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mercredi 5 février 2020

Quartier Latin 1929

Louise (Carmen Boni)
Un film d'Augusto Genina avec Carmen Boni, Ivan Petrovitch, Gina Manès, A. Bandini et Gaston Jacquet

Louise (C. Boni), jeune étudiante au Quartier Latin, rencontre au bal costumé des étudiants Ralph (I. Petrovitch) et en tombe amoureuse. Il lui fait croire qu'il est un peintre sans le sou alors qu'il est le fils d'un banquier richissime...

Ce film de 1929 représente bien les productions européennes de cette époque-là. Le réalisateur est italien, la production franco-allemande et les acteurs sont serbe, italien, français, etc. Cette adaptation d'un auteur à la mode, Maurice Dekobra, échappe heureusement aux poncifs du mélo mondain. Le début du film fait penser à une adaptation de La Vie de bohème, en fait ce sont des étudiants qui se préparent à un bal costumé. L'héroïne Louise/Mimi gagne sa vie en accompagnant des films muets au piano pour payer ses études. Le film nous entraîne dans les folles nuits du Quartier Latin où l'on s'étourdit jusqu'au matin au son des orchestres de jazz. Voilà un film qui réclame un pianiste de jazz! (Ce n'était malheureusement pas le cas à la Fondation Pathé.) Si le début du film est finalement plutôt traditionnel cinématographiquement parlant, la deuxième partie - en particulier à la Gare de Lyon - se révèle plus en phase avec les dernières nouveautés du cinéma de cette fin des années 20. Carmen Boni court sur le quai à la poursuite de son amant qu'elle croit à bord du Simplon Express pour Venise. Cette magnifique séquence rythmée par un montage rapide efficace a fait l'objet d'un "making of" dans le superbe documentaire Paris Cinéma (1929) de Pierre Chenal. On y voit une foule de techniciens et électriciens qui poussent un chariot sur lequel est perchée la caméra avec les opérateurs. Le résultat est magnifique, montrant la jeune fille qui court au milieu de la foule des voyageurs et des vendeurs de journaux. Tout cela est entrecoupé par des plans de l'horloge qui avance inexorablement vers l'heure de départ du train. Cette poursuite haletante donne soudain au film une tout autre dimension. Il faut aussi mentionner l'excellente direction d'acteurs de Genina qui obtient de sa femme Carmen Boni ainsi que d'Ivan Petrovitch (que l'on a vu chez Perret et Ingram) des expressions très naturelles. Au total, un très beau film qui aurait besoin d'une belle édition en DVD avec une partition de jazz.

lundi 27 janvier 2020

Journée Maurice Tourneur à la Fondation Pathé le 3 mars 2020

Le mardi 3 mars 2020 à 19h, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé présentera pour la première fois à Paris la nouvelle restauration de The Broken Butterfly (Papillon meurtri, 1919) un film produit et réalisé par Maurice Tourneur en Californie:
Pauline Starke dans The Broken Butterfly
Je serai là pour le présenter ainsi que The Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans, 1920) co-réalisé par Clarence Brown.
Barbara Bedford dans The Last of the Mohicans

mardi 7 mai 2019

L'Autre aile 1923

Robert Vraie (J. Murat) et Hélène Tarnière (M. Ferrare)
Un film de Henri Andréani avec Marthe Ferrare, Jean Murat, Charles Vanel, Mary Harald et Claude France

Hélène Tarnière (M. Ferrare) a été traumatisée par la mort de son amant pilote lors d'une exhibition aérienne. Elle décide de devenir pilote elle-même pour surmonter son chagrin. Son arrivée à l'aérodrome crée une intense jalousie entre le pilote Robert Vraie (J. Murat) et le mécanicien Gaston Lager (C. Vanel) qui sont tous deux attirés par la jeune femme...

Ce film d'Henri Andréani a été reconstitué récemment par la Cinémathèque, mais il reste cependant incomplet (il doit manquer env. 15 min). Dans le rôle principal, on trouve une cantatrice de l'Opéra-Comique, la soprano Marthe Ferrare. Le cinéma muet était friand (bizarrement!) de chanteurs d'opéra. Le meilleur exemple, c'est certainement le magnifique baryton Vanni-Marcoux dans Le Miracle des loups (1924) de Raymond Bernard. Marthe Ferrare a un joli minois, mais n'a pas fait une grande carrière. Le générique annonce à coup de trompettes qu'elle est habillée par Paul Poiret comme si le créateur était lui-même un interprète du film. Si Marthe arbore quelques jolies robes dans la première partie, dans la seconde elle est engoncée dans une combinaison de pilote sans aucune élégance. On peut se demander si Poiret ne s'est pas plaint au producteur...! Si le film montre de vrais aéronefs en train de décoller et d'atterrir, il reste cependant un peu en retrait par rapport aux sensations des pilotes. Et la deuxième partie se concentre sur la jalousie maladive de la maîtresse de Charles Vanel interprétée par Mary Harald, la belle interprète Tih-Minh de Louis Feuillade. Tiré d'un roman de Ricciotto Canudo, l'intrigue n'est guère originale. Le traitement qu'en fait Andréani n'est pas dépourvu d'intérêt mais il n'offre pas l'envolée lyrique qu'aurait pu lui donner un Gance ou un L'Herbier à la même époque. Une production standard, pas désagréable, mais sans originalité. 

