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dimanche 27 juillet 2014

Madame Dubarry 1919

Un film d'Ernst Lubitsch avec Pola Negri, Emil Jannings, Harry Liedtke et Reinhold Schünzel

Jeanne Vaubernier (P. Negri) est une simple couturière lorsqu'elle croise le chemin du Comte du Barry (Eduard von Winterstein). Il décide d'en faire sa maîtresse et de l'utiliser pour obtenir le paiment d'une dette royale. C'est alors qu'elle rencontre le roi Louis XV (E. Jannings) qui est conquis par son charme...

Cette superproduction historique est la première dans la carrière d'Ernst Lubitsch qui s'était jusqu'alors spécialisé dans la comédie. Le cinéma allemand a clairement l'intention d'exporter ses productions, notamment vers les Etats-Unis, et les moyens mis en oeuvre sont extrêmement importants: énorme figuration et vastes décors. Par contre, la vérité historique en prend un bon coup avec un scénario assez rocambolesque qui est surtout là pour amuser. Lubitsch continue sa collaboration avec Pola Negri et Emil Jannings dans les rôle principaux. Cependant, c'est bien Pola qui est la pièce maîtresse de cette oeuvre. le grand Emil est finalement peu présent en roi libidineux, mais il se rattrape avec une scène de mort haute en couleurs. Alors que Louis XV est sur le point d'expirer couvert de pustules de vérole, il arrache une bible des mains du prêtre venu lui donner l'extrême onction et réclame sa maîtresse! Pola Negri tient la vedette en fille du peuple devenue courtisane, puis favorite royale. C'est finalement le début du film qui est le plus réjouissant avec son rythme comique qui montre comment la Dubarry savait enjôler les hommes. Malheureusement, le ton tourne rapidement au tragique et l'on découvre avec stupéfaction que Jeanne Dubarry aurait été responsable - à elle seule - de la Révolution française par son comportement! D'ailleurs le scénario fait d'elle une victime du monde corrompu de la cour, en particulier du ministre Choiseul. Si l'on passe sur ces approximations historiques, cette grande machine lubitschiennne est néanmoins nettement plus comestible que les pensums tels que Anna Boleyn (1920) ou Sumurun (1920). Le rythme est soutenu et on ne s'ennuie pas une minute. C'est ce film qui a fait de Pola Negri une star internationale. Madame Dubarry est en effet sorti aux USA sous le titre passe-partout de Passion en octobre 1920. Ce fût un véritable événement outre-atlantique car c'était le premier film allemand qui y était exploité depuis la fin de la guerre. Pola Negri reçut des éloges dithyrambiques pour son incarnation de la Dubarry. Et on parla même du réalisateur comme étant de la trempe d'un DeMille ou d'un Griffith. Ce n'est guerre étonnant que quelques années plus tard Pola, Ernst et Emil traversèrent l'Atlantique pour venir renforcer les troupes hollywoodiennes...

vendredi 30 septembre 2011

Das Weib des Pharao 1922


La Femme du pharaon
Un film d'Ernst Lubitsch avec Emil Jannings, Paul Wegener, Harry Liedtke, Dagny Servaes et Albert Bassermann

Théonis (D. Servaes), une esclave grecque, est enlevée par Ramphis (H. Liedtke). Mais, tous deux sont capturés par les soldats du pharaon, Amenes (E. Jannings) pour avoir approché son nouveau palais du trésor. Amenes, tombé follement amoureux de Théonis, lui demande de l'épouser en échange de la libération de Ramphis...

