lundi 24 octobre 2011

Treasures V: The West (III)

Passing from the Oklahoma Outlaw (1915, William Tilghman & James Bennie Kent) avec William Tilghman - Prod. Eagle Film Co.

Ce film étonnant est l'oeuvre du Frontier Marshal Tilghman. Il ne reste que quelques fragments de ce film de 6 bobines. il a été écrit, réalisé et joué par le Marshal lui-même et nous le montre en train de rechercher et de débarrasser l'ouest de ses hors-la-loi. Tilghman était un héros véritable qui venait de passer 30 ans à éliminer ceux-ci. Comme il désapprouvait fortement les films d'Al Jennings qui donnait une image romantique des hors-la-loi, il décida lui aussi de donner sa version des choses en créant sa propre société de production, La Eagle. Il recrée donc pour la caméra les différentes violentes fusillades qui l'opposèrent aux gangs de l'Oklahoma. Comme pour le film de Jennings, mais sous un angle différent, nous retrouvons un ouest reconstitué par ceux qui l'ont vécu. Tilghman était une légende de l'ouest. Il avait capturé un des frères Doolin du gang Doolin-Dalton. Apparemment toujours en activité, il arrêta le tournage de ce film pour partir à la recherche d'un malfaisant. On a le sentiment de regarder un documentaire face à ces fragments stupéfiants.

Legal Advice (1916, Tom Mix) avec Tom Mix et Victoria Forde - Prod. Selig Polyscope Co.

Cette comédie de Tom Mix avec Tom Mix est assez typique des films de ce cow-boy qui fut une superstar du genre. Plus tourné vers les cascades et les situations comiques, il ne cherche pas à créer des personnages réels, comme le ferait un William S. Hart, mais à donner au public un bon divertissement. Champion des cascades à cheval, il est ici un cow-boy maladroit qui tente de plaire à une jolie avocate venue s'installer dans l'Ouest sauvage. Je n'ai jamais vraiment accroché aux films de Mix qui m'a toujours paru être un cow-boy d'opérette ou de cirque. Ce petit court-métrage sans prétention est agréable sans plus.
The Girl Ranchers (1913, Al Christie) avec Marie Walcamp et Ramona Langley - Prod. Nestor Film Co.

Cette comédie a une réalisation assez sommaire, ainsi que ses éclairages. Elle se moque de jeunes femmes téméraires qui héritent d'un ranch et décident de le diriger elles-mêmes. Nous avons droit aux bons gros clichés sexistes sur ces dames en jupons qui viennent diriger des cow-boys virils et moustachus. Elles seront sauvées de l'attaque des indiens par ces mêmes hommes dont elles voulaient raser la moustache. Tout cela est assez faible, mais probablement représentatif d'une certaine veine de courts-métrages de l'époque.

samedi 22 octobre 2011

Treasures V: The West (II)

The Better Man (1912, Rollin S. Sturgeon) avec George Stanley et Anne Shaefer - Prod. Vitagraph Co. of America

La compagnie Vitagraph était la principale rivale de la Biograph dans les années 10. Malheureusement, seule une toute petite fraction de sa production a survécue alors que la Biograph est superbement conservée au MoMA. Ce Better Man se révèle être un excellent petit western, rondement mené et très bien joué. Une femme est seule avec son enfant malade dans une maison isolée quant un bandit mexicain arrive. Il meurt de faim et mange goulument du pain. La femme le supplie d'aller chercher un médecin car son enfant est gravement malade. Son époux lui préfère jouer dans les saloons. Le bandit se dévoue et au péril de sa vie, ramène le médecin. L'époux de la femme va ensuite tenter de donner ce bandit pour toucher une récompense. Sa femme le retient en lui faisant remarquer que ce bandit est un 'homme meilleur' que lui et lui demande de partir. Un excellent montage parallèle couronne le final.

Bronco Billy and The Schoolmistress (1912, Gilbert M. Anderson) avec G.M. Anderson - Prod. Essanay Film Manufacturing Co.

