dimanche 8 mars 2015

Maurice Tourneur au Salon du Livre de Paris le 22 mars 2015


Si vous souhaitez faire dédicacer votre exemplaire de 
Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (La Tour Verte),
Hall 1 - Stand G63-G55 (Lire en Normandie)
A bientôt!

Le gendarme est sans culotte 1914

Suzanne Le Bret susurre à l'oreille de Marcel Lévesque, qui ne se méfie pas...

Un film de Louis Feuillade avec Marcel Lévesque, Suzanne Le Bret et Charles Lamy

Cette petit pochade comique en deux bobines de Louis Feuillade vaut surtout pour la prestation du délicieux acteur comique que fut Marcel Lévesque. Il joue un gendarme campagnard qui va être victime d'un groupe de cinématographistes (comme on appelait les gens de cinéma à l'époque). Ils vont lui emprunter son pantalon et laisser le malheureux en caleçon. Il ne trouve pas de pantalon de rechange et enfile des sous-vêtements féminins puis une jupe, ce qui provoque moultes péripéties. Nous sommes dans le domaine du burlesque à la française qui est moins rythmé et inventif que ne le seront les Keystone Cops ou les films de Charlot. Cependant, on peut compter sur Lévesque pour donner de la couleur à son personnage de gendarme avec ses clins d'oeil appuyés à la caméra. Le film se clôt sur un clin d'oeil à la grande production Gaumont de 1914...Fantômas! C'est déjà du placement publicitaire avant l'heure. A voir ici pour vingt minutes de rire.

The World and Its Woman 1919

Le Prince Michael Orbelianov (L. Tellegen) et Marcia (G. Farrar)
Une idylle dans la tourmente
Un film de Frank Lloyd avec Geraldine Farrar, Lou Tellegen, Alec B. Francis, Rose Dione et W. Lawson Britt

En Russie, avant la révolution, Marcia Warren (G. Farrar) la fille d'un ingénieur américain est amoureuse du prince Orbelianov (L. Tellegen), le fils du patron de son père. Celui-ci l'ignore et la méprise jusqu'à ce qu'elle devienne une star de l'opéra...

Marcia (G. Farrar) dans Thaïs
En 1919, Samuel Goldwyn produit ses films sous l'étiquette Goldwyn Pictures (une société dont il perdra le contrôle en 1922). A cette époque-là, il voit déjà grand et il a recruté Geraldine Farrar qui est alors non seulement une star du Metropolitan Opera, mais aussi du grand écran grâce à ses films avec Cecil B. DeMille (Carmen et Joan The Woman). Cerise sur le gateau, c'est son mari d'alors, l'acteur Lou Tellegen qui est son partenaire à l'écran. Goldwyn a mobilisé des moyens considérables pour ce mélo sur fond de révolution russe avec d'énormes décors et une foule de figurants. Malheureusement, il n'a pas dû passer assez de temps à lire le scénario qui se révèle particulièrement insipide. Comme c'était souvent le cas à l'époque, la révolution russe est présentée d'une manière particulièrement caricaturale et souvent franchement hilarante. C'est cependant la meilleure partie du film qui jusqu'ici était plutôt languissant. Frank Lloyd est un réalisateur sans grande imagination qui avait tendance à faire du "théâtre filmé" sans rechercher des angles de prise de vue originaux. La première partie du film est franchement ennuyeuse avec les soupirs de Marcia à chaque fois qu'elle rencontre son prince charmant qui l'ignore. L'intrigue s'emballe un peu avec le déclanchement de la Révolution, tout en restant très attendue et pleine de clichés - même pour l'époque! La belle Geraldine se bat avec Rose Dione, sa rivale devenue bolchévique, ce qui nous vaut une scène de bagarre où l'héroine bat à plattes coutures la mauvaise femme. Evidemment, tout est bien qui fini bien et elle tombera dans les bras de son prince comme on s'en doutait dès le début. La débauche de moyens engendre ici un film de série, très stéréotypé, dépourvu de surprises avec des acteurs parfois en roue libre. Il est difficile de s'intéresser à ces personnages caricaturaux et sans saveur. The World and Its Woman est représentatif d'une certaine production commerciale qui exploite le mélodrame sans vergogne pour appâter le chaland. Un mélo poussif qui peut provoquer quelques rires. Le film est visible sur le site European Film Gateway.

lundi 2 mars 2015

Via Wireless 1915

John Durant, le roi de l'acier (Harry Weaver) et sa secrétaire
Télégraphie sans fil
Un film de George Fitzmaurice avec Gail Kane, Bruce McRae, Brandon Hurst, Harry Weaver et Paul McAllister

Pinckney (B. Hurst), un des contremaîtres de l'acierie de John Durant (H. Weaver), empoche indûment les royalties d'un canon dessiné par Marsh (P. McAllister). De plus, il convoite Frances Durant (G. Kane) la fille du patron qui est amoureuse du Lieutenant Sommers (B. McRae)...

