samedi 18 avril 2015

Fanfan la Tulipe 1925 (II)

Fanfan (A. Simon-Girard) et le Maréchal de Saxe (Alexandre Colas) 
Episodes 6 à 8
Un film en 8 épisodes de René Leprince avec Aimé Simon-Girard, Paul Guidé, Simone Vaudry, Renée Héribel et Pierre de Guingand

Fanfan la Tulipe (A. Simon-Girard) est le porte-drapeau du Maréchal de Saxe à la bataille de Fontenoy. Le Chevalier de Lürbeck (P. Guidé) a fait enlever Perrette (S. Vaudry) pour forcer le Marquis d'Aurilly (P. Guingand) à lui fournir des missives secrètes...

Lürbeck (P. Guidé) s'apprête à éliminer
une complice trop bavarde
Pour les derniers épisodes de Fanfan, Le rythme du récit s'accélère. Le Chevalier de Lürbeck élimine une complice trop bavarde en tirant à travers une vitre teintée. Les problèmes personnels des personnages s'effacent face aux événements historiques. La bataille de Fontenoy est un enjeu crucial qui va mobiliser tous les héros et les traîtres de notre histoire. Lürbeck espionne à tout va pour renseigner les Anglais usant de l'intrigue et de la menace. Fanfan, appelé au front, va devoir secourir le roi Louis XV ainsi que d'Aurilly des griffes de ce redoutable adversaire. Pour la reconsitution de la bataille de Fontenoy, on a mobilisé d'importants moyens de figuration: un régiment d'Ecossais en kilt attaquent les Français dont certains sont perchés dans les arbres. Il y a moult charges de cavalerie et autre combats corps à corps. Certes, la réalisation reste fort sage. On est loin des effets techniques éblouissants d'Abel Gance dans Napoléon (1927). Néanmoins, le dernier épisode tient en haleine sans problèmes et les acteurs font tous preuve d'excellentes qualités athlétiques dans leurs rôles respectifs qu'ils chevauchent à bride abattue ou qu'ils ferraillent avec une belle énergie. Dans le style roman-feuilleton, ce Fanfan la Tulipe tient extrêmement bien la route comme les meilleurs feuilletons de l'ORTF savaient le faire. Un très agréable divertissement qui est un plaisir pour l'oeil.

mercredi 15 avril 2015

L'Occident 1928

Un film d'Henri Fescourt avec Claudia Victrix, Jaque Catelain, Lucien Dalsace, Paul Guidé, Hughes de Bagratide et Andrée Rolane

Au Maroc, Hassina (C. Victrix) sauve la vie du capitaine Cadières (L. Dalsace) venu déloger les djouchs menés par Taïeb (H. de Bagratide) qui la retient captive. Elle part avec Cadières laissant sa soeur Fathima (A. Rolane) aux mains de Taïeb...

Affiche danoise de Eye for Eye
(L'occident, 1918) d'Albert Capellani
La pièce L'Occident du dramaturge belge Henri Kistemaeckers avait déjà été adaptée à l'écran en 1918 par Albert Capellani avec Alla Nazimova sous le titre Eye for Eye. Le film américain ayant disparu - à part à un court fragment - on ne peut donc le comparer au remake réalisé par Henri Fescourt en 1927 pour le compte de la société des Cinéromans de Jean Sapène. Il est cependant absolument certain que Capellani avait à sa disposition une grande actrice en la personne d'Alla Nazimova. Malheureusement, pour Henri Fescourt, il n'en est pas de même. Il doit accepter de diriger la femme de Sapène, la totalement incompétente Claudia Victrix. Le tournage fut donc un long calvaire pour Fescourt, qui outre ses déboires avec la Victrix, dût faire face à de nombreux incidents et accidents au Maroc. L'intrigue de Kistemaeckers est celle d'un mélo échevelé dans une France coloniale triomphante. La France "protectrice" bombarde les côtes marocaines pour déloger les Djouchs, ces bandits pillards qui la dérangent. Sur ce fond politiquement incorrect et désuet se superpose l'intrigue amoureuse qui oppose Cadières (Lucien Dalsace) et Saint-Guil (Jaque Catelain) tous deux amoureux d'Hassina. La prestation de Claudia Victrix suscite de nombreuses fois le fou rire car elle cumule les maladresses avec une persistance d'amateur. Elle ne sait pas bouger, elle est empotée, maladroite et en plus, elle n'est pas du tout photogénique avec un long nez, une bouche en coeur soulignée par un trait de rouge à lèvres maladroit et un visage ingrat. Les opérateurs et le réalisateur semblent avoir renoncé à la mettre en valeur. Et en plus, elle est aussi expressive qu'une bûche. Il est difficile de ne pas éclater de rire lorsqu'on voit Hassina dire, le plus sérieusement du monde, "J'ai bu son sang. Je luis appartiens," après avoir sucé la plaie de Cadières mordu par un serpent. 
Fathima (Andrée Rolane)
Alors que reste-t-il à sauver dans ce film que Fescourt renia après son tournage? Eh bien, le metteur en scène a eu l'excellente idée d'utiliser la petite Andrée Rolane, qui fut la superbe Cosette enfant de sa version des Misérables (1925), à qui il confie le "clou" du film. Et la gamine d'une dizaine d'années vole facilement la vedette à son aînée par ses qualités d'interprète. Dans un bouge à marins, elle doit danser sur une table au son d'un tambour. La séquence est rythmée à la perfection comme celle du 'Trou à charbon' dans le Kean (1924) d'Alexandre Volkoff. La foule l'observe alors que Taïeb la force à danser de plus en plus vite. Le montage se fait frénétique et la caméra devient subjective, nous montrant le vertige qui saisit la gamine épuisée. Pour cette seule séquence, le film mérite d'être vu. Mais, on peut comprendre le découragement de Fescourt face à une actrice qui n'en était pas une...

