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jeudi 21 août 2014

Svärmor på vift 1916

Beau-papa n'est pas insensible aux charmes des patientes de son gendre...

"Belle-mère fait la noce" ou "Chemins interdits"
Un film de Georg af Klercker avec Maja Cassel, Nils Olaf Chrisander, Manne Göthson et Tekla Sjöblom

Le Docteur Berg (N.O. Chrisander) reçoit la visite de ses beaux-parents qui viennent semer le désordre dans son train-train quotidien avec sa femme (M. Cassel) ...

Georg af Klercker ne tournait pas seulement des drames. Pour la société Hasselblad, il a aussi réalisé de charmantes comédies. L'intrigue fait penser au théâtre de boulevard, mais sans vulgarité. L'arrivée des beaux-parents du Dr Berg est le signal du désordre. Beau-papa ne songe qu'à se rincer l'oeil en scrutant les jolies femmes, y compris les patientes de son gendre. Il faut dire que belle-maman est du genre vieille harpie. Même le déjeuner se révèle immangeable : les beaux parents sont arrivés avec un vieux coq (vivant !) qui est dur comme de la vieille charogne. Les deux hommes en profitent pour aller se restaurer dans un restaurant et aller ensuite dans un bal masqué. C'est compter sans la perspicacité de belle-maman qui a flairé le subterfuge. Les deux couples vont donc se retrouver masqués au dit-bal avec moults quiproquos. Tout cela est très enlevé et amusant sans atteindre le niveau des meilleures comédies de Mauritz Stiller.

För fäderneslandet 1914

Ivan von Kaunowitz (G. af Klercker) tente de séduire Ebba von Tell (L. Jacobsson)

L'Espion d'Œsterland
Un film de Georg af Klercker et Ragnar Ring avec G. af Klercker, Lilly Jacobson et J. Lange

Ivan von Kaunowitz (G. af Klercker) est attaché militaire en Oesterland. c'est en fait un espion envoyé pour prendre les plans d'un fort. Pour ce faire, il séduit Ebba von Tell (L. Jacobson) qui est la fille du Chambellan Von Tell...

L'Espion d'Œsterland est un film d'espionnage produit par la filiale suédoise de Pathé-Frères. Georg af Klercker est alors un jeune réalisateur et il y joue le rôle principal. L'opérateur est le frère du célèbre Julius Jaenzon (l'opérateur de Sjöström et Stiller) Henrik Jaenzon. Ce long métrage contient tous les ingrédients requis pour ce type de film. Klercker dans le rôle principal change d'identité au milieu du film pour mieux se fondre dans l'environnement. Il passe ainsi de la jolie Edda à Gunhild, une humble fille de pêcheur pour arriver à ses fins. Alors qu'il tente de faire sauter un pont, il tombe dans un torrent où il se noie. On pense un peu aux sérials de Feuillade pour les rebondissements, mais il y a déjà une utilisation habile des paysages suédois qui donne à ce film une couleur tout à fait particulière. Un film de Klercker moins remarquable que les suivants, mais qui montre déjà un talent certain.

I minnenas band 1916

Le Comte Cronschöld (G. af Klercker) s'interesse à la bohémienne Roszica (E. Carlsson)

Dans le ruban des souvenirs
Un film de Georg af Klercker avec G. af Klercker, Elsa Carlsson et Manne Göthson

Le Comte Cronschöld (G. af Klercker) a surpris un groupe de bohémiens qui occupent illégalement un château en ruines sur ses terres. Il leur demande de déguerpir au plus vite. Cependant, il a remarqué la jolie Roszica (E. Carlsson) qu'il va emmener avec lui et épouser...

Plusieurs oeuvres de Georg af Klercker explore les différences sociales dans la Suède des années 1910. Il faut dire qu'il est lui-même issue d'une lignée aristocratique et a fait une mésalliance selon les critères de sa famille. Il joue ici un comte, avec sa longue silhouette distinguée et bottée, qui n'est pas insensible au charme d'une petite bohémienne qui songe à exploiter ce penchant pour aider sa famille. On imagine d'abord qu'il va faire d'elle sa maîtresse. En fait, pas du tout, il va épouser la jeune fille, ce qui pour l'époque devait être encore pire qu'une mésalliance! Bien qu'il y ait une réelle affection entre les deux époux, Roszica perd rapidement pied dans cette nouvelle vie d'aristocrate. Sa famille lui manque et elle va finalement quitter sa riche demeure pour retrouver la vie itinérante de sa famille. Le récit est joliment troussé avec des extérieurs magnifiquement photographiés.

Mella liv och död 1916

Première rencontre du Dr Brinck (I. Kalling) et d'Elsa (M. Johnson)
Entre la vie et la mort
Un film de Georg af Klercker avec Ivar Kalling, Lilly Cronwin et Mary Johnson

Le Docteur Brinck (I. Kalling) fait de la recherche scientifique avec sa fidèle assistante Inger (L. Cronwin). Il fait un jour la connaissance d'Elsa (M. Johnson) et en tombe amoureux. Jalouse, Inger décide d'éliminer sa rivale...

