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vendredi 11 février 2011

Downhill 1927

La Pente
Un film d'Alfred Hitchcock avec Ivor Novello, Isabel Jeans et Ian Hunter

Roddy Berwick (I. Novello) étudie dans un college de renom où il est un brillant sujet. Voulant protéger un de ses amis, il accepte de porter la faute de celui-ci. Il est renvoyé et son père, à son tour, le jette dehors. Roddy commence alors une lente descente aux enfers...

C'est le deuxième film d'Alfred Hitchcock avec Ivor Novello. Le scénario est une adaptation d'un sujet original de David L'Estrange. Sous ce nom de plume se cache Ivor Novello lui-même et Constance Collier. Ce récit de la descente aux enfers d'un collégien modèle issu d'une famille aristocratique doit certainement beaucoup à Novello qui fréquenta lui-même un des 'colleges' les plus prestigieux d'Oxford grâce à ses dons pour la musique. On y retrouve cette ambiance -qui reste pratiquement inchangée de nos jours- avec ses longues tables dans les réfectoires et cette ambiance privilégiée réservée à une certaine élite. Cet univers raréfié va devenir soudain hostile à Roddy. Accusé (à tord) d'avoir abusé d'une jeune serveuse, il est expulsé. Si le College est devenu hostile, son propre père se révèle encore plus épouvantable dans la condamnation de son fils au nom de l'honneur de nom.
Roddy se retrouve dans un monde de faux-semblants qui est brillamment installé par Hitchcock. Nous le découvrons d'abord en gros-plan portant un habit très chic. La caméra reculant légèrement, on s'aperçoit qu'il n'est un garçon de café. Il empoche un étui à cigarettes oublié sur une table. Nous supposons immédiatement qu'il est devenu un voleur. Mais, un plan large nous révèle subitement que nous sommes sur une scène de théâtre où Roddy est figurant. Alors que la chance lui sourit de nouveau, il tombe victime d'une autre femme qui va le ruiner avec un cynisme remarquable. Le personnage de cette actrice est joué par Isabel Jeans qui était la partenaire privilégiée de Novello dans la série des films sur The Rat, où elle est également une prédatrice sans morale.
La pente se fait plus raide alors qu'il devient un danseur mondain/gigolo chargé de faire danser des créatures sur le retour dans un bal interlope de Paris. J'ai été frappé par la violence suggestive de certaines scènes où Roddy est face à une femme particulièrement laide (avec une moustache assez proéminente). Son visage reflète un désir quasiment animal face à Novello sans qu'aucun intertitre ne vienne déflorer ce qu'elle dit. On peut penser qu'une telle scène n'a pu passer la censure que grâce à l'absence d'intertitres. C'est donc la troisième femme qui contribue à la perte de Novello.
Sa déchéance finale le conduit dans les bas-fonds marseillais où il est soigné par une doudou noire (interprétée par une actrice blanche maquillée!) avant de retourner vers Londres. La traversée s'accompagne de visions cauchemardesques où il croit voir son père tant redouté. Hitchcock en profite pour nous offrir une série de vignettes hallucinatoires du meilleur effet. Il utilise tous les effets disponibles pour nous faire partager la descente aux enfers de Novello avec le plus d'acuité possible. Le résultat est en tous points passionnants. Et chaque milieu décrit dans le film (college aristocratique, théâtre, bal interlope ou bouge) est totalement crédible par la richesse des détails et de la figuration. La cinémathèque a présenté la meilleure copie disponible de Downhill issue des collections du Nederland Filmmuseum. Une copie 35 mm teintée, superbement contrastée, qui n'est malheureusement pas disponible en DVD. On ne peut que louer la performance de Novello dans ce film qui tord le cou définitivement à ses détracteurs.

mercredi 2 février 2011

The Lodger: A Story of the London Fog 1926

Un film d'Alfred Hitchcock avec Ivor Novello, Mary Ault, Arthur Cheney et June

Un meurtrier mystérieux tue des jeunes femmes blondes tous les mardis soirs à Londres. Dans la pension tenue par Mrs Bunting (M. Ault), un nouveau locataire (I. Novello) arrive la nuit...