samedi 11 avril 2015

Fanfan la Tulipe 1925 (I)

Fanfan (Aimé Simon-Girard)
Episodes 1 à 5
Un film en 8 épisodes de René Leprince avec Aimé Simon-Girard, Simone Vaudry, Claude France, Renée Héribel, Paul Guidé et Pierre de Guingand

Fanfan-la-Tulipe (A. Simon-Girard) est un enfant trouvé ansi surnommé car il fut découvert dans un champ de tulipes. Ne pouvant épouser Perrette (S. Vaudry) qu'il aime, il s'engage dans les armées du roi...

Mme de Pompadour (Claude France) en petite tenue
Contrairement à ce qu'on pourrait penser le personnage de Fanfan-la-Tulipe est arrivé sur les écrans bien avant le film avec Gérard Philipe. En 1925, la Société des Cinéromans de Jean Sapène met en production un film en épisodes sur un scénario original de Pierre-Gilles Veber, le père de Francis Veber. Il invente une trame romanesque, dans le style des romans d'Alexandre Dumas, où les personnages de fiction (Fanfan, Fier-à-bras) croisent les personnages historiques (le Maréchal de Saxe, Louis XV, Mme de Pompadour). C'est tout l"univers de la France du XVIIIe siècle qui est recréé devant nos yeux, utilisant avec bonheur les châteaux de Versailles, de Vaux-le-Vicomte et de Chambord et d'autres extérieurs enchanteurs. L'intrigue n'a rien à voir avec celle du film de Christian-Jaque à part que notre héros est soldat dans l'armée du roi. Aimé Simon-Girard joue Fanfan comme un petit paysan jovial et naïf qui se laisse facilement emporter par ses émotions.
Le mystérieux Chevalier de Lürbeck (Paul Guidé)
Plutôt qu'un personnage moteur de l'action, il est victime des intrigues du malfaisant Chevalier de Lürbeck (Paul Guidé) et du Marquis d'Aurilly (Pierre de Guingand). Nous sommes plongés dans les intrigues de cour où la Marquise de Pompadour (Claude France) tente de reprendre la main face au mystérieux Lürbeck, qui espionne à tout va. L'auteur du scénario a eu la bonne idée de corser l'action en y ajoutant deux autres personnages historiques que sont l'actrice Mme Favart (Renée Héribel) et son époux le dramaturge Charles-Simon Favart (Jean Peyrière). Aux intrigues amoureuses s'opposent les aventures guerrières du Maréchal de Saxe lors de la guerre dans les Flandres contre les Anglais. Il y a donc suffisamment de matériel pour tenir 8 épisodes (405 min) en introduisant tous les ingrédients du roman-feuilleton: poursuites, enlèvements, déguisements, etc. Ce n'est finalement pas le héros qui retient notre attention, si ce n'est pas ses espiègleries, comme lorsqu'il se travestit en femme, mais plutôt le traître élégant et machiavélique joué par Paul Guidé, qui joue sur tous les tableaux, en renseignant le roi et ses ennemis.
Mme Favart (Renée Héribel)
Les dames du feuilleton sont les fort jolies Simon Vaudry, la petite Perrette, la gracieuse Renée Héribel et Claude France qui compose une Mme de Pompadour tout à fait crédible. Elles apparaissent toutes dans une séquence de déshabillage qui a dû fort titiller le spectateur de 1925. Si René Leprince n'est pas un très grand réalisateur, il offre un film honnête de bon faiseur, profitant des services d'excellents opérateurs et de décors et de costumes somptueux. le film est projeté en ce moment à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Les prochains épisodes sont vendredi prochain. A bientôt!

