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dimanche 10 janvier 2016

La Riposte 1922

Pablo Soriano (Jean Angelo) et Diane (Nathalie Lissenko)
Un film de Viatcheslav Tourjansky avec Jean Angelo, Nathalie Lissenko, Bartkevitch et Mme de la Croix

Suite à un accident, l'écuyère Alpha (N. Lissenko) perd son emploi dans le cirque Pinelli. Heureusement, un vieux billet de loterie - gagnant - lui permet de changer d'identité et de refaire sa vie sous le nom de Diane d'Avremont. Au bord de la mer, elle fait la connaissance du très séduisant Pablo Soriano (J. Angelo)...

Ce film Albatros était jusqu'à présent invisible car dépourvu de cartons d'intertitres. Une récente réstoration lui a permit de les recouvrer et d'en permettre la projection. L'intrigue combine comique et tragique comme savaient si bien le faire les Russes de Montreuil. L'écuyère déchue reprend vie sous une autre identité et sa recontre avec l'élégant Pablo Soriano est l'occasion de donner au film un ton de comédie sentimentale très enlevée. Tourjansky est un des meilleurs metteurs en scène de la société et il sait donner à son film un ton qui rappelle les comédies sentimentales américaines avec ses séquences rapides au bord de la mer. Le film prend un tour plus noir lorsque la malheureuse Diane est victime d'un chantage et perd soudainement l'amour de son époux. Avec un certain machiavélisme, Pablo va tester son amour avec une série de mensonges et de mises à l'épreuve qui iront jusqu'au suicide simulé. Cette deuxième partie est malheureusement moins enlevée que la première avec beaucoup de scènes d'intérieurs et un moindre suspens. Nathalie Lissenko et Jean Angelo forment un couple tout à fait séduisant, mais l'intrigue ne fonctionne pas aussi bien qu'elle le devrait. Un film Albatros sympathique, mais sans plus.

dimanche 23 janvier 2011

Manolescu: Der König der Hochstapler 1929

Un film de Victor Tourjansky avec Ivan Mosjoukine, Brigitte Helm, Heinrich George et Dita Parlo

George Manolescu (I. Mosjoukine) rencontre la troublante et mystérieuse Cleo (B. Helm) à bord du train Paris-Monte-Carlo. Envouté, il devient voleur, escroc et faux-monnayeur pour lui offrir le train de vie qu'elle réclame...

La carrière d'Ivan Mosjoukine est fort complexe. Il passe de la Russie Impériale à la France, puis fait une courte escale à Hollywood en 1927 pour un seul film (Surrender d'E. Sloman) avant de retourner en Europe faire des films en Allemagne. De retour en France, au moment de l'arrivée du parlant, il disparaît rapidement des premiers rôles miné par son accent russe et les mauvais films. Pour Manolescu, une production allemande muette, il retrouve son compatriote Victor Tourjansky qui est lui aussi passé de l'autre côté du Rhin après un échec à Hollywood. Le film bénéficie d'une belle distribution avec Brigitte Helm en femme fatale et Dita Parlo en jeune innocente. L'intrigue ne me semble pas offrir, néanmoins, le type de personnage complexe que Mosjoukine interprétait fréquemment dans sa première période française (la meilleure). Il est un escroc victime d'une femme qui retrouve le chemin de l'honnêteté au contact de la pure Dita Parlo. C'est un film plus formaté que ceux de la période Albatros où comique et tragique faisait bon ménage. Cela dit, le film doit certainement recéler des beautés plastiques grâce à la photo de Carl Hoffmann. Malheureusement, la hideuse copie que j'ai pu voir ne permet pas du tout de les apprécier. De même le jeu tout en nuances de Mosjoukine est parfois à peine perceptible tant son visage ressemble à un point blanc. Par contre, il semble que Tourjansky avait conservé son talent avec des mouvements de caméra remarquables comme celui où elle se déplace vers une fenêtre, arrive au niveau du carreau avant de passer au travers pour nous faire pénétrer à l'intérieur de la maison. Tout cela est totalement fluide et sans à-coups. Helm et Parlo offre un beau contraste dans les deux personnages féminins opposés. Ce n'est pas le meilleur film de Mosjoukine ; mais, c'est certainement un de ses meilleurs pour la période allemande.