C'est l'avant-dernier film d'Ernst Lubitsch réalisé en Allemagne avant son départ pour Hollywood. Pour cette production colossale, on lui a donné de grands moyens humains (des centaines de figurants) et des décors gigantesques qui pourraient rivaliser avec une production biblique de C.B. DeMille. Comme dans la plupart des grandes productions historiques allemandes de Lubitsch, les acteurs pratiquent un cabotinage particulièrement outrancier. Emil Jannings roule des yeux et s'agite ; Paul Wegener nous fait des grimaces sous sa perruque bouffante et son maquillage noir ; Harry Liedtke bat l'air de ses bras. Quant à l'héroïne, Dagny Servaes, elle se contente de regarder le ciel en croisant les mains avec un air douloureux. Il est évident qu'Ernst Lubitsch leur a demandé spécifiquement de jouer leur rôle de cette manière théâtrale et outrée. Si vous regardez Sumurun (1920, E. Lubitsch), le grand Ernst y joue également de cette manière, probablement héritée du théâtre de Max Reinhardt. Ce n'est que bien plus tard, en Amérique, qu'il adoptera un style de jeu plus épuré pour ses acteurs. Le scénario signe Hans Kräly (un des grands complices de Lubitsch) et Norbert Falk contient les clichés habituels du péplum égyptien, un peu entre Aïda et Die Sklavenkönigin (1924, M. Kertész alias Curtiz). Cependant, on suit l'histoire de cette belle esclave qui fait des ravages dans le coeur des hommes avec intérêt. Tout d'abord, il y a la superbe cinématographie de Theodor Sparkuhl qui joue de l'ombre et de la lumière avec raffinement. Il travaillera plus tard avec Renoir pour La Chienne (1931) et à la Paramount. La nouvelle restauration est un vrai festin pour les yeux avec ses teintages et virages chatoyants. Et puis, il y a la superbe partition originale d'Eduard Künneke qui a été reconstituée par Frank Strobel. La musique allemande des années 20 est celle du post-romantisme chatoyant et flamboyant de Richard Strauss. Künneke offre un écrin luxueux à cette histoire égyptienne en donnant à chaque personnage des thèmes et des couleurs qui leur apportent une vie intérieure qui serait invisible sans la musique. La flamboyance de la musique est en parfaite harmonie avec le jeu 'opératique' des acteurs. Je crois bien que sans elle, j'aurais pouffé de rire plus d'une fois. Au total, une super-production de luxe qui se laisse regarder avec plaisir.

jeudi 7 octobre 2010

Rosita 1923

Rosita, Chanteuse des rues

Un film d'Ernst Lubistch avec avec Mary Pickford, Irene Rich, Holbrook Blinn et George Walsh

Rosita (M. Pickford) chante dans les rues de Séville en se moquant du roi (H. Blinn). Elle est arrêtée pour propos séditieux. Un jeune officier, Don Diego (G. Walsh) qui avait tentée de la défendre est lui aussi arrêté...

Mary Pickford avait embauché Ernst Lubitsch en 1922. A l'origine, ils devaient tourner Faust, puis Dorothy Vernon. Mais, ils ne purent se mettre d'accord, donc ils se tournèrent vers Rosita, une version de Don César de Bazan. Les relations entre Lubitsch, fraîchement arrivé d'Allemagne, et sa productrice-interprète furent très tendues. Chacun voulait conserver sa liberté d'action face à l'autre qui voulait contrôler le film. Mary Pickford avait toujours eu un contrôle presque total de ses films au sein de son studio. D'ailleurs, pour cette production, elle ne ménage pas ses frais. Le Danois Svend Gade est engagé pour réaliser les décors gigantesques de Rosita en collaboration avec William Cameron Menzies. La dimension des plateaux vu sur grand écran laisse rêveur: ils rivalisent avec le château médiéval de Robin Hood (1922, A. Dwan) tourné peut de temps avant par son époux, Douglas Fairbanks. La petite Mary Pickford paraît minuscule devant les portails géants et les salles à haut plafond des palais. De ce point de vue, le film est une brillante réussite: la petite ville espagnole recréée en studio semble être réelle. De même, l'opérateur de Pickford, le génial Charles Rosher (qui gagna le 1er Oscar de la cinématographie en 1927 pour Sunrise) fait des merveilles. On sent là à quel point la cinématographie en Amérique avait de l'avance, à l'époque, sur celle des allemands. D'ailleurs, visuellement, le film est plus un film de Rosher que de Lubitsch. Son utilisation des silhouettes en ombre se détachant sur un immense décor en grande profondeur de champ est incroyable. Hélas, la seule copie de ce film qui a survécu est un vilain contretype russe où il faut deviner les beautés de Rosher. L'intrigue n'offre pas beaucoup de surprises. C'est surtout Mary Pickford qui tire son épingle du jeu en fille des rues sauvage et futée. Mais, elle avait eu des rôles bien plus intéressants (et plus complexes) dans Tess of the Storm Country (1922) par exemple. George Walsh (le frère de Raoul Walsh) est bien fade en jeune officier. Heureusement, il y a Irene Rich (qui sera plus tard Mrs Erlynne dans Lady Windermere's Fan) pour apporter un élément de subtilité en reine trompée qui fait tout pour faire échouer les amours de son roi. L'aspect comique du film avec les parents adoptifs -assez grotesques- de Rosita fait penser aux farces bavaroises du Lubitsch allemand comme Kohlhiesels Töchter. Le Lubitsch subtile, adepte de l'ellipse, n'est pas encore né à son arrivée en Amérique. Peut-être est-ce la vision de A Woman of Paris (L'opinion publique, 1923) de Chaplin qui le mettra sur la voie ? Pickford gardera un souvenir détestable de ce tournage et elle laissera à l'abandon le négatif du film (contrairement à ses autres films qui furent préservés). On ne peut donc découvrir ce film que grâce à une copie très médiocre qui ne permet pas d'en apprécier la beauté visuelle.

