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dimanche 2 novembre 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (VII)


Une nouvelle critique d'En Angleterre occupée vient de paraître dans la revue Positif  N°645, novembre 2014 :

lundi 11 août 2014

A Night at the Cinema in 1914 au BFI le 9 août 2014

Daisy (Florence Turner) s'entraîne pour un concours de grimaces
La conservatrice du cinéma muet au BFI, Bryony Dixon, continue sa série de projection sur les films réalisés il y a cent ans. Lors des années précédentes, il n'y avait eu qu'une seule projection. Mais, pour 1914, l'ensemble a été enregistré à l'avance pour être projeté à travers tout la Grande-Bretagne, avec un accompagnement musical de Stephen Horne, ce qui suggère un possible DVD à venir.
Comme pour les éditions précédentes, le programme est composé de courts métrages et de bandes d'actualités essentiellement britanniques, avec en prime quelques unes américaines. Les actualités montrent un Empire Britannique à son apogée qui regarde avec une condescendance certaine les populations indigènes de ses colonies. La société très hiérarchisée de l'époque commence cependant à se fissurer. C'est ainsi qu'Emmeline Pankhurst mène une manifestation de suffragettes pour réclamer le droit civique pour les femmes, avant d'être arrêtée par la police et emmenée manu-militari. L'Empereur d'Autriche assiste au mariage de l'Archiduc Karl, son nouveau successeur suite à l'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo. La guerre est déjà commencée et un opérateur filme les ruines de Louvain en Belgique, détruite par les bombardements allemands. Au milieu de cette actualité tragique, les spectateurs pouvaient se détendre avec quelques comédies. L'américaine Florence Turner, qui avait été la première star de la Vitagraph, avait alors élu domicile en Angleterre où elle avait sa propre société de production. Dans Daisy Doodad's Dial, elle montre son talent comique en exécutant une série de grimaces dignes des meilleurs clowns. Son visage semble être en caoutchouc tant il se déforme avec virtuosité. Si artistiquement parlant ce n'est certainement pas un des meilleurs films de 1914, il permet en tout cas de découvrir le talent de Florence Turner. L'autre grand comique de l'écran en Grande-Bretagne était Fred Evans alias Pimple. J'avais déjà vu sa parodie hilarante de la bataille de Waterloo l'année dernière qui m'avait beaucoup amusée. Cette fois-ci, dans Lieutenant Pimple and the Stolen Submarine, il nous entraîne dans une aventure d'espionnage maritime totalement improbable avec le plus petit budget du monde. Les gags proviennent surtout des moyens dérisoires utilisés : quelques planches pour figurer le sous-marin et des toiles peintes pour le fond de l'océan. C'est ainsi que Pimple, coincé au fond de l'eau dans le sous-marin, casse un hublot (!) pour attraper un poisson et lui mettre un message dans la bouche - comme on le ferait avec un pigeon-voyageur - pour appeler à l'aide. Un gag digne des Monty Python. Mais, en cette année 1914, les grands succès populaires sont les sérials américains comme The Perils of Pauline avec l'intrépide Pearl White qui est capable de descendre en rappel sur une corde depuis un ballon captif. Un fragment d'épisode avec une série de cascades spectaculaires montrent le travail de cette actrice-cascadeuse. Malheureusement, ce sérial ne nous est parvenu que de détestables copies contretypées et incomplètes. Et évidemment, il y a l'émergence d'un nouveau comique (né en Angleterre) qui vient d'être embauché par la Keystone Company: un certain Charlie Chaplin. C'est donc A Film Johnnie qui clotûrait ce très intéressant programme qui permettait de se replonger dans l'air du temps. 
Cependant l'année 1914 fut aussi celle du long métrage et de l'émergence de films artistiquement supérieurs et novateurs qui ne sont pas couverts par ce programme. Il suffit de penser à The Bargain de R. Barker avec Wm S. Hart, à L'Enfant de la grande ville et à Témoins silencieux d'Evgueni Bauer, et à The Wishing Ring de Maurice Tourneur. C'est l'année d'un tournant décisif dans l'histoire du cinéma.

vendredi 25 juillet 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (VI)

Une nouvelle critique du livre En Angleterre occupée - Journal d'un tournage vient de paraître dans la revue du court-métrage Bref N°112, juillet 2014:


jeudi 24 juillet 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (V)

