lundi 15 octobre 2012

The Cub 1915

Un film de Maurice Tourneur avec John Hines, Martha Hedman et Robert Cummings

Steve Oldham (J. Hines), un jeune journaliste débutant est envoyé dans les montagnes du Kentucky. En effet, deux familles (les White et les Renlow) s'y déchirent depuis des années. Il se retrouve tout seul au milieu de montagnards violents et illétrés qui ne songent qu'à se tirer dessus...

Dans ces années-là, Maurice Tourneur travaille au sein de la World Film Corportation dans le New Jersey. The Cub fut une pièce à succès à Broadway avec Douglas Fairbanks. Transposé à l'écran, le rôle du jeune reporter est confié à John (ou Johnny) Hines qui apparaît dans de nombreux films de Tourneur de ces années-là comme The Wishing Ring (1914) et Alias Jimmy Valentine (1915). Avec ce sujet haut en couleur, nous retrouvons ces montagnards peu instruits et violents, les 'Hillbillies', qui ont souvent servis de sujet à des films comme The Trail of the Lonesome Pine (1916) de C.B. DeMille ou Hearts o'the Hills (1919) de S. Franklin. Contrairement à ces deux films, Tourneur nous montre le côté comique de ces querelles familiales. Les White et les Renlow passent leur temps à se tirer dessus pour des motifs futiles. Même au milieu de la nuit, ils se regroupent fusils à la main, prêts à tirer. Le jeune reporter débutant (que l'on appelle joliment 'cub reporter' en anglais) arrive dans cette ville parfaitement cinglée à dos d'âne. Il découvre que tout le monde est armé, y compris les jeunes enfants. Il va rapidement tomber amoureux la jolie institutrice (M. Hedman) ce qui va lui poser de sérieux problèmes. Johnny Hines apporte un charme et un entrain bienvenus à cette histoire. Le film se termine par un assaut incroyable contre la maison en bois où se cache Steve. Le bâtiment finit par s'écrouler sous les balles, les attaques à la hache et l'incendie qui se propage. Steve en émerge indemne pour apprendre que son patron l'a viré. On imagine très bien les acrobaties qu'auraient pu faire Fairbanks dans un tel film. Mais, Johnny Hines, qui n'a rien d'un acrobate, s'en sort très bien. Le film commence d'ailleurs par un générique inhabituel où John Hines fait coulisser les panneaux qui annoncent les personnages et les acteurs. Quand arrive son nom, il réalise qu'on est en train de montrer un âne au lieu de son visage poupin. Une erreur qu'il rectifie immédiatement. Ce clin d'oeil à la caméra montre déjà un Maurice Tourneur sûr de son art et de sa technique qui a déjà un jeune apprenti sous son aile. En effet, Clarence Brown était déjà son assistant sur ce film.

dimanche 14 octobre 2012

Shooting Stars 1928

Donald Calthrop
Un film d'Anthony Asquith et A.V. Bramble avec Annette Benson, Brian Aherne et Donald Calthrop

Mae Feather (A. Benson) et Julian Gordon (B. Aherne) sont mari et femme à l'écran et dans la vie. Ils tournent un western en studios, mais Mae a un amant en la personne du comique Andy Wilks (D. Calthrop). Elle voudrait quitter Julian pour suivre Wilks à Hollywood...