mardi 5 octobre 2010

So This is Paris 1926



Les Surprises de la TSF

Un film d'Ernst Lubitsch avec avec Patsy Ruth Miller, Monte Blue, André Béranger et Lilyan Tashman

Le Dr Giraud (M. Blue) retrouve par hasard une vieille amie, Georgette (L. Tashman) mariée à un artiste (A. Béranger). Pour retourver son amie à une soirée, il commence à mentir à son épouse (P. Ruth Miller)...

Cette comédie de Lubitsch produite par la Warner est basée sur la pièce de Meilhac et Halévy, Le Réveillon. Si cette pièce est maintenant oubliée, l'adaptation qu'en fit Johann Strauss II, elle, est immortelle avec Die Fledermaus (La Chauve-Souris). Lubitsch a d'ailleurs déjà utilisée cette histoire pour un film allemand antérieur, Ein Fideles Gefängnis (La Joyeuse Prison, 1917). Cette histoire d'infidélité conjugale est située à Paris, la ville du péché par excellence pour les studios américains. Hans Kräly, le complice de Lubitsch pour de nombreux scénarios, modernise l'intrigue. Le Dr Giraud retrouve la belle Georgette au bal des artistes où ils gagnent un concours de Charleston. C'est d'ailleurs cette séquence syncopée qui est la plus célèbre du film. Utilisant le montage rapide et les surimpressions pour suggérer le rythme trépidant de la danse, on se croirait déjà dans une comédie musicale des années 30. Lilyan Tashman est piquante, charmante et pleine de dynamisme. Cette actrice qui mourra très jeune en 1934 apparaitra dans le délicieux Girls about Town (1931, G. Cukor) montrant que le parlant n'était pas un obstacle pour elle. Monte Blue est très en forme en mari infidèle piqué par le démon du midi qui ne reconnaît même plus sa femme après plusieurs bouteilles de Champagne. Quant à André (George) Béranger, il était déjà un vétéran du cinéma en 1926: il était acteur dans Birth of a Nation (1915, DW Griffith). Il est assez désopilant en mari trompé, fort peu athlétique. On ne peut que regretter l'absence totale de musique lors de cette projection. Le film perd beaucoup de son dynamisme dans ce silence sépulcral. La copie présentée (issue du MoMA mais copiée à partir d'une copie française de la Cinémathèque) était de bonne qualité, bien qu'il manque un bout de métrage (lorsque Pasty Ruth Miller va rechercher la canne de son mari pour la redonner à André Béranger). Ce métrage est bel et bien présent dans une copie américaine que j'ai pu voir.

dimanche 19 septembre 2010

The Patriot 1928

F. Vidor et E. Jannings
Le Patriote
Un film d'Ernst Lubitsch avec Emil Jannings, Florence Vidor, Lewis Stone et Neil Hamilton

Cette grosse production Paramount de Lubitsch a disparue sauf quelques fragments de quelques minutes issues des collections de la cinémathèque portugaise ainsi que la bande-annonce. Ces quelques fragments permettent de se faire une idée sur cette superproduction centrée sur le Tsar Paul interprété par Emil Jannings. La caméra est extrêmement mobile se déplaçant dans les airs pour cadrer un Jannings en grande forme. La bande-annonce est disponible sur YouTube ainsi que dans le coffret More Treasures from the American Film Archive. Difficile de décréter qu'il s'agit d'un chef d'oeuvre perdu, mais en tous cas, les quelques scène m'ont parfois fait penser à Von Sternberg.