G. Fitzmaurice en 1914
En 1914, chez Pathé-Exchange, George Fitzmaurice passe du département du scénario à celui de la réalisation. La biographie de ce pionnier d'origine européenne demeure mystérieuse. On le dit né à Paris en 1885, pourtant il n'y a aucune trace de sa naissance dans les registres d'Etat-civil et sa tombe mentionne une naissance en 1887. Il serait issu d'une famille franco-irlandaise ou franco-hollandaise selon les sources. En tous cas, ce jeune homme inventif, intéressé par les arts, atterrit dans le monde du cinéma en 1914 dans la filiale américaine de Pathé. Son film Via Wireless est parfaitement ancré dans l'époque. Bien que l'Amérique soit neutre, le président Wilson a décidé d'augmenter les capacités de défense du pays. Le sujet du film se situe donc dans l'industrie de l'armement, une acierie qui fabrique des canons. Si ce fond contemporain se tisse également une histoire de rivalité amoureuse entre le traître de service joué par Brandon Hurst et l'héroique Bruce McRae, en bel officier de la marine américaine. Le scénario écrit par l'épouse de Fitzmaurice, Ouida Bergère (Ida Berger au civil), est plein de rebondissements dignes d'un sérial: yatch coulé par une mine, poursuite en voiture, sabotage de canon, etc. On ne perd pas de temps avec les personnages pour leur donner du relief, tout est concentré sur l'action et le mouvement. Ce mélodrame à rebondissements est heureusement émaillé de quelques moments comiques comme lorsque la secrétaire du roi de l'acier est approchée par un employé énamouré qui l'importune. Si le film n'est pas un chef d'oeuvre, il est cependant représentatif de cette école du cinéma américain qui avait assimilé rapidement les nouveaux codes de la grammaire cinématographiques contrairement aux films français qui restaient fidèles au plan-séquence comme dans Les Vampires (1915) de Louis Feuillade. Via Wireless est un film de divertissement parfaitement réussi avec une excellente cinématographie dont on ignore l'auteur. Le film est visible sur le site European Film Gateway dans une très belle copie teintée et virée avec des intertitres en néerlandais.

dimanche 22 février 2015

The Night of Love 1927


La Princesse Marie (V. Banky) prisonnière de Montero (R. Colman)
La Nuit d'amour
Un film de George Fitzmaurice avec Ronald Colman, Vilma Banky, Montagu Love et Natalie Kingston

En Espagne au XVe siècle, la jeune épouse du gitan Montero (R. Colman) s'est suicidée plutôt que d'être victime du droit du seigneur perpétré par le cruel Duc de la Guarda (M. Love). Montero a juré de se venger et enlève la Princesse Marie (V. Banky) qui est promise au Duc...

Superbe gros plan en plongée de
Vilma Banky 
George Fitzmaurice est un réalisateur inégal. Il est capable du meilleur avec The Son of the Sheik (1926) auquel il réussit à donner un ton humoristique et sensuel, comme du pire avec Bella Donna (1923), un mélodrame poussif et poussiéreux. The Night of Love fait partie de ses meilleurs films. C'est une production Samuel Goldwyn destinée à mettre en valeur son couple vedette, l'anglais Ronald Colman et la hongroise Vilma Banky. Le succès de leurs deux précédents films The Dark Angel (1925) et The Winning of Barbara Worth (1926) poussent Goldwyn à récidiver. Mais, cette fois-ci, il se tourne vers le film d'aventure en costumes avec une intrigue qui rappelle fortement celle de Robin Hood (1922) mais transposée au XVe siècle. La scénariste Lenore Coffee a l'idée d'y ajouter un ingrédient supplémentaire, le droit du seigneur, pour y mettre un peu de piment.
Montagu Love dans son rôle
habituel de vil et cruel séducteur
Donc, la belle Marie est promise au violent et cruel Duc de la Guarda que combat le gitan Montero, le Robin des Bois local. La trame est absolument sans surprises. L'héroïne tombe amoureuse de son kidnappeur et va le sauver d'une mort affreuse sur le bûcher, avant de tomber dans ses bras. Nous sommes dans le domaine du divertissement pur avec un luxe de moyens étonnant. Goldwyn n'a pas mégoté avec les décors fastueux de Carl Oscar Borg, les somptueux costumes et la foule de figurants. Un élément est particulièrement remarquable, c'est la cinématographie signée George Barnes. Travaillant les ombres et les lumières avec le talent d'un Rembrandt, il réussit à égaler Charles Rosher dans Tempest (1928) et à donner au film une atmosphère toute particulière sans laquelle cette histoire rocambolesque ne fonctionnerait pas. Vilma Banky est une princesse Marie belle et expressive qui habite son rôle pourtant limité avec talent. L'idée de faire de Ronald Colman un gitan ressemble à une gageure. D'ailleurs, il ne semble pas totalement convaincu lui-même et joue son rôle avec une sorte de second degré ironique. Montagu Love est lui égal à lui-même en vil séducteur avec un cabotinage réjouissant. Grâce à la beauté de sa cinématographie, The Night of Love est une oeuvre délectable. Une très belle production Goldwyn qui, on l'espère, sera un jour disponible en DVD maintenant que Warner en a racheté les droits.