mercredi 8 avril 2015

Maurice Tourneur - réalisateur sans frontières (II)

Une première critique en ligne pour ma biographie de Maurice Tourneur sur le Blog de Bertrand Tavernier:
MAURICE TOURNEUR de Christine Leteux est un ouvrage passionnant où j’ai appris beaucoup de choses : le stupéfiant scandale causé par L’ÉQUIPAGE, le traitement de Richard Pottier au début de la guerre, l’importance de Carlo Rim qui a écrit AVEC LE SOURIRE, ce chef d’œuvre. Le livre donne envie de revoir les grands Tourneur muets mais défend aussi ses derniers titres. B. Tavernier

samedi 4 avril 2015

Jean Sapène (1867-1940)

Jean Sapène en 1926
Pour une fois, je ne vous parlerai ni d'un acteur, ni d'un metteur en scène, mais d'un producteur français des années 1920. Jean Joseph Louis Firmin Sapène fut un William Randolph Hearst à la française, régnant sur un petit empire de presse, contrôlant la plus grande firme cinématographique française - la Société des Cinéromans - et propulsant la carrière de sa chère épouse Claudia Victrix à l'opéra et au cinéma. On retrouve donc chez lui les mêmes caractéristiques que celles du puissant mogul américain qu'Orson Welles épingla dans Citizen Kane (1941).
Caricature de Jean Sapène
Sapène est un véritable self-made-man. Né à Bagnères-de-Luchon en 1867, il monte à Paris en 1891 où il commence en bas de l'échelle en tant que vendeur dans un grand magasin. Comme tant d'autres producteurs outre-atlantique, il a la bosse du commerce et monte les échelons rapidement. Jusqu'au jour où il est remarqué par le patron du quotidien Le Matin. Il en devient le directeur général tout en empochant les juteux bénéfices de la publicité du quotidien. Sapène a énormément d'argent à sa disposition et il investit dans le cinéma en 1922 en rachetant la Société des Cinéromans créée par René Navarre. Il ne s'arrête pas en si bon chemin et acquière également la société de distribution Pathé-Consortium ainsi que les studios de Joinville-le-Pont (qui seront plus tard les studios Pathé-Natan). Il est à la tête d'un empire cinématographique tout en contrôlant la presse car il est aussi le directeur du Consortium des grands quotidiens de Paris. Il résulte de cette position dominante que les critiques de films se montrent particulièrement doux et conciliant envers ses productions. Si l'un d'eux a le malheur de critiquer un peu un film, il est victime des foudres du mogul. C'est ainsi que le malheureux Léon Moussinac, qui a osé critiqué un film distribué par Sapène dans L'Humanité, est trainé en justice! Certains de ses confrères défendent la liberté de critiquer et publient des caricatures de Sapène (comme celle ci-dessus). Mais, l'homme reste la puissance numéro un du cinéma français des années 1920 alors que les productions américaines envahissent les grands écrans. Donc, bon gré mal gré, la presse cinématographique lui reste favorable.
Jeanne Bourgeois (1888-1976)
alias Claudia Victrix