Pretty Ladies 1925

Bobby (Lucille Le Sueur = Joan Crawford) et Maggie (Zasu Pitts)
Un film de Monta Bell avec Zasu Pitts, Tom Moore, Lilyan Tashman, Conrad Nagel et Lucille Le Sueur

Maggie Keenan (Z. Pitts) est la star comique d'un grand music-hall new-yorkais. Mais alors que la vedette Selma Larson (L. Tashman) collectionne les conquêtes masculines, Maggie reste solitaire jusqu'à une rencontre fortuite avec le batteur Aloysius Cassidy (T. Moore) qui compose une chanson pour elle...

Cette agréable comédie sur fond de music-hall nous est parvenue dans une copie incomplète où les numéros des Ziegfeld Follies (présentés en couleurs dans la copie originale) sont manquants. Parmi les jolies filles qui font de la figuration, figurent deux futures stars de la MGM: Myrna Loy et Joan Crawford (encore nommée Lucille Le Sueur). Si Crawford est toujours visible dans cette copie, Myrna est elle invisible. Néanmoins, ce film de Monta Bell est très agréable à suivre grâce à la délicieuse incarnation de Zasu Pitts qui prouve qu'elle n'est pas qu'une actrice comique, mais qu'elle peut également se montrer à la hauteur dans un mélo. Vêtue d'un costume de mouche, elle exécute également un numéro comique réjouissant entourée de girls. Monta Bell montre son talent grâce à des petits détails amusants comme cette chorus girl blonde (Dorothy Seastrom) qui hoche négativement la tête à chaque fois que son prétendant lui fait des avances avant de finalement dire oui - tout à la fin - lorsqu'il la demande en mariage. Quant à Lilyan Tashman, elle est une formidable mangeuse d'homme qui affiche dans sa loge la liste des plus riches contribuables américains pour pouvoir sélectionner ses amants! Quant à Joan Crawford, on l'aperçoit dans de nombreuses scènes en chorus girl. Le début du film est très habile. On voit Tom Moore dans un lieu clos en train de jouer aux cartes. Soudain, une lumière s'allume et les hommes quittent la pièce par une minuscule porte. Y-a-t-il une descente de police? Non, ce sont seulement les musiciens qui prennent position dans la fosse du music-hall. Si l'histoire n'est guère originale, le film se regarde sans ennui grâce à son rythme et à la qualité de son interprétation. 

vendredi 18 janvier 2019

What Happened to Jones? 1926

Tom Jones (Reginald Denny) au centre
Les Mésaventures de Jones
Un film de William A. Seiter avec Reginald Denny, Marion Nixon, Otis Harlan et Zasu Pitts

Tom Jones (R. Denny) s'apprête à convoler en justes noces avec la belle Lucille Bigbee (M. Nixon). Mais, il est pris en flagrant délit de poker clandestin. Poursuivi par la police, il se travestit en femme, puis en évêque...

Cette comédie de William A. Seiter est une superbe réussite grâce à un scénario particulièrement bien construit où les quiproquos et les mésaventures du malheureux Jones se succèdent à un rythme endiablé. De plus, les seconds rôles sont extrêmement bien choisis avec Zasu Pitts en domestique maladroite qui multiplie les impairs tout en réclamant de l'argent à son patron pour ne pas faire état de son retour au petit jour. Le gros Otis Harlan est terrifié à l'idée de son harpie d'épouse (Emily Fitzroy) découvre qu'il a joué toute la nuit. Quant à Reginald Denny, il doit tour à tour se travestir en femme dans un sauna pour dames avant de devoir endosser - bien malgré lui ! - une soutane. Alors que la situation semblait totalement désespérée - sa fiancée va en épouser un autre et il doit célébrer leur mariage - il va trouver la parade. Reginald Denny donne une remarquable interprétation tout en légèreté et virtuosité sans sombrer dans la gaudriole. La copie est superbe une restauration 4K à partir d'une copie 35 mm du MoMA. Un film qui mériterait d'être édité en DVD.

mercredi 16 janvier 2019

Oh, Doctor! 1925

Rufus Billops (R. Denny) et Dolores Hicks (M. Astor)
Oh, docteur !

Un film de Harry A. Pollard avec Reginald Denny, Mary Astor et Otis Harlan

Rufus Billops (Reginald Denny) est un hypocondriaque de naissance. Il doit toucher un gros héritage dans trois ans, mais pense ne pas survivre à ses pathologies imaginaires jusqu'au jour où arrive une délicieuse infirmière (Mary Astor)...

Je continue ma découverte des comédies Universal de Reginald Denny à la Fondation Pathé. La copie numérique de Oh, Doctor! provient d'une copie 16 mm écourtée et n'a donc pas la même qualité que The Reckless Age. Mais le scénario qui s'inspire librement de Safety Last (1923) apporte son lot de frissons. Reginald Denny affublé de lunettes à la Harold Lloyd escalade un mât perché sur un building comme le ferait le grand comique. Quant à Mary Astor, elle retrouve son partenaire de ses débuts en 1921 dans The Beggar Maid. En infirmière futée, elle réussit à redonner vie à un hypocondriaque patenté tout en l'aidant à recouvrer sa fortune. Les seconds rôles sont tenus avec succès par trois acteurs de complément fort savoureux en vieillards nerveux (Otis Harlan, William V. Mong, Tom Ricketts). Le film contient une très jolie scène où Rufus s'imagine en faune pourchassant la belle Dolores. Le pianiste a eu l'excellente idée de citer quelques phrases du Prélude à l'après-midi d'un faune de Debussy. Malheureusement, l'accompagnement au piano de cette comédie péchait comme d'habitude par un manque de rythme et on avait l'impression de voir un mélodrame. Il faudrait y injecter le jazz entêtant des années 20 qui semble rester inconnu des pianistes français.

mardi 15 janvier 2019

The Reckless Age 1924

Cecilia (Ruth Dwyer) et Dick (Reginald Denny)
Folle jeunesse

Un film de Harry A. Pollard avec Reginald Denny, Ruth Dwyer, William Austin et Tom McGuire

L'agent d'assurance new-yorkais Dick Minot (R. Denny) est envoyé en Floride pour s'assurer du mariage de son client Lord Harrowby (Wm Austin) avec une riche héritière. Or Dick tombe amoureux de sa fiancée Cecilia (R. Dwyer)...