Cette comédie sur fond de western comporte comme personnage central, une femme. Dans cet ouest masculin, certaines figures féminines deviennent incontournables telle la maîtresse d'école. Gilbert M. Anderson était sans aucun doute un des tous premiers cow-boys de l'écran dans The Great Train Robbery (1903). Dans les années 10, il est célèbre sous le nom de Bronco Billy. Il dirige une énorme quantité de courts-métrages avec ce personnage pour la Essanay (S and A) dont il est un des fondateurs. Dans ce film, il joue un cow-boy amoureux d'une maîtresse d'école qui n'a pas froid aux yeux. La dame sort seule le soir avec un révolver dans sa poche. Quand on tente de lui faire peur en imitant un hold-up, elle se rebiffe. Et elle arrive même à démasquer le malfaisant qui a tenté de descendre Bronco Billy lors de la fausse attaque. Pas un grand film, mais une comédie sympathique.

Over Silent Paths: A Story of the American Desert (1910, D.W. Griffith) avec Marion Leonard, Dell Henderson, W. Chrystie Miller - Prod. Biograph Co.

Ce superbe court-métrage de D.W. Griffith photographié par Billy Bitzer a été tourné en Californie. Contrairement aux hideuses copies des courts-métrages Biograph qui sont disponibles sous diverses étiquettes, nous avons ici accès à une copie tirée du négatif original conservée au Museum of Modern Art. On peut donc y apprécier pleinement le travail de profondeur de champ et de composition de Bitzer. L'intrigue est superbement construite. Un chercheur d'or et sa fille décide de quitter le désert. Mais, un vagabond arrive et tue le vieil homme et s'empare de son or. Seule, la fille repard et chemin faisant trouve un homme inanimé dans le désert. Elle vient à son secours et tombe amoureuse de lui tout en ignorant qu'il est le meurtrier de son père. Mais, lorsqu'elle découvrira la vérité, elle le livrera au shérif. Marion Leonard fait une saisissante composition de femme forte dans un milieu hostile. Il faut la voir enlacer l'homme dont elle va prendre le révolver. Chaque plan est composé avec un soin remarquable, utilisant les extérieurs avec soin. Un très beau Griffith.

Treasures V: The West (I)

The Tourists (1912, Mack Sennett) avec Mabel Normand - Prod. Biograph Co.

Dans les années 10, les passagers des Santa Fe Railways s'arrêtaient à Albuquerque (Nouveau Mexique) pour aller faire un tour dans un village indien typique et pour acheter des poteries faites par les indiens du coin. Mack Sennett, qui ne va pas tarder à créer la Keystone, tourne cette petite comédie sur place à Albuquerque en se moquant de ces touristes qui passent en coup de vent pour faire du shopping. Trixie (M. Normand alors âgée de 19 ans) y flirte avec un chef indien avant de se faire chasser par des 'Suffragettes' indiennes! Le film a le style trépidant typique des comédies de Sennett qui ne cherchent en aucune façon à créer des personnages crédibles. Néanmoins, on rit bien en voyant ces touristes pressés des années 10 qui ne sont guère différents de ceux de maintenant.

The Sergeant (1910, Francis Boggs) avec Hobart Bosworth et Iva Shepard - Prod. Selig Polyscope Co.

Ce court-métrage a été produit par la Selig Polyscope Company qui fut la première société de production installée à Hollywood en 1909. Le film a été tourné au parc national de Yosemite et chaque carton d'intertitre nous détaille le lieu remarquable où chaque scène a été tournée. Sur une trame assez simple, le film en profite pour nous faire découvrir les plus belles cascades de Yosemite. Un sergent est amoureux de la fille de son officier supérieur. Partis en promenade, leurs chevaux sont dérobés par des indiens rebelles. Déchu de son grade, il ne le recouvrera qu'après un acte de bravoure. Ce film Selig a été redécouvert récemment et permet de se faire une idée du travail de Francis Boggs dont presque tous les films ont disparu. Ce court-métrage tient la route grâce à la composition visuelle et son rythme.

Last of the Line (1914, Jay Hunt) avec Sessue Hayakawa, Joe Goodboy et Tsuru Aoki - Prod. Thomas H. Ince/NY Motion Picture Corp.