Sapène a un autre talon d'Achille que la presse se garde de critiquer. Sa troisième épouse, une certaine Jeanne Bourgeois, entend faire carrière à l'opéra et au cinéma. Ils se sont mariés en 1923 et dès l'année suivante, cette inconnue paraît sur les scènes de l'Opéra et de l'Opéra-Comique sous le pseudonyme croquignolet de Claudia Victrix. Cependant, la majorité de ses prestations sont réservées à des soirées de charité où elle interprète Puccini ou Alfano devant une salle conquise d'avance. La presse la surnomme "la grande cantatrice mondaine". Est-ce ironique ? Probablement. Mais rien n'arrête Claudia Victrix, Sapène va produire trois films avec sa chère épouse dont les talents d'actrices sont pourtant bien inexistants. Pour Princesse Masha (1927), L'Occident (1928) et La Tentation (1928), elle est néanmoins encensée par la presse. Il n'y a guère que le journaliste André Lang pour dire "qu'elle n'a rien à faire au cinéma." Le malheureux Henri Fescourt qui doit la diriger dans L'Occident se souvient que "ma conception du jeu d'écran ne coincida pas avec celle de la vedette, Claudia Victrix, épouse influente de Jean Sapène". Rien n'arrête Claudia; elle est sur tous les fronts. En 1930, le peintre Louis Icart expose une "Méditation de Thaïs" où elle exhibe ses appâts dans le plus simple appareil. Le bien-pensant Sapène semble adorer le tableau alors qu'il défend à quiconque de prendre un bain de mer sous les fenêtres de sa superbe villa du Cap-Ferrat... Le couple divorcera en 1938.
Jean Sapène a produit de nombreux films en épisodes qui sont de qualités variables comme Vidocq (1922), Rouletabille chez les Bohémiens (1922), Le Juif errant (1926), Mandrin (1923), L'Enfant-roi (1923), Fanfan-la-tulipe (1925), et Belphégor (1926). Le film en épisodes assure de bons revenus aux exploitants de salle en fidélisant le public. Et les journaux contrôlés par Sapène publient les histoires en feuilletons simultanément. Il a cependant aussi produit des oeuvres de grande qualité comme Les Misérables (1925) d'Henri Fescourt, deux grands films d'Ivan MosjoukineMichel Strogoff (1926) et Casanova (1926) avec sa filiale Films de France.
Encensé ou violemment critiqué à son époque, il est retombé dans l'oubli à l'arrivée du parlant. Il cessa toute production et disparut de l'industrie cinématographique. Ironiquement, l'homme qui était né dans une ville d'eau est mort en août 1940 dans une autre station thermale, tristement célèbre, Vichy. Nul doute qu'il cherchait encore à se rapprocher du pouvoir d'alors, lui qui avait été un des personnages les plus influents des années 1920.
Avec le recul, on peut maintenant apprécier le travail réalisé par Sapène au sein du cinéma français. Certes, il n'a pas produit de films d'avant-garde comme ceux de Gance ou de L'Herbier (encore qu'il ait participé financièrement à L'Argent). Ce n'est pas un visionnaire, mais une sorte de Louis B. Mayer à la française qui a produit des oeuvres "commerciales" destinées à plaire au plus grand public. Henri Fescourt se souvient de son ancien patron ainsi: "Il professait également cette théorie idéale qu'un même film doit plaire à la fois à un égoutier et à un académicien, à un coolie et à un Lord. Sous ces réserves, Jean Sapène fut un homme d'affaires de la plus haute classe, capable de se mesurer avec les plus grands businessmen américains. Il avait un incomparable coup d'oeil, des idées étonnamment pratiques, encore qu'il subit des influences malencontreuses."

