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samedi 13 avril 2013

The Gay Deception 1935

Le Gai mensonge
Un film de William Wyler avec Frances Dee, Francis Lederer, Benita Hume et Alan Mowbray

Mirabel Miller (F. Dee) une petite secrétaire dans un coin perdu gagne soudain 5 000 dollars à la loterie. Au lieu de placer cet argent, elle décide de se donner du bon temps en visitant New York et en logeant dans un palace, le Waldorf Plaza, où elle rencontre Sandro (F. Lederer) un groom très entreprenant...

Cette comédie légère et sophistiquée est signée par un cinéaste que l'on n'attend pas dans ce genre : William Wyler. En effet, durant les premières années du parlant, il réalise des films rapides et légers comme Counsellor-at-law (1933) avec un John Barrymore étincelant. Dans The Gay Deception, Frances Dee brille de mille feux en petite secrétaire dont la vie est soudainement transformée grâce à un billet de loterie gagnant. L'histoire modernise la fable de Cendrillon. Mirabel quitte sans tambour ni trompette son boulot ennuyeux pour aller découvrir la capitale, dans un luxe inimaginable pour elle qui rêvait d'un petit chapeau à 19 dollars ! La voici devenue une cliente d'un palace que l'on traite avec déférence. Mais, son chemin croise celui d'un groom au comportement très insolent qui se permet de critiquer le dit-chapeau. Ce groom n'est autre qu'un prince incognito qui veut découvrir l'envers du décor dans ce palace. Le rôle est tenu par l'autrichien Franz Lederer (devenu Francis), le partenaire de Louise Brooks dans Die Büchse der Pandora (Loulou, 1929) de G.W. Pabst qui montre là un autre registre de son talent. Mirabel découvre que l'argent ne lui apporte pas immédiatement le bonheur qu'elle espérait jusqu'à ce qu'elle reçoive une invitation à un bal.  Frances Dee montre l'étendue de son talent dans cette comédie qui a tellement ravi son époux Joel McCrea qu'il la fit présenter à son producteur d'alors Samuel Goldwyn, espérant le convaincre d'embaucher Mrs McCrea. Pas de chance ! Goldwyn vit le film et embaucha le metteur en scène William Wyler. Une très jolie comédie qui mériterait d'être mieux connue.

jeudi 28 juin 2012

The Shakedown 1929

L'école du courage
Un film de William Wyler avec James Murray, Barbara Kent et Jack Hanlon

Dave Roberts (J. Murray) fait partie d'un petit groupe d'escrocs qui organisent des matches de boxe truqués. Arrivé dans une petite ville, il se prend d'amitié pour un gamin des rues, Clem (J. Hanlon), qui va l'aider à revenir dans le droit chemin...

Cette production Universal est sortie sous deux formats différents : une version parlante et une version muette. C'est la version muette (qui ne fait que 6 bobines) que j'ai pu voir. Le jeune William Wyler fait alors ses armes au sein de la firme de Carl Laemmle. Il a à sa disposition une distribution de belle qualité avec James Murray, encore auréolé de son succès dans The Crowd (La foule, 1928) de King Vidor et la jeune Barbara Kent qui a tourné récemment dans Lonesome (Solitude, 1928) de Paul Fejös. Mais, le scénario est assez convenu et n'offre guère de surprise : la rédemption d'un boxeur grâce à un gamin qu'il a adopté. Wyler utilise une caméro mobile et tente de donner à son récit une certaine fraîcheur. Mais, le film comprend de nombreuses scènes de dialogue muet qui montre la difficulté rencontrée par les réalisateurs dans cette période de transition muet-parlant. Néanmoins, il semble que la version muette est considérée comme bien supérieure à la version parlante où Murray fit l'objet de sévères critiques. La première vision du film ne m'avait guère convaincue. Le gamin joué par Jack Hanlon m'avait paru bien cabotin et le scénario une succession de clichés. A la deuxième vision, je reste toujours sur ma faim car le film qui se veut plein d'émotions en déborde tellement qu'il laisse le spectateur de marbre. Il y a un élément qui ne favorise pas l'appréciation froide du film, c'est la bande-son originale qui suit chaque mouvement des acteurs avec bruitages et autres, qui est totalement redondante et agaçante. Le film sonorisé est donc projeté à 24 im/sec et le match de box final devient une sorte de bande accélérée où les pugilistes sautent comme des puces. Si le film était projeté plus lentement et avec une meilleure musique, il pourrait être bien plus percutant.