Voici une des perles du coffret Treasures V. Ce western de deux bobines produit à Inceville, le studio de Thomas H. Ince, a été tourné avec de vrais Indiens Sioux, avec un des leurs dans le rôle principal, crédité sous le nom de Joe Goodboy. L'année précédente, le japonais Sessue Hayakawa qui étudiait à Chicago avait signé un contrat avec Ince, bien qu'il n'ait eu aucune expérience professionnelle en tant qu'acteur. On retrouve aussi au générique la japonaise Tsuru Aoki, qui était l'épouse de Sessue. Dans ces années-là, les westerns de Ince bénéficie de son immense ranch qui lui sert de studio et de la présence de vrais indiens, qui venaient des spectacles de cirque. Sessue Hayakawa y est le fils du chef Sioux Grey Otter (loutre grise), parti étudier chez l'homme blanc. Son père attend impatiemment le retour de son fils unique, le dernier de sa lignée. Hélas, celui-ci est devenu un vaurien qui se soûle en permanence. Puis, celui-ci attaque une diligence avec des Indiens renégats. Son père, qui a signé un traité de paix avec l'armée des hommes blancs, tue son propre fils avant de déplacer le corps vers ceux des victimes pour qu'il recoive la sépulture d'un héros. L'intrigue est incroyable riche et bien menée pour un film de 26 min et aurait pu certainement donné un film de long métrage. Mais, le rythme et la beauté de la composition visuelle en font un bijou artistique qui annonce les dizaines de westerns classiques qui fleuriront dans les années 40. Hayakawa y est un fils d'Indien convaincant face au superbe Joe Goodboy en père déchiré. Le film est superbement accompagné par Stephen Horne au piano et la flûte.

vendredi 21 octobre 2011

The Lady of the Dugout 1918

Un film de W.S. Van Dyke avec Al Jennings, Frank Jennings et Corinne Grant

Deux journalistes dans un hôtel de Beverly Hills rencontrent l'ancien hors-la-loi Al Jennings (lui-même). Ce dernier entreprend de leur raconter un épisode de sa vie et comment il a organisé son premier hold-up avec son frère Frank...

De toute la collection de films dans Treasures V, ce Lady of the Dugout est le plus étonnant et le plus proche du documentaire sur ce qu'était réellement le Vieil Ouest. Loin de tout glamour hollywoodien, les deux héros sont deux hommes affamés qui deviennent hors-la-loi presque par accident et nécessité. Le scénario a été écrit par Al Jennings lui-même qui joue son propre rôle. Il a quitté sa vie de bandit, après avoir été grâcié par le Theodore Roosevelt, pour devenir une figure du circuit évangélique. Puis, il travaille dans le cinéma dès 1908. Le réalisateur Woody S. Van Dyke est encore un débutant en cette année 1918. Avec cette histoire racontée en double flash-back, nous découvrons que la migration vers l'ouest n'apporte que rarement la fortune aux fermiers. Nos deux hors-la-loi, après avoir volé une banque se retrouvent dans la prairie immense et désertique. Ils n'ont pas mangé depuis deux jours. Puis, ils tombent sur une pauvre habitation creusée à même la terre de la prairie, un dugout qui dépasse à peine de la surface de la terre avec une misérable cheminée. Dans ce logis insalubre, une femme, Mary, attend avec son jeune enfant le retour de son vaurien de mari. Elle n'a aussi plus rien à manger depuis plusieurs jours. Sa situation émeut les deux hors-la-loi et l'un d'eux part tout de suite pour aller chercher quelques subsistances au voisin le plus proche, situé à des dizaines de kilomètres de là. Mary leur raconte alors comment elle a quitté son Est natal avec l'homme qu'elle avait épousé contre l'avis de ses parents. Elle s'est retrouvée dans la misère. Devenus des Robins des Bois, ils décident d'attaquer une autre banque pour assurer le confort matériel de cette femme et de son fils. Si le ton du scénario est moralisateur et évangélique, le récit lui est sec et sans concession. Tourné avec un budget minuscule, le film est réalisé dans une petite ville de Californie pour réduire les coûts. Le film a un réalisme qui en fait presque un documentaire. Les frères Jennings attaquent une banque en respectant le protocole qu'ils utilisaient. Pendant que l'un fait le guet, l'autre s'introduit dans la banque et braque les employés. Pour s'échapper, ils 'nettoient' les rues en tirant dans tous les sens pour faire fuir tout le monde. Ce film est un document précieux pour tout amoureux du western qui permet de recadrer l'idée que l'on se fait de l'Ouest dans le western traditionnel. Malheureusement, ce film n'a survécu que sous la forme d'une copie 16mm contretypée. Si la qualité des images est assez médiocre, le film lui-même est suffisamment passionnant pour nous captiver.

mercredi 19 octobre 2011

La Parade est passée... de Kevin Brownlow (I)