Mae Feather (A. Benson)
Avec cette étourdissant petit chef d'oeuvre, Anthony Asquith fait ses débuts comme metteur en scène, bien qu'il ne soit pas crédité à l'écran. Il nous fait découvrir l'envers du décor dans un studio britannique. On tourne simultanément un western et une comédie burlesque. Le couple vedette du western se révèle dans la vie bien plus désuni qu'il n'y paraît. Mae entretient, en cachette, une relation avec la star comique du studio. Mais, étant attachée par un contrat avec une clause de moralité, elle ne peut pas divorcer ou se séparer de Julian facilement. Elle échafaude un plan machiavélique pour se débarrasser de son époux. Avant le tournage d'une scène, elle échange une cartouche à blanc pour une cartouche réelle. Mais, son plan ne va du tout se dérouler comme prévu. Le spectateur attend terrifié le tournage de la scène en question. Même Mae commence à regretter son geste et joue son rôle soudain avec une vérité dramatique qui surprend le réalisateur. Et c'est dans ces moments où les personnages sont confrontés à leurs erreurs et leurs sentiments que Asquith montre son extraordinaire qualité de directeur d'acteur. Nous voyons dans le regard de Julian (excellent Brian Aherne) qu'il a compris ce que Mae préparait. Et la catastrophe finale est amené brillamment. La balle destinée à Julian va frapper Wilks alors qu'il tourne une séquence burlesque perché sur un lustre qui se balance. Asquith utilise toutes les ressources de la caméra subjective pour nous faire ressentir la chute soudaine de Wilks. Tous les éléments du suspense et de l'engrenage infernal qui vont amené le geste de Mae sont dosés avec un soin méticuleux. De même sa relation avec Wilks et comment Julian les surprend en train de s'embrasser. Au final, Mae a tout perdu: son amant et son époux qui la rejette. Des années plus tard, alors qu'il est devenu un réalisateur célèbre, elle n'est plus qu'une figurante inconnue qui s'éloigne telle une ombre dans un studio vide. Dès ce tout premier film, on voit que Asquith est déjà un maître de la direction d'acteur et son sens visuel et dramatique est de tout premier ordre. Espérons que le BFI sortira ce petit chef d'oeuvre un jour en DVD.

samedi 13 octobre 2012

Wagon Tracks 1919

Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Jane Novak, Robert McKim et Lloyd Bacon

En 1850, Buckskin Hamilton (Wm S. Hart) est guide sur la piste de Santa Fe. Il se prépare à rejoindre son jeune frère Billy qu'il a élevé lui-même. Hélas, Billy est assassiné par un joueur professionnel, Donald Washburn (R. McKim). Ce dernier a réussi à convaincre sa soeur Jane (J. Novak) qu'elle est responsable de sa mort...

Cet excellent opus de William S. Hart, avec ses vieux complices C. Gardner Sullivan au scénario et Lambert Hillyer à la réalisation, nous replonge dans l'atmosphère de la ruée vers l'or. Des milliers de migrants partent dans des 'vaisseaux des prairies' pour traverser le continent par la dangereuse piste de Santa Fe. Buckskin Hamilton est un héros au coeur pur qui mène sa mission de guide avec courage et abnégation. Mais, ses certitudes vont être mises à rude épreuve suite à la mort de son jeune frère qu'il a élevé lui-même comme un fils. Confronté à Jane (Jane Novak), il n'arrive pas à croire que celle-ci puisse être responsable de sa mort. Alors que le convoi s'ébranle vers l'ouest partant du Missouri, les différents personnages vont devoir affronter des dangers et apprendre à se connaître. Il ne faudra pas longtemps à Buckskin pour détecter que Washburn ou son complice (le futur réalisateur Lloyd Bacon alors jeune acteur) sont probablement les coupables. Pour les faire parler, il va les emmener dans le désert poings liés et les obliger à marcher jusqu'à épuisement de leurs forces. Evidemment, celui qui n'a rien fait va dénoncer l'autre, comme il l'avait prévu. Mais, il va se retrouver face à un dilemme. Le convoi a été visité par des indiens. L'un d'eux est tué et ils menacent d'attaquer le convoi à moins qu'on leur livre un homme. L'assassin semble la victime désignée, mais que fera Buckskin ? 
Sur cette trame de vengeance, de convoi bâché dans le désert, Hart brosse le portrait d'un homme déchiré qui n'a de cesse que de se venger. Sa résolution finale face à Jane est d'autant plus impressionnante. Derrière la caméra, Joe August réalise des merveilles avec des scènes de nuit de toute beauté. Pour une fois, il existe une copie DVD tout à bonne de ce film grace à Unknown Video qui a transféré une belle copie teintée Blackhawk (de David Shepard). Si la musique est répétitive et ennuyeuse, on peut malgré tout apprécier ce beau western intelligemment réalisé.

The Cradle of Courage 1920

Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Ann Little, Gertrude Claire et Tom Santschi

'Square' Kelly (Wm S. Hart) revient à San Francisco, de retour du front en France. Il est devenu sergent, mais avant la guerre, il était chef d'un gang de cambrioleurs. Son meilleur ami est le fils d'un policier et voudrait le remettre dans le droit chemin...