I. Mosjoukine et V. Tourjansky


lundi 5 juillet 2010

Ce Cochon de Morin 1925

Nicolas Rimsky
Un film de Victor Tourjansky avec Nicolas Rimsky et Denise Legeay

Morin, un commerçant de la Rochelle, est en visite à Paris où il fait la noce. Légèrement éméché lors de son retour, il tente d'embrasser une jeune femme dans le train. L'histoire fait rapidement le tour de la ville. Il devient 'ce cochon de Morin'...
Cette excellente adaptation de la nouvelle de Maupassant offre un rôle en or à l'acteur russe, Nicolas Rimsky qui était l'une des stars de la compagnie Albatros de Montreuil. Il est parfaitement à sa place dans le rôle de Morin, le pauvre type harcelé par sa mégère de femme et complètement ecrasé par la rumeur publique. Le début du film offre une débauche visuelle alors que Morin se soule dans une boîte de nuit sur fond d'orchestre de jazz. Ce montage très rythmé rappelle le début du meilleur film de Tourjansky, Michel Strogoff. La seconde partie est plus lente, mais non moins intéressante alors que Morin essaye vainement d'arranger la situation avec son ami journaliste. Nous observons le manège du journaliste qui s'intéresse de près à la jeune femme sous la table avec des mouvements de jambes et de pieds sans équivoque. Le film a été accompagné excellement par Stephen Horne au piano. La copie de la Cinémathèque est correcte sans plus.

lundi 14 juin 2010

Michel Strogoff 1926


Un film de Victor Tourjansky avec Ivan Mosjoukine et Nathalie Kovanko

Le roman de Jules Verne est ici adapté par des russes qui lui donnent une patine et une authenticité absente des nombreuses autres version. Je dirais d'ailleurs que ce film est la meilleure version du roman que j'ai pu voir - et de loin ! Le film a été tourné en Lettonie dont les monuments et paysages rappellent leur grand voisin. Tous les russes immigrés de Paris se sont retrouvés là pour servir ce roman français avec des décors fantastiques de Lochakoff. Le film dure environ 2h50 et paraît infiniment plus court. Le film part comme un boulet de canon avec un montage rapide à faire pâlir Abel Gance (d'ailleurs les opérateurs du film sont ceux de Napoléon: L.H. Burel, Bourgassoff et Toporkoff). Hélas, la copie bien médiocre que j'ai vue ne permet pas de l'apprécier pleinement. Il y a une scène dans le film qui m'a rappelé la scène du cauchemar dans Le Brasier Ardent de Mosjoukine: la même folie expressioniste lorsque Strogoff délirant se voit la proie de sorcières qui tire son habit déchiré. je pense que l'interprète a dû avoir une influence décisive pour cette scène. Nathalie Kovanko (Mme Tourjansky à la ville) joue le rôle de Nadia avec talent. Les scènes de bataille et d'action sont tout à fait formidables. Tourjansky venait de travailler comme assistant réalisateur sur Napoléon, ceci explique probablement cela. Voilà un réalisateur très inégal; mais, il faut reconnaître que son Strogoff est remarquable. La copie que j'ai vue était accompagnée par une partition musicale absolument formidable de Amaury du Closel. Il porte littéralement le film à bout de bras avec un tapis sonore chromatique qui évoque autant Debussy que Tchaikovski. Il n'y a pas trace de 'couleur locale' artificielle dans sa partition qui donne au film un dynamisme foudroyant ainsi qu'une atmosphère quasi impressionniste. Formidable!