Meyer aus Berlin 1919


Meyer de Berlin
Un film d'Ernst Lubitsch avec E. Lubitsch, Ethel Orff, Heinz Landsmann et Trude Koll

Sally Meyer (E. Lubitsch) fait semblant d'être malade pour que sa femme le laisse partir en vacances à la montagne. Il part pour le Tyrol habillé en costume typique et il y rencontre la belle Kitty...

Lubitsch reprend son personnage comique Sally, le Berlinois juif qui aime flirter. Contrairement à d'autres comédies, Lubitsch est moins cabotin que d'habitude. Il joue de son comportement légèrement décalé. Il part habillé en tyrolien avec Lederhosen, immense plume de faisan sur son chapeau et un piolet. Il ne passe pas inaperçu parmi les berlinois amusés: "Vous jouez dans quelle pièce ?" Une fois dans l'hôtel tyrolien, il flirte outrageusement avec la belle Kitty qui ne le prend pas du tout au sérieux. C'est l'escalade vers les sommets qui provoque le plus de rire avec un Sally dépassé par les événements. Après une nuit dans un refuge, il se réveille -oh surprise !- avec sa femme à ses côtés (voir ci-dessus). Une comédie plutôt réussie tournée dans les Alpes Bavaroises. Il est d'ailleurs étonnant de constater le nombre de films tournés à la montagne par Lubitsch: Die Bergkatze, Romeo und Julia im Schnee et Kohlhiesels Töchter.

Forbidden Paradise 1924


Paradis Défendu

Un film d'Ernst Lubitsch avec Pola Negri, Adolphe Menjou, Rod La Rocque et Pauline Starke

La tsarine Catherine (P. Negri) risque d'être détronée suite à la rébellion d'une partie de l'armée. Le jeune officier Alexei (R. La Rocque) se précipite vers la palais royal pour prévenir la tsarine. Mais, son chancelier (A. Menjou) pense qu'il est fou...

Cette production Paramount n'existe plus que sous la forme d'un contretype Tchèque particulièrement médiocre. De plus, il doit manquer environ 10 min de métrage. Cependant, il est assez facile de remplir les manques dans la narration. L'histoire modernisée de cette tsarine a des relents de Catherine la Grande. Elle collectionne les amants parmi les officiers de son armée et leur remet une décoration pour 'bons et loyaux services'. Rod La Rocque (qui était d'ailleurs l'amant de Pola à cette époque) est un officier crédule et pataud qui ne comprend pas les avances de sa souveraine. Elle doit grimper sur un tabouret pour l'embrasser (vu sa petite taille). Pola s'en donne à coeur joie en mangeuse d'hommes ; elle a un sourire matois en contemplant sa proie. Adolphe Menjou est un chancelier qui sert aussi d'entremetteur pour fournir la souveraine en chair fraîche. Il sait aussi manier le carnet de chèques pour supprimer une révolution : même les révolutionnaires peuvent être achetés! Il y a de délicieuses séquences typiquement Lubitschiennes où Menjou surveille par le trou de la serrure les discussions entre Pola et son nouvel amant. Mais, celle-ci connait son manège: l'écran vire au noir après la fermeture d'un rideau. Il est vraiment dommage que la copie soit si granuleuse et horriblement contrastée...

jeudi 16 septembre 2010

Three Women 1924

L. Cody, P. Gendron et M. McAvoy
Trois Femmes

Un film d'Ernst Lubitsch avec Pauline Frederick, May McAvoy, Marie Prevost, Lew Cody et Pierre Gendron

A New York, Mrs Wilton (P. Frederick) est une veuve richissime qui attire les regards d'un aventurier mondain, Edmund Lamont (L. Cody). Criblé de dettes, il voudrait bien l'épouser. Celle-ci fait tout ce qu'elle peut pour paraître plus jeune. Mais, sa fille de 18 ans, Jeanne (M. McAvoy) rentre précipitamment de Berkeley. Lamont s'intéresse alors à la fille, richement dotée...

