit envoyer à la guillotine la femme qu'il aime). Mais contrairement aux autres metteurs en scène russes émigrés en France, Protozanov retournera en URSS où il tournera Aelita. Cette angoissante aventure vaut surtout grace à la présence magnétique de Mosjoukine.

La Cousine Bette 1927


Un film de Max de Rieux avec Alice Tissot, Germaine Rouer, Henri Baudin, Suzy Pierson et Andrée Branbant


Cette adaptation du roman de Balzac nous entraîne dans le Paris de 1830 où Bette (Alice Tissot) une vieille fille laide veut se venger de sa cousine qui a épousé l'homme qu'elle aimait. En fait, celui-ci s'est transformé en fêtard qui dilapide sa fortune en faisant la noce. Bette va utiliser une voisine à elle, Mme Marneffe (Germaine Rouer) qui devient une courtisane bien en vue pour se venger. Subjugués par Valérie Marneffe, il se ruine ainsi que son beau-fils...[/i]Ce film rare a été projeté à la cinémathèque dimanche dernier dans une copie de belle allure, teintée et bien contrastée. Le seul hic était la vitesse de projection bien trop rapide qui faisait sautiller les danseurs et rendait certains gros plans quasiment subliminaux. Le metteur en scène est l'acteur Max de Rieux dont j'ai apprécié le talent il y a peu dans Le Petit Chose (1923) d'André Hugon. Il réussit plutôt bien sa transposition de l'atmosphère balzacienne, aidé par les décors élégants d'un certain Claude Franc-Nohain, alias Claude Dauphin. Eh oui, dans ce temps-là, il était encore décorateur. :wink: Alice Tissot, qui s'était fait une spécialité des rôles de vieille fille pincée, est une superbe Cousine Bette, encore enlaidie par un maquillage qui lui barre le front d'un long sourcil et lui donne l'ombre d'une moustache. Il faut la voir 'materner' son jeune protégé polonais qui va lui échapper. Quant à Germaine Rouer, qui était une pensionnaire de la Comédie Française et aussi l'interprète de Françoise dans La Terre (1921) d'André Antoine, elle déploit tout son charme sur ses nombreux soupirants, plutôt agés, mais au portefeuille bien garni. Elle a néanmoins un jeune amant qui va causer sa perte. Quand elle l'éconduit, il décide de l'empoisonner. La scène de la mort de Valérie Marneffe est digne de Stroheim. :mrgreen: Son amant vient observer les dégâts de l'empoisonnement. Valérie diminuée par la maladie, réalise qu'il est derrière ce mal mystérieux. Elle l'embrasse sauvagement pour lui inoculer le mal. En réponse, il lui donne de violents coups de cravache. Elle meurt dans un dernier soubressaut. Quant à Bette, elle retourne dans sa province pour y mourir... Le film n'offre pas de grands moments cinématographiques, mais, il est très bien distribué et interprété. Il vaut le détour.

Ce Cochon de Morin 1925

Un film de Victor Tourjansky avec Nicolas Rimsky et Denise Legeay
Morin, un commerçant de la Rochelle, est en visite à Paris où il fait la noce. Légèrement éméché lors de son retour, il tente d'embrasser une jeune femme dans le train. L'histoire fait rapidement le tour de la ville. Il devient 'ce cochon de Morin'...
Cette excellente adaptation de la nouvelle de Maupassant offre un rôle en or à l'acteur russe, Nicolas Rimsky qui était l'une des stars de la compagnie Albatros de Montreuil. Il est parfaitement à sa place dans le rôle de Morin, le pauvre type harcelé par sa mégère de femme et complètement ecrasé par la rumeur publique. Le début du film offre une débauche visuelle alors que Morin se soule dans une boîte de nuit sur fond d'orchestre de jazz. Ce montage très rythmé rappelle le début du meilleur film de Tourjansky, Michel Strogoff. La seconde partie est plus lente, mais non moins intéressante alors que Morin essaye vainement d'arranger la situation avec son ami journaliste. Nous observons le manège du journaliste qui s'intéresse de près à la jeune femme sous la table avec des mouvements de jambes et de pieds sans équivoque. Le film a été accompagné excellement par Stephen Horne au piano. La copie de la Cinémathèque est correcte sans plus.

