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samedi 18 avril 2015

Vent debout 1923

Marie Richard (M. Renaud) et Jacques Averil (L.  Mathot)
Un film de René Leprince avec Léon Mathot, Madeleine Renaud, Robert Tourneur, Maurice Touzé et Camille Bert

Suite à la faillite et au suicide de son père, Jacques Averil (Léon Mathot) abandonne sa fortune aux créanciers de son père. Il retourne à Paimpol où il s'engage comme simple matelot sur un chalutier...

Il est difficile d'imaginer le statut de Léon Mathot au sein du cinéma français en 1923. Il est le favori du public français et il touche alors 60.000 francs par an de Pathé-Consortium ce qui constitue un salaire extrêmement élevé pour l'industrie française. Il faut dire qu'il a tourné précedemment d'excellents films pour Film d'Art sous la direction d'Henri Pouctal et d'Abel Gance, en particulier Le Comte de Monte-Cristo (1918) et Travail (1919). Vent Debout lui offre un rôle passionnant, celui d'un homme qui a perdu toutes ses illusions et qui tente de refaire sa vie en tant que marin. L'héritier oisif qui aimait la mer va devenir un dur à cuire et va s'imposer à bord d'un chalutier dominé par une brute. Il se prend d'amitié pour un petit mousse qui lui témoigne de l'affection. Las, ce nouvel environnement qui lui offrait un nouvel espoir de vie se fracasse avec la mort accidentelle du gamin. Le retour à Paris après ce drame ne semble guère engageant, car à part une bordée très arrosée, il n'a pas de perspective. C'est sa rencontre avec la douce Marie, interprétée avec énormément de talent par une toute jeune Madeleine Renaud de 22 ans, qui va en décider autrement. Soudain, l'espoir renaît avec la possible découverte d'un filon de malachite en Islande. Ce nouvel espoir sera également sans lendemain, mais Marie revient vers lui prête à partager sa vie. Leprince a à sa disposition une excellente histoire qu'il filme à Paimpol et à Paris. Mathot donne à son personnage toute la gamme de sentiments voulue avec une grande sensibilité. Du matelot costaud qui se mutine au jeune homme timide qui ne sait pas comment aborder le jolie Madeleine Renaud qu'il vient de rencontrer. La copie qui nous est parvenue est teintée et de belle qualité à part quelques séquences en cours de décomposition. Une autre curiosité du film est la présence de l'acteur Robert Tourneur, le frère cadet de Maurice Tourneur qui fit carrière au théâtre et au cinéma. Il est le portrait craché de son frère aîné. Un très bon film de René Leprince qui a été accompagné magnifiquement par Emmanuel Birnbaum à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé.

Fanfan la Tulipe 1925 (II)

Fanfan (A. Simon-Girard) et le Maréchal de Saxe (Alexandre Colas) 
Episodes 6 à 8
Un film en 8 épisodes de René Leprince avec Aimé Simon-Girard, Paul Guidé, Simone Vaudry, Renée Héribel et Pierre de Guingand

Fanfan la Tulipe (A. Simon-Girard) est le porte-drapeau du Maréchal de Saxe à la bataille de Fontenoy. Le Chevalier de Lürbeck (P. Guidé) a fait enlever Perrette (S. Vaudry) pour forcer le Marquis d'Aurilly (P. Guingand) à lui fournir des missives secrètes...

Lürbeck (P. Guidé) s'apprête à éliminer
une complice trop bavarde
Pour les derniers épisodes de Fanfan, Le rythme du récit s'accélère. Le Chevalier de Lürbeck élimine une complice trop bavarde en tirant à travers une vitre teintée. Les problèmes personnels des personnages s'effacent face aux événements historiques. La bataille de Fontenoy est un enjeu crucial qui va mobiliser tous les héros et les traîtres de notre histoire. Lürbeck espionne à tout va pour renseigner les Anglais usant de l'intrigue et de la menace. Fanfan, appelé au front, va devoir secourir le roi Louis XV ainsi que d'Aurilly des griffes de ce redoutable adversaire. Pour la reconsitution de la bataille de Fontenoy, on a mobilisé d'importants moyens de figuration: un régiment d'Ecossais en kilt attaquent les Français dont certains sont perchés dans les arbres. Il y a moult charges de cavalerie et autre combats corps à corps. Certes, la réalisation reste fort sage. On est loin des effets techniques éblouissants d'Abel Gance dans Napoléon (1927). Néanmoins, le dernier épisode tient en haleine sans problèmes et les acteurs font tous preuve d'excellentes qualités athlétiques dans leurs rôles respectifs qu'ils chevauchent à bride abattue ou qu'ils ferraillent avec une belle énergie. Dans le style roman-feuilleton, ce Fanfan la Tulipe tient extrêmement bien la route comme les meilleurs feuilletons de l'ORTF savaient le faire. Un très agréable divertissement qui est un plaisir pour l'oeil.

samedi 11 avril 2015

Fanfan la Tulipe 1925 (I)

Fanfan (Aimé Simon-Girard)
Episodes 1 à 5
Un film en 8 épisodes de René Leprince avec Aimé Simon-Girard, Simone Vaudry, Claude France, Renée Héribel, Paul Guidé et Pierre de Guingand

Fanfan-la-Tulipe (A. Simon-Girard) est un enfant trouvé ansi surnommé car il fut découvert dans un champ de tulipes. Ne pouvant épouser Perrette (S. Vaudry) qu'il aime, il s'engage dans les armées du roi...

