jeudi 10 mars 2011

The Silent Man 1917



Le Droit d'Asile
Un film de Wm S. Hart avec avec William S. Hart, Vola Vale et Robert McKim

'Silent' Budd Marr (Wm S. Hart) est chercheur d'or. Il a trouvé un bon filon dans la montagne et redescent en ville pour faire enregistrer sa concession. Mais, un escroc 'Handsome' Jack Pressley (R. McKim) lui vole celle-ci...

Cette fois-ci William S. Hart est chercheur d'or. Il a décidément exploré tous les personnages de l'Ouest sauvage ! Lui qui est honnête et confiant se fait voler le fruit de son travail par un escroc qui a la haute main sur la ville champignon qui porte le nom évocateur de Bakeoven. Lors d'une partie de poker truquée, il se fait voler tout son or et son argent. La séquence est superbement menée avec Hart qui remarque les signes que fait une entraineuse du saloon à son complice: son image se reflète dans la lampe de cuivre qui pend au plafond. Ayant tout perdu, il devient bandit et attaque la diligence pour recouvrer son or. Ce faisant, il tente de tuer le malfaisant Jack Pressley. Mais, il en est empêché par la jeune épouse innocente de Jack (une jeune et jolie Vola Vale qui fait penser à Lillian Gish). Les rapports entre les deux personnages vont évoluer lorsqu'il lui révèle l'imposture dont elle est victime : Jack est bigame et un voleur. Bill Hart aura bien du mal à prouver sa bonne foi face à un Robert McKim retord et sournois qui va même jusqu'à brûler une église (rappel en mineur de Hell's Hinges de 1916). Comme toujours, la mise en scène est au cordeau et William S. Hart charismatique à souhait.

The Goose Woman 1925


Déchéance
Un film de Clarence Brown avec Louise Dresser, Jack Pickford et Constance Bennett

Marie de Nardi (L. Dresser) vit dans un taudis en élevant des oies. Elle fût autrefois une cantatrice célèbre et reconnue. Un soir, un crime est commis près de chez elle. Elle décide d'aider la police. Mais, son témoignage fait de son fils Gerald (J. Pickford) le suspect numéro un...

Clarence Brown avait travaillé comme assistant de Maurice Tourneur avant de devenir réalisateur à par entière. Ce film réalisé pour la Universal montre l'influence de son mentor par la précision de la composition picturale des images et le sens du récit. Louise Dresser, dans la rôle principal, n'est plus qu'une épave humaine qui noie son désespoir dans le gin. Elle, qui était une artiste réputée, a sombré après avoir donné naissance à son fils. Sa voix a été détruite. Les rapports entre cette femme et son fils sont faits de rancoeurs et de ressentiments. Face à elle, Jack Pickford donne une vraie épaisseur humaine à ce garçon fragile et sentimental. Il essaie tant bien que mal de sortir sa mère de cette cabane sordide où elle croupit, en vain. Finalement, c'est le désir de notoriété qui va la pousser à sortir de son taudis. Lorsqu'un juge lui fait miroiter la possibilité de faire la une des journaux, elle décide de faire un témoignage. Elle est prête à mentir pour être à nouveau considérer comme un être humain et non plus un objet de dérision. La construction du film -qui annonce le film noir par certains aspects- est remarquable. Brown nous apprend toutes sortes de détails grâce aux images en évitant les cartons. Par exemple, Louise Dresser touche la surface de la carte de visite du juge et remarque que les caractères sont en relief - le signe, pour elle, de son importance - contrairement au policier qui n'a qu'un bristol ordinaire. Le récit se fait à coup de flash-backs qui vont nous révéler peu à peu les circonstances du crime. Un homme a été tué avec un révolver devant son portail. Mais, au début, nous ne savons rien de lui, ni du motif du crime. Mais, ce crime n'a finalement que peu d'importance car il n'est là qu'un catalyseur de la transformation de Marie de Nardi. Il va lui permettre de retrouver visage humain et de l'affection pour son fils. Brown a donné à son film une belle authenticité avec pour décor une vieille cabane qu'il avait réussi à trouver et fait déplacer en studios. Le film offre aussi une vision des coulisses d'un théâtre lorsque Jack Pickford va retrouver sa petite amie actrice (jouée par Constance Bennett). Nous assistons amusés aux performances du bruiteur alors que les acteurs s'agitent en scène. Puis, la scène de l'interrogatoire au poste de police est superbement rythmée par des inserts: robinet qui coule, pièces de monnaie qui s'entrechoquent et agent se limant les ongles. Le malaise de Jack Pickford va grandissant avec tous ces bruits parasites. Le film contient un humour bienvenu dans cette histoire très noire qui pourrait tourner au mélo. On voit, par exemple, le policier incommodé par la puanteur de la cabane, ouvrir la fenêtre pour avoir un peu d'air frais. Mais, c'est l'odeur du lisier des porcs qui vient lui frapper les narines. De plus, la cinématographie est superbe avec toutes les ombres et lumières requises. Le film vient de faire l'objet d'une restauration par la UCLA Film and TV Archive. Espérons qu'il sera édité en DVD rapidement.

mardi 8 mars 2011

La Dentellière 1912


Un film de Léonce Perret avec Suzanne Grandais et Emile Keppens

La dentellière Yolande Wouvermann (S. Grandais) voudrait épouser Peter Claes. Mais, le père de celui-ci réclame une dot de 5000 florins qu'elle n'a pas. Elle se présente à un concours de dentelle, espérant gagner le premier prix...

