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mardi 5 avril 2016

The Testing Block 1920

Sierra Bill (Wm S. Hart), Nellie (Jane Novak) et le petit Sonny
Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Jane Novak, Gordon Russell et Florence Carpenter

Sierra Bill (Wm S. Hart) est à la tête d'une bande de hors-la-loi qu'il dirige d'une main de fer. Un jour, ils croisent le chemin de musiciens itinérants et Bill tombe fou amoureux de Nellie (J. Novak), une violoniste. Lorsque son compère Ringe (G. Russell) lui annonce qu'il souhaite la kidnapper, Bill se bat contre lui pour l'en empêcher...

Les films produits par William S. Hart sont toujours construits sur le même schéma: le héros passe du mal au bien grâce à une femme. Pourtant, même après avoir vu 17 de ses films, je n'ai eu aucune sensation de redite en voyant pour la première fois The Testing Block. Cette production de 6,000 pieds (80 min à 20 im/s) est sensiblement plus longue que d'autres films de Hart; mais la construction dramatique fonctionne aussi bien que sur des films plus courts. Travaillant toujours avec le talentueux Joseph August derrière la caméra, Hart est au début du récit un hors-la-loi recherché qui côtoit les pires bandits qui soient. Comment cet individu sans foi ni loi va-t-il se transformer en père et époux tendre et aimant? Hart résout le problème habilement par une ellipse. Bill se saoule et se bat jusqu'au bout de la nuit avant d'arriver arme au point face à la malheureuse Nellie en exigeant de l'épouser sur-le-champ. Fondu au noir et nous retrouvons le couple deux ans plus tard avec leur petit garçon. Alors que Bill pense que son passé est loin derrière lui, Son ancien complice Ringe réapparaît et va se venger d'une manière impitoyable. On s'attendrait à de la violence physique, mais celui-ci a conçu un plan implacable pour humilier et détruire son rival. Il va utiliser l'insinuation et le mensonge pour instiller le doute chez Bill et sa femme. Il va l'acculer à vendre son cheval pie adoré et il va martyriser l'animal rebelle. Bill va boire la coupe jusqu'à la lie avant de réagir pour sauver sa femme et son enfant malade. Il est bien dommage que cette copie de la Cinémathèque française soit un contretype de qualité moyenne. En effet, Joe August traitait la lumière en artiste comme dans cette scène de nuit où Bill rumine sa rencontre avec Nellie dans la pénombre pendant que ses complices se saoulent autour d'un feu. Le tournage dans la forêt de séquoïas de Californie a été rude par un temps glacial et William a reçu pas mal de mauvais coups en se battant contre des cascadeurs aguerris. The Testing Block est un superbe western qui brasse tous les thèmes chers à Bill Hart et qui réussit à nous émouvoir par sa sincérité.

samedi 11 mai 2013

The Return of Draw Egan 1916

Un film de William S. Hart avec Wm S. Hart, Margery Wilson, Louise Glaum et Robert McKim

Draw Egan (Wm S. Hart) est un hors-la-loi recherché. Mais, un éniment citoyen de la petite ville de Yellow Dog lui demande, sans connaître son identité, de devenir le Marshall de cette ville sans loi...

Ce superbe western de 5 bobines, produit par T. H. Ince, mentionne pour la première fois William S. Hart comme étant le réalisateur. Il s'agit d'un de ses meilleurs films avec une construction dramatique parfaitement contrôlée, des angles de prise de vue élaborés et un scénario superbe de C. Gardner Sullivan. Il fait la démonstration sans effort apparent que le western est un genre cinématographique à part entière. Il est Draw Egan, un hors-la-loi, chef de bande recherché dans tout le pays. Pourtant, dès le début, on constate qu'il reste chez lui un certain code de l'honneur que semble ignorer un de ses complices Arizona Joe (R. McKim) qui ne songe qu'à s'enfuir au plus vite. Comme toujours, C. Gardner Sullivan n'oublie pas d'incorporer un humour bienvenu aussi bien dans les cartons d'intertitres (voir ci-dessus) que dans les situations. Il en effet cocasse de constater que le hors-la-loi va devenir un shérif craint de tous dans cette ville champignon et sans loi, la bien nommée Yellow Dog. Il devient un des citoyens les plus respectés de la ville. Mais, c'était sans compter l'arrivée d'Arizona Joe qui menace de révéler sa véritable identité, d'autant plus ennuyeux que Draw Egan est amoureux de Myrtle (M. Wilson).
Le film se termine par un duel dans une rue déserte tel qu'on en verra des centaines dans les westerns à venir. Tout est parfaitement agencé avec l'arrivée de Egan dans le lointain, Joe caché derrière des barils prêt à lui tirer dessus. Egan s'avance face à la caméra en gros plan. La scène est montée et chorégraphiée avec tout le suspense voulu. Un magnifique William S. Hart qui mériterait mieux que les éditions médiocrissimes que l'on trouve de nos jours. 

samedi 13 octobre 2012

Wagon Tracks 1919

Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Jane Novak, Robert McKim et Lloyd Bacon

En 1850, Buckskin Hamilton (Wm S. Hart) est guide sur la piste de Santa Fe. Il se prépare à rejoindre son jeune frère Billy qu'il a élevé lui-même. Hélas, Billy est assassiné par un joueur professionnel, Donald Washburn (R. McKim). Ce dernier a réussi à convaincre sa soeur Jane (J. Novak) qu'elle est responsable de sa mort...