Mme de Pompadour (Claude France) en petite tenue
Contrairement à ce qu'on pourrait penser le personnage de Fanfan-la-Tulipe est arrivé sur les écrans bien avant le film avec Gérard Philipe. En 1925, la Société des Cinéromans de Jean Sapène met en production un film en épisodes sur un scénario original de Pierre-Gilles Veber, le père de Francis Veber. Il invente une trame romanesque, dans le style des romans d'Alexandre Dumas, où les personnages de fiction (Fanfan, Fier-à-bras) croisent les personnages historiques (le Maréchal de Saxe, Louis XV, Mme de Pompadour). C'est tout l"univers de la France du XVIIIe siècle qui est recréé devant nos yeux, utilisant avec bonheur les châteaux de Versailles, de Vaux-le-Vicomte et de Chambord et d'autres extérieurs enchanteurs. L'intrigue n'a rien à voir avec celle du film de Christian-Jaque à part que notre héros est soldat dans l'armée du roi. Aimé Simon-Girard joue Fanfan comme un petit paysan jovial et naïf qui se laisse facilement emporter par ses émotions.
Le mystérieux Chevalier de Lürbeck (Paul Guidé)
Plutôt qu'un personnage moteur de l'action, il est victime des intrigues du malfaisant Chevalier de Lürbeck (Paul Guidé) et du Marquis d'Aurilly (Pierre de Guingand). Nous sommes plongés dans les intrigues de cour où la Marquise de Pompadour (Claude France) tente de reprendre la main face au mystérieux Lürbeck, qui espionne à tout va. L'auteur du scénario a eu la bonne idée de corser l'action en y ajoutant deux autres personnages historiques que sont l'actrice Mme Favart (Renée Héribel) et son époux le dramaturge Charles-Simon Favart (Jean Peyrière). Aux intrigues amoureuses s'opposent les aventures guerrières du Maréchal de Saxe lors de la guerre dans les Flandres contre les Anglais. Il y a donc suffisamment de matériel pour tenir 8 épisodes (405 min) en introduisant tous les ingrédients du roman-feuilleton: poursuites, enlèvements, déguisements, etc. Ce n'est finalement pas le héros qui retient notre attention, si ce n'est pas ses espiègleries, comme lorsqu'il se travestit en femme, mais plutôt le traître élégant et machiavélique joué par Paul Guidé, qui joue sur tous les tableaux, en renseignant le roi et ses ennemis.
Mme Favart (Renée Héribel)
Les dames du feuilleton sont les fort jolies Simon Vaudry, la petite Perrette, la gracieuse Renée Héribel et Claude France qui compose une Mme de Pompadour tout à fait crédible. Elles apparaissent toutes dans une séquence de déshabillage qui a dû fort titiller le spectateur de 1925. Si René Leprince n'est pas un très grand réalisateur, il offre un film honnête de bon faiseur, profitant des services d'excellents opérateurs et de décors et de costumes somptueux. le film est projeté en ce moment à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. Les prochains épisodes sont vendredi prochain. A bientôt!

lundi 5 juillet 2010

Princesse Masha 1927


Un film de René Leprince avec Claudia Victrix, Romuald Joubé, Andrée Brabant et Jean Toulout


Un bébé est abandonné près de la Néva à St Petersbourg vers 1890. Un professeur la ramasse et adopte la petite fille. 20 ans passent, Masha (C. Victrix) doit fuir la Russie car son père conspire contre le régime des tsars et elle est la cibe des attentions du dangereux Général Bourgassoff (J. Toulout). Elle part étudier la médecine à Paris...

Cette énorme superproduction de l'époque reconstitue en studio le St Petersbourg de l'époque des tsars. Le budget a certainement été conséquant avec des décors et des costumes luxueux. Malheureusement, le film est un navet à cause d'un scénario faiblard qui ne réussit pas à créer des personnages avec des sauts dans le temps et l'espace qui anéantissent toute crédibilité. En plus, la distribution est dominée -si on peut dire! - par Claudia Victrix, une cantatrice de son état qui est à peu près aussi expressive qu'une bûche. René Leprince n'a rien d'un crack de la caméra et se contente d'enregistrer les événements. Il démarque sans vergogne -et sans aucun talent- la scène du traineau de La Légende de Gösta Berling (1924, M. Stiller) et de l'attaque des loups dans Le Miracle des Loups (1924, R. Bernard). Mais, je ne regrette pas de m'être dérangée pour ce film de 2h20 (quand même!). La copie est issue du négatif original et c'est une pure merveille: des contrastes stupéfiants à la Rembrandt, une clarté et une précision à tomber par terre! Ha! Si seulement tous les films muets pouvaient être dans cet état de conservation...