La Dentellière est certainement un des plus beaux courts-métrages de Perret. Dans le rôle principal, Suzanne Grandais est une délicieuse petite hollandaise revêtue d'une coiffe de dentelle. Le personnage apparemment impressionna tant Mary Pickford qu'elle demanda aussi à jouer une hollandaise. Mais, au-delà, de cet aspect folklorique, le film est une lumineuse recréation d'une Hollande picturale. Dans des intérieurs, en clair-obscur, qui font penser à Vermeer et à Rembrandt, Suzanne se lève au milieu de la nuit pour voir se former sur la vitre les critaux de glace. Ils forment -miraculeusement- un motif de dentelles qu'elle cherchait vainement pour son concours. Une petite merveille de grâce et de poésie !

La Petite Béarnaise 1911


Un film de Léonce Perret avec Valentine Petit et Yvette Andréyor

A Pau, le roi Henri de Navarre séduit une petite béarnaise. Mais, sa mère Jeanne d'Albret lui présente sa future épouse, Marguerite de Valois...

Ce court-métrage historique raconte une aventure du Vert-Galant. Il séduit une jolie Béarnaise qui ne survivra pas au désespoir d'être quittée par le roi. Cette histoire simplette se révèle un vrai plaisir pour l'oeil grâce aux superbes prises de vue autour du château de Pau. Le roi au panache blanc repère, depuis un pont, une jolie fille au bord d'une rivière. Ce conte bénéficie d'une atmosphère particulière qui nous fait croire immédiatement aux démêlées d'Henri et de sa belle. Le jeu des acteurs est excellent comme dans la plupart des films Gaumont des années 10. Très joli!

Le Gardian de Camargue 1910

Un film de Léonce Perret 


Arlette, une jeune actrice parisienne, vient passer ses vacances chez sa vieille nounou en Camargue. Elle y en rencontre Hector, un jeune gardian naïf, qui tombe fou amoureux d'elle...

Ce charmant court-métrage a été tourné en Camargue, probablement au même endroit où Jean Durand tournait ses westerns. L'intrigue est simplicissime. Un gardian s'amourache d'une parisienne. Désespéré, il se suicide lorsqu'elle repart à la capitale. Mais, comme toujours avec Perret, on apprécie les cadrages, l'utilisation habile des extérieurs et un côté documentaire sur la vie de l'époque. On voit les jeunes arlésiennes en costume traditionnel partir à la cueillette des amandes et revenir avec leurs paniers vers la ville. L'acteur dans le rôle du gardian surjoue, mimant un désespoir grandiloquent. Mais, le final, où il part à cheval dans les vagues pour y trouver le repos de la mort conserve un charme intact. Perret sait rythmer une séquence et lui donner l'atmosphère requise.

lundi 7 mars 2011

Double Harness 1933


La Femme aux Gardénias
Un film de John Cromwell avec Ann Harding, William Powell et Henry Stephenson

A San Francisco, Joan Colby (A. Harding) flirte avec le riche célibataire John Fletcher (W. Powell). Un soir, elle s'arrange pour que son père, le colonel Colby (H. Stephenson), la trouve chez Fletcher en situation compromettante. John Fletcher est alors obligé de l'épouser...

Ce film pre-code disparut de la circulation pendant plus de 70 ans à cause de son scénario qui le rendait inapte à une ressortie. Il y avait de plus des problèmes de droits sur sur ce film RKO produit par Merian C. Cooper. TCM l'a restauré et ressortit en 2006 en DVD. Ce film marie avec bonheur la comédie et le mélodrame. Ann Harding trouve là l'un de ses rôles les plus intéressants face à un partenaire de choix, William Powell. Le film débute comme une comédie. En Joan Colby, Ann Harding nous donne sa philosophie du mariage qui, selon elle, est un contrat commercial où les sentiments n'entrent pour rien. Voyant sa jeune soeur dépensière et frivole convoler en justes noces, elle décide elle aussi de se marier. Pour se faire, elle suit un célibataire endurci, et fort riche, dans son appartement un soir. William Powell est formidable en coureur de jupons qui n'a pas la moindre intention de subir les chaînes conjugales. Leurs premières scènes sont rythmées par un dialogue étincelant, pleins de sous-entendus. Les deux acteurs forment un couple tout à fait crédible où chacun joue sa partie avec finesse et intelligence. La mise en scène de Cromwell est fluide et suit les protagonistes avec intelligence. Obligé d'épouser celle qu'il considérait comme une amie d'un soir, John Fletcher ne se dérobe pas, mais pense divorcer rapidement. Mais, évidemment, les sentiments s'en mêlent des deux côtés. Ann tombe amoureuse de son mari et lui, n'est certainement pas insensible, quoi qu'il en dise. Le film accuse une petite baisse de régime au milieu avant de repartir pour un final comique avec Reginald Owen en maître d'hôtel obséquieux. On ne peut qu'admirer la performance d'Ann qui donne humanité et émotion à son personnage. Lorsqu'elle doit révéler à son mari la machination qu'elle a conçue pour l'épouser, son visage reflète un mélange de soulagement et de désespoir. Un très joli film qui doit beaucoup au couple Powell-Harding.