Cet excellent opus de William S. Hart, avec ses vieux complices C. Gardner Sullivan au scénario et Lambert Hillyer à la réalisation, nous replonge dans l'atmosphère de la ruée vers l'or. Des milliers de migrants partent dans des 'vaisseaux des prairies' pour traverser le continent par la dangereuse piste de Santa Fe. Buckskin Hamilton est un héros au coeur pur qui mène sa mission de guide avec courage et abnégation. Mais, ses certitudes vont être mises à rude épreuve suite à la mort de son jeune frère qu'il a élevé lui-même comme un fils. Confronté à Jane (Jane Novak), il n'arrive pas à croire que celle-ci puisse être responsable de sa mort. Alors que le convoi s'ébranle vers l'ouest partant du Missouri, les différents personnages vont devoir affronter des dangers et apprendre à se connaître. Il ne faudra pas longtemps à Buckskin pour détecter que Washburn ou son complice (le futur réalisateur Lloyd Bacon alors jeune acteur) sont probablement les coupables. Pour les faire parler, il va les emmener dans le désert poings liés et les obliger à marcher jusqu'à épuisement de leurs forces. Evidemment, celui qui n'a rien fait va dénoncer l'autre, comme il l'avait prévu. Mais, il va se retrouver face à un dilemme. Le convoi a été visité par des indiens. L'un d'eux est tué et ils menacent d'attaquer le convoi à moins qu'on leur livre un homme. L'assassin semble la victime désignée, mais que fera Buckskin ? 
Sur cette trame de vengeance, de convoi bâché dans le désert, Hart brosse le portrait d'un homme déchiré qui n'a de cesse que de se venger. Sa résolution finale face à Jane est d'autant plus impressionnante. Derrière la caméra, Joe August réalise des merveilles avec des scènes de nuit de toute beauté. Pour une fois, il existe une copie DVD tout à bonne de ce film grace à Unknown Video qui a transféré une belle copie teintée Blackhawk (de David Shepard). Si la musique est répétitive et ennuyeuse, on peut malgré tout apprécier ce beau western intelligemment réalisé.

The Cradle of Courage 1920

Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Ann Little, Gertrude Claire et Tom Santschi

'Square' Kelly (Wm S. Hart) revient à San Francisco, de retour du front en France. Il est devenu sergent, mais avant la guerre, il était chef d'un gang de cambrioleurs. Son meilleur ami est le fils d'un policier et voudrait le remettre dans le droit chemin...

Ce film de William S. Hart, pour une fois, n'est pas un western. Il n'est plus un westerner, mais un ancien mauvais garçon irlandais qui va rejoindre la police de San Francisco, au grand dam de sa mère (la fidèle Gertrude Claire présente dans de nombreux films de Hart) qui souhaite le voir reprendre son métier de cambrioleur. On retrouve donc le thème cher à Hart de la redemption d'un mauvais garçon. Les années passées dans les tranchées ont changé Kelly qui ne veut plus faire partie de ce gang mené par Tierney (Tom Santschi, un autre spécialiste des rôles de traitres dans les westerns).Comme toujours, Joseph August est derrière la caméra et donne au film le clair-obscur et l'atmosphère requise à cette histoire de gangsters.
L'environnement familial de Kelly est peu propice à un changement de milieu. Sa chère mère hait les policiers et lui apporte sa trousse de cambrioleur. Quant à son frère, il travaille avec Tierney. Mais, écoeuré par les méthodes de Tierney, il va se décider à rejoindre les forces de police. Il doit précisément poursuivre le gang de cambrioleurs dont son frère fait partie. Celui-ci est tué alors qu'il les a surpris en flagrant délit. Il réalise rapidement qu'il ne l'a pas tué lui-même car il a reçu une balle dans le dos. Le policier se tranforme alors en vengeur, prêt à tout pour retrouver l'assassin de son frère. Comme dans ses westerns, le personnage de Hart est à la limite de la légalité, oscillant entre le bien et la mal. Mais, la morale est sauve à la fin, même si les moyens employés ne sont pas précisément toujours légaux. Le film est bien dirigé par Lambert Hillyer et est dominé par Hart qui incarne les dilemmes de son personnage avec son charisme habituel. La copie publiée par Grapevine Video est d'une qualité acceptable comparée aux horreurs d'Alpha Video.

lundi 25 juin 2012

The Desert Man 1917

La cité du désespoir
Un film de William S. Hart avec Wm S. Hart, Margery Wilson, Henry Belmar et Milton Ross

Jim Alton (Wm S. Hart) un chercheur d'or perdu dans le désert rencontre Kate (Josephine Headley) qui a fui son époux violent, le barbier Burton (Henry Burton). Elle meurt en lui recommandant son enfant, le petit Joey (Buster Irving). Jim arrive en ville décidé s'attaquer au barbier...