L'acteur britannique Reginald Denny est de nos jours surtout connu comme un second rôle dans un nombre important de films des années 40. Mais dans les années 20, il était une importante tête d'affiche pour des comédies sentimentales au sein de la Universal. Ces films n'étaient jusqu'à présent guère disponibles à part le délicieux Skinner's Dress Suit (1926, Wm A. Seiter) que l'on trouve en DVD. C'est donc une aubaine de découvrir de nouveaux titres grâce aux nouvelles restaurations numériques réalisées par Universal. The Reckless Age est construit avec habilité pour faire monter la tension. Dick Minot se retrouve dans une situation de plus en plus inextricable avec des retournements de situation en continu alors que son travail et ses sentiments s'opposent constamment. Dans le rôle du ridicule Lord Harrowby, on retrouve William Austin, qui était spécialisé dans les personnages de dandy. Il n'a visiblement qu'une idée: épouser une riche héritière pour combler ses nombreuses dettes tout en s'assurant auprès de la Floyd of London (!) en cas d'empêchement pour 100.000 dollars. Le malheureux Dick va devoir le tirer de nombreuses situations délicates pour que sa société ne soit pas redevable de cette énorme somme. Le film ne reste pas entre quatre murs, il y a une poursuite entre un train et une vieille guimbarde très rythmée et amusante. Denny est un acteur qui évite tout excès et a un jeu parfaitement naturel et détaché. Cela ne l'empêche pas de se battre à mains nues dans les bureaux d'un journal local et de conduire une vieille voiture à toute allure. Une charmante comédie.

lundi 12 mars 2018

Le cinéma muet de Maurice Tourneur à la Fondation Pathé du 4 avril au 1er mai 2018

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé au 73 avenue des Gobelins, Paris 13 ème (M° Place d'Italie) propose une programmation autour des films muets de Maurice Tourneur. Il y aura un certain nombre de raretés inédites. En outre, je présenterai une conférence sur le cinéma muet de Tourneur le mardi 10 avril à 19h. Venez nombreux découvrir Prunella (1918) et d'autres raretés délectables de 1916!

samedi 10 mars 2018

La Femme rêvée 1928

Angel (Charles Vanel) et Mercédès (Alice Roberte)
Un film de Jean Durand avec Charles Vanel, Arlette Marchal, Alice Roberte et Harry Pilcer

Un homme d'affaire parisien Angel Caal (C. Vanel) suite à un accident de voiture en Espagne fait la connaissance de Mercédès (A. Roberte). Il décide de l'épouser attisant ainsi la jalousie de sa maîtresse Suzanne (A. Marchal)...

Jean Durand fut un des grands pionniers de la firme Gaumont et produisit quantité de comédies et de westerns dans les années 1910. En 1928, il est déjà un vétéran qui tourne un de ses derniers films. Comme nombre de ses confrères, il a du mal à suivre l'évolution technique du cinéma et du discours cinématographique. Il filme en plans larges et ne sait pas rythmer une séquence avec des gros plans et des plans moyens. Il en résulte un film extrêmement long vu la minceur de l'intrigue: un riche homme d'affaire doit décider si la "femme rêvée" ressemble à sa femme ou à sa maîtresse. Outre ce problème de rythme des séquences, Durand est handicapé par une distribution bancale. Alice Roberte, qui joue la jeune femme effacée et timide de Charles Vanel, est parfaitement impavide et incapable d'exprimer les sentiments qui l'habitent. On imagine ce qu'une actrice de talent comme Sandra Milowanoff (qui fut souvent la partenaire de Vanel à l'écran) aurait pu faire dans un tel rôle. On s'ennuie ferme devant le jeu maladroit de Roberte qui est en plus dépourvue de tout charisme. Dire qu'elle a été la Comtesse Geschitz dans le Loulou de Pabst! Heureusement, il y a Harry Pilcer. Ce danseur, partenaire de Mistinguett au Music-Hall, nous offre un numéro de danse fort érotique sur la scène du Casino de Paris qui parvient à peine à dérider notre Roberte. Arlette Marchal a une toute autre allure, mais son rôle reste assez vide et lui permet à peine d'exister. Par contre, le film est d'une richesse incroyable pour ce qui est des costumes et des décors. Les actrices changent de tenue à chaque scène et le film semble avoir été sponsorisé par les grands couturiers parisiens pour faire leur promotion à l'étranger. Les décors vont du grand siècle pompeux de l'appartement de Charles Vanel à l'art déco très tendance de celui d'Arlette Marchal. Visuellement, c'est un régal car la copie est magnifique grâce à une restauration 4K à partir du négatif original. Durand se réveille vers la fin du film où il nous offre enfin un montage plus efficace alors que Vanel roule à tombeau ouvert sous un orage dantesque. Mais, le film reste cependant anecdotique dans l'histoire du cinéma muet français. Contrairement à Léonce Perret, son exact contemporain, il ne sait pas obtenir de ses acteurs des interprétations humaines et inspirées. Il filme un roman de gare sans réussir à transcender son matériel.