La première édition française de ce livre essentiel sur l’histoire du cinéma muet américain sort aujourd’hui en librairie. Je suis particulièrement fière de la publication de ce livre car j’en suis la traductrice. Si vous vous intéressez au cinéma muet - ou même au cinéma tout court - ce livre est pour vous. Vous entrerez de plein pied dans l’univers du cinéma des années 10 et 20 grâce aux interviews de nombreux metteurs en scène, acteurs et techniciens qui parlent avec enthousiasme de leurs débuts dans le métier. Loin de tout jargon universitaire, le livre est écrit dans un style alerte qui fait revivre cette période d’expérimentation et d’innovation.
Si vous voulez en savoir plus sur l’auteur de l’ouvrage, vous pouvez lire l’interview que j’avais réalisée en 2008 sur ce site. N’hésitez pas à laisser vos commentaires sur le livre si il vous a plû. Bonne lecture !
Revue de presse maintenant disponible ici.

lundi 17 octobre 2011

Womanhandled 1925

Un film de Gregory La Cava avec avec Esther Ralston, Richard Dix et Edmund Breese

Dans un parc de Manhattan, Bill Dana (R. Dix) se jette dans quelques dizaines de cm d'eau pour sauver le neveu de la belle Molly Martin (E. Ralston). Celle-ci se révèle être une fan de l'Ouest sauvage, ne jurant que par les westerns et les romans tels que 'North of 36' d'Emerson Hough. Bill lui raconte qu'il est lui-même un vrai cowboy endurci pour lui plaire. Il part pour le Texas pour s'endurcir. Mais, le ranch de son oncle ne ressemble en rien à ce qu'il imaginait...

Cette parodie de western nous est parvenue malheureusement incomplète. Il reste seulement 55 min des 75 min initiales. Néanmoins, les extraits sont suffisamment longs pour que l'on puisse apprécier cette amusante comédie. Dès les années 10, le mythe du cowboy avait déjà fait les frais de la parodie avec le formidable Wild and Woolly (1917, J. Emerson) où Fairbanks jouait un new-yorkais obsédé par l'ouest sauvage. La Cava continue dans cette veine avec le Bill Dana de Womanhandled. C'est un joueur de polo distingué qui n'a jamais fréquenté l'ouest le moins du monde, mais qui va faire de son mieux pour faire croire à sa belle qu'il est un cow-boy viril. Il est d'abord victime de l'effroyable garnement qu'est le neveu de Molly. Une vrai teigne qui lui tire sur sa chemise, lui tape sur les pieds et lui enlève ses chaussures. Mais, il supporte tout pour rester près de Molly. L'arrivée au ranch de son oncle est l'occasion de grands éclats de rire lorsqu'il découvre que les garçons vachers sont en fait des petits gars à l'accent de Brooklyn qui rassemblent le bétail avec des voitures. Il ne sont jamais montés sur un cheval de leur vie et Bill doit leur enseigner les rudiments de l'équitation. Tout cela va tourner à la franche rigolade lors de l'arrivée de Molly. Son garnement de neveu s'empare de son révolver et tire, provoquant la panique parmi les cavaliers débutants qui tombent comme des mouches de leurs destriers. Richard Dix était lui-même une star des westerns avec les superbes The Vanishing American (1925, G.B. Seitz) et Redskin (1929, V. Schertzinger). Mais, ici il montre suffisamment d'humour pour se moquer des clichés du western. Il a face à lui la belle Esther Ralston en new-yorkaise crédule. Voilà une comédie très sympathique qui est excellemment accompagnée par le superbe Stephen Horne.

Mantrap 1926

Un film de Victor Fleming avec Clara Bow, Ernest Torrence, Percy Marmont et Eugene Pallette

A New York, l'avocat Ralph Prescott (P. Marmont) ne supporte plus ses nombreuses clientes en cours de divorce. Il accepte de suivre son ami Woodbury (E. Pallette) pour des vacances dans le nord Canadien. Là-bas, il fait la connaissance de la très jolie Alverna (C. Bow) qui a épousé le grand et fruste Joe Easter (E. Torrence)...