Le Bonheur conjugal 1923

Un film de Robert Saidreau avec Pierre Etchepare et Denise Legeay

Jack est un noceur invétéré. Il souhaiterais continuer sa vie de patachon si son oncle ne le poussait à convoler en justes noces. Il se retrouve marié. Il s'ennuit...
Cette petite comédie issue des archives du CNC se révèle en tout point charmante. Le rôle principal de Jack est tenu par un acteur au visage poupin qui observe les femmes avec délectation. Mais, les chaînes conjugales sont trop lourdes pour lui. Lorsqu'il disparaît pour quelques jours avec sa maîtresse, on le croit mort. Il part assister à son enterrement incognito, découvrant ainsi que personne ne s'intéresse vraiment à lui à part son épouse qu'il a délaissé. Du point de vue cinématographique, le film est bien mené avec quelques idées intéressantes: on voit les pieds de Jack exprimant son dégoût à l'idée de se marier. Pour un film de 1923, on peut dire qu'il est vraiment bien réalisé. René Clair n'était même encore en activité à l'époque! La copie est superbe.

La Xème Symphonie 1919

Un film d'Abel Gance avec Séverin-Mars, Emmy Lynn, Jean Toulout

Eve Dinant (E. Lynn) ne supporte plus la vie dépravée de son mari Fred Ryce (J. Toulout). Elle tue la soeur de Ryce qui la menaçait. Elle paye le silence de Ryce et divorce. Bien des années plus tard, remariée à un compositeur Enric Damor (Séverin-Mars), elle se retrouve face à face avec l'ignoble Ryce qui veut épouser sa belle-fille...
Nous sommes vraiment en plein mélodrame, pas flamboyant, mais extrêmement excessif ! Gance ne cherchait pas à manier les subtilités, mais, il recherche les personnages exacerbés. Toulout est ignoble à souhait. La scène de quasi viol avec Emmy Lynn semble avoir été inspirée par The Cheat (1915) de DeMille, jusque dans les éclairages. la musique est très importante dans le film et elle a ici été composée par Amaury du Closel. Il s'inspire largement de thèmes de Beethoven, Wagner et Strauss. Mais, bizarrement, il ne réussit pas à apporter cette unité stylistique que j'avais admirée dans sa partition pour Michel Strogoff. Un film très ambitieux que je ne trouve pas totalement réussi contrairement à La Roue.

Travail 1919


Un film d'Henri Pouctal avec Léon Mathot et Huguette Duflos


Luc Froment (L. Mathot) un ingénieur idéaliste observe la vie misérable des ouvriers des acieries et décide de transformer leur vie en leur construisant des logements décents. Mais, ses changements ne seront pas du goût de ses concurrents qui feront tout leur possible pour lui barrer la route...
Cette adaptation d'un roman de Zola est une totale réussite par l'atmosphère et le foisonnement des personnages. Nous sommes plongés dans la France des ouvriers du XIXème siècle. Je n'ai vu, malheureusement, qu'une version réduite du film (2h30 au lieu de 8h); mais, malgré tout les personnages vivent et évoluent avec succès. La direction d'acteur est remarquable. Huguette Duflos, qui était si ennuyeuse dans L'Homme à l'Hispano, est ici excellente en Josine, une pauvre fille battue par son concubin alcoolique, Ragu (Camille Bert). Le tournage dans une acierie apporte un réalisme étonnant. Pouctal reste fidèle à l'esprit de Zola en décrivant la misère morale et sociale des ouvriers contrastée avec la richesse insolente des riches indolents. Parmi les nantis, on remarque Fernande (Claude Mérelle) qui est la maîtresse du propriétaire d'une acierie voisine. Son personnage est totalement noir. Pour conserver cette vie de privilège, elle ira jusqu'à se donner à l'ignoble Ragu pour le pousser au meurtre. Un film absolument remarquable.

L'Homme à l'Hispano 1926

Un film de Julien Duvivier avec Huguette Duflos, Georges Galli et Chakatouny


Georges Dewalter (G. Galli) issu d'une riche famille a perdu toute sa fortune et a résolu de s'exiler au Sénégal. En route pour Bordeaux, il croise un de ses amis qui a acheté une luxueuse Hispano-Suiza pour sa maîtresse. Il lui demande de l'accompagner à Biarritz en se faisant passer pour le propriétaire de la voiture auprès de sa femme. A Biarritz, il rencontre Lady Oswill (H. Duflos) dont il tombe éperdument amoureux...