Avec un peu de retard, voici l'excellente critique du DVD et du livre En Angleterre occupée publiée dans L'Ecran fantastique de mai 2014:


jeudi 27 mars 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (IV)

Une nouvelle critique d'En Angleterre occupée est maintenant en ligne sur DVDClassik.
Et pour celles et ceux qui désireraient en savoir (beaucoup) plus sur les origines et le destin d’un des projets les plus atypiques de l’Histoire du 7ème Art, l’on recommandera une nouvelle fois la lecture d'En Angleterre occupée. Journal d’un tournage, édité en français au début de l’année 2014 aux éditions de La Tour Verte.

mardi 18 mars 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (III)


Une excellente critique dans le supplément télévision du Monde daté du dimanche 16-lundi 17 mars 2014. (Cliquez sur l'image pour l'agrandir)

dimanche 16 mars 2014

En Angleterre occupée de K. Brownlow (II)


Première critique de ma traduction de l'ouvrage de Kevin Brownlow dans le supplément du dimanche du  Républicain Lorrain du 16 mars 2014 (cliquez sur l'image pour agrandir):

dimanche 2 février 2014

En Angleterre occupée - Journal d'un tournage de K. Brownlow (I)


Le 24 février prochain, le livre En Angleterre occupée - Journal d'un tournage de Kevin Brownlow, dont je suis la traductrice, sort en librarie aux Editions La Tour Verte. Simultanément le film En Angleterre occupée (1966) de K. Brownlow et A. Mollo sort en DVD (sous-titré français) chez Doriane Films, également le 24 février. Les pré-commandes sont désormais ouvertes sur le site FNAC pour le DVD. Le livre est en pré-commande sur le site de La Tour Verte, celui de la FNAC et sur Amazon.fr.

Si vous n'êtes pas familier de ce film de politique-fiction qui imagine l'Angleterre envahie par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale, vous pouvez lire l'interview que j'ai réalisée avec Kevin Brownlow en 2008 où il m'avait longuement parlé de ce projet fou: comment un adolescent de 18 ans a réalisé un film de guerre au sujet explosif avec un budget dérisoire et des acteurs amateurs. L'interview est également disponible en traduction française.

dimanche 15 décembre 2013

The 1913 Show au BFI le 2 décembre 2013

Suspense (1913, Lois Weber)
Chaque année, la conservatrice du cinéma muet au BFI, Bryony Dixon, organise une séance composée de films réalisés il y a 100 ans. On peut y voir une sélection de bandes d'actualités, de court-métrages comiques et des longs métrages. C'est l'occasion de découvrir ou de redécouvrir des petits bijoux d'il y a 100 ans.
Parmi les bandes d'actualité, il y avait une procession funéraire en l'honneur d'une suffragette, Emily Davidson, qui s'était jetée sous un cheval lors de la prestigieuse course du Derby. Une longue procession a traversé les rues de Londres avec une pompe que l'on aurait pu croire réservée aux membres de la famille royale. Une foule impressionnante était amassée sur les trottoirs et de nombreux hommes retiraient leur chapeau pour saluer le geste de la militante.
Une comédie britannique, Nobby The New Waiter, avec le comique Sam T. Poluski nous montre un serveur particulièrement maladroit qui chausse des patins à roulettes dans un restaurant. on pense immédiatement à Chaplin; mais il faut le reconnaitre, les acrobaties de Poluski ne sont pas au niveau du génial Charlie.
Puis, nous eûmes un fragment d'un grande production britannique intitulée The Battle of Waterloo avec l'Empereur qui restait calme face aux explosions et aux soldats qui chargeaient à dos de cheval. Il est difficile de se faire une opinion avec ce petit fragment de 5 min, le reste du film étant perdu. En tout cas, il offrait un contraste parfait avec la comédie suivante Pimple's Battle of Waterloo de et avec Fred et Joe Evans. Cette parodie annonçait déjà le comique farfelu et décalé des Monty Python. Napoleon est attaqué par une suffragette qui assomme tout le monde avec son panneau "Vote for Women"! Les chevaux étaient interprétés par des acteurs en costume de cheval et Napoléon prenait le train pour la France à Waterloo Station. Malgré un manque évident de moyens, avec des décors en carton pâte branlants, la parodie a conservée son pouvoir comique et on ne peut que sourire en voyant Napoléon tirer à pile ou face avec Wellington pour savoir lequel tirera le premier.
Parmi les pièces de resistance lors de cette présentation, il y avait un excellent film italien intitulé Tigris. Ce suspense criminel réalisé par un Vincenzo Denizot (qui fut un employé chez Gaumont) ressemble énormément aux sérials de Louis Feuillade par son scénario aux multiples rebondissements, la présence d'un maître du crime, son utilisation des extérieurs et des cascades sensationnelles. On y voit une voiture à cheval arriver directement sur la devanture d'un restaurant en en fracasser la vitre. Encore plus étonnante est cette cascade réalisée par un cascadeur particulièrement doué. Un homme gît ligoté sur une voie ferrée. Un train approche et va l'écraser. Dans un dernier sursaut, l'homme réussit à détacher ses mains et attrape les tampons du train qui arrive et se hisse à bord. Le résultat est bluffant.
La séance se clôturait par un des plus beaux courts-métrages de 1913 réalisée par Lois Weber aux Etats-Unis: Suspense. Ce film particulièrement bien vieilli grâce un montage et des angles de prise de vues incroyablement efficaces. Alfred Hitchcock n'a pas fait mieux par la suite. Sur un scénario très simple - une femme seule avec son enfant dans une maison isolée est attaquée par un rôdeur - Weber organise une série d'images composées avec un soin extrême, en particulier des contre-plongées très efficaces du visage de l'homme qui monte les marches et s'introduit dans la maison. En 10 min, on suit avec passion les démêlées de la femme avec son agresseur et en montage parallèle la course poursuite de son mari en voiture, parti pour la sauver. Une excellente soirée.