Ce film de William S. Hart, pour une fois, n'est pas un western. Il n'est plus un westerner, mais un ancien mauvais garçon irlandais qui va rejoindre la police de San Francisco, au grand dam de sa mère (la fidèle Gertrude Claire présente dans de nombreux films de Hart) qui souhaite le voir reprendre son métier de cambrioleur. On retrouve donc le thème cher à Hart de la redemption d'un mauvais garçon. Les années passées dans les tranchées ont changé Kelly qui ne veut plus faire partie de ce gang mené par Tierney (Tom Santschi, un autre spécialiste des rôles de traitres dans les westerns).Comme toujours, Joseph August est derrière la caméra et donne au film le clair-obscur et l'atmosphère requise à cette histoire de gangsters.
L'environnement familial de Kelly est peu propice à un changement de milieu. Sa chère mère hait les policiers et lui apporte sa trousse de cambrioleur. Quant à son frère, il travaille avec Tierney. Mais, écoeuré par les méthodes de Tierney, il va se décider à rejoindre les forces de police. Il doit précisément poursuivre le gang de cambrioleurs dont son frère fait partie. Celui-ci est tué alors qu'il les a surpris en flagrant délit. Il réalise rapidement qu'il ne l'a pas tué lui-même car il a reçu une balle dans le dos. Le policier se tranforme alors en vengeur, prêt à tout pour retrouver l'assassin de son frère. Comme dans ses westerns, le personnage de Hart est à la limite de la légalité, oscillant entre le bien et la mal. Mais, la morale est sauve à la fin, même si les moyens employés ne sont pas précisément toujours légaux. Le film est bien dirigé par Lambert Hillyer et est dominé par Hart qui incarne les dilemmes de son personnage avec son charisme habituel. La copie publiée par Grapevine Video est d'une qualité acceptable comparée aux horreurs d'Alpha Video.

vendredi 12 octobre 2012

The Signal Tower 1924

Le veilleur du rail
Un film de Clarence Brown avec Rockcliffe Fellowes, Virginia Valli et Wallace Beery

David Taylor (R. Fellowes) est aiguilleur dans une zone isolée des montagnes de Californie. Il vit avec sa femme Sally (V. Valli) et son fils près du poste d'aiguillage. Son vieux collègue Pete part à la retraite et il est remplacé par Joe Standish (W. Beery) qui semble très intéressé par Sally...

Disons-le d'emblée, ce film de Clarence Brown produit par la Universal est un petit chef d'oeuvre de suspense et de construction filmique. A partir d'un sujet somme toute assez banal, il a réalisé un film qui conjugue suspense, intelligence dans les relations humaines et beauté des extérieurs. Pour le réaliser, il est parti dans les montagnes de Californie avec toute son équipe et ils ont même construit un poste d'aiguillage au bord d'une voie ferrée. Dans ce cadre réel, il nous plonge dans la vie d'un aiguilleur. David Taylor vit une vie tranquille entre son vieux collègue Pete, qui loge chez lui, son épouse et son fils. Mais, tout cela va changer avec le départ de Pete. Dès l'arrivé de son remplaçant, on comprend que tout va se compliquer. Joe Standish (sous les traits d'un Wallace Beery gouailleur en surface, mais en fait très inquiétant) arrive dans un costume bien trop élégant pour son travail et des chaussures vernies qui dénotent un séducteur sans scrupules. Le spectateur est convaincu qu'il va rendre la vie difficile à David. Et c'est le cas. Brown commence en fait par quelques scènes comiques où la cousine Gertie fait tout ce qu'elle peut pour attirer Joe, qui l'ignore totalement. Mais, le film prend un tour de thriller après son départ. Une nuit de tempête, David va devoir affronter les pires dangers et un dilemme effroyable: doit-il sauver son épouse des griffes de l'affreux Joe ou empêcher la collision inéluctable entre des wagons fous et l'express qui arrive à toute vapeur ? La dernière partie du film n'a rien à envier aux meilleurs films d'Alfred Hitchcock. 
Le suspense devient insoutenable alors que David tente désespérément de faire dérailler les wagons fous sous une pluie battante et qu'en même temps, Sally tente de se défendre face à Joe. Tout cela est entrecoupé par des images prises depuis les wagons qui dévallent la montagne. Ce montage parallèle atteint son paroxysme lorsque Sally saisit un révolver pendant que David détruit l'aiguillage à coups de masse. L'engrenage infernal montre un sens dramatique remarquable. Brown a réalisé dans ces années-là parmi ses tous meilleurs films avec The Goose Woman (1925) et Smouldering Fires (1925) qui offrent tous deux de superbes portraits de femme. Son passage à la MGM va faire de lui un excellent metteur en scène de studio, mais il aura moins de marge de manoeuvre qu'il en avait dans ses années-là, à la Universal. Il est fort dommage que Clarence Brown soit essentiellement connu dans sa période MGM. Il faut espérer qu'un jour ces trois bijoux de la Universal seront enfin disponibles en DVD.