vendredi 26 janvier 2018

Tao 1923 (III)

Soun (Mary Harald) sous l'emprise de Tao (J. Hamman) et de l'opium...
Un film en 10 épisodes de Gaston Ravel avec Gaston Norès, Mary Harald, Joë Hamman, André Deed et Andrée Brabant

Episodes 9 & 10
Soun (M. Harald) accepte de suivre Tao (J. Hamman) pour se venger de Vaudry (G. Norès) qui a épousé Mlle de Sermaize (A. Brabant). Néanmoins, Tao ne peut plus s'approprier les champs pétrolifères et décide d'y mettre le feu...

Pour les derniers épisodes, nous retournons en Indochine pour le dénouement de l'intrigue. Soun a perdu tout espoir d'être aimé de Vaudry et elle tombe sous la coupe de Tao qui profite de sa jalousie et de son désespoir. Il y a quelques séquences mémorables dans cette dernière partie, en particulier l'incendie des champs pétrolifères tourné en Camargue (figurant les rives du Mékong) avec un Tao hiératique chevauchant dans son costume d'esprit du mal. Quant à Soun, Mary Harald réussit à lui conférer une vraie sensibilité et c'est bien le seul personnage de ce Ciné-Roman qui évolue sur la durée contrairement aux autres qui restent des clichés de mélodrame. Le couple Vaudry-Mlle de Sermaize est particulièrement fade. Dans la scène finale, nous découvrons Soun en prêtresse de Bouddah, ayant recouvré ses esprits après avoir sauvé la vie de Vaudry. Au total, ce film est agréable grâce à l'utilisation habile des décors de l'exposition coloniale qui lui donne une certaine atmosphère. Et c'est grâce au talent de Mary Harald que nous garderons un bon souvenir de cette épopée coloniale.

samedi 20 janvier 2018

Tao 1923 (II)

Tao (J. Hamman) attise la jalousie de Soun (M. Harald)
Un film en 10 épisodes de Gaston Ravel avec Gaston Norès, Mary Harald, Joë Hamman, André Deed et Andrée Brabant

Episodes 5 à 8
Soun (M. Harald) a hérité d'un vieux bonze de riches champs pétrolifères. Elle se fait voler ceux-ci par une bande de criminels dirigés par Tao (J. Hamman) qui ont usurpé l'identité d'un banquier, M. de Sermaize. Vaudry (G. Norès) et Soun partent à la poursuite de l'escroc vers Dakar...

L'intrigue de ce feuilleton colonial s'attache à nous montrer comment les colonies étaient perçues comme des zones d'opportunité pour l'exploitation des ressources naturelles, dans ce cas, le pétrole. Mais loin de fustiger cet état de fait, l'auteur n'en fait qu'un élément dramatique opposant d'un côté les "bons colons" comme Jacques Vaudry et de l'autre les escrocs dirigés par Tao, le métis machiavélique. Quant à Soun, admirablement incarnée par Mary Harald, elle n'est qu'un pion dans ce poker menteur. Elle est amoureuse de Vaudry, mais réalise rapidement qu'il lui préfère la blonde, blanche et fade Mlle de Sermaize (Andrée Brabant). Les épisodes se déroulent principalement à Paris et n'offre plus le dépaysement des précédents. André Deed, le grand comique de Pathé des années 1910 sous le nom de Boireau, tente de meubler une intrigue qui patine sans avoir les ressources comiques d'un Marcel Levesque. Il est assommé, mis dans une benne à ordures, enfermé dans un tonneau, percuté par un train, etc. Il ne fait aucun doute que le vétéran est un vrai cascadeur. Mais l'intrigue n'avance guère. Heureusement, une superbe scène clôt le huitième épisode où Soun observe de loin Vaudry et Mlle de Sermaize et comprend qu'elle ne sera jamais que le "chien fidèle" de celui-ci. Mary Harald est de loin la meilleure interprète de ce serial grâce à son naturel et son expressivité alors que les autres sont coincés dans les clichés de leur époque. Même l'athlétique Joë Hamman en rajoute un peu en métis qui convoite une femme blanche. Espérons que les derniers épisodes relèveront un peu le niveau...

samedi 6 janvier 2018

Tao 1923 (I)

Jacques Chauvry (Gaston Norès) et Soun (Mary Harald)
Un film en 10 épisodes de Gaston Ravel avec Gaston Norès, Mary Harald, Joë Hamman, André Deed et Andrée Brabant

Episodes 1 à 4
Au Cambodge, un Esprit du Mal terrorise les habitants d'une petite ville. L'administrateur français Jacques Chauvry (G. Norès) pense qu'il s'agit d'une mystification. Lorsque le bonze Krou-Méas est assassiné, il aide la jeune laotienne Soun (M. Harald) qui a hérité du bonze d'un secret convoité pour une bande de dangereux criminels...