jeudi 12 février 2015

Maurice Tourneur à Ciné-Reflet le 20 février 2015 à 18h30

Venez nombreux à la Librairie du Cinéma du Panthéon 
le vendredi 20 février à 18h30
pour une séance de dédicaces de
Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières

15, rue Victor-Cousin 75005 Paris
RER B "Luxembourg", Métro Ligne 10 "Cluny – La Sorbonne"


jeudi 5 février 2015

Maurice Tourneur à Toulouse et à Paris

Juste un petit mot pour vous rappeler que demain vendredi 6 février, je serai à la Cinémathèque de Toulouse pour une séance de dédicace de mon livre Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières à 18h. Je présenterai ensuite deux séances Au nom de la loi (1932) à 19h 
et Le Dernier des mohicans (1920) à 21h.

En outre, ma conférence sur Maurice Tourneur suivie d'une séance de dedicace, aura lieu mercredi 11 février prochain à 17h aux Archives de Paris
(Voir affiche ci-dessous).
D'autres séances de dédicaces auront lieu dans les semaines à venir dans d'autres lieux. Restez en ligne!

dimanche 1 février 2015

Sherlock Holmes 1916

Dr Watson (E. Fielding) et Sherlock (W. Gillette)
Un film d'Arthur Berthelet avec William Gillette, Edward Fielding, Ernest Maupain et Marjorie Kay

Sherlock Holmes (W. Gillette) est recruté pour retrouver des papiers compromettants détenus par Alice Falkner (M. Kay). Or, la jeune femme est retenue contre son gré par un couple d'escrocs, les Larrabee...

Cette production Essanay, longtemps considérée comme perdue, était recherchée par les fanatiques de Sir Arthur Conan Doyle car le personnage de Sherlock y est interprété par William Gillette. Cette acteur américain a fortement marqué de sa personnalité le personnage de Holmes qu'il interpréta sur scène dès 1899 dans une pièce qu'il écrivit lui-même. En 1916, la société Essanay le recruta pour porter à l'écran son Sherlock; il avait alors 63 ans et ce fut son seul et unique film. C'est donc un document unique sur Gillette et sa caractérisation d'Holmes. Il lui donna une pipe recourbée, un chapeau de chasseur caractéristique et des robes de chambre très chic, des attribus qui furent repris par tous les interprètes postérieurs d'Holmes. Par chance, une copie française de ce film a été retrouvée à la Cinémathèque française dans des boîtes d'autres adaptations d'Holmes. Cette copie a été numérisée et restaurée en 4K et l'image est d'une qualité remarquable pour une copie de 1920 (l'année de sortie en France du film). Le film repose sur les épaules de Gillette qui s'impose sans difficultés à l'écran avec sa haute silhouette longiligne et son allure ascétique et impertubable. Pour ce qui est de la trame narrative, c'est une autre histoire. Le film suit fidèlement une pièce de théâtre sans chercher à en faire un objet cinématographique. Les intertitres nous annoncent à l'avance ce qui va se passer et il y a une absence quasi totale de suspense. Le réalisateur Berthelet filme les événements sans montrer aucun sens visuel autre que de capturer Gillette en action. Si on compare cette production Essanay avec de nombreux films de 1916, c'est un film très moyen. Il n'y que fort peu d'extérieurs et d'action. Pratiquement tout se passe en studio et les rares scènes de rue n'exploitent guère les décors naturels. Le montage est tout aussi poussif et chaque passage du plan large en plan moyen est souligné par un fondu enchaîné bien inutile à une époque où on savait déjà pourtant depuis longtemps réaliser des séquences courtes, rapides et efficaces. Ce film reste donc essentiellement un document sur William Gillette qui est ici entouré d'acteurs non dépourvus de talent tel que le français Ernest Maupain, embauché par la Essanay en 1915, dans le rôle de Moriarty et la jolie et fine Marjorie Kay en jeune fille en détresse. La relation Holmes-Watson est relativement peu exploitée, sauf à la toute fin du film où Holmes devient presque un adolescent rougissant lorsque son ami lui fait remarquer qu'il est tombé amoureux d'Alice. Holmes tripote alors nerveusement le revers du costume de Watson ce qui provoqua un rire amusé dans la salle. La séance d'hier était accompagnée avec beaucoup de talent par Neil Brand au piano, Andrew Bridgemont au violon et Franck Brockius aux percussions qui donnèrent un vrai relief au film à défaut d'une action trépidante. Une curiosité à défaut d'un grand film. Vous pouvez voir un extrait du film sur le site de la BBC.