Ce film muet d'Alfred Hitchcock a été analysé en long et en large. Ici, je ne vais pas enfoncer les portes ouvertes sur les escaliers, les blondes, la culpabilité, etc. D'autres l'ont fait avant moi. Alfred Hitchcock réalise là un film criminel avec une mise en scène au cordeau qui utilise toutes les techniques du cinéma expressionniste, après avoir réalisé deux films en Allemagne. Le cinéma anglais de l'époque n'était peut-être pas aussi techniquement avancé, mais, il abordait des sujets sociaux avec bonheur comme Hindle Wakes (1927) de Maurice Elvey. L'autre grand réalisateur britannique des années 20 est Anthony Asquith qui fera un film très 'Hitchcokien' avec A Cottage on Dartmoor (1929). Le cinéma muet anglais n'est pas le désert aussi stérile que pourrait nous le faire croire certains. Le héros du film est interprété par Ivor Novello qui venait de remporter un grand succès dans The Rat (1925) de Graham Cutts où il est un 'apache' parisien. Hitchcock s'est souvent plaint dans des interviews ultérieures de devoir employer Novello pour le rôle du locataire. Je pense qu'Alfred n'est pas totalement sincère. Novello semble être le prototype du britannique élégant et distingué que Hitchcock utilisera souvent dans ses films. La séduction de Novello est utilisée au mieux avec des très gros-plans en soft-focus qui ne sont pas là par hasard. Quant au fait que son personnage ne soit pas le meurtrier, cela me semble au contraire intéressant. D'ailleurs, le remake de 1932 de The Lodger, à nouveau avec Novello, faisait de lui le coupable. Le film fut un échec.
Du point de vue visuel, le film est superbement construit. L'arrivée du locataire, le bas du visage masqué, qui apparaît dans l'encadrement de la porte est typiquement expressionniste. De même, la main qui court sur la rampe de l'escalier vue en plongée appartient au cinéma d'outre-Rhin. Mais, la reconstitution en studios de la cuisine de la logeuse est parfaite, recréant l'atmosphère d'une maison de la petite bourgeoisie au centre de Londres. Daisy, la fille de la famille (une actrice dont nous ne connaissons que le prénom: June) arrive à sortir de son milieu 'lower-middle-class' grâce à son travail de mannequin. On constate immédiatement la différence de classe avec le locataire qui est patente grâce à la silhouette élégante de Novello. Il est aussi en grand contraste avec le fiancé de Daisy, le policier fort pataud et maladroit interprété par Malcolm Keen. Devenu le suspect numéro 1, Novello est poursuivi par une foule hostile. Il se retrouve pendu par ses menottes sur une grille. On peut y voir une image quasi christique, de même lorsqu'on le descend de la grille telle une descente de croix. Sur le DVD MGM de la copie restaurée (du BFI), on peut apprécier la belle partition orchestrale de Ashley Irwin qui utilise des thèmes que l'on associe maintenant aux films d'Hitchcock rappelant Rozsa et Herrmann. Parmi les suppléments, j'ai particulièrement aimé l'interview de la petite-fille d'Alfred Hitchcock. Elle raconte comment, suivant une classe sur le cinéma, elle demanda à son grand-père de l'aider à écrire une dissertation sur Shadow of a Doubt. Ils l'écrivirent à quatre mains. Plus tard, la copie revint avec un C ! Hitchcock lui dit: "Sorry, I can't do any better!" Voilà qui pose des questions sur les interprétations esthétiques du cinéma à postériori...

lundi 17 janvier 2011

The Ring 1927

Un film d'Alfred Hitchcock avec Lilian Hall-Davis, Carl Brisson et Ian Hunter

Jack Sander (C. Brisson) est boxeur pour une attraction sur un champ de foire. Un jour, il est repéré par le manager de Bob Corby (I. Hunter). Jack devient son entraineur. Mais, Bob s'intéresse un peut trop à sa femme (L. Hall-Davis)...