Inger (L. Cronwin) et Dr Brinck (I. Kalling)
Cette histoire de meurtre machiavélique est encore une oeuvre remarquable de Georg af Klercker. Un médecin-chercheur n'imagine pas une minute que sa fidèle assistante, qui passe la journée avec lui au laboratoire, puisse planifier un meurtre par jalousie. Le film n'est pas confiné en sudios. Au contraire, bon nombres de scènes sont tournées en extérieur et offrent de longs travellings pris depuis une voiture. On suit ainsi la promenade en vélo de Brinck et de son assistante. Le plan machiavélique d'Inger consiste à envoyer une lettre à sa rivale, la jeune Elsa, en lui demandant une réponse. Elle fournit même une enveloppe pour la réponse. Elle a passé du poison sur la colle de celle-ci sachant que la malheureuse Elsa passera sa langue dessus pour la fermer. Le piège fatal fonctionne. Elsa tombe et Brinck est au désespoir. Dans un rêve, il voit Elsa vivante puis morte comme dans Posle Smerti (Après la mort, 1915) d'Evgeny Bauer où le héros est hanté par le fantôme de sa bien-aimée. Si l'univers de Klercker n'est pas aussi morbide et prenant que celui de Bauer, il est cependant apparenté. Cependant, la fin de l'histoire est heureuse. Prise de remords, Inger trouve un antidote qui guérit Elsa tout en attribuant la découverte à son mentor. Une belle oeuvre de Klercker.

I mörkrets bojor 1917

Elinor (S. Smolova) retrouve la liberté
Prisonnière de l'obscurité
Un film de Georg af Klercker avec Sybil Smolova, Carl Barcklind et Ivar Kalling

Elinor Petipon (S. Slomova) a été arrêtée pour le meurtre de son époux (C. Barcklind). Elle n'a aucun souvenir des événements qui ont précédé sa mort. En prison, elle tente de se souvenir de ce jour fatidique...

Ce film de Georg af Klercker produit par la compagnie Hasselblad de Göteborg offre une structure narrative tout à fait extraordinaire pour son époque. En effet, l'histoire d'Elinor, suspectée de meurtre, nous est racontée par une série de flash-backs au fur et à mesure que la mémoire des événements lui revient. L'utilisation du flash-back n'est guère commune avant 1920 et encore moins lorsque le récit est fragmenté comme dans ce film. Klercker travaille avec un excellent opérateur Carl-Gustaf Florin qui utilise intelligemment les excellentes lentilles fabriquées par Hasselblad à la profondeur de champ remarquable. On est convaincu dès le début qu'Elinor est innocente du crime dont elle est accusée. Suite au choc, elle est devenue amnésique et est incapable de se défendre. En discutant avec l'aumônier de la prison, différents moments de la journée lui reviennent en mémoire. En sortant de prison, elle ne sait toujours pas comment son époux est mort. Elle va sciemment dans un petit bar mal famé où elle surprend une conversation entre plusieurs malfrats qui préparent un cambriolage dans sa propre maison. Elle intègre leur équipe pour tenter de protéger son fils qui est seul sur les lieux. C'est au cours du cambriolage que la mémoire des événements devient plus précise et qu'elle découvre le nom du meurtrier. Certains plans du film dans les rues de Göteborg m'ont rapellé le style d'Evgeny Bauer. D'ailleurs dans ce récit à la limite de la psychanalyse, on retrouve un peu l'atmosphère de ces oeuvres russes où la vie et la mort peuvent se rencontrer. Une oeuvre fascinante de Georg af Klercker.

vendredi 15 août 2014

Förstadsprästen 1917

Elin von Prangen (Mary Johnson) et Erik Dyhre (Olof Sandborg)

Un pasteur de banlieue
Un film de Georg af Klercker avec Olof Sandborg, Concordia Selander, Mary Johnson et Lilly Gräber

Issu d'une riche famille, Erik (O. Sandborg) a préféré devenir pasteur au grand dam de son beau-père un général qui lui préfère son fils Ove qui a choisi la carrière militaire. Elin (M. Johnson), la filleule du général, s'éprend d'Erik...

G. af Klercker
Le réalisateur suédois Georg af Klercker (1877-1951) est l'un des grands oubliés de l'histoire du cinéma. Issu d'une famille aristocratique, il décide de poursuivre une carrière théâtrale contre l'avis de celle-ci. A la fois acteur et metteur en scène, il vient au cinéma en 1911 pour la société Svenska Biograf. Il n'y fera qu'un passage éclair avant de rejoindre la firme concurrente Hasselblad à Göteborg. C'est au sein de cette société, qui fabriquait des lentilles et objectifs, qu'il va développer son style propre. Förstadprästen, qui peut se traduire par "pasteur de banlieue", raconte comment un fils de famille préfère la prêtrise et s'occuper des pauvres de sa paroisse plutôt que d'embrasser les armes. Cela lui vaut le mépris d'une partie de sa famille. Il n'hésite pas à défendre une prostituée Stella (L. Gräber) qui est maltraitée par son souteneur. Sa gentillesse en sa faveur ne lui apportera que de sérieux ennuis. On l'accuse d'être l'amant de Stella et celle-ci ne fait rien pour le démentir, à l'instigation de son souteneur. Quant à Elin, elle s'amourache d'Erik sous un coup de tête. On reconnaît dans ce rôle de jeune fille la merveilleuse Mary Johnson, la future héroïne d'Herr Arnes pengar (Le Trésor d'Arne, 1919) de M. Stiller, qui fut découverte par Georg af Klercker. La luminosité et la finesse de la photographie montre la qualité des objectifs produits par Hasselblad. Af Klercker se concentre sur les différences sociales d'une société suédoise très inégalitaire et n'hésite pas à nous montrer les ruelles des bas-quartiers. Les acteurs font preuve du même naturel que l'on retrouve chez les autres films suédois de l'époque. Ce drame social me donne envie de continuer l'exploration de l'oeuvre de ce cinéaste méconnu. Un grand merci au cinéphile qui m'a recommandée de découvrir ce metteur en scène.