L'Esprit du Mal chevauchant au-dessus des eaux
La Société des Cinéromans de Jean Sapène a produit une multitudes de films à épisodes. Tao de Gaston Ravel ne fait pas partie des oeuvres les plus connues. Elle possède néanmoins un charme indéniable grâce à la présence de Mary Harald, abonnée aux rôles d'annamites depuis Tih Minh (1918) de Louis Feuillade, et à celle de Joë Hamman en chef de bande qui terrorise les gens dans un déguisement d'Esprit du Mal. De plus, le film récrée de manière convaincante la vie au Cambodge en utilisant les bâtiments construits pour une Exposition Coloniale à Marseille ainsi que des stock shots d'Indo-Chine. Gaston Ravel est un réalisateur non dépourvu de talents, même s'il ne possède pas le sens du rythme d'un Feuillade qui multiplie les péripéties. Le scénario du film n'est pas exempt des préjugés raciaux de la France coloniale. La petite Soun, admirablement interprétée par Mary Harald, est amoureuse de Jacques Vaudry et celui-ci n'est pas insensible à son charme. Cependant, il va lui préférer la blonde et blanche Andrée Brabant qui est "de la même race" que lui comme nous l'apprend un intertitre sans ambiguîté. Même les personnages secondaires n'échappent pas au racisme ordinaire comme lorsque Bilboquet (André Deed) suggère à la camériste noire "d'arrêter ses écluses ou tu vas déteindre". Les premiers épisodes exposent assez lentement l'intrigue criminelle où des bandits tentent de s'emparer par tous les moyens (meurtre ou vol) d'un terrain pétrolifère que possédait un bonze assassiné par les soins de leur chef, le redoutable Tao (J. Hamman). Si le rythme n'est pas encore très soutenu, on peut penser que les épisodes suivants offriront plus de rebondissements. Il reste cependant en mémoire, une très belle scène où la haute silhouette de Tao chevauche un destrier le long du Mékong. Ravel utilise un ralenti - encore très rare à l'époque - pour accentuer l'irréel de la scène destinée à terroriser les populations. A suivre.

samedi 6 mai 2017

The Real Adventure 1922

Florence et King Vidor sur le plateau de The Real Adventure
Emancipée
Un film de King Vidor avec Florence Vidor, Clyde Fillmore et Philip Ryder

Rose Stanton (F. Vidor) rencontre par hasard Rodney Aldrich (C. Fillmore) dans un tramway. Rodney l'épouse peu après. Mais, pris par son métier d'avocat, il délaisse son épouse qui souhaite pouvoir s'épanouir elle aussi intellectuellement...

Durant les premières années de sa carrière, King Vidor produisait ses propres films avec comme actrice principale son épouse de l'époque, Florence Vidor. Très peu de ces films nous sont parvenus. The Real Adventure a été retrouvé à la Cinémathèque de Toulouse dans une copie malheureusement incomplète; il manque la deuxième bobine. Vidor avait dès ses débuts eu des préoccupations sociales comme le montre le magnifique The Other Half (1919), alors que dans celui-ci, il s'intéresse au sort de la femme au foyer. Florence Vidor est une superbe actrice de cinéma qui joue avec naturel et subtilité. De la jeune fille fière et décidée à l'épouse fatiguée de n'être qu'un faire-valoir de son mari, elle joue de son visage mobile sans jamais exagérer aucune expression. Il est fort dommage que la seconde bobine manquante de ce film contienne les scènes cruciales où elle réalise que sa vie maritale ne sera pas le lit de roses qu'elle avait envisagée. On la voyait sous une tempête de neige lors de leur lune de miel, puis éconduite sur le lieu de travail de son époux. Vidor travaille tout en finesse avec l'excellent opérateur George Barnes. Utilisant l'ellipse habilant, Vidor nous montre l'évolution de Rose qui décide de quitter son époux pour lui montrer qu'elle peut très bien gagner sa vie toute seule. Mais, malgré tout, le film n'est pas aussi prenant que l'était The Other Half. Et la fin est évidemment terriblement rétrograde: l'épouse rentre dans ses foyers après avoir expérimenté le rôle de femme émancipée car selon la morale de l'époque, elle ne peut s'accomplir sans un époux à ses côtés. La copie teintée incomplète est cependant de belle qualité, mettant en valeur la belle cinématographie de Barnes aussi bien dans les extérieurs qu'en studio. Une charmante curiosité.

jeudi 23 mars 2017

Dinty 1920

Dinty (Wesley Barry) à droite
Un film de Marshall Neilan avec Wesley Barry, Colleen Moore, Noah Beery et Anna May Wong

Doreen O'Sullivan (C. Moore) quitte son Irlande natale pour San Francisco avec son fils pour y retrouver son époux. Mais, celui-ci est mort dans un accident et elle doit élever son fils seule. Dix ans plus tard, c'est Dinty (W. Barry) qui doit gagner leur vie car sa mère est malade de la tuberculose. Le gamin a fort à faire face aux autres vendeurs de journaux qui lui cherchent querelle...