Cette délicieuse comédie a été réalisée pour mettre en valeur la plus grande star de la Paramount de l'époque: Clara Bow. Elle était la quintessence de la 'flapper' des années 20, délurée, amusante et émancipée. La Paramount engrangeait des profits énormes grâce à cette actrice qu'ils faisaient travailler sans relâche. Sur un scénario assez mince, qui pourrait être résumé sur un ticket de métro, Victor Fleming réalise un film plein de charme et de fantaisie. Clara Bow est une manucure de Minneapolis qui accepte d'épouser un grand gars pas très futé joué par Ernest Torrence, qui se faisait une spécialité des rôles de grandes brutes. On se retrouve avec le couple le plus improbable de l'histoire du cinéma muet: la petite Clara vive et sensuelle face à cette homme des cavernes au visage taillé à la serpe. Mais, comme le ton du film est totalement humoristique, y compris dans les cartons rédigés par George Marion Jr., on avale la pilule assez facilement. Clara se retrouve dans un petit bled paumé, Mantrap, où elle s'ennuit rapidement. L'arrivée de l'avocat new-yorkais va apporter un changement bienvenu. Celui-ci se méfie des femmes. Ils les côtoient toute la journée sous la forme de créatures rapaces qui cherchent à obtenir une bonne pension alimentaire. Evidemment, Clara va déployer tout son charme, qui n'est pas mince, pour le séduire. Le film a été tourné près du Lac Arrowhead, situé à une centaine de km d'Hollywood. Le génial James Wong Howe est derrière la caméra et utilise au mieux les paysages sauvages tout en donnant à Clara Bow tout le glamour nécessaire dans ses gros plans. Cette délicieuse comédie est accompagnée de mains de maître par le pianiste Stephen Horne qui donne le ton exact des années 20 et de son jazz étourdissant. Un délicieux bonbon.

dimanche 16 octobre 2011

Salomy Jane 1914

Un film de George E. Middleton & William Nigh avec Beatriz Michelena, House Peters, Matt Snyder et William Nigh

En 1849, durant la ruée vers l'or en Californie, Salomy Jane Clay (B. Michelena) et son père Maddison Clay (M. Snyder) arrivent dans une ville champignon, Hangtown. Le vieux Clay est poursuivi la haine tenace d'un ennemi de sa famille. De son côté, la belle Salomy est convoitée par trois soupirants...

En cette année 1914, le western long-métrage est devenu commun sur les écrans américains avec The Bargain (1914, R. Barker) et The Spoilers (1914, C. Campbell). Contrairement aux deux films précédemment cités, ce Salomy Jane a été produit par une petite compagnie de production nommée la California Motion Picture Corp. qui est implantée à San Francisco. C'est donc dans la région de San Francisco, dans la forêt de séquoias géants, que le film est tourné. Ce film remet en question la dominance des grands studios sur la production de l'époque. En effet, ce Salomy Jane n'a vraiment pas à rougir face aux productions de T.H. Ince. Il réussit à combiner une beauté visuelle et une complexité des intrigues que l'on aurait pas soupçonné pour une telle production. Le scénario est une adaptation d'un roman de Bret Harte, un romancier américain fréquemment adapté au cinéma pour sa description du Far-West de The Half-Breed (1916, A. Dwan) avec Douglas Fairbanks à Tennessee's Partner (1955, A. Dwan) avec John Payne. L'héroïne, Salomy Jane, est interprétée par une star du théâtre d'origine vénézuelienne, Beatriz Michelena. C'est son premier film, mais son nom est en vedette sur tous les cartons. A côté d'elle, on retrouve le Britannique House Peters, une des stars du cinéma des années 10. La structure narrative du film est déjà incroyablement complexe pour un film de 1914. Nous sommes dans une de ces villes champignon où les posses partent à la recherche des bandits avant de les pendre haut et court, sans autre forme de procès. Un bon à rien de Hangtown (un nom tout à fait approprié !) attaque la diligence. Une posse par à ses trousses ainsi qu'à celles de son complice. Pendant ce temps, un vieux bonhomme tente d'assassiner le père de Salomy suite à une rivalité ancestrale. Là-dessus se greffent les rivalités entre les hommes de la ville qui convoitent tous la belle Salomy. Celle-ci est une créature qui n'a pas froid aux yeux et refuse chacun de ses soupirants qu'elle trouve trop fades. Mais, lorsque l'un deux (Baldwin) tente d'abuser d'elle, elle demande à Rufe Waters (W. Nigh) de le tuer. Sur ces entrefaites, arrive un homme (House Peters) qui recherche le dénommé Baldwin, qui a abusé de sa soeur. C'est cet homme étranger qui va le tuer. Le film exploite d'une manière spectaculaire les extérieurs californiens qui vont de la forêt de séquoias jusqu'aux bords escarpés d'un fleuve qui sont l'occasion de cascades spectaculaires. Le film se termine par une poursuite haletante sur les eaux du fleuve. L'héroïne et le héros sont sur une barque alors que les chevaux de la posse fonce vers eux dans le lit du fleuve. La composition des images montre un sens artistique évident. Apparemment, le grand Hal Mohr, le futur cameraman de The Wedding March (1928, E. von Stroheim) a travaillé sur le film. Il faut aussi donner un grand coup de chapeau au musicien Stephen Horne qui accompagne d'une manière exemplaire ce film sur le DVD de du nouveau coffret Treasures V: The West (1898-1938). Utilisant le piano et la flûte, il sait exactement doser le rythme et l'atmosphère de chaque scène. En plus d'être un pianiste de grand talent avec une large palette de couleurs, il apporte au film un élan et un romantisme tout à fait irrésistible. Formidable !