Il n'existe plus qu'une seule copie incomplète de ce western de William S. Hart. Elle est maintenant numérisée et visible à la médiathèque de la Cinémathèque française. William débarque dans une ville autrefois prospère grâce aux mines d'or qui maintenant se délite. Il arrive en ville après avoir vu mourir la pauvre Kate qui fuyait son ignoble époux. Il va nettoyer la ville en poussant vers la sortie cette brute qui terrorisait la ville, il devient le père adoptif du petit Joey. Entre temps, il a fait la connaissance de la belle Jennie (M. Wilson) dont le grand-père est au bord de rendre l'âme. Il ramène de force un médecin pour soigner le vieil homme, mais en vain. Finalement, Jennie part avec le médecin qui se révèle être un vulgaire séducteur déjà marié. Il faudra un certain temps avant que Jim ne soit réuni avec sa belle. Sur cette intrigue typique des films de William S. Hart, ici écrite par son futur metteur en scène Lambert Hillyer, nous avons un beau film superbement éclairé par Joseph August qui joue du clair-obscur lorsque nous découvrons la malheureusement épouse du barbier ou des contre-jours lorsque Hart attrape au lasso le médecin récalcitrant  qui refuse de le suivre. Le film contient son lot de scène comique avec le détestable barbier qui se fait raser avant d'être éjecté de son magasin devant des badauds hilares. Hart est ici un vengeur tranquille qui redonne vie à une ville en perdition. Si le film n'a pas l'intensité de Hell's Hinges (1916), c'est cependant un bon western de Hart. Juste un petit bémol dans cette restauration qui offre une belle image, les cartons français sont une réelle trahison par rapport au style tout à fait spécial des films de Hart. L'humour et le language qui font partie intégrante de ces films et les adaptations étrangères sont toujours sans âme.

lundi 12 mars 2012

William S. Hart (1865-1946)

William S. Hart est sans aucun doute un personnage central dans l'évolution du western à l'écran. Et pourtant, à première vue, cet acteur de théâtre né à Newburg (New Jersey) qui débuta au cinéma à l'âge de 49 ans, n'avait  apparemment rien d'un westerner. Mais, la lecture récente de ses mémoires My Life East and West, publiées en 1929, a levé le voile pour moi sur un personnage hors du commun qui connaissait l'ouest comme personne.

William Surrey Hart (et non pas William Shakespeare Hart comme le faisait croire quelque publicitaire créatif !) est bien né sur la côte est des Etats-Unis d'un père meunier qui construit des moulins à meule de pierre dans les grandes plaines du Middle-West, le long des rivières. Nous sommes à la fin du XIXème siècle et les fermiers commencent tout juste à s'approprier les plaines fertiles de l'ouest pour y faire pousser ce que Hart appelle l'or blanc (le blé). Les indiens viennent de perdre leurs territoires et ils se sédentarisent bon gré mal gré. A côté d'une maison en bois, ils érigent un tipi comme un dernier vestige de leur vie nomade. Les relations entre eux et les quelques fermiers qui peuplent les plaines ne sont pas mauvaises et le jeune William passe son enfance à jouer avec les petits enfants Sioux de son âge. Il ne va pas à l'école car ils sont dans des zones où il n'y en a pas encore. Il court pieds nus dans les bois avec les petits indiens et va à la pêche ou la chasse avec eux. Il n'y aura jamais chez lui de sentiment de supériorité face aux indiens. Ils les considèrent comme ses égaux et apprend même leur langage. Cette vie au grand air dans la nature sauvage semble idyllique. Elle ne l'était pas, loin s'en faut. La vie est extrêmement dure pour la famille Hart. En hiver, lorsque les fleuves gèlent, les moulins ne tournent plus et la famille meurt de faim. Sa mère donne naissance à de nombreux petits frères et soeurs qui meurent au berceau. Il n'y a aucun médecin à proximité. On ne peut qu'appeler une vieille indienne qui connaît les remèdes traditionnels. Hart raconte d'ailleurs avec émotion l'enterrement d'un petit frère. Ils sont loin de tout cimetière et ils enterrent l'enfant près d'un fleuve: "Et ainsi, au-dessus du Mississippi qui commençait son long voyage de plusieurs milliers de kilomètres vers la mer, à côté d'un chariot bâché, avec son couple de boeufs la tête baissée, dans un petit cercueil ordinaire fabriqué par mon père, un tout petit frère qui venait à peine de naître, fut placé dans les bras de terre pour son repos éternet."