mercredi 13 avril 2011

Hell's Heroes 1930


Les héros de l'enfer

Un film de William Wyler avec Charles Bickford, Raymond Hatton et Fred Kohler

Trois hors-la-loi, qui viennent d'attaquer une banque, s'enfuient dans le désert. Durant une tempête de sable, leurs chevaux s'échappent. Chemin faisant, ils trouvent une femme enceinte dans un chariot abandonné...

Ce très intéressant western de Wyler est la toute première version du roman de Peter B. Kyne, Three Godfathers, qui sera à nouveau porté à l'écran par Richard Boleslawski en 1936 et par John Ford en 1948. C'est aussi le premier film totalement parlant de Wyler. Avec une distribution de vieux routiers du muet comme Fred Kohler et Raymond Hatton qui furent des spécialistes des rôles de méchants, Wyler offre un film dépourvu de glamour, mais qui sent la poussière et la sueur. Charles Bickford, lui, vient de commencer sa carrière au cinéma parlant après des années de théâtre. Il deviendra aussi un acteur de second plan que l'on retrouve dans de multiples westerns. Donc, il n'y aucune star au générique de ce western adapté par C. Gardner Sullivan, un grand spécialiste du genre qui a travaillé durant des années avec William S. Hart. Son adaptation (avec Tom Reed) est nettement plus sèche que celle des scénaristes de Ford. ici, il n'y a pas de scènes comiques pour introduire les hors-la-loi. Et on n'essaie à aucun moment de les rendre sympathiques. Ces trois brutes avec leur quatrième complice exécutent même le caissier de la banque de sang-froid. Quant à la découverte du chariot, loin de provoquer une brusque montée de foi et de générosité, elle n'engendre d'abord qu'un désir de possession de cette femme abandonnée en plein désert. Réalisant qu'elle va accoucher, l'un d'eux est obligé de se dévouer pour l'aider, mais presque à contre-coeur. Devenus parrains malgré eux, les disputes continuent. Dépourvus d'eau, ils songent même à se partager le lait en boîte au lieu de nourrir l'enfant. Ils vont finalement se dévouer pour sauver cet enfant, comme si ils ne pouvaient pas faire autrement. Bickford poussera l'abnégation jusqu'à boire de l'eau empoisonnée pour réussir à atteindre la ville voisine et sauver ainsi le bébé. La fin est totalement dépourvue de sentimentalisme : il tombe mort à l'arrivée et on lui enlève l'enfant des bras. Au début du cinéma parlant, la censure est moins dure et on peut plus facilement montrer un méchant sans chercher à lui donner des excuses diverses. En 1948, il faut trouver des faux-fuyants pour que les personnages soient acceptés. On insiste lourdement sur l'aspect biblique avec l'arrivée de l'âne et on termine le film sur un happy-end hyper-sentimental qui n'est guère convaincant. J'ai été plus convaincue par le trio de brigands de Wyler que par celui -édulcoré- de Ford. Quant à l'aspect visuel du film, on est entièrement en décors naturels et la caméra n'est absolument pas statique. C'est certainement un des meilleurs films de 1930 que j'ai pu voir. Les dialogues ne sont pas emphatiques, mais naturels. Avec une durée de 69 min et sans une once de gras, le film est une vraie réussite parmi les premiers westerns parlants. Il est disponible dans la collection Warner Archive .