vendredi 4 mars 2011

L'Assommoir 1909


Un film d'Albert Capellani avec Eugénie Nau, Alexandre Arquillière, Jacques Gretillat et Catherine Fontenay

Ce film de trois bobines d'une durée de 36 min est certainement une des toutes premières adaptations d'Emile Zola. Malgré cette courte durée qui condense le récit considérablement, Capellani réussit à transcrire à l'écran l'atmosphère des romans de Zola. Certes, le récit a subi quelques modifications en particulier sur l'influence néfaste de Virginie (C. Fontenay) qui va multiplier les actes criminels pour se venger de Gervaise (E. Nau). C'est elle qui provoque la chute de Coupeau (A. Arquillère) d'un échaffaudage ou qui lui donne une bouteille d'absinthe en lieu de vin pour provoquer sa mort. Ces entorses au récit de Zola donnent à l'intrigue plus de cohésion. Le jeu des acteurs (tous issus des théâtres parisiens) est dans l'ensemble une bonne surprise. Nous sommes après tout en 1909 ! La bagarre entre Virginie et Gervaise au lavoir est très bien amenée avec toutes les filles qui s'agglutinent pour mieux voir. De même, le repas d'anniversaire de Gervaise distille quelques rires bien venus lorsqu'un des convives s'empare de la soupière. Il boit toute la soupe avec la louche tout en trempant une baguette entière dedans. Le film donne l'impression d'être un pamphlet contre l'alcoolisme avec plusieurs références à l'absinthe, le poison du temps. D'ailleurs la scène finale montre Coupeau, en état de délirium tremens avancé, qui s'agite comme un damné avant de tomber raide mort. l'ensemble du film est filmé en plan large - comme c'était la règle avant 1910. Néanmoins, Capellani montre un sens du cadrage déjà fort élaboré. De nombreuses scènes sont filmées en extérieurs et donnent au film un cachet remarquable. Encore un très bon Capellani !

mercredi 2 mars 2011

The Right to Romance 1933


Un film d'Alfred Santell avec Ann Harding, Robert Young et Nils Asther

Peggy Simmons (A. Harding) est une chirurgienne esthétique renommée et surmenée. Elle décide de partir en vacances en Californie. Elle y rencontre un play-boy, Bobby Preble (R. Young) qui ne pense qu'à faire la fête...

Les 'vehicles' pour les stars féminines des années 30 en disent plus long qu'il n'y parait sur la sociologie des années 30. Certes, on leur offre des rôles de femmes actives qui occupent des métiers parfois masculins comme Ruth Chatterton en femme d'affaires dans Female (1933, M. Curtiz) ou Irene Dunne en directrice de prison dans Ann Vickers (1933, J. Cromwell). Mais, généralement, elles rentrent dans le 'droit chemin' à la dernière bobine, en se mariant et en retournant au foyer. Ici, Ann Harding n'échappe pas à la règle. Elle interprète, avec son talent habituel, une chirurgienne qui aspire à la 'romance'. Elle est fatiguée de n'être considérée que comme un docteur et pas comme une femme. Abandonnant la casaque de chirurgien parfumée à l'éther, elle part en robe de mousseline vaporeuse pour la Californie ensoleillée. Elle va tomber sur un prétendant qui est son antithèse absolu. Robert Young, encore tout jeunôt, lui fait une cour empressée bien qu'ils n'aient pratiquement rien en commun. Le mariage se révèle être un échec très rapidement : les différences d'âge, de métier et dans leurs relations sont trop grandes. Elle retourne alors vers son métier où elle réalise enfin que le partenaire idéal était là, en la personne de son collègue biologiste, joué par le suédois Nils Asther. La trame de ce film est assez faible et convenue. Mais, ce qui le rend intéressant, c'est la performance d'Ann qui donne un merveilleux naturel et une grande spontanéité à son personnage. Elle ne cherche pas à surjouer ; elle nous offre simplement le portrait d'une femme simple, volontaire et généreuse. La photo est signée du français Lucien Andriot qui lui offre des gros-plans sublimes. Alfred Santell dirige tout cela avec compétence à défaut de génie. Un bon petit mélo grâce aux acteurs.