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mardi 23 avril 2013

Her Man 1930

Son Homme
Un film de Tay Garnett avec Phillips Holmes, Helen Twelvetrees, Marjorie Rambeau et Ricardo Cortez

Frankie (H. Twelvetrees) est entraîneuse dans un bouge de La Havane sous la coupe de son souteneur Johnny (R. Cortez). Elle rencontre un jour Dan (P. Holmes), un marin qui propose de la sortir de là...

Tay Garnett a élaboré lui-même l'intrigue de ce film en s'inspirant de la célèbre chanson Frankie and Johnny. Il souhaitait embaucher un acteur musclé et beau gosse pour le rôle du marin Dan. Il proposa Dean Jagger au studio Pathé. Pas de chance, le studio avait déjà emprunté une des stars de la Paramount de l'époque sous la forme de Phillips Holmes, un beau blond que l'on associe plus au personnage timide et intériorisé d'Une Tragédie américaine (An American Tragedy, 1931) de von Sternberg qu'à un grand costaud qui joue des mécaniques. Ce film lui permet de montrer une autre facette de son talent: il peut aussi jouer un marin qui chante et se bagarre. Sur un sujet somme toute peu original, Garnett réussit un film tout en mouvement (à une époque où les films sont souvent statiques) tel que le début du film qui nous montre Annie (Marjorie Rambeau) qui retourne au Thalia, le bouge de La Havane où elle travaille, après avoir été refoulée par les autorités américaines. On la suit dans les rues grouillantes des bas quartiers avec un long travelling fluide. Garnett n'oublie pas son passé de gagman et il est particulièrement fier du gag récurrent où James Gleason tente régulièrement sa chance dans une machine à sou. Le malheureux introduit pièce après pièce dans celle-ci, sans résultat alors que son compère gagne à tous les coups. Le film a été tourné entièrement en studio - au grand regret des membres de l'équipe de tournage - et seuls quelques extérieurs ont été filmés sur place pour quelques transparences. Il y a cependant une vraie atmosphère dans ce film grâce aussi aux excellents seconds rôles comme Marjorie Rambeau en vieille entraîneuse alcoolique ou un étonnant Franklin Pangborn, habitué des personnages efféminés, qui décoche ici quelques coups de poing pour recouvrer son chapeau dérobé par des marins ivres. Le film se termine par une bagarre homérique entre le marin Dan face au souteneur de Frankie (à nouveau Ricardo Cortez dans un rôle de mauvais garçon) qui fait penser à Raoul Walsh. Un très bon cru dans la filmographie de Tay Garnett.

lundi 20 février 2012

Stand-In 1937

Monsieur Dodd part pour Hollywood
Un film de Tay Garnett avec Leslie Howard, Joan Blondell, Humphrey Bogart et Jack Carson

Atterbury Dodd (L. Howard) est envoyé par sa banque de New York pour réaliser un audit sur les comptes de Colossal Studios à Hollywood. Le comptable Dodd est totalement perdu dans le monde fou du cinéma. Il trouve une aide en la personne de Lester Plum (J. Blondell), une ancienne enfant-star qui en est maintenant réduite à servir de doublure-lumière à la star inepte de Colossal Studios...

Cette délicieuse comédie met en valeur les qualités comiques de Leslie Howard qui est ici un petit comptable obsédé par les chiffres qui ignore tout du monde délirant du cinéma. Le film joue sur l'inadéquation de cet innocent qui ignore tout de la vie et du cinéma. Le film en profite pour brosser un portrait fort amusant de la vie des studios. Le réalisateur russe Koslovski (joué par Alan Mowbray) insiste pour avoir de vraies edelweiss pour une scène en studio. Le producteur Quintain (un jeune Humphrey Bogart) est lui porté sur la bouteille et semble plus intéressé par les charmes de la star maison et les courts de tennis que par son travail. La star-maison Thelma Cheri (Marla Shelton) est une actrice totalement incapable qui n'a réussi que grâce à son ondulation des hanches (dixit Quintain). Le très vulgaire Tom Potts (Jack Carson) est lui en charge de publicité. Quant au financier Nassau (C. Henry Gordon), il passe son temps à écouter le résultat des courses de chevaux. Mais, ce dernier a un dessein bien plus noir: il souhaite racheter le studio à vil prix en ayant sciemment poussé à la production une ineptie intitulée, Sex and Satan. Au milieu de petit monde ridicule, il y a la très sensée Lester Plum, dite 'Sugar Plum' (jouée brillamment par Joan Blondell) qui tente de survivre en tant que 'stand-in' (doublure-lumière). C'est elle qui va ouvrir les yeux de Dodd sur les pratiques parfois douteuses du studio. Il part habiter dans sa pension où se croisent des acteurs faméliques qui tentent désespéremment d'obtenir des rôles. Dodd est sidéré d'apprendre que Sugar Plum en tant qu'enfant-star gagnait 4000 dollars par semaine alors que maintenant elle ne survit qu'avec un maigre 40 dollars. Il est également totalement étourdi par le nombre incroyable de réécritures que peut subir un scénario. Le duo Blondell-Howard se révèle parfaitement réussi. Mais, c'est Leslie Howard qui est vraiment la star du film avec son jeu décalé et son humour. Une excellente comédie sur le Hollywood d'antant.