mardi 31 mars 2015

L'Inhumaine (1923) au Théâtre du Châtelet le 30 mars 2015

Einar (Jaque Catelain) démarre en trombe de la villa de sa dulcinée...

Un film de Marcel L'Herbier avec Georgette Leblanc, Jaque Catelain, Philippe Hériat et Marcelle Pradot

La cantatrice Claire Lescot (G. Leblanc) est entourée d'une foule de soupirants qui souhaitent tous la conquérir. Elle les répousse tous, ce qui lui vaut le surnom de "L'inhumaine". Jusqu'au jour où le jeune savant Einar Norsen (J. Catelain) décide de se suicider à cause d'elle...

Claire Lescot (G. Leblanc)

Je ne peux résister au plaisir de vous citer la critique que fit Abel Gance de ce film de Marcel L'Herbier lorsqu'il le découvrit en décembre 1924: "Agréable mais sans aucune dramaturgie. Une puérilité de conception déconcertante. Catelain épouvantablement bête et fat. Hériat très bien. Leblanc intéressante. Décors de Léger bien. Ensemble prétentieux clinquant et vide. La salle des machines, du cocasse intelligent. Le cœur est mort chez ces gens. Et tout de même, un de nos meilleurs films." Cette critique lapidaire est finalement assez proche de ce que j'ai ressenti en revoyant hier L'Inhumaine dans la toute nouvelle restauration numérique 4K et teintée présentée au Châtelet. J'ai déjà vu le film plusieurs fois, sans musique, dans une copie noir et blanc (j'en ai parlé déjà ici). Cette nouvelle présentation était une excellente occasion de se replonger dans l'Art Déco délirant et maîtrisé de cette oeuvre inclassable. Eh bien, je dois l'avouer je me suis un peu ennuyée, surtout durant la première partie du film. Le récital de Claire Lescot au Théâtre des Champs Elysées s'est révélé bien languissant et dépourvu de dramaturgie. Seule la deuxième partie avec les expériences scientifiques d'un Jaque Catelain, en pseudo Dr. Frankenstein, rattrape un peu ce désintérêt. La nouvelle copie entièrement teintée contient aussi quelles séquences avec des flashs colorés au moment où la cantatrice retourne à la vie qui annoncent les futurs expérimentations d'un Kubrick dans 2001 - A Space Odyssey (1968), sur un mode mineur. Alors pourquoi cette impression mitigée ? Il y a d'abord l'actrice principale, Georgette Leblanc. Elle se promène avec un maquillage outrancier qui peut faire croire qu'elle s'apprête à danser le rôle du Cygne Noir, si sa large silhouette ne nous détrompait pas immédiatement. Enveloppée de robes larges aux motifs géométriques et couverte de plumes par Paul Poiret, elle ne peut guère faire illusion en mangeuse d'hommes. Et il y a aussi cette nouvelle partition pour sept musiciens qui se révèle particulièrement irritante. Hésitant entre l'illustration et la contradiction, nous fûmes assommés par une musique qui passait d'un jazz non assumé à des sons électroniques envahissants. Et surtout, il y avait ces motifs répétitifs incessants sur les séquences les plus rythmées et les plus intéressantes telle que celle où Catelain roule à tombeau ouvert. Au lieu de donner à la séquence un rythme interne en faisant évoluer la mélodie, ils nous ont asséné toujours le même motif répété ad nauseam. Je peux imaginer ce qu'un excellent accompagnateur pourrait faire avec ce film. Hélas, une fois de plus, Arte a choisi la modernité fracassante sans se soucier de l'intégrité de l'oeuvre de L'Herbier. Vous pourrez juger vous-même le 4 mai prochain lors de la diffusion sur Arte. 

mercredi 18 mars 2015

Les Misérables (Parties 3 & 4) 1925

Valjean (G. Gabrio) et Thénardier (G. Saillard)
Un film d'Henri Fescourt avec Gabriel Gabrio, Sandra Milowanoff, Jean Toulout, François Rozet, Suzanne Nivette, Renée Carl et Georges Saillard

Cosette (S. Milowanoff) vit à Paris avec son père adoptif Valjean (G. Gabrio). Un jour, au jardin du Luxembourg, ils croisent le chemin de Marius (François Rozet) un jeune étudiant qui tombe amoureux de Cosette...

Javert (J. Toulout)
Dans les deux dernières parties de l'adaptation-fleuve d'Henri Fescourt, de nouveaux personnages prennent le premier plan par rapport à Valjean, Javert et Cosette. C'est ainsi que nous faisons connaissance avec Marius (François Rozet) dont le père et le grand-père se sont déchirés à cause de l'Empereur Napoléon. le jeune étudiant est souvent un personnage assez fade dans les adaptations cinématographiques. François Rozet s'en tire plutôt bien. La famille Thénardier se terre maintenant dans un galetas sous le nom de Jondrette ce qui n'empêche pas le père (G. Saillard) de continuer ses combines et ses rapines. C'est Eponine qui entre dans la lumière, magnifiquement interprétée par Suzanne Nivette (Mme Saillard à a ville) au corps gracile et androgyne. La fille des Thénardier est tenaillée par des sentiments contradictoires, son amour pour Marius qui l'ignore et sa jalousie pour sa rivale, Cosette. Elle montrera finalement son abnégation en mourant dans les bras de celui qu'elle aimait sans retour. 
Cosette (S. Milowanoff)
La dernière partie du film est riche en grandes scènes spectaculaires comme celle des barricades où meurent Eponine et Gavroche. Comme pour toutes les versions filmées, cette scène a été tournée en studio, sans que le sens du réel en soit bouleversé. Fescourt réussit à maintenir le suspense jusqu'à l'arrivée de Valjean qui va épargner la vie de son ennemi de toujours, le policier Javert. Les dernières confrontations entre les deux hommes montrent un sens aigu de la caractérisation chez Gabriel Gabrio et Jean Toulout. Javert voit tous ses repères anéantis en découvrant la grandeur d'âme de l'ancien forçat, une séquence d'introspection où Toulout montre tout son talent. Sandra Milowanoff a la difficile tâche d'incarner Cosette jeune fille après avoir été Fantine. Sa Cosette est légère et sans mièvrerie et se différencie facilement de sa douloureuse mère. Au total, c'est une superbe adaptation du roman de Hugo qui sera - je l'espère - un jour disponible en DVD, maintenant qu'il existe une splendide copie numérique.