En 1920, Marshall Neilan est le réalisateur préféré de Mary Pickford et il a conçu pour elle certains de ses plus beaux films comme Stella Maris (1918). Pour Dinty, il décide de faire une star d'un gamin de treize ans jusqu'ici acteur de complément, le petit Wesley Barry. Le gamin couvert de taches de rousseur rappelle le petit Robert Lynen avec son physique de petit moineau malingre et son bagou. Le reste de la distribution est étincelante avec une jeune Colleen Moore - avant qu'elle ne devienne la flappeur des années 20 -, Noah Beery en baron de la drogue de Chinatown et une toute jeune Anna May Wong dans le rôle de l'épouse de l'affreux Beery. Neilan n'hésite pas à réaliser un cocktail détonnant: mélodrame, humour et suspense en ne laissant pas une minute de répis au spectateur. Le début du film pourrait faire croire que nous allons voir un mélodrame social. La pauvre Colleen Moore habite dans un sous-sol avec son fils au petits soins, utilisant toutes sortes d'inventions bricolées pour la soulager comme ce ventilateur qui tourne grace à un robinet d'eau froide. On découvre aussi la dureté des rues de San Francisco où le petit Dinty doit constamment se défendre face à des concurrents qui n'hésitent pas utiliser la violence. Pourtant on ne sombre pas dans la noirceur. On voit le gamin organiser un spectacle avec ses copains pour sa mère où il danse et chante sous les éclairages magnifiques du grand opérateur Charles Rosher. Parallèlement, une intrigue secondaire suit les agissements du roi du trafic d'opium sous les traits (bridés) de Noah Beery qui offre comme toujours la quintescence de l'ignoble traître. La fin du film est haletante avec la police à la poursuite de Noah Beery avec des avions tandis qu'on recherche à Chinatown la fille du juge kidnappée par le même Beery. Le petit Wesley Barry est adorable, plein de charme et offre une performance pleine de naturel et d'humour. Il ne faut pas manquer ce charmant opus de Neilan (où John McDermott n'a réalisé que les séquences de 2ème équipe en Irlande contrairement à ce qu'indique le programme) qui repasse la semaine prochaine à la Fondation Pathé.

lundi 20 février 2017

Napoléon en DVD

Napoléon (1927) d'Abel Gance 

Une fois n'est pas coutume, je voudrais vous parler du coffret DVD publié par le BFI du chef d'oeuvre d'Abel Gance, Napoléon (1927) que les cinéphiles n'osaient plus espérer après des décennies d'attente. Et bien, il est maintenant vraiment là, disponible en 4 DVD (ou 3 Blu-ray) depuis le mois de novembre 2016 auprès du British Film Institute, amazon.co.uk, etc.

Bonaparte à Toulon (Albert Dieudonné)
Gance en 1925 lors du tournage en Corse*
Cette sortie est l'occasion de revisiter ce film magique qui n'était jusqu'ici disponible que dans des versions incomplètes ou des copies pirates issues des diffusions sur Channel 4 dans les années 1980. Autant dire que nous repartons de zéro avec cette magnifique restauration réalisée par Kevin Brownlow avec le British Film Institute qui dure 5h31, entièrement teintée et virée, et avec la superbe partition du compositeur Carl Davis. La restauration de ce film fut une épopée en elle-même comme me l'avait racontée Kevin Brownlow lors d'une interview en septembre 2008. Commencée à la fin des années 1960, elle avait été couronnée une première fois par une projection en novembre 1980 à Londres sous la direction de Carl Davis d'une copie de 4h50 qui souleva
Saint-Just (Abel Gance)
l'enthousiasme des spectateurs et cinéastes présents. C'est en 1981 qu'il fut présenté dans une version écourtée et accélérée (4h) au Radio City Music Hall de New York avec une autre musique signée Carmine Coppola sous les auspices de son fils Francis Ford Coppola. Dans les décennies qui suivirent, Kevin Brownlow continua son travail de dentellière pour améliorer sa restauration avec des séquences supplémentaires et des éléments de meilleure qualité. Ce travail au long cours se termina en 2000 avec une nouvelle restauration de 5h31 teintée et virée. A cause des problèmes de droit (Coppola Vs. BFI), cette version a été bloquée pendant 16 années avant d'être enfin numérisée pour faire un DVD. 
Triptyque final

On peut maintenant admirer l'excellente qualité de cette copie réalisée à partir d'éléments très divers et qui forme un tout parfaitement cohérent grâce à un étalonnage impeccable. En plus, le teintage numérique est superbe, réussissant même à recréer des teintages et virages complexes que plus personne ne sait faire chimiquement comme ce viré bleu-teinté rose pour figurer l'aube sur les Sanguinaires (voir ci-dessous).

Jules Kruger avec sa caméra lors du tournage à Briançon
des séquences de Brienne*
Avoir un DVD de ce film est aussi l'occasion de pouvoir l'explorer à l'envie et cela permet de passer du temps à redécouvrir des séquences excitantes ou émouvantes. Il faut le répéter ce film n'est pas une pièce de musée ni un pensum qui provoque l'ennui. Gance a conçu un film épique à hauteur de spectateur qui est parfaitement équilibré en action, suspense et même humour. Je l'avais déjà comparé à Alexandre Dumas pour sa manière romanesque de réécrire l'histoire de France en mêlant fiction et vérité. Il veut nous faire revivre la Révolution Française en utilisant des méthodes révolutionnaires, techniquement parlant. La caméra cesse d'être immobile sur un trépied. Le caméraman la transporte attachée sur sa poitrine. De multiples autres procédés sont inventés pour la déplacer sur une luge, un pendule, une bicyclette, etc. Chacune de ces prouesses techniques est au service du récit et ne cherche pas à être une simple prouesse sans objet. Ainsi, une caméra est fixée sur le dos d'un cheval lors de la fuite de Bonaparte à cheval
en Corse. D'ailleurs, je voudrais mentioner ici que la caméra embarquée à dos de cheval est une caméra Debrie modifiée par l'ingénieur Simon Feldman avec un moteur à air comprimé (comme il l'a dit à Brownlow lors d'une interview) et pas du tout l'Aéroscope Proszynski, une imposante caméra à air comprimé, comme je l'ai entendu plusieurs fois à des conférences à la Cinémathèque française. 
Gance dirige à coups de révolver en Corse*
Il faut aussi saluer la performance des acteurs que Gance a réussi à galvaniser en utilisant parfois des méthodes étranges. Armé d'un révolver, il dirige la famille Bonaparte en Corse lors de sa fuite (voir ci-contre). Mais, Gance est souvent plutôt dans la démonstration du rôle comme pour la scène des Trois Dieux où il mime à Danton (Alexandre Koubitsky) ce qu'il doit faire. Ces formidables scènes de tournage sont visibles dans le documentaire de Kevin Brownlow, Abel Gance - The Charm of Dynamite (1967) qui est offert en supplément sur le 4e disque.
A Billancourt, Gance dirige les Trois Dieux*
Grâce à la superbe qualité de l'image, on peut admirer les compositions de Gance que ce soit en extérieurs ou en studio et qui est encore plus sensible avec le teintage.
Préparation de la bataille à Toulon

