dimanche 13 décembre 2015

Shoes 1916

Charlie (William Mong) et Eva (Mary MacLaren à droite)

Un film de Lois Weber avec Mary MacLaren, Harry Griffith, Mrs. Witting et William Mong

Eva (M. MacLaren) qui travaille comme vendeuse est le seul soutien financier de sa famille. Son père est chômeur. Ses chaussures sont en lambeaux et elle a désespérement besoin d'une nouvelle paire...

La cinéaste Lois Weber est renommée pour ses films sociaux tels que The Blot (1921) sur la vie difficile des enseignants, Where are my Children? (1916) sur l'avortement ou Social Hypocrites (1915) sur l'hypocrisie des bien-pensants. Dans Shoes, son sujet et plus modeste mais néanmoins poignant. Une jeune vendeuse sans le sou qui supporte toute seule sa famille est incapable de s'acheter une nouvelle paire de chaussures car ses maigres revenus sont avalés par ses parents et ses soeurs. Sa vie est une succession d'humiliations et de souffrances. Il n'y a qu'une seule issue dans ce cauchemar: accepter de coucher avec un chanteur de cabaret qui lui paira cette paire de chaussures qui lui sont absolument nécessaires. C'est ce qu'elle se résigne à faire après avoir souffert mille morts derrière son comptoir dans des chaussures percées et détrempées, debout toute la journée. Lois Weber ne cherche aucun élément comique pour atténuer l'atmosphère tragique de son film contrairement à certaines productions contemporaines de Mary Pickford. Le film suit pas à pas les longues journées d'Eva (jouée avec beaucoup de naturel par Mary MacLaren) derrière son comptoir ou partie déjeuner d'un sandwitch sur un banc avant de rentrer épuisée chez elle où son père se prélasse au lit en lisant des romans de gares. Le film se veut une dénonciation d'une société où des jeunes femmes doivent vendre leur corps pour s'acheter une simple paire de chaussures. Une grande réussite de Lois Weber.

lundi 7 décembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (II)


Here is the first review of my Capellani biography on the Shepherd Express

"Silent Cinema Pioneer" by David Luhrssen
D.W. Griffith has gotten all the credit for developing the grammar and syntax of cinema, but recent years have seen research showing that other filmmakers around the world were working toward (and probably reaching) those same breakthroughs. According to Christine Leteux, one of the most important overlooked innovators was a Frenchman who directed many of his country’s early shorts, rose to a creative peak before World War I cut him short, worked in Hollywood after being discharged from the military for poor health and returned home to obscurity.Albert Capellani: Pioneer of the Silent Screen (University Press of Kentucky) is a short work on an important subject made possible by the increasing number of lost films from the early 20th century that have been rediscovered or reconstructed. The author of a previous book on silent director Maurice Tourneur, Leteux has examined Capellani’s surviving work and found that he directed France’s first full-length feature film and was in the vanguard for his use of split screens, 180 degree panoramas and intelligent mixes of studio and location shots. “In comparison, D.W. Griffith was just starting to shoot his first picture… which has none of the sophistication shown by Capellani” in his 1908 detective movie, L’Homme aux gants blancs.Capellani’s death in 1931 was scarcely noticed. Ill health had sidelined him for years and he advent of talking pictures swept away memories of his work. Movies were usually regarded as ephemeral during his lifetime, but from the vantage of today, they represent one of the great new art forms made possible by advances in technology. Leteux shows that Capellani brought an understanding of technical possibilities together with a respect for the art of storytelling.

dimanche 6 décembre 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VII)



Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur sur
Maurice Tourneur a été l’un des cinéastes les plus importants d’Hollywood, au tournant de 1920. Maurice Tourneur est aussi l’un des grands cinéastes français les plus méconnus aujourd’hui. Un double-constat qui méritait bien une biographie, que signe avec passion et érudition Christine Leteux, déjà traductrice de La Parade est passée (le bel hommage de Kevin Brownlow au cinéma muet) et créatrice d’un blog passionnant consacré au muet et au début du parlant (Ann Harding’s treasures).
La forme est classique : de l’enfance parisienne de Maurice Tourneur à ses dernières années, le récit est strictement chronologique, et tourne majoritairement autour de la filmographie du cinéaste. Mais à travers ce parcours hors du commun, c’est tout un pan de l’histoire du cinéma qui revit au fil des pages (plus de 500, qui se dévorent avec passion et gourmandise).
La jeunesse de Maurice à Paris où, apprenti peintre, il pose pour Puvis de Chavanne. Ses débuts sur scène où il se fait un nom comme metteur en scène. Son départ pour Hollywood en 1914, les critiques qui ont suivi en France où certains lui ont violemment reproché de s’enrichir pendant que ses compatriotes se font tuer au front. Ses années de gloire où il dirige Mary Pickford et devient l’un des cinéastes les plus admirés d’Hollywood. Son retour en France au début du parlant, son parcours chaotique, son implication au sein de la firme Continental durant l’Occupation où il réalisera l’un des grands classiques du fantastique français (La Main du Diable)…
C’est l’homme aussi qui se dessine : ses comportement discutés durant les deux guerres, les femmes de sa vie, les frustrations du cinéaste privé de caméra à son retour en France puis dans ses dernières années, ou encore ses rapports tendres avec son fils Jacques. Devenu lui-même un grand cinéaste à Hollywood, sa réussite ravivera les regrets de Maurice, qui gardera jusqu’à la fin la nostalgie de ses années américaines, celles de la flamboyance et de la liberté.
* Maurice Tourneur, réalisateur sans frontières, de Christine Leteux, est publié dans la collection La Muse Celluloïd de La Tour Verte.

vendredi 20 novembre 2015

Albert Capellani - Pioneer of the Silent Screen (I)

I am glad to announce the release of the American edition of my biography of Albert Capellani. It's available from University Press of Kentucky as a hardback or as an ebook. You can also purchase it from amazon.com. I translated the book myself, updated some informations and added some new rare stills.


In recent years, technology has given films of the silent era and their creators a second life as new processes have eased their restoration and distribution. Among the films benefitting from these developments are the works of director Albert Capellani (1874–1931), whose oeuvre was instrumental in the development of cinema in the early 1900s and whose contributions rival those of D. W. Griffith.

For the first time in English, Christine Leteux’s essential biography of Capellani offers a detailed assessment of the groundbreaking director. Capellani began his career in France at what was, at the time, the biggest film company in the world: Pathé. There, he directed the first multireel version of Les Miserables in 1912 as well as his masterpiece, Germinal (1913). After immigrating to the United States, Capellani worked at a number of production houses, including Metro Pictures Corporation, where he produced his two best-known films, The House of Mirth (1918) and The Red Lantern (1919). He was well known for making stage actors into movie stars, and Mistinguett, Stacia Napierkowska, and Alla Nazimova all rose to prominence under his direction.
The ups and downs of Capellani’s career paralleled the evolution of the film industry and demonstrated the fickle nature of success. His technical and aesthetic achievements, however, paved the way for future filmmakers. Featuring a foreword by Academy Award–winning film historian Kevin Brownlow, Leteux’s intimate biography paints a fascinating portrait of one of the leading pioneers of early cinema and provides a new window into the origins of the moving picture.Christine Leteux is the author of Albert Capellani: Cineaste du Romanesque. She has translated a number of works, including Kevin Brownlow’s The Parade’s Gone By, Napoleon: Abel Gance’s Classic Film, and How It Happened Here. 
Albert Capellani is a formidably well researched work that includes not only original documents but also some telling personal testimony. The book pieces together the details of Capellani's early life and, in providing an account of the subsequent film career, sifts through the available evidence with impressive discernment. Leteux offers a great insight into Capellani’s life and career, but also provides a fascinating account of the wider film milieu in which he operated in both France and America. -- Charles Drazin, author of The Faber Book of French Cinema


samedi 31 octobre 2015

Conférence Maurice Tourneur au Forum des Images

Article paru dans En Vue - Le magazine des bibliothèques de la ville de Paris, N°75, Nov.-Déc 2015.
Les réservations en ligne ouvrent le 27 novembre sur le site du Forum des Images.

mercredi 16 septembre 2015

Conférence Maurice Tourneur au Forum des Images le 10 décembre 2015

Le jeudi 10 décembre 2015 à 19h15, je présenterai une conférence sur 
Maurice Tourneur au Forum des Images. Prenez note sur vos tablettes d'ores et déjà, il y aura de nombreux extraits de films rares voire inédits.

dimanche 30 août 2015

The Fire Brigade 1927

Terry O'Neil (Charles Ray)
La Grande alarme
Un film de William Nigh avec Charles Ray, May McAvoy, Holmes E. Herbert, Erwin Connelly et Bert Woodruff

Dans la famille O'Neil, on est sapeur pompier de père en fils. Les deux fils aînés décèdent suite à un incendie et le cadet Terry (C. Ray) prend son poste dans la brigade. Il découvre que les bâtiments construits par Wainright (Erwin Connelly) ne respectent aucune norme et s'effondrent comme des chateaux de cartes en cas d'incendie...