Hart a la chance de découvrir les Black Hills (Dakota du Sud) avant la bataille de Little Big Horn (1876). Ce territoire est encore la propriété des indiens lorsqu'il arrive avec son père qui tente de les intéresser à la construction d'un moulin. Ce sera en vain. Mais, le petit Bill est d'une grande aide pour son père avec sa connaissance la langue Sioux. Puis, le jeune Bill va travailler chez un fermier qui l'exploite en le faisant labourer ses champs du lever au coucher du soleil pour une maigre pitance. Lors de son séjour chez ce fermier, il relate un incident qui semble sorti d'un western. Réveillé au milieu de la nuit, l'enfant grelottant dans une chemise de nuit doit chevaucher à bride abattue pour aller chercher son père et empêcher ainsi un lynchage. Il doit monter sur un cheval à demi-sauvage qui l'a déjà jeté à terre. Il arrive couvert de sueur à destination après des heures de chevauchée. Il y aussi des souvenirs plus amusants tel que le jour où son père lui a offert une paire de bottes. Il est tellement fier d'avoir enfin une vraie paire de chaussures en cuir qu'il court sur la glace d'un fleuve pour la montrer à ses amis indiens. Hélas, il a oublié le trou dans la glace qu'ils ont percé pour pêcher et il tombe directement dans l'eau glacé. Repêché, il rentre penaud chez lui avec ses bottes maintenant totalement fichues. Il est terrorisé en pensant à la réaction de son père. Mais, celui-ci finalement renonce à le châtier et lui commande une autre paire.

W. S. Hart en Messala en 1899
Il a douze ans lorsque cette vie aventureuse cesse. Il repart vers l'Est avec sa mère et ses soeurs. Il a d'abord du mal à s'intégrer car on le considère comme un petit indien. Puis, il doit travailler car la famille n'a toujours pas de revenus réguliers. Il grandit et s'intéresse au théâtre. Il est d'abord engagé dans des troupes itinérantes comme second rôle. La vie est encore très dure avec des revenus qui suffisent à peine pour vivre dans des hôtels miteux. Petit à petit, il monte les échelons et commence à se faire connaître. Un jour, il découvre une pièce française qui vient tout juste d'être créée à Paris et qui est un énorme succès. Il pense avoir trouvé la poule aux d'oeufs d'or, car grâce à une lacune dans la loi américaine, il est possible de monter une pièce étrangère sans payer de droits pour peu qu'elle ait été publiée sur papier. Mais, un linguiste le décourage... la pièce est trop française lui dit-il. Hart vient de laisser échapper Cyrano de Bergerac. Heureusement une autre opportunité se fait jour: il est choisi pour jouer Messala dans la toute nouvelle production théâtrale de Ben-Hur à New York. 

Le scénariste C. Gardner Sullivan
Le grand tournant de sa carrière arrive en 1914 quand Thomas Harper Ince, qu'il a connu acteur famélique comme lui, lui propose faire des films à Inceville en Californie. Il tourne d'abord deux courts-métrages de deux bobines sans intérêt. Hart avait déjà vu des westerns dans des Nickelodeons et ils les avaient trouvés extrêmement mauvais. Il a maintenant une chance de montrer ce qu'il peut faire, lui, sur le sujet. Le résultat sera The Bargain (1914, Reginald Barker), son premier long métrage, qui marque le départ d'une carrière qui va s'épanouir jusqu'à 1925, l'année de sa retraite définitive des écrans. Il insiste pour que les costumes des personnages soient crédibles et part tourner en extérieurs. Mais après ce premier film, Ince ne lui propose pas de contrat. Il repart à l'Est déconfit. Mais, Ince réalise rapidement son erreur: The Bargain est un énorme succès. Hart revient à Inceville et y restera longtemps, alternant films de 2 bobines et longs métrages. Il a sa propre unité avec son caméraman Joe August, deux excellents scénaristes (C. Gardner Sullivan et J. G. Hawks), ses cascadeurs et son décorateur. Mais, au bout de quelques années, Hart se rend compte qu'Ince lui paie un salaire minuscule comparé aux bénéfices qu'il engrange. Il va donc quitter le studio pour celui de Zukor où il est assuré d'avoir un contrôle artistique total sur ces films avec sa propre unité de production. Il est comme Chaplin, Pickford et Fairbanks sont propre maître et responsable à 100%  de ses films. Cette belle liberté créatrice va disparaître peu à peu vers le milieu des années 20. Les studios veulent reprendre le contrôle artistique. Ils ne veulent plus d'artistes-producteurs-réalisateurs. Hart ne peut pas accepter ce contrôle et prefère quitter pour de bon le cinéma. En 1925, il tourne Tumbleweeds (1925, K. Baggot) qui sera son dernier film. 
Tournage de Selfish Yates (1918). Hart est au centre
et Joe August est sur le praticable.
En 11 ans, William S. Hart a tourné plus de 70 films. Un grand nombre sont parvenus jusqu'à nous. Il est un personnage mythique de l'écran qui, le premier, a su composer la légende de l'ouest. Certes, il utilise les clichés victoriens qui venaient du théâtre. Mais, ses films ont pris une pâtine et restent des oeuvres remarquables de l'histoire du cinéma. Son personnage a un charisme évident et il a su donner à son jeu (bien avant John Wayne, Gary Cooper et Clint Eastwood) le naturalisme et le dépouillement nécessaire. Grâce au savoir faire des scénaristes qui composent des scripts superbement écrits et aussi grâce à Joseph August, Hart a composé des films qui bien au-delà du westerns restent parmi les oeuvres le plus innovantes du cinéma des années 10. Le style de ses mémoires révèlent un homme d'une grande franchise, sensible et attachant. Le langage est délicieusement suranné et humoristique comme celui des meilleurs intertitres de C. Gardner Sullivan. 
Vous pouvez lire sur ce blog, les critiques de The Bargain (1914), The Aryan (1916), The Cold Deck (1917), The Silent Man (1917) , Blue Blazes Rawden (1918), The Toll Gate (1920), Tumbleweeds (1925).