vendredi 14 octobre 2011

Les Grands 1924

Un film d'Henri Fescourt avec Max de Rieux, Jeanne Helbling, Georges Gauthier et Henri Debain

Dans un pensionnat de province, un petit groupe d'élèves restent au collège durant les vacances de Pâques, parmi eux, Jean Brassier (M. de Rieux) et le petit Bezou (P. Colligé) qui est constamment harcelé par Surot (Fabien Haziza), un cancre malfaisant. Or Jean Brassier est amoureux de la femme du principal (J. Helbling). En l'absence de son mari, il s'introduit dans son appartement...

Henri Fescourt est un oublié du cinéma français malgré ses nombreuses réalisations prestigieuses durant la période muette. Ses Misérables (1925) et son Monte-Cristo (1928) sont à ranger parmi les plus grandes adaptations de Hugo et de Dumas. Avec Les Grands, un film intime, il montre son habilité à diriger les acteurs et à rendre cette histoire simple et humaine. Nous sommes dans un pensionnat pour jeunes garçons qui vivent en vase clos, rêvant de liberté et d'aventures. Jean Brassier, joué avec talent par Max de Rieux, qui fut la même année Le Petit Chose (1924, A. Hugon), est un jeune garçon qui aspire à 'être grand' et à être considéré comme tel. Il est secrètement amoureux de la femme du principal. Et cette infatuation va le mettre dans une situation difficile. Il est allé, la nuit, voir la femme du principal alors que le cancre Surot fracturait le bureau du principal pour voler 500 francs. Jean décide de s'accuser du vol pour protéger l'honneur de la femme qu'il aime. Il se retrouve dans une situation impossible: il va être renvoyé du collège et sermonné violemment par son père. Mais, il se refuse à dire la vérité. Il considère son sacrifice comme un signe qu'il est maintenant 'grand'. De son côté, le petit Bezou, un pauvre gosse abandonné par des parents en plein divorce, va oeuvrer pour aider son ami Jean. Il a deviné que Surot était le vrai coupable à cause de son attitude. Il fouille ses affaires et découvre les billets volés. Mais au lieu de le dénoncer lui-même, il le pousse à le faire de son propre chef. On ne peut que louer le jeu des différents acteurs dans les rôles secondaires comme Henri Debain, en économe dégingandé à pince-nez et Paul Jorge en portier compatissant. La copie est de très bonne qualité et met en valeur le travail des opérateurs. Un Fescourt de très bonne facture.