Cette production MGM m'avait toujours intriguée après en avoir vu quelques extraits dans le documentaire Hollywood (1980) de D. Gill & K. Brownlow. Le réalisateur n'est pas un grand nom dans l'histoire du cinéma bien qu'il ait co-réalisé un excellent western en 1914 intitulé Salomy Jane. Si le film n'a toujours pas fait l'objet d'une restauration, c'est certainement parce qu'aucune grande star ne figure au générique. Charles Ray fut pourtant un nom important dans l'industrie du cinéma de l'époque. Il joue ici un pompier sans peur et sans reproches prêt, comme tous les autres membres de sa famille, à sacrifier sa vie pour sauver celle des autres. Le film semble être une célébration du courage de la corporation des pompiers. Cependant, il met aussi en cause des élites corrompues qui n'hésitent pas à construire des bâtiments au rabais en ignorant les normes de sécurité ou pire encore, en fabriquant du béton friable avec beaucoup de sable, moins cher que le ciment. C'est certainement un des aspects les plus intéressants du film, mais qui n'est malheureusement pas totalement exploité. Du point de vue des décors et des effets spéciaux, le film est une totale réussite avec, comme clou du spectacle, le gigantesque incendie d'un orphelinat avec des murs qui s'effondrent, une enfant perchée sur le toit et Charles Ray en pompier téméraire qui grimpe pour la sauver. Le suspense final est très efficace avec un montage très bien structuré. L'action secondaire du film repose sur l'histoire d'amour entre le jeune pompier (Charles Ray) et une jeune héritière (May McAvoy) dont le père (H.E. Herbert), un riche philantrope, se révèle être une crapule. Un excellent divertissement qui tient en haleine.

samedi 29 août 2015

Jazz Mad 1928

Prof. Hausmann (Jean Hersholt)
Un film de F. Harmon Weight avec Jean Hersholt, Marian Nixon et Roscoe Karns

Le professeur Hausmann (J. Hersholt) quitte la petite ville d'Allemagne où il vivait avec sa fille Eva (M. Nixon) pour l'Amérique où il espère pouvoir faire jouer sa symphonie. Une fois sur place, il ne parvient pas à intéresser un orchestre à sa musique. Désespéré, il accepte de participer à un numéro de music-hall où il doit se ridiculiser en chef d'orchestre...

Parmi la production Universal de Carl Laemmle des années 20, on trouve des petites perles comme ce film méconnu sur un musicien allemand qui ne parvient pas à percer dans le monde fermé de la musique symphonique américaine. Le titre ne correspond absolument pas au contenu du film, le titre original Symphony étant considéré comme pas assez vendeur. Malgré cette concession au commerce, le film se révèle être un mélodrame émouvant superbement interprété par Jean Hersholt. Cette acteur protéiforme pouvait tout aussi bien être un bandit ou un brave homme. Son professeur Hausmann est un compositeur qui va de déception en déception, incapable d'intéresser une seule institution musicale à son oeuvre pourtant remarquable. Il fait ce constat amer: "Chez moi en Allemagne, il n'y avait pas d'argent pour monter une symphonie. Ici, en Amérique, il y a de l'argent, mais personne ne s'intéresse à la musique." Contraint à donner des leçons de piano à des enfants, il doit aussi accepter que ce soit sa fille Eva qui subvienne à leurs besoins. Nous sommes bien loin de la célébration du modèle américain, le pays qui devrait donner sa chance à tous. Dans une scène poignante, le vieux professeur accepte de diriger un groupe de musiciens incompétants devant un public de night-club qui les mitraillent de légumes divers. Sombrant dans la dépression, il ne devra son salut qu'à la technique peu orthodoxe d'un agent de music-hall - joué par Roscoe Karns - qui va réussir à faire jouer son oeuvre en jetant littéralement la partition de la symphonie sur le bureau d'un chef d'orchestre avant de l'enfermer. Le clou du film est la scène finale tournée à l'Hollywood Bowl avec un véritable orchestre symphonique où Hersholt sort de sa dépression en reconnaissant son oeuvre. Il a enfin réalisé son rêve et son oeuvre est applaudie par les milliers de spectateurs. Une très belle composition de Jean Hersholt qui évoque l'Emil Jannings de The Way of All Flesh (1927).