samedi 18 février 2012

The Aryan 1916

Pour sauver sa race
Un film de William S. Hart avec William S. Hart, Bessie Love, Gertrude Claire et Louise Glaum

Steve Denton (Wm S. Hart), un chercheur d'or, s'est fait dépouiller de tout son or par la perfide Trixie (L. Glaume) dans un saloon mal famé. Ayant perdu toute foi en la race humaine, il est devenu le chef d'une bande de bandits mexicains et indiens. Une caravane de fermiers arrivent à proximité de leur village. Ils sont sans eau et demandent de l'aide...

Ce film de William S. Hart est devenu légendaire car il fut considéré comme perdu pendant plus de 80 ans. Il ne restait qu'un minuscule fragment de 3 minutes à la Librarie du Congrès. Mais, heureusement, une copie de 30 min a réapparu à Buenos Aires. Le film ayant une durée originale de 50 min, il reste encore incomplet. Mais, on peut au moins avoir une idée assez claire de la qualité de ce film dont Louis Delluc faisait la louange. Ce film a été produit par la société Triangle, sous la supervision de Thomas H. Ince. William S. Hart y joue un de ses personnages les plus noirs. Au début du film, il est un chercheur d'or naïf qui est une proie facile pour un escroc. Le patron d'un saloon le repère immédiatement et envoie la perfide Trixie (Louise Glaum) pour l'enjôler et le faire jouer à la roulette, qui est bien sûre truquée. Comme si ce n'était pas assez de le dépouiller, elle lui ment effrontément en lui cachant le contenu d'un télégramme annonçant la mort de sa mère (Gertrude Claire). Se réveillant le lendemain sans un sou vaillant, Denton comprend sa sottise et découvre que sa mère est morte avant qu'il ait pu la revoir. Il se précipite chez Trixie. Il tue son amant qui l'attaquait et emmène Trixie avec lui. Nous le retrouvons quelques années plus tard, près la frontière mexicaine. Il est le chef d'une bande de pillards sans foi ni loi, et Trixie, devenue une épave humaine, est son esclave. Et voici qu'arrive une caravane de pauvres fermiers qui partent vers l'ouest. Dans ce désert aride, ils se retrouvent sans eau et viennent demander de l'aide à Denton. Il la leur refuse. Mais, parmi les fermiers, il y a la douce et innocente Mary Jane (Bessie Love alors âgée de 18 ans) qui décide d'aller voir elle-même Denton pour le supplier. La confrontation ne pourrait pas être plus inégale: la fragile, mais confiante Mary Jane face au féroce Denton. Elle ne se démonte pas même lorsqu'il la menace de la livrer à ses hommes. Elle reste persuadée qu'un 'homme blanc' comme lui ne peut pas livrer des femmes blanches à ses hommes d'une autre race (mexicains et indiens). Si le film est typique des préjugés raciaux de l'époque, il offre en tous cas l'occasion d'une confrontation très intéressante entre Bessie Love, l'image même de la pureté de l'innocente, et un William S. Hart grondant et féroce. Dans ses mémoires, Bessie Love raconte le tournage de la scène de la confrontation. Elle était littéralement terrorisée par Hart dès qu'il se mettait dans le personnage de Denton et au lieu de jouer, elle se réfugiait sous la table. Elle mentionne aussi un fait très intéressant: tous les dialogues mentionnés sur les cartons d'intertitres (rédigés par le génial C. Gardner Sullivan) devait être dit au mot près lors du tournage, même si ceux-ci allaient être coupés au montage. En effet, il était de coutume de couper la scène au moment où un acteur ouvrait la bouche pour introduire le carton, puis on revenait sur l'acteur au moment où il fermait la bouche. Cette insistance dans la fidélité au dialogue peut paraître ridicule. Mais, Hart voulait certainement que tous les acteurs soient parfaitement en situation dans la peau de leurs personnages. Le dialogue faisait partie de cette sincérité. Evidemment, sur la copie qui nous reste, les intertitres de Sullivan ont disparus au profit d'une adaptation en espagnol sans saveur. Hart travaillait avec le génial opérateur Joseph August. Il est également difficile d'apprécier le travail de cet opérateur sur la copie horriblement rayée et abîmée qui nous reste. Néanmoins, malgré les lacunes dans le récit, on comprend que ce film ait eu un tel impact à l'époque. Certes, l'intrigue reprend tous les schémas habituels de Hart: la mauvaise femme, la femme rédemptrice, la mère et la rédemption finale du héros. Mais, la confrontation entre Marie Jane et Denton est plus complexe que dans nombres d'autres films de Hart. Hélas, une partie de leurs scènes est toujours manquante. Nous ne voyons pas le retournement final de Denton. Mais, nous le voyons dire adieu à Mary Jane alors qu'il s'en va seul à la fin. Il embrasse doucement la manche de la petite Mary et la remercie de l'avoir remis dans le droit chemin. Avec une intrigue sommaire, Hart arrive toujours à produire un film sans concession et parfaitement structuré. Pour l'anecdote, Bessie Love mentionne que John Gilbert était figurant-cascadeur dans le film où il jouait pas moins de trois rôles différents. Je ne l'ai pas reconnu. Mais, on peut le voir clairement dans Hell's Hinges (Le vengeur, 1916), un chef d'oeuvre signé Hart, cette même année.