Ce troisième film de Lubitsch réalisé en Amérique est peu connu et c'est bien dommage. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une comédie. Le sujet est réellement celui d'un mélodrame. Les rapports entre Mrs Wilton, sa fille et son amant sont tissés de main de maître par Lubitsch. Chaque personnage découvre les rapports entre les deux autres au fur et à mesure. Mrs Wilton est interprétée avec énormément de talent par Pauline Frederick. Cette femme d'une quarantaine d'années qui lutte contre les outrages du temps au point de délaisser sa fille n'est à priori pas très sympathique; mais, elle en fait une victime d'un système où la femme doit rester jeune et désirable. Il est d'ailleurs intéressant de noter que Pauline Frederick jouera un rôle très proche dans Smouldering Fires (La femme de 40 ans, 1925), un excellent film de Clarence Brown, immédiatement après celui-ci. Elle y est à nouveau une femme d'affaires impitoyable qui tombe amoureuse d'un de ses employés plus jeune qu'elle avant de céder la place à sa jeune soeur. Le séducteur mondain et cupide joué par Lew Cody est dépourvu de qualités : il ne s'intéresse qu'à l'argent, aux filles et n'hésite pas à faire chanter son ex-maîtresse. La fille crédule et innocente est jouée par May McAvoy. Sa petite taille la cantonnait dans les rôles de jeunes filles innocentes comme dans Ben-Hur (1926, F. Niblo). Dirigée par Lubitsch, elle est émouvante et juste comme dans Lady Windermere's Fan (L'éventail de Lady Windermere, 1925). Il faut aussi saluer la construction dramatique du film qui utilise avec parcimonie les intertitres. Le jeu des visages suffit à nous faire comprendre que Lew Cody a déjà compromis May McAvoy pour la pousser au mariage. Lubitsch utilise aussi quelques ombres expressionnistes pour l'assassinat de Lamont, comme pour excuser le geste de Mrs Wilton. La fin paraît plus convenue et expédiée. Mais, c'est un très grand cru de Lubitsch sans être une comédie.

mardi 14 septembre 2010

Der Blusenkönig 1917


Le Roi du corsage

Un film d'Ernst Lubitsch avec Ernst Lubitsch, Käthe Dorsch et Guido Herzfeld

Sally Katz (E. Lubitsch) est devenu le 'roi du corsage' et il revient visiter son ancien employeur tout heureux de son succès. La fille de celui-ci flirte avec lui...

Il ne reste plus qu'un fragment de 12 min de cette comédie de 3 bobines où Lubitsch tient le rôle principal. Il est bien dommage que le film entier n'ait pas survécu car c'est ce film-là qui a retenu mon attention à cause d'une scène délicieuse qui annonce les futurs chefs d'oeuvres d'Ernst. Sally est seul avec la fille du patron et on les épie par le trou de la serrure (il y a une scène similaire dans Die Austernprinzessin). Il renoue les rubands de la chaussure de la demoiselle qui émet un petit cri de plaisir au contact du ruban. Tout cela est épié et mal interprété par l'espion. Charmant!

Wenn vier dasselbe tun 1917


Quatre font la même chose

Un film d'Ernst Lubitsch avec Emil Jannings, Ossi Oswalda, Margarete Kupfer et Fritz Schultz

Ossie (O. Oswalda) rentre du couvent où elle était pensionnaire pour vivre avec son père (E. Jannings). En chemin, elle a fait la connaissance d'un jeune homme (F. Schultz) qui est employé de librairie...