mercredi 15 mai 2013

Prapancha Pash 1929

A Throw of Dice (La Partie de dés)
Un film de Franz Osten avec Seeta Devi, Himansu Rai et Charu Roy

Le roi Sohat (H. Rai) a décidé d'éliminer par tous les moyens son cousin le roi Ranjit (C. Roy). Mais, la tentative d'empoisenement échoue ; il est soigné par un vieil hermite. Ranjit tombe amoureux de Sunita (S. Devi), la fille de ce dernier...

Cette co-production anglo-germano-indienne est une adaptation d'un épisode de la saga du Mahabarata tournée en Inde avec des acteurs indiens. Le réalisateur allemand Franz Osten réussit à capturer brillamment les beautés de l'Inde tout en évitant de sombrer dans la couleur locale. L'histoire est un conte universel : la rivalité entre deux rois pour la possession d'un royaume et celle d'une femme. Ils sont tous deux des joueurs passionnés et une partie de dés va décider de la destinée de Ranjit car le malheureux ignore que ceux-ci sont truqués. Le film m'a fait pensé pour sa splendeur visuelle au Thief of Bagdad (Le Voleur de Bagdad, 1924) ; mais, ce film-là offre une réalité et une véracité que n'a pas la production américaine. Ne reculant devant rien, A Throw of Dice a été réalisé avec plus de 10 000 figurants, 1 000 chevaux et 50 éléphants. Et le résultat à la hauteur, une mise en images de toute beauté d'un conte indien avec trois acteurs principaux excellents dans leurs rôles respectifs. La restauration effectuée par le BFI en 2006 est magnifique et le film est accompagné par une partition symphonique moderne de qualité. Un film à découvrir.

dimanche 14 octobre 2012

Shooting Stars 1928

Donald Calthrop
Un film d'Anthony Asquith et A.V. Bramble avec Annette Benson, Brian Aherne et Donald Calthrop

Mae Feather (A. Benson) et Julian Gordon (B. Aherne) sont mari et femme à l'écran et dans la vie. Ils tournent un western en studios, mais Mae a un amant en la personne du comique Andy Wilks (D. Calthrop). Elle voudrait quitter Julian pour suivre Wilks à Hollywood...