mercredi 11 mars 2015

Les Misérables (Parties 1 et 2) 1925

Jean Valjean (Gabriel Gabrio) et Cosette (Andrée Rolane)
Un film en quatre parties d'Henri Fescourt avec Gabriel Gabrio, Sandra Milowanoff, Jean Toulout, Andrée Rolane, Renée Carl et Georges Saillard

Jean Valjean (G. Gabrio) sort du bagne après 19 ans. Alors que toutes les portes se ferment devant lui, Mr Myriel (Paul Jorge) lui offre le gîte. Valjean lui dérobe son argenterie et pourtant Myriel L'innocente face aux gendarmes...

Valjean (G. Gabrio)
La superbe adaptation du roman de Victor Hugo réalisée par Henri Fescourt pour la Société des Cinéromans est de nouveau visible à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé dans une nouvelle restauration numérique 4K. J'avais vu le film en 2009 dans une copie teintée de la Cinémathèque de Toulouse qui était déjà de belle qualité, mais cette restauration offre une qualité d'image époustouflante avec une finesse des détails et des contrastes, et des teintages et virages numériques parfaitement dosés. C'est donc un plaisir de se replonger dans l'univers de Victor Hugo dans ces conditions. Les personnages des Misérables sont des achétypes du mélodrame: l'ancien bagnard, la fille-mère abandonnée, l'enfant martyrisée, le curé magnanime etc. Et pourtant, cette histoire demeure palpitante même après la vision de nombreuses versions filmées. Fescourt se montre à la hauteur du challenge: retracer en plus de six heures l'oeuvre hugolienne avec une troupe de comédiens parfaitement choisis. Délaissant les studios, il part sur les traces de ses personnages à Digne et à Montreuil-sur-mer avec des extérieurs particulièrement saisissants qui nous projettent au dix-neuvième siècle. Jean Valjean a été icarné au cinéma par de très grands acteurs tels que Henry-Krauss dans la première version cinématographique d'Albert Capellani en 1912 et évidemment par Harry Baur dans la version parlante de 1934 réalisée par Raymond Bernard. Le Valjean de 1925, Gabriel Gabrio, est lui aussi un merveilleux interprète du rôle. Plus jeune que ses confrères, il confère au personnage du bagnard un regard, une silhouette et une présence que l'on n'oublie pas. Le bagnard asocial redevient peu à peu sous nos yeux un être humain sous l'influence du très bon et très saint Monseigneur Myriel. Fescourt a le temps de nous montrer la lente progression de l'homme sous l'écorce de la bête.
Fantine (S. Milowanoff)
Pour incarner Fantine, Fescourt s'est tourné vers la merveilleuse Sandra Milowanoff, qui pourtant n'avait pas été son premier choix pour le rôle. Elle n'avait pas de formation théâtrale car elle venait de la danse. C'est Feuillade qui fit d'elle une actrice de cinéma en 1920 et bien lui en prit. Il n'y a aucun geste théâtral chez elle, elle se déplace d'instinct comme une danseuse. Elle évite les excès mélodramatique et réussit à nous faire verser une larme lorsqu'elle se décide à aller se prostituer pour payer la pension de Cosette. Elle vit son rôle plus qu'elle ne l'interprète. Le malheureux spectre qui se déplace sous la neige se transforme en furie face au dandy qui la maltraite. La petite Cosette, jouée par Andrée Rolane, est meilleure que Gaby Triquet dans la version de Raymond Bernard. Son allure maigrichonne et ses grands yeux qui lui mangent le visage font d'elle la proie parfaite du couple Thénardier. Evitant la caricature, Renée Carl est une mégère poissarde sans excès et son cher époux, menteur et cupide, est joué par Georges Saillard. Il y a plusieurs séquences dans ces deux premières parties qui restent en mémoire, en particulier la descente aux enfers de Fantine dans les rues de Montreuil et la frayeur de Cosette dans les bois où les arbres prennent vie. Ces Misérables sont le chef d'oeuvre de Fescourt avec sa magnifique adaptation de Monte-Cristo (1928). Vivement la suite!