Pour ce film, Hitchcock combine le film de boxe et une histoire de jalousie. Certes le sujet est assez banal, mais il y a ajoute des petites touches qui rendent le tout intéressant. Lors de la première rencontre entre Bob Corby et la fiancée de Jack, il lui offre un bracelet en forme de serpent. Ce bracelet va réapparaître dans de nombreuses scènes comme le 'corps du délit' et augmenter la jalousie de Jack plus que ne le ferait un long discours. On ne peut que louer les trois interprètes principaux dans leur rôles respectifs. Le film se termine par un long match de boxe entre les deux hommes dans le gigantesque Royal Albert Hall. Ce combat a pour but la 'possession' de Lilian Hall-Davis. Dans l'ensemble, c'est un film tout à fait intéressant, même s'il ne fait pas partie des meilleurs de Sir Alfred. Maintenant, il faut que je mentionne la qualité désastreuse de la copie présentée par la Cinémathèque lors de cette projection avec un pianiste. C'était un contretype français (16 mm) extrêmement abimé et granuleux. Il est incompréhensible que ce film ait été présenté dans des conditions aussi lamentables d'autant plus qu'il existe une copie 35mm au National Film Archive de Londres. Je ne vois pas l'intérêt d'engager un pianiste pour accompagner un film quand la copie est aussi laide. Un petit mot sur le pianiste Mathieu Régnault que j'ai déjà entendu plusieurs fois. Il a du talent et a de bonnes intuitions; mais, il fait par moment des longues pauses, qui n'ont pas lieu d'être, au beau milieu de certaines scènes.

The Farmer's Wife 1928

Un film d'Alfred Hitchcock avec Lilian Hall-Davis et Jameson Thomas

Cette charmante comédie sur un fermier veuf qui cherche une nouvelle épouse a énormément de charme. Tout d'abord, le film nous permet de découvrir la vie de la bourgeoisie terrienne anglaise. Il y a toute une atmosphère parfaitement reconstituée avec d'excellents acteurs dans les seconds rôles. De ce point de vue, la 'tea party' est un grand moment de rire avec ses vieilles dames excentriques, l'homme à tout faire qui fait des gaffes, et autres joyeusetés. Ce fermier ne réalise même pas qu'il a la femme idéale sous son nez. Lilian Hall-Davis réussit à apporter un élément humain et émouvant en gouvernante discrète qui devine le moindre désir de son patron. Un film absolument charmant. Il a aussi été présenté en copie numérique (de bonne qualité) avec une bande-son au piano.

Blackmail 1929

Chantage
Un film d'Alfred Hitchcock avec avec Anny Ondra, Donald Calthrop, John Longden, Cyril Ritchard

Alice White (A. Ondra) renvoit son fiancé policier (J. Longden) pour suivre un artiste peintre (C. Ritchard) dans son studio. Il tente de la violer et elle le tue...

Blackmail fut le dernier film muet d'Alfred Hitchcock. Mais, il décida d'en retourner une version entièrement parlante suite aux demandes des producteurs. A l'origine, on ne lui avait demandé de sonoriser qu'une seule bobine, mais il décida -sans rien leur dire- de refaire tout le film en version parlante. La cinémathèque a projeté la version muette du film avec un excellent accompagnement au piano de Jacques Cambra. La tchèque Anny Ondra qui semble une jeune fille assez sage, flirtant avec plusieurs homme, se transforme en meurtrière l'espace d'un instant. Elle s'empare d'un simple couteau à pain et tue l'artiste qui voulait la violer. Le spectateur ne voit rien du meurtre qui se déroule derrière un rideau. (voir extrait ci-dessous) Le film entier baigne dans une atmosphère germanique expressionniste qui n'a rien d'étonnant vu que Hitchcock a été formé dans les studios allemands avant de revenir travailler en Grande-Bretagne. Sous sa forme muette, le film est un des meilleurs exemples de la fluidité d'exécution du cinéma muet à son apogée. la qualité du montage et des mouvements d'appareils donne au film son rythme plein de suspense. Je n'ai vu que des extraits de la version parlante qui montre qu'Hitchcock avait modifié son plan de travail pour mettre l'accent sur le son. Je pense en particulier à la scène du petit déjeuner où Alice White (A. Ondra) est terrifiée par le couteau à pain. Dans la version muette, sa main avance doucement vers le couteau projetant une ombre alors que dans le version parlante, c'est la voix de la voisine qui répète constamment 'knife' (couteau) qui la terrorise. Ondra est très bonne dans cette version muette ainsi que Donald Calthrop en maître-chanteur. Espérons que cette version muette sera un jour éditée en DVD avec la belle partition orchestrale de Neil Brand dont vous pouvez voir un extrait ici.
Dans le documentaire Cinema Europe (1996), on peut voir un petit film amateur tourné par Ronald Neame sur le tournage du film où Sir Alfred s'amuse à trousser le tutu d'Anny Ondra et un moment encore plus drôle où il fait un bout d'essai sonore en disant les pires horreurs à Anny Ondra ("You've been a naughty girl. Have you slept with the director?") qui éclate de rire. Sir Alfred adorait les blagues.