Ce film de Lubitsch a été retrouvé dans les archives russes. La distribution est extrêmement prometteuse avec Ossie Oswalda, la pétulante et hilarante interprète de nombreux Lubitsch des années 10 (Die Puppe et Ich möchte kein Man sein) et Emil Jannings dans le rôle du papa. Malheureusement le résultat n'est pas tout à fait au niveau des espoirs que l'on pouvait fonder sur une telle distribution. Il faut aussi tenir compte du fait que les intertitres russes ne rendent pas forcément très bien l'humour des intertitres originaux qui devaient être bien meilleurs. La traduction m'a paru assez laborieuse. Oswalda est formidable de charme et d'énergie, mais c'est le scénario qui pêche légèrement. Il n'y a aucune surprise dans cette histoire de flirt entre la jeune fille et le jeune garçon et la libraire et le papa d'autre part. Les meilleures scènes sont celles où Jannings (qui frise sans arrêt d'immenses moustaches en guidon de vélo) danse avec sa dulcinée aux bals des veuves et des veufs.

Als ich tot war 1916


Quand j'étais mort

Un film d'Ernst Lubitsch avec Ernst Lubitsch, Louise Schenrich, Lanchen Voss et Julius Falkenstein

Ernst est victime d'une belle-mère acariâtre qui barricade la porte de son appartement quand il veut rentrer tard chez lui. Il s'endort dans l'escalier où elle vient lui subtiliser ses vêtements. Le lendemain, elle le flanque à la porte. Il laisse un mot d'adieur à sa femme lui annonçant son suicide. Peu après une petite annonce propose une place de domestique chez lui. Il se déguise et y répond...

Cette comédie jouée par Lubitsch porte encore la marque de sa carrière théâtrale. La mise en scène est pratiquement totalement statique et Lubitsch lui-même fait un numéro hénaurme en domestique ignare qui pèle les patates au point de n'en rien laisser. On reconnaît Julius Falkenstein l'acteur chauve de Die Austernprinzessin qui est ici un prétendant sélectionné par la belle-mère pour la 'veuve' d'Ernst. Cela donne lieu au meilleur gag du film : Ernst a percé un trou dans sa cuillère et le malheureux essaie désespéremment de boire sa soupe avec cet instrument qui fuit. Dans l'ensemble, nous sommes encore très loin des meilleures comédies muettes allemandes de Lubitsch.

Romeo und Julia im Schnee 1920


Roméo et Juliette dans la neige

Un film d'Ernst Lubitsch avec Gustav von Wangenheim, Julius Falkenstein, Jacob Tiedtke, Marga Köhler, Lotte Neuman et Ernst Rückert

Romeo Montekugerl (Gustav von Wangenheim) est tombé follement amoureux de Julia Capuletofer (Lotte Neumann). Hélas, la belle est promise à un autre garçon, passablement débile (Julius Falkenstein)...

Cette parodie de Shakespeare tournée dans la Forêt Noire voit l'affrontement à coups de boules de neige des Capuletofer et des Montakugerl. C'est une pochade vraiment réussie avec une certaine exagération comme dans Die Bergkatze (La chatte des montagnes). Lors d'un bal masqué, Romeo usurpe le costume du ridicule Falkenstein (habillé en ange avec de grandes ailes) à la grande fureur de la famille Capuletofer. L'un des meilleurs gags montre Romeo et Julia allant chez l'apothicaire s'acheter du 'poison pour deux'. Celui-ci doit leur faire crédit car ils n'ont pas d'argent. ('Vous reviendrez une autre fois'). Tout se termine bien car les amoureux ont bu de l'eau sucrée. Une comédie très enlevée et pleine de bonne humeur.

Die Flamme 1922


Un film d'Ernst Lubitsch avec Pola Negri, Hilde Wörner, Alfred Abel et Hermann Thimig

A Paris en 1860, Yvette (P. Negri), une cocotte, tombe amoureuse d'un jeune compositeur Adolphe (H. Thimig). Mais, elle est victime de son passé et de Gaston (A. Abel) qui la poursuit de ses assiduités...