C'est probablement le film de Duvivier le plus ennuyeux que j'ai jamais vu! Adapté d'un roman à la mode de Pierre Fondraie, le film s'enlise dès le début et s'étire sur 125 longues minutes. Le rôle principal tenu par Huguette Duflos y est pour beaucoup. C'est une actrice sans charme, sans beauté et sans charisme. On a beaucoup de mal à croire que le jeune et sémillant Georges Galli puisse être amoureux d'elle et même se suicider pour elle. Le seul personnage qui surnage est Chakatouny, le mari de la dame qui observe avec un plaisir maléfique les amoureux car il sait que Georges est ruiné. A part de beaux extérieurs filmés à Biarritz, il n'y a pas grand'chose à sauver. Il y a quelques scènes avec des toiles peintes -hideuses!- et complètement râtées... On sent bien qu'il devait s'agir d'un travail de commande pour Duvivier...

Maldone 1927


Un film de Jean Grémillon avec Charles Dullin, Genica Athanasiou et Annabella


Olivier Maldone (C. Dullin) est roulier: il tire les péniches sur un chemin de halage avec ses chevaux. Suite au décès de son frère, il revient contraint et forcé dans sa famille de riches propriétaires et fait un mariage arrangé avec la fille d'un voisin, Flora (Annabella). Mais Olivier est obsédé par une gitane, Zita (G. Athanasiou)...

Ce premier long métrage de Grémillon a été amputé sévérement au montage par un producteur mécontent de sa durée. Il dure maintenant 90 min (encore que je crois qu'il ait été projété trop rapidement...) et on remarque d'énormes trous dans la trame du scénario. Grémillon utilise énormément la caméra suggestive pour de nombreuses scènes. Par moment, on l'impression qu'il insiste un peu trop sur le côté style au dépend du contenu. Dullin est superbe comme d'habitude. Annabella a un rôle particulièrement creux. Il est probable que de nombreuses scènes où elle figurait ont disparu. Dans ce qui reste de ce film, on remarque le côté documentaire sur la vie des chemins de halage, un certain 'réalisme poétique' avant l'heure. Mais, mon impression générale, c'est que nous voyons un exercice de style plutôt qu'un grand Grémillon comme Remorques ou L'Etrange Monsieur Victor. Il est fort possible que si le film entier était encore disponible, mon opinion pourrait être différente.

Princesse Masha 1927


Un film de René Leprince avec Claudia Victrix, Romuald Joubé, Andrée Brabant et Jean Toulout


Un bébé est abandonné près de la Néva à St Petersbourg vers 1890. Un professeur la ramasse et adopte la petite fille. 20 ans passent, Masha (C. Victrix) doit fuir la Russie car son père conspire contre le régime des tsars et elle est la cibe des attentions du dangereux Général Bourgassoff (J. Toulout). Elle part étudier la médecine à Paris...

Cette énorme superproduction de l'époque reconstitue en studio le St Petersbourg de l'époque des tsars. Le budget a certainement été conséquant avec des décors et des costumes luxueux. Malheureusement, le film est un navet à cause d'un scénario faiblard qui ne réussit pas à créer des personnages avec des sauts dans le temps et l'espace qui anéantissent toute crédibilité. En plus, la distribution est dominée -si on peut dire! - par Claudia Victrix, une cantatrice de son état qui est à peu près aussi expressive qu'une bûche. René Leprince n'a rien d'un crack de la caméra et se contente d'enregistrer les événements. Il démarque sans vergogne -et sans aucun talent- la scène du traineau de La Légende de Gösta Berling (1924, M. Stiller) et de l'attaque des loups dans Le Miracle des Loups (1924, R. Bernard). Mais, je ne regrette pas de m'être dérangée pour ce film de 2h20 (quand même!). La copie est issue du négatif original et c'est une pure merveille: des contrastes stupéfiants à la Rembrandt, une clarté et une précision à tomber par terre! Ha! Si seulement tous les films muets pouvaient être dans cet état de conservation...