Les Gendarmes à la poursuite de Bonaparte en Corse
A la Convention, l'ombre de Bonaparte sur la déclaration des
droits de l'homme et du citoyen
Sous la pluie battante à Toulon
Laetitia (Eugénie Buffet) à bord du Hasard
retrouve son fils
Bonaparte enfant à Brienne (Vladimir Roudenko)
L'un des éléments les plus importants de cette restauration outre la qualité de la copie est sans aucun doute la magnifique partition composée par Carl Davis. Davis l'a enregistrée dans des conditions optimales, comme pour un disque de musique classique, dans un studio dédié avec un des meilleurs orchestres londoniens, le Philharmonia Orchestra. Et le résultat est là: une dynamique, une richesse dans les détails et les couleurs juste époustouflante. Davis ne se contente pas de citer les grandes oeuvres de Beethoven ou Mozart. Il a travaillé avec de grands orchestrateurs comme Colin et David Matthews, qui sont eux aussi compositeurs. (Colin Matthews est également l'auteur d'une version reconstruite de la 10e symphonie de Mahler). C'est tout simplement le plus bel enregistrement musical pour un film muet que j'ai jamais entendu. De plus, Davis est l'un des rares compositeurs capables de suggérer les émotions intérieures des personnages au lieu de rester à la surface des choses. Il est également insurpassable pour les scènes de bataille qu'il sait orchestrer de façon à guider notre regard vers les moments importants, tout comme pour sa partition pour Intolerance (1916) de D.W. Griffith.
L'Armée d'Italie (à La Garde près de Toulon)
Et puis, il y a le triptyque final. Ce moment de cinéma unique qui évidemment est fait pour être vu sur grand écran. Cependant, la magie de cette séquence agit malgré tout sur mon petit écran de télévision. Les restaurateurs du BFI ont réussi à produire une image presque sans raccords entre les trois panneaux qui montre le travail incroyables des techniciens et opérateurs qui travaillaient avec Gance. Le Cinérama avant sa création. On termine le visionnage en chantonnant "Le Chant du départ" de Méhul. Un vrai bonheur.
La Cinémathèque française a dit qu'elle ferait sa propre restauration. Cela sera très difficile de surpasser ce DVD.

Vous pouvez lire sur ce blog l'interview de Kevin Brownlow à propos de Gance et celle de Carl Davis à propos de sa partition. Et je vous recommande la lecture de l'ouvrage de Kevin Brownlow, Napoleon, Le grand classique d'Abel Gance (Armand Colin, 2012) que j'ai traduit en français.

[Les captures d'écran suivies d'une étoile proviennent du documentaire The Charm of Dynamite.]

dimanche 19 février 2017

The Dangerous Coward 1924

Bob Trent (Fred Thomson)
Poing d'acier
Un film d'Albert Rogell avec Fred Thomson, Hazel Keener, Frank Hagney et Jim Corey

Bob Trent (F. Thomson) a renoncé au ring après avoir rendu infirme un concurrent The Weazel (J. Corey). Il s'est installé dans l'ouest comme cowboy. Amoureux de Mary McGinn (H. Keener), il a un sérieux rival avec Wildcat Rea (F. Hagney) qui convoite également Mary...

Dans les années 1920, Fred Thomson était un héros de westerns de série B qui était souvent au moins l'égal des série A. Acrobate, cascadeur émérite, Thomson jouissait d'une énorme popularité avec son cheval Silver King, une vedette à part entière. Je vous avais déjà parlé de Thundering Hoofs (1924) du même réalisateur Al Rogell qui combinait humour, cascades et suspense. The Dangerous Coward est tout aussi réjouissant avec Thomson en ancien boxeur qui refuse de reprendre les gants. Mêlant joyeusement combats de boxe, cascades à cheval et bagarre en voiture, Rogell réussit un film de 60 min sans temps morts. Le fringant Thomson est aussi à l'aise lorsqu'il fait la cour à la belle Mary que lorsqu'il escalade un toit pour échapper à ses poursuivants, ou lorsqu'il doit affronter un champion sur le ring. Ce héros du western est mort prématurément à l'âge de 38 ans du tétanos qu'il a contracté en marchant sur un clou rouillé. Il reste heureusement quelques films où on peut encore admirer cet acteur fort sympathique.

vendredi 6 mai 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (IX)


Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur a été publiée dans la revue Jeune Cinéma N° 373 de mai 2016 sous la plume de Philippe Roger:



mardi 5 avril 2016

The Testing Block 1920

Sierra Bill (Wm S. Hart), Nellie (Jane Novak) et le petit Sonny
Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Jane Novak, Gordon Russell et Florence Carpenter

Sierra Bill (Wm S. Hart) est à la tête d'une bande de hors-la-loi qu'il dirige d'une main de fer. Un jour, ils croisent le chemin de musiciens itinérants et Bill tombe fou amoureux de Nellie (J. Novak), une violoniste. Lorsque son compère Ringe (G. Russell) lui annonce qu'il souhaite la kidnapper, Bill se bat contre lui pour l'en empêcher...