mardi 21 août 2012

The First Born 1928

Un film de Miles Mander avec Miles Mander, Madeleine Carroll et John Loder

Madeleine (M. Carroll) est l'épouse de Sir Hugo Boycott (M. Mander). Son époux la traite avec mépris car elle ne lui a pas donné d'enfant. Durant une de ses longues absences, elle décide d'adopter secrètement l'enfant d'une jeune manucure et de faire croire à son époux qu'elle en est la mère...


Ce film de la firme Gainsborough est une petite perle du cinéma muet britannique. Le scénario a été écrit par le réalisateur-acteur Miles Mander avec Alma Reville qui était Mrs Hitchcock à la ville. Et le résultat rappelle par moment les films de son époux. On peut donc avancer sans se tromper qu'Alma a certainement eu une influence sur l'oeuvre d'Alfred. Miles Mander réalise là une étude de moeurs bien vue de la haute société britannique de l'époque. Madeleine Carroll, qui était encore brune à cette époque-là, est l'épouse délaissée d'un politicien qui la maltraite. Elle doit subir constamment les reproches de son époux: ils n'ont pas d'enfants. C'est tout à fait symptomatique de la société rigide de l'époque de voir que c'est l'épouse qui est immédiatement suspectée d'être stérile. De même son mari peut avoir des aventures à répétition, mais il n'est pas question pour elle de flirter même innocemment avec un homme. Madeleine est tellement désespérée à l'idée de perdre son époux qu'elle va utiliser un stratagème pour le faire revenir. Elle adopte l'enfant d'une jeune manucure qui est enceinte d'un homme qui l'a quittée. Ce 'premier né' du titre est d'autant plus important pour l'aristocratie britannique que c'est lui qui hérite du titre et de la fortune de son père. Le deuxième enfant est lui dépossédé de toute succession. Madeleine pense avoir réussi à le reconquérir avec cet enfant qu'il désirait tant. Mais, il reprend rapidement le chemin de la maison de sa maîtresse. Et cette dernière lui suggère qu'il n'est peut-être pas le père de l'enfant. Le venin du doute et de la jalousie le rend fou. Madeleine refuse d'avouer, mais finalement sous la contrainte lui dit que l'enfant est adopté. Cette révélation va précipiter le drame. Boycott tombe dans une cage d'ascenseur et Madeleine reste veuve. Mais, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le film offre un rebondissement final tout à fait étonnant. Miles Mander réalise son film avec une caméra mobile et fluide typique de ces années de la fin du muet. Lorsqu'il rentre chez lui sans se faire annoncer pour surprendre sa femme dans son bain, la caméra se fait subjective et suit son regard vers le lit défait, la coiffeuse et finalement la baignoire où se prélasse sa femme. Une autre scène est purement Hitchcockienne (sans qu'Alfred y soit pour quelque chose). La mort d'Hugo Boycott est superbement amenée. Il se dispute avec sa maîtresse sur le palier de son appartement. Il appelle l'ascenseur et se retourne pour lui parler. L'ascenseur est monté, laissant la cage vide. Il tombe et un petit nuage de poussière apparaît devant un liftier étonné. La chute est accompagnée par une série d'images en surimpression. Le tout est parfaitement rythmé. Madeleine Carroll donne une interprétation sensible et sensuelle de Madeleine tel un animal pris dans une cage. L'observation de la vie sexuelle de la haute société est féroce et sans concession. Miles Mander ne cherche pas à se donner le beau rôle. Il est un salaud parfait. Le film a été restauré récemment par le BFI et on peut en voir un extrait ici. De plus, une nouvelle partition musicale de Stephen Horne a été composée pour l'occasion. Malheureusement, j'ai dû regarder ce film en silence à la Médiathèque du BFI où ce film est disponible en version numérisée. A quand une première en France de ce beau film avec la musique de Stephen Horne? Bientôt, j'espère.

dimanche 5 août 2012

Night World 1932

Un film d'Hobart Henley avec Boris Karloff, Lew Ayres, Mae Clarke, Hedda Hopper et Bert Roach

'Happy' MacDonald (B. Karloff) dirige un night-club où se retrouvent les riches new-yorkais qui viennent boire et s'encanailler. Ruth Taylor (M. Clarke), une simple chorus girl va y rencontrer Michael Rand (L. Ayres) qui vient se saouler tous les soirs pour oublier le meurtre de son père...