jeudi 10 mars 2011

Blue Blazes Rawden 1918


L'Homme aux Yeux Clairs

Un film de Wm S. Hart avec William S. Hart, Maude George, Robert McKim et Gertrude Claire

Blue Blazes Rawden (Wm S. Hart) est bûcheron dans le Grand Nord. Lors d'une virée dans un saloon, il se bat contre 'Ladyfingers' Hildgard (R. McKim) et le tue par accident. Il hérite de son saloon et de sa maîtresse, une indienne (M. George)...

Nous quittons, pour une fois, le monde des cow-boys pour celui des bûcherons. Ce western se déroule presque entièrement dans un saloon après un début dans les forêts de séquoia carliforniennes. Nous avons droit à un duel au revolver dans l'obscurité avec Bill Hart et Robert McKim. Malheureusement, la copie que j'ai vue était réellement très médiocre et délavée, ne rendant absolument pas justice à la photo de Joseph August. Contrairement à bien d'autres films de Hart, l'héroine n'est pas ici la jeune et traitresse Babette (Maude George), mais la vieille maman du défun Hildgard. La vétérante Gertrude Claire est cette vieille dame très digne qui ignore tout du passé de son fils. Bill Hart est tellement ému par cette dame qu'il décide de lui cacher la vérité. Et c'est l'affection quasi-filiale qu'il ressent pour elle qui va le décider à partir loin pour mourir sur la piste solitaire. Par moment, Hart sort de sa réserve et a tendance à surjouer légèrement son mauvais garçon. Mais, malgré tout, le film tient parfaitement la route. Mais, quelle détestable copie....

The Silent Man 1917



Le Droit d'Asile
Un film de Wm S. Hart avec avec William S. Hart, Vola Vale et Robert McKim

'Silent' Budd Marr (Wm S. Hart) est chercheur d'or. Il a trouvé un bon filon dans la montagne et redescent en ville pour faire enregistrer sa concession. Mais, un escroc 'Handsome' Jack Pressley (R. McKim) lui vole celle-ci...

Cette fois-ci William S. Hart est chercheur d'or. Il a décidément exploré tous les personnages de l'Ouest sauvage ! Lui qui est honnête et confiant se fait voler le fruit de son travail par un escroc qui a la haute main sur la ville champignon qui porte le nom évocateur de Bakeoven. Lors d'une partie de poker truquée, il se fait voler tout son or et son argent. La séquence est superbement menée avec Hart qui remarque les signes que fait une entraineuse du saloon à son complice: son image se reflète dans la lampe de cuivre qui pend au plafond. Ayant tout perdu, il devient bandit et attaque la diligence pour recouvrer son or. Ce faisant, il tente de tuer le malfaisant Jack Pressley. Mais, il en est empêché par la jeune épouse innocente de Jack (une jeune et jolie Vola Vale qui fait penser à Lillian Gish). Les rapports entre les deux personnages vont évoluer lorsqu'il lui révèle l'imposture dont elle est victime : Jack est bigame et un voleur. Bill Hart aura bien du mal à prouver sa bonne foi face à un Robert McKim retord et sournois qui va même jusqu'à brûler une église (rappel en mineur de Hell's Hinges de 1916). Comme toujours, la mise en scène est au cordeau et William S. Hart charismatique à souhait.

lundi 28 février 2011

Tumbleweeds 1925

Le Fils de la Prairie

Un film de King Baggot et Wm S. Hart avec Wm S. Hart, Barbara Bedford et Lucien Littlefield