Les films produits par William S. Hart sont toujours construits sur le même schéma: le héros passe du mal au bien grâce à une femme. Pourtant, même après avoir vu 17 de ses films, je n'ai eu aucune sensation de redite en voyant pour la première fois The Testing Block. Cette production de 6,000 pieds (80 min à 20 im/s) est sensiblement plus longue que d'autres films de Hart; mais la construction dramatique fonctionne aussi bien que sur des films plus courts. Travaillant toujours avec le talentueux Joseph August derrière la caméra, Hart est au début du récit un hors-la-loi recherché qui côtoit les pires bandits qui soient. Comment cet individu sans foi ni loi va-t-il se transformer en père et époux tendre et aimant? Hart résout le problème habilement par une ellipse. Bill se saoule et se bat jusqu'au bout de la nuit avant d'arriver arme au point face à la malheureuse Nellie en exigeant de l'épouser sur-le-champ. Fondu au noir et nous retrouvons le couple deux ans plus tard avec leur petit garçon. Alors que Bill pense que son passé est loin derrière lui, Son ancien complice Ringe réapparaît et va se venger d'une manière impitoyable. On s'attendrait à de la violence physique, mais celui-ci a conçu un plan implacable pour humilier et détruire son rival. Il va utiliser l'insinuation et le mensonge pour instiller le doute chez Bill et sa femme. Il va l'acculer à vendre son cheval pie adoré et il va martyriser l'animal rebelle. Bill va boire la coupe jusqu'à la lie avant de réagir pour sauver sa femme et son enfant malade. Il est bien dommage que cette copie de la Cinémathèque française soit un contretype de qualité moyenne. En effet, Joe August traitait la lumière en artiste comme dans cette scène de nuit où Bill rumine sa rencontre avec Nellie dans la pénombre pendant que ses complices se saoulent autour d'un feu. Le tournage dans la forêt de séquoïas de Californie a été rude par un temps glacial et William a reçu pas mal de mauvais coups en se battant contre des cascadeurs aguerris. The Testing Block est un superbe western qui brasse tous les thèmes chers à Bill Hart et qui réussit à nous émouvoir par sa sincérité.

samedi 6 février 2016

La Danseuse orchidée 1928

Yoannès (Ricardo Cortez) et Luicha (Louise Lagrange)
Un film de Léonce Perret avec Louise Lagrange, Ricardo Cortez, Xenia Desni, Gaston Jacquet et Danièle Parola

Luicha (L. Lagrange) revient dans son village natal du pays basque où elle retrouve son ami d'enfance Yoannès (R. Cortez). Ce dernier, éperdument amoureux, souhaite l'épouser. Mais, Luicha disparaît brusquement. Elle est rentrée précipitament à Paris où elle est connue comme la Danseuse Orchidée...

Yoannès découvre la vérité sur Luicha.
Bien que le film se nomme La Danseuse orchidée, ce n'est pas Louise Lagrange qui en est le personnage central. Léonce Perret s'intéresse au contraire à l'homme qu'elle aime, le personnage de Yoannès interprété avec beaucoup de subtilité par Ricardo Cortez, que l'on attendait pas dans un rôle comme celui-ci. Cet acteur américain, né Jacob Krantz, s'était spécialisé rapidement dans les rôles de séducteur au charme latin avant de passer à celui des durs à l'arrivée du parlant. Il faut reconnaitre l'immense talent de directeur d'acteur de Perret qui a réussit à tirer de Cortez une interprétation toute en nuances de cet homme jaloux, impulsif et fragile qui réussit presque à s'autodétruire en découvrant ce qu'il croit être l'infidélité de celle qu'il aime. Au-delà des poncifs du mélodrame, l'histoire d'amour de Yoannès et Luicha réussit à nous émouvoir malgré la durée excessive du film (2h30). Pourtant la copie sur le site Gaumont-Pathé archives ne dure que 2 h indiquant une vitesse de projection trop lente hier. Perret a eu des moyens considérables en terme de décors et de figuration. C'est pourtant dans les scènes intimes qu'il montre son vrai talent. Ainsi lorsque Maryse Laborde (Xenia Desni) décide de quitter Yoannès, elle nous rappelle sur un mode mineur l'éclatante réussite de Dernier amour (1916) du même Perret où Valentine Petit laissait partir son jeune amant en sachant que c'était son dernier amour. L'opérateur du film Léonce-Henry Burel, qui travailla longtemps avec Gance, s'était mal entendu avec Perret. Pourtant sa palette d'ombres et de lumières est proche de celle de Georges Specht qui fut son fidèle opérateur chez Gaumont. Malgré quelques réserves concernant l'intrigue du film et l'étirement excessif de certaines scènes (accentué par la lenteur de la projection), ce mélodrame est une agréable surprise. 

lundi 18 janvier 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VIII)


Vous pouvez maintenant lire mon interview à propos de Maurice Tourneur sur le site Yuzu Melodies. Bonne lecture!