Cette petite production Universal est un petit bijou de moins de 60 min qui réussit à combiner la comédie musicale, le film noir et le mélodrame. C'est un film choral qui rappelle sur un mode parodique et nettement plus noir, Grand Hotel (1932, E. Goulding) qui fut un des gros succès MGM cette même année. Mais, l'atmosphère est nettement moins glamour que dans le film MGM. Le night-club de Happy est un lieu où les vieux messieurs sortent avec des filles très jeunes, d'autres ne viennent là que pour se saouler. Prohibition oblige, les alcools forts sont dissimulés sous la table pendant que trônent les bouteilles de 'root beer'. Dans ce petit monde interlope, on croise des gangsters (un jeune George Raft) ou des fils à papa (L. Ayres). Au milieu, il y a la figure lumineuse de Mae Clarke, héroïne du fameux Waterloo Bridge (1931) de James Whale. Le ton du film oscille entre la comédie et le drame avec bonheur. Il est évident que personne ne se prend totalement au sérieux. Karloff joue le gangster patron de night-club avec brio. Hedda Hopper fait une apparition en mère meurtrière et cupide. Et tous les seconds rôles sont formidablement tenus par des 'character actors' de grand talent tel Bert Roach en provincial de Schenectady, en gogette, complètement éméché. Tous les petits rôles sont délicieusement dessinés, avec au premier rang Clarence Muse en portier qui attend avec impatience des nouvelles de sa femme qui est à l'hôpital. Il faut aussi mentionner que Busby Berkeley a chorégraphié les quelques numéros musicaux qui parsèment le film avec ses figures kaléidoscopiques. Le fil s'ouvre sur un montage virvoltant qui suggère la vie nocturne new-yorkaise la plus débridée et qui rappelle l'ouverture de So This is Paris (1926, E. Lubitsch). Le final lui se rapproche du film de gangster qui en train d'éclore à l'époque. Un délicieux Pre-Code plein de sous-entendus. Un grand merci à Phoebe pour cette découverte.

Our Betters 1933

Haute société
Un film de George Cukor avec Constance Bennett, Anita Louise, Gilbert Roland at Violet Kemble-Cooper

Lady Pearl (C. Bennett) est l'une des étoiles de la haute société londonienne. Riche héritière américaine mariée à un Lord, elle compense un mariage sans amour par une vie mondaine sans répit. La Duchesse Minnie (V. Kemble-Cooper) est elle aussi une riche héritière titrée par son mariage qui se console avec un gigolo (G. Roland). Lors d'un week-end à la campagne, elles s'affrontent...

Ce film RKO produit par David O. Selznick est une adaptation d'une pièce de William Somerset Maughan. Si le film ressemble à du théâtre filmé, il est cependant de grande classe. Maughan attaque au vitriol une certaine haute société britannique qui n'ayant plus un sou, se tourne vers des héritières américaines roturières, mais très riches. C'est une société du faux-semblant et de l'hypocrisie. En surface, Lady Pearl est un personnage très important du circuit mondain, mais elle sait très bien que si ses soirées sont prisées, c'est à cause de sa fortune. Tout le monde vit dans le mensonge plus ou moins bien assumé. L'époux de Lady Pearl a une maîtresse et elle se console avec un riche américain qui lui fournit l'argent nécessaire à sa vie dispendieuse. Il y aussi l'improbable duchesse Minnie qui après son divorce vit ouvertement avec un gigolo sud-américain qu'elle trimbale comme un toutou. La jeune soeur de Lady Pearl (A. Louise) qui admirait son aînée et sa vie sompteuse va se rendre compte à temps de sa méprise. Cette vie de luxe a un revers peu appétissant. Cukor dirige avec énormément de talent une excellente distribution avec en tête Constance Bennett en femme de tête endurcie. Si le film ne fait partie des oeuvres les plus connues de Cukor, il annonce par bien des points le futur The Women (1939), plus glamour, mais moins féroce sur bien des points. La période Pre-Code recèle décidément des trésors.