lundi 20 juin 2011

Prestige 1932


Un film de Tay Garnett avec Melvyn Douglas, Ann Harding et Adolphe Menjou

A Paris, Thérèse du Flos (A. Harding) est sur le point d'épouser le Lieutenant André Verlaine (M. Douglas). Mais, quelques jours avant leur marriage, il reçoit son affectation pour diriger une colonie pénitentiaire en Indochine. Il part seul et sombre rapidement dans l'acoolisme...

Cette production Pathé-RKO a été tournée en partie dans les Everglades en Floride. Il faut mentionner ce choix de tourner en extérieurs à une époque où pratiquement tous les films sont réalisés en studio. Le film se caractérise également par une virtuosité des mouvements de caméra tout à fait inhabituelle pour l'époque. Tay Garnett commence le film par un travelling (quasiment en un seul plan) survolant les toits de Paris (en fait une maquette). Et cette virtuosité sera mise au service des personnages d'un bout à l'autre du film. Le scénario illustre sans fard l'esprit colonialiste de l'époque avec son racisme assumé. L'histoire étant située en France et en Indochine, il semble que les scénaristes américains en profitent pour montrer une image fort peu glorieuse du colonialisme français (et probablement très proche de la vérité). Le titre du film fait référence au 'prestige de l'homme blanc' face aux indigènes qui sont censés reconnaître la supériorité intrinsèque de celui-ci par rapport à eux. Melvyn Douglas y est un officier français posté dans au milieu de la jungle indochinoise. Il doit diriger un pénitencier avec pour seul soutien un escadron d'indochinois sous l'uniforme français. Il est le seul homme blanc aux alentours. Puis, Ann Harding vient le rejoindre dans cette jungle où les hommes se délitent sous une chaleur torride. Douglas n'a pas résisté longtemps à l'isolement et au climat accablant. Il s'est mis à boire sous le regard ironique de ses hommes. Seul son serviteur noir (joué par Clarence Muse) lui reste totalement fidèle. L'arrivée de Harding va le sortir momentanément de sa torpeur. Mais, le désespoir reprend le dessus suite à la visite du Capitaine Rémi Baudouin (Adolphe Menjou) qui lui annonce que son affectation est permanente. Son effondrement moral provoque le soulèvement de ses soldats qui libèrent les prisonniers. Au milieu de tous ces indigènes en révolte, la blonde Ann Harding semble être l'image mème de la femme blanche menacée par les 'sauvages'. La scène finale du film fait presque rire (ou grincer des dents) par son extrémisme : on y voit un Douglas désarmé qui remet littéralement à leurs places les indigènes à coups de fouet. Ann Harding avait tellement détesté ce film qu'elle avait demandé à la RKO de le détruire. Il faut dire qu'elle avait des idées progressistes sur les droits civiques des noirs et ne devait pas partager cette idée du 'prestige blanc'. Mais, le message raciste du film s'autodétruit presque de lui-même. On nous montre une société de surhommes et de sous-hommes tellement outrancière qu'on ne peut y adhérer. Garnett ménage de nombreuses surprises visuelles dans ce film.
L'arrivée de Ann Harding dans le pénitencier est suivie d'un long panoramique (presque à 360°) où elle balaie des yeux la cour de celui-ci. De même, la cérémonie de marriage traditionnelle entre Douglas et Harding est introduite par un mouvement de grue spectaculaire au-dessus de la foule jusqu'au couple. Il faut reconnaître qu'à partir d'un matériel assez stéréotypé, Tay Garnett a réussi à faire un film passionnant visuellement et riche en atmosphère (grâce également à la photo du français Lucien Andriot). Prestige est un film à découvrir.

samedi 18 juin 2011

One Way Passage 1932


Un film de Tay Garnett avec Kay Francis, William Powell, Frank McHugh, Aline McMahon et Warren Hymer

Dan (W. Powell) et Joan (K. Francis) se sont rencontrés alors qu'ils traversent le Pacifique de Hong-Kong à San Francisco. Ils tombent amoureux l'un de l'autre. Mais, ils savent que leur histoire sera sans lendemain. Joan est gravement malade et Dan est un criminel recherché par la police voué à la peine de mort...