Don Carver (W.S. Hart) est un cow-boy itinérant depuis de longues années. L'ouverture du territoire des cherockees aux fermiers marque la fin des grandes plaines pour les bovins. Il décide, lui aussi, de revendiquer un lopin de terre...
Ce western crépusculaire marque le chant du cygne de William S. Hart. Celui qui participa activement aux créations des mythes westerniens tourne là son dernier film. Le sujet choisi ne l'est certainement pas par hasard. C'est le premier grand western sur l'ouverture de la frontière avec la ruée des nouveaux arrivants vers les terres vierges du 'Cherockee Strip' en 1889. Ce thème sera à nouveau utilisé en 1926 par John Ford pour Three Bad Men. Mais, c'est bien Hart le premier qui a eu l'idée d'un tel sujet. Pour donner au film toute l'ampleur voulue, Hart ne lésine pas sur les moyens. Pas moins de trois cents chariots bâchés, plus de 1000 chevaux et presqu'autant d'hommes se rassemblent pour tourner la fameuse scène de l'ouverture de la frontière au son du canon le 22 avril 1889. Le résultat est une séquence formidablement rythmée par un montage rapide qui fait monter la pulsation cardiaque. Si le début du film se caractérise par des séquences à l'humour bon enfant (assez proches d'un Ford), la ruée se prolonge par une suite de plans tournés avec un longue focale qui suit la progession haletante du cheval de Hart parmi les chariots lancés dans la course. Contrairement à ses personnages antérieurs, Hart est ici un bon garçon. C'est un cow-boy qui se sent déjà dépassé par les changements dans le pays. Comme l'acteur Hart, il ne reconnaitra bientôt plus cet ouest sauvage qui va devenir le terrain des cultivateurs. Lorsque le film est ressorti en 1939, William S. Hart enregistra un prologue parlé pour le présenter. Le DVD offre cette séquence qui se révèle poignante. Le ton de Hart est assez emphatique et théâtral; mais, petit à petit, on se laisse prendre à la mélodie de sa voix et on ressent puissamment l'émotion qui étreint l'acteur. Il se penche sur son passé et partage ses souvenirs avec ses mots: "Mes amis, j'ai aimé faire des films. C'est pour moi comme le souffle de la vie. Mais avec ces cascades à cheval que j'aimais tant faire, j'ai reçu de nombreuses blessures. Cela, couplé avec les années qui passent, m'empêche de refaire ce que j'aimais tant. Le vent qui vous coupe le visage, le bruit des sabots d'une posse à la poursuite d'un homme..." William S. Hart reste en tous cas à jamais immortel à l'écran et le western ne serait pas ce qu'il est devenu sans lui. Encore un petit mot sur le titre du film qui est lui aussi si évocateur. Les 'tumbleweeds' sont ces herbes sèches (amarantacées) qui roulent dans les plaines désertiques des westerns. Mais, c'est aussi le surnom des cow-boys itinérants qui sillonnent les plaines. Une bien belle image. L'image finale du film montre d'ailleurs ces mêmes plantes arrêtées par une barrière metallique alors que Hart est devenu, lui aussi, sédentaire.

The Toll Gate 1920


Un film de Lambert Hillyer avec William S. Hart, Anna Q. Nilsson et John Singleton

Black Deering (Wm S. Hart) est à la tête d'une bande de hors-la-loi. Il voudrait cesser ses activités, mais le groupe choisi d'attaquer un dernier train. Son lieutenant Jordan (J. Singleton) les a trahis et Black Deering est arrêté...

Ce western de William S. Hart est encore une superbe réussite. L'intrigue concoctée par Hart lui-même est, au-delà des clichés du genre, superbement menée. Son personnage de Black Deering se révèle suite aux épreuves qui l'attendent. Comme toujours, il offre un personnage complexe aux motivations qui oscillent entre la vengeance et le repentir face à ses fautes passées. Lorsqu'il est capturé par l'armée en attaquant un train, l'officier supérieur le reconnaît comme un homme qui le sauva jadis en venant les prévenir d'une attaque d'indiens. Il décide de le laisser s'échapper. Black Deering essaie, en vain, de trouver un emploi de cow-boy. Retombant dans le vol, il est à nouveau poursuivi par le shérif ainsi qu'une 'posse' dirigée par son ennemi mortel Jordan. L'histoire prend un tour inattendu quand il sauve un enfant de la noyade. Sa mère, une femme abandonnée par son mari, habite seule dans une cabane isolée. Deering, qui se fait passer pour son époux face au shérif, découvre qu'elle est la femme de Jordan. Si tous les films de Hart ont un thème 'moral' (et citent même la bible), ils ne sont pas moralisateurs. Deering va retrouver le chemin du bien bien qu'il soit traversé par des pensées contraires. C'est l'influence de Mary Brown (Anna Q. Nilsson) -et de son jeune enfant- qui vont le remettre dans le droit chemin. Hart travaille avec son équipe habituel : C. Gardner Sullivan rédige les intertitres (toujours savoureux et parfaitement taillés pour lui) et Joseph H. August est derrière la caméra. Le film utilise toujours au mieux les grands espaces. Les cadrages sont impeccables et on est tenu en haleine de bout en bout. Le DVD Image Entertainment offre une copie teintée par moment bien sombre. Mais, comme il n'y a rien de meilleur...

samedi 26 février 2011

The Bargain 1914


Un film de Reginald Barker avec William S. Hart

Jim Stokes (Wm S. Hart) a attaqué une diligence en faisant croire qu'il avait des complices. Il s'enfuit dans la montagne, mais il est blessé en route par le sheriff. Un prospecteur le retrouve près d'un point d'eau et l'emmène dans sa cabane. La fille de celui-ci s'occupe de Jim et tombe amoureuse de lui...