lundi 3 octobre 2011

The Great White Silence 1924

Un film d'Herbert G. Ponting

Ce documentaire exceptionnel a été réalisé par un photographe. Herbert G. Ponting n'avait pas encore réalisé de films lorsqu'il se joignit à l'expédition du Capitaine Scott, en Antarctique, en 1910-1912. Mais, il est évident qu'il avait un talent inné pour la réalisation en voyant ses fantastiques images superbement composées. Herbert G. Ponting rencontre la capitaine Scott en 1909 et en 1910, il rejoint l'expédition en Nouvelle-Zélande pour le départ vers le Grand Sud sur le Terra Nova. Il va filmer la traversée de Nouvelle-Zélande vers l'Antarctique et le début de l'expédition se concentrant sur les animaux et la vie des hommes. En février 1912, il remonte à bord du navire Terra Nova et ne sera pas présent lors de la fin de l'expédition qui verra la mort de Scott et de ses compagnons. Dans un premier temps, il utilisera ses nombreuses photos et ses films pour illustrer des conférences. Mais, c'est seulement en 1924 qu'il assemble tout son matériel pour en faire un film. Le film sera à nouveau retravaillé au parlant pour en faire 90° South (1933). Le BFI vient de réaliser un superbe travail de restauration du film de 1924 à partir du négatif original. Le film a été soigneusement remonté, teinté et viré. Les intertitres ont été également recréés dans le style de l'époque sur pellicule 35 mm pour éviter les cartons numériques flagrants.
Herbert G. Ponting part avec deux caméras et réalise aussi une énorme quantité de clichés sur plaques de verre. Encore maintenant, ses clichés de l'Antarctique conservent leur beauté plastique et provoquent tout autant la sidération du spectateur que dans les années 10. Il va filmer la vie des hommes de cette expédition hors-normes qui vise à atteindre le Pôle Sud. Ponting ne s'intéresse pas à l'aspect compétition de cette 'conquête' du pôle. Il va filmer pour la première fois des pingouins, des phoques et des baleines tueuses dans leur milieu naturel. Nous sommes maintenant saturés d'images de tous ces animaux, mais, en 1910, c'est la première fois qu'un homme va filmer la vie des pingouins. Et il le fait d'une manière remarquable. Nous assistons à l'éclosion d'un oeuf, à la croissance rapide des petits et nous observons la vie en société de ces animaux et de leurs prédateurs, les mouettes skua. Il filme aussi l'attaque brutale d'une bande de baleines tueuses qui cherchent à attraper un bébé phoque. On est étonné par la rapidité et la réactivité de ce photographe qui utilise un matériel lourd et encombrant, en plus des conditions polaires glaciales qui rendent le travail épuisant. A bord du Terra Nova, il va se faire construire une plate-forme qui dépasse de 3 m sur le côté tribord pour filmer la proue qui brise la glace lors de leur progression vers l'Antarctique. La traversée vers l'Antarctique n'est pas de tout repos avec une mer démontée en permanence. Ponting a le mal de mer, des animaux meurent durant la traversée et des membres d'équipages sont blessés. Arrivés en Antarctique, nous assistons au débarquement du matériel, des poneys et des chiens sibériens. Ponting filme l'équipage qui danse, s'amuse ou les poneys ivres de joie qui se roulent dans la neige après la longue et difficile traversée. Il réussit à capturer l'instant avec autant d'acuité en filmant qu'avec ses photos. Il a un oeil d'esthète lorsqu'il filme la formation de la glace à la surface de l'océan. On voit des formations de glace telles des feuilles de nénuphar qui flottent à la surface avant de s'agglomérer. Il a su capter la beauté de ce paysage antarctique avec un talent d'artiste inégalé. Mais, si le film conserve un pouvoir émotionnel certain, c'est sans aucun doute à cause de l'histoire humaine qui est racontée. Le capitaine Robert Falcon Scott a été envoyé en Antractique pour atteindre le premier le pôle Sud, au nom de l'Empire Britannique, avant ses compétiteurs norvégiens, l'expédition d'Amundsen. Scott atteindre la pôle 34 jours après Amundsen et il mourra avec ses compagnons sur le chemin du retour, affamé et perdu dans le blizzard. Bien qu'il n'ait pas participé à la dernière partie de l'expédition, Ponting nous raconte comment Scott avec ses quatres compagnons partirent en tirant eux-mêmes leurs traîneaux sur des terrains dangereux et accidentés. On les retrouvera morts sous leur tente. Scott avait laissé un journal détaillant leur dernier voyage. Il est évident que Ponting a été profondément affecté par la mort de ces hommes qu'il connaissait bien et qu'il appréciait. Et cela se ressent dans les images qu'il nous montre de la troupe joyeuse qui se prépare au grand départ. En plus d'être un document tout à fait exceptionnel, le film de Ponting est authentiquement une oeuvre d'art.
La restauration est fabuleuse. Mais, il y a cependant un bémol. La musique choisie pour accompagner le film est un ratage total. Le BFI a engagé un musicien, Simon Fisher Turner qui a réalisé une illustration sonore décousue et irritante. Sa musique électronique utilise parfois des fragments de Madame Butterfly ou autres voix. Il semble incapable de soutenir la qualité esthétique et cinématographique fabuleuse de Ponting. J'ai terminé de regarder le film en silence. Une responsable du BFI nous explique qu'un tel film ne peut être accompagné d'un orchestre ou d'un piano. On se demande bien pourquoi....!