Ce film produit par la Warner est un délice. Dès les tous premiers plans, on sait qu'on va passer un moment tout à fait exceptionnel. La caméra se promène, arérienne, dans un bar de Hong Kong, s'attarde un moment sur un groupe de trois chanteurs qui ramassent les pièces qu'on leur jette, puis poursuit le long d'un comptoir où un barman loquace prépare un cocktail. Nous découvrons Dan (W. Powell) qui trébuche face à une femme inconnue, Joan (K. Francis), et au premier coup d'oeil tombe amoureux. Ce simple prémisse est le début d'un des plus beaux films d'amour produits par Hollywood. Nous sommes sur un paquebot en partance pour San Francisco et le voyage de ces deux condammnés sera leur dernière étincelle avant la fin de leur existence. En contrepoint de cette histoire d'amour poignante, il y a le couple comique et nettement moins élégant formé par Aline McMahon, en aventurière qui se fait passer pour une comtesse, et Frank McHugh, un pick-pocket toujours alcoolisé. Le comique apporté par ces deux acteurs permet au film d'échapper aux conventions du mélodrame. McHugh passe tout le film à boire (au goulot) et McMahon chaparde avec dextérité dans les poches de ses victimes. Powell et Francis forment le couple le plus élégant qui soit avec une sorte d'ironie légère et sophistiquée. La concision même du film est l'une de ses qualités premières. Il n'y a pas de sentimentalisme excessif et on reste dans une sorte d'apesanteur durant ces délicieuses 67 min. Le plan final du film est inoubliable: deux verres se brisent sur un comptoir à Agua Caliente où les deux amants s'étaient donnés rendez-vous, tout en sachant qu'ils ne pourraient s'y rendre. Cependant ces deux verres signifient qu'ils ont réussi à venir de l'au-delà. Un vrai bonheur.

Okay America 1932


Un film de Tay Garnett avec Lew Ayres, Maureen O'Sullivan, Edward Arnold, Louis Calhern et Walter Catlett

Larry Wayne (L. Ayres) est un célèbre chroniqueur au Daily Blade où il révèle les frasques des célébrités. Il se lance dans une enquête sur la disparition de Ruth Drake (M. Lindsay), la fille d'un riche homme d'affaires. Il suspecte un bootlegger, Mileaway Russell (L. Calhern) de savoir où elle est retenue captive...

Ce film produit par la Universal est inspiré de la vie de Walter Winchell, un journaliste qui faisait ses choux gras des potins et autres commérages. Lew Ayres, le héros de All Quiet on the Western Front (1930, L. Milestone) est un choix à priori bizarre pour incarner ce journaliste sans scrupules. Mais, au fil de la progression du film, ses actions le rendent crédible. Il dicte ses chroniques à sa dévouée secrétaire Barton (M. O'Sullivan) avec ce qu'il faut de badinage. Le début du film ressemble à une sorte de comédie comme Platinum Blonde (1932, F. Capra). Mais, la seconde partie prend un tour politique fort différent. A l'instar de Gabriel Over the White House (1934, G. LaCava) ou The Star Witness (1931, W.A. Wellman), le film suggère que les criminels (en particulier les bootleggers) doivent être éliminés par des moyens fort peu démocratiques. Le journaliste, plus ou moins pourri, devient un vengeur de son propre chef, au lieu de faire appel à la police. Le chef des gangsters, joué par un Edward Arnold en grande forme, essaie de faire chanter le président des Etats-Unis pour obtenir une remise de peine. Il va se heurter au refus catégorique du président qui va risquer la vie de son otage pour préserver la démocratie. Il parle néanmoins d'éliminer les gangsters par tous les moyens. Il est vraiment étonnant de voir le nombre de films tournés durant la dépression et la prohibition qui propose ce type de solution. L'historien du cinéma William K. Everson suggère que la Californie de l'époque se considérait comme un état dans l'état prompt à proposer des solutions expéditives pour se débarrasser des criminels. La scène finale est sèche et sans concession, presque inattendue après la nonchalance du début. Le film est parsemé de merveilleux seconds rôles comme Walter Catlett en rédacteur-en-chef excédé, Louis Calhern en bootlegger raffiné et élégant et l'italien Henry Armetta en indicateur vendeur de pommes. Un film vraiment intéressant qui nous transporte dans une époque troublée, peu avant l'élection de F.D. Roosevelt.