C'est le tout premier western long métrage de William S. Hart. Cet acteur venu de New York se fond dans le paysage de l'ouest dès ce premier film. Il a été embauché par le producteur Thomas H. Ince qui s'empresse de mettre son nom comme réalisateur au générique. En effet, ce film est un énorme succès et Hart se voit offrir un contrat chez Ince pour faire d'autres westerns. On ne peut qu'être fasciné par la fluidité narrative du film et par son utilisation grandiose des paysages du Grand Canyon. C'est le septième western avec Wm S. Hart que je vois et je suis toujours aussi fascinée par le personnage. Il a réellement une présence magnétique qu'il soit à cheval ou qu'il entre dans un tripot le révolver à la main. Mais, ce qui me frappe c'est la qualité du découpage et des personnages. Le film réussit même à introduire de l'humour. Jim Stokes a été capturé par le shériff et ce dernier récupère l'argent qu'il a volé dans la diligence. Puis, le shériff descend boire un verre au saloon. Après quelques verres de whisky, il décide d'aller tenter sa chance à la roulette. Il perd tout l'argent qu'il avait récuperé (la table est truquée !). Il remonte dans la chambre et annonce à Jim qu'il a tout perdu. Jim éclate de rire et lui propose un marché. Il va récuperer l'argent contre une chance de passer la frontière voisine. Après pas mal de péripéties, il revient dans la chambre avec l'argent en annonçant: "Il y a peut-être un peu trop, mais j'étais pressé ." Pour un film de 1914, la qualité des cadrages est remarquable ainsi que la montée du suspense avec parfois jusqu'à trois actions parallèles. On retrouve chez Hart systématiquement les mêmes éléments: le mauvais garçon qui se réforme après avoir rencontré une femme. Mais, il réussit à varier suffisamment les autres éléments narratifs pour rendre ses films totalement passionnants.

lundi 14 juin 2010

The Cold Deck 1917


Un film de William S. Hart avec Wm S. Hart, Alma Rubens et Mildred Harris

Jefferson Leigh (Wm S. Hart) est joueur professionnel dans une petite ville de l'ouest. L'arrivée de sa jeune soeur Alice (Mildred Harris) qui est gravement malade va modifier le cours de son destin. Il part avec elle vers les hauts plateaux suivant les recommandations du médecin. Là Jefferson est confronté à la belle Coralie Mendoza (Alma Rubens) qui fait tout pour le séduire, en vain. Il provoque sa jalousie qui va avoir de terribles conséquences...

C'est maintenant mon cinquième film de (et avec) William S. Hart. Je suis maintenant une inconditionnelle de ce westerner qui sait comme personne créer une atmosphère et qui a une sens du récit extraordinaire. Il est rarement crédité au générique de ses films comme réalisateur, mais, c'est bien lui qui est derrière les manettes avec souvent un co-réalisateur comme L. Hillyer ou K. Baggot. (Quand le producteur T.H. Ince ne s'approprie pas indûment le crédit de réalisateur au générique !) Il travaille avec une équipe remarquable, le directeur de la photo, Joseph August et un scénariste formidable nommé C. Gardner Sullivan qui rédige aussi les intertitres avec grand talent. Dans ce film rare restauré par la cinémathèque, il est un homme déchu, un ancien gentleman Sudiste qui gagne sa vie en jouant au poker. L'arrivée de sa jeune soeur bouleverse son existence. On retrouve toujours ce thème de la rédemption dans tous ses films de cette époque, souvent par amour pour une femme. Mais, il ne sombre jamais dans le moralisme. Au contraire, il conserve une vision nette de l'Ouest sans chercher à le rendre plus sympathique. Le film a sans aucun doute été tourné dans les mêmes montagnes de Californie avec ses immenses séquoias que certains films de De Mille comme The Trail of the Lonesome Pine (1916) et A Romance of the Redwoods (1917) et il utilise habilement ces décors naturels avec ses forêts gigantesques et ses cabanes en rondins. Mais, c'est le personnage de Jefferson Leigh qui occupe l'écran. C'est un gentleman; il baise la main des dames dans les saloons les plus sordides comme si il était dans un salon d'une propriété de Virginie. Et pour sa soeur, il ira jusqu'à attaquer une diligence pour pouvoir lui payer un médecin, en vain. A ce moment-là, Leigh s'effondre en larmes près du corps d'Alice. Le film contient assez peu de chevauchées spectaculaires, mais, il y a une cascade formidable où Leigh glisse le long d'une pente sur son cheval blessé avec un réalisme typique de ces années-là. William S. Hart est un formidable comédien. A découvrir d'urgence!