Die Flamme (Montmartre) fut le dernier film de Lubitsch en Allemagne avant son départ pour les Etats-Unis. Il ne reste malheureusement qu'une seule bobine de ce mélodrame avec Pola Negri. La reconstruction effectuée par le Film Museum de Munich est donc composée de nombreuses photos de plateau et de dessins de storyboard pour complémenter les 22 min restantes de film. Pola joue un beaucoup de retenu son personnage de femme perdue. On remarque la patte de Lubitsch dans de tous petits détails comme le petit geste de la main d'Yvette envers sa co-locataire pour éloigner le dangereux Gaston. Il est difficile d'avoir une véritable opinion sur ce film car il ne reste qu'un tout petit fragment. On remarque nénamoins le soin apporté aux décors et aux costumes pour reconstituer le Paris du Second Empire. Alfred Abel est excellent en méchant. Le film se terminait par le suicide de Pola qui ne supportait plus les doutes de son amant. Pour la sortie en Amérique, une version heureuse voyait la réconciliation des amants. Toutes deux sont perdues.

mardi 3 août 2010

Kohlhiesels Töchter 1920


Les filles de Kohlhiesel

Un film d'Ernst Lubitsch avec Henny Porten et Emil Jannings

Xaver (E. Jannings) voudrait bien épouser la jolie Gretel (H. Porten). Mais, Kohlhiesel, son père, lui annonce que tant que sa soeur Liesel (H. Porten) n'aura pas trouvé chaussure à son pied, il ne pourra pas l'épouser...

Ernst Lubitsch a tourné cette parodie de La Mégère Apprivoisée à Garmisch-Partenkirchen, dans les montagnes bavaroises. La pièce de Shakespeare devient une pochade bavaroise avec une légèreté tout teutonique. Lubitsch a déjà réalisé une version de Roméo et Juliette dans la Forêt Noire, Romeo und Julia im Schnee. Ici, Henny Porten joue le double rôle de Liesel -la mégère mal attifée toujours en colère- et de Gretel -la fille gentille, mais un peu simplette. Elle se donne à fond en contrastant les deux soeurs avec soin. Emil Jannings n'est pas en reste en paysan bavarois qui reluque la belle Gretel avant de sucomber au charme de Liesel. Dans l'ensemble, ce film ne fait pas partie des meilleurs Lubitsch de l'époque allemande. Die Bergkatze et Die Puppe sont tous les deux plus inventifs autant visuellement que narrativement. Mais, on passe un bon moment devant cette farce bavaroise un peu 'hénaurme'.

dimanche 31 décembre 2006

Lady Windermere's Fan 1925

L'éventail de Lady Windermere
Un Film d'Ernst Lubitsch (1925)
La très prude Lady Windermere (May McAvoy) est poursuivie par les assiduités de Lord Darlington (Ronald Colman) bien qu'elle ne l'encourage en rien dans sa poursuite. Son époux Lord Windermere (Bert Lytell) est l'objet d'un chantage d'une certaine Mrs Erlynne et achète son silence. Cette dernière est une femme de mauvaise réputation qui n'est pas reçue par la bonne société; mais, elle est également la mère biologique de Lady Windermere qui ne l'a jamais connue. Sur cet imbroglio, Lady Windermere suspecte son mari d'infidélité et pense s'enfuir avec Darlington. Ayant deviné ses intentions, Mrs Erlynne décide de sacrifier pour sauver sa fille d'un scandale.
Ce résumé rapide de la pièce d'Oscar Wilde ne rend pas compte de l'humour de l'auteur et de sa décription de l'hypocrisie des moeurs victoriennes où un homme peut avoir autant de maîtresses qu'il le souhaite alors qu'une femme perd son honneur à la première faiblesse! Lorsque Lubitsch décide d'adapter cette pièce en 1925, tout le monde est sidéré: mettre Wilde en scène sans ses épigrammes semble une folie. Habilement avec son scénariste J. Josephson, il se concentre sur la psychologie des personnages au lieu d'essayer de paraphraser Wilde dans les intertitres. Mrs Erlynne est un personnage ambigu: elle n'hésite pas à faire payer son silence; mais, elle montre pour la première fois de l'amour maternel en sauvant sa fille. Lord Darlington, dans la pièce de Wilde, est un coureur de jupon; dans le film, il est sincèrement épris de Lady Windermere. La séquence que je vous propose se trouve tout au début du film où Lubitsch présente les principaux personnages. Son sens de l'ellipse et du sous-entendu sont bien en évidence. Observez la réaction de Darlington après l'aveu qu'il fait à Lady Windermere ou le glissement furtif de la lettre sur le bureau de Windermere...





































































Le film est disponible en DVD Zone 0 au sein de la boîte More Treasures from American Film Archives.