Mae Feather (A. Benson)
Avec cette étourdissant petit chef d'oeuvre, Anthony Asquith fait ses débuts comme metteur en scène, bien qu'il ne soit pas crédité à l'écran. Il nous fait découvrir l'envers du décor dans un studio britannique. On tourne simultanément un western et une comédie burlesque. Le couple vedette du western se révèle dans la vie bien plus désuni qu'il n'y paraît. Mae entretient, en cachette, une relation avec la star comique du studio. Mais, étant attachée par un contrat avec une clause de moralité, elle ne peut pas divorcer ou se séparer de Julian facilement. Elle échafaude un plan machiavélique pour se débarrasser de son époux. Avant le tournage d'une scène, elle échange une cartouche à blanc pour une cartouche réelle. Mais, son plan ne va du tout se dérouler comme prévu. Le spectateur attend terrifié le tournage de la scène en question. Même Mae commence à regretter son geste et joue son rôle soudain avec une vérité dramatique qui surprend le réalisateur. Et c'est dans ces moments où les personnages sont confrontés à leurs erreurs et leurs sentiments que Asquith montre son extraordinaire qualité de directeur d'acteur. Nous voyons dans le regard de Julian (excellent Brian Aherne) qu'il a compris ce que Mae préparait. Et la catastrophe finale est amené brillamment. La balle destinée à Julian va frapper Wilks alors qu'il tourne une séquence burlesque perché sur un lustre qui se balance. Asquith utilise toutes les ressources de la caméra subjective pour nous faire ressentir la chute soudaine de Wilks. Tous les éléments du suspense et de l'engrenage infernal qui vont amené le geste de Mae sont dosés avec un soin méticuleux. De même sa relation avec Wilks et comment Julian les surprend en train de s'embrasser. Au final, Mae a tout perdu: son amant et son époux qui la rejette. Des années plus tard, alors qu'il est devenu un réalisateur célèbre, elle n'est plus qu'une figurante inconnue qui s'éloigne telle une ombre dans un studio vide. Dès ce tout premier film, on voit que Asquith est déjà un maître de la direction d'acteur et son sens visuel et dramatique est de tout premier ordre. Espérons que le BFI sortira ce petit chef d'oeuvre un jour en DVD.

mardi 21 août 2012

The First Born 1928

Un film de Miles Mander avec Miles Mander, Madeleine Carroll et John Loder

Madeleine (M. Carroll) est l'épouse de Sir Hugo Boycott (M. Mander). Son époux la traite avec mépris car elle ne lui a pas donné d'enfant. Durant une de ses longues absences, elle décide d'adopter secrètement l'enfant d'une jeune manucure et de faire croire à son époux qu'elle en est la mère...


Ce film de la firme Gainsborough est une petite perle du cinéma muet britannique. Le scénario a été écrit par le réalisateur-acteur Miles Mander avec Alma Reville qui était Mrs Hitchcock à la ville. Et le résultat rappelle par moment les films de son époux. On peut donc avancer sans se tromper qu'Alma a certainement eu une influence sur l'oeuvre d'Alfred. Miles Mander réalise là une étude de moeurs bien vue de la haute société britannique de l'époque. Madeleine Carroll, qui était encore brune à cette époque-là, est l'épouse délaissée d'un politicien qui la maltraite. Elle doit subir constamment les reproches de son époux: ils n'ont pas d'enfants. C'est tout à fait symptomatique de la société rigide de l'époque de voir que c'est l'épouse qui est immédiatement suspectée d'être stérile. De même son mari peut avoir des aventures à répétition, mais il n'est pas question pour elle de flirter même innocemment avec un homme. Madeleine est tellement désespérée à l'idée de perdre son époux qu'elle va utiliser un stratagème pour le faire revenir. Elle adopte l'enfant d'une jeune manucure qui est enceinte d'un homme qui l'a quittée. Ce 'premier né' du titre est d'autant plus important pour l'aristocratie britannique que c'est lui qui hérite du titre et de la fortune de son père. Le deuxième enfant est lui dépossédé de toute succession. Madeleine pense avoir réussi à le reconquérir avec cet enfant qu'il désirait tant. Mais, il reprend rapidement le chemin de la maison de sa maîtresse. Et cette dernière lui suggère qu'il n'est peut-être pas le père de l'enfant. Le venin du doute et de la jalousie le rend fou. Madeleine refuse d'avouer, mais finalement sous la contrainte lui dit que l'enfant est adopté. Cette révélation va précipiter le drame. Boycott tombe dans une cage d'ascenseur et Madeleine reste veuve. Mais, nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le film offre un rebondissement final tout à fait étonnant. Miles Mander réalise son film avec une caméra mobile et fluide typique de ces années de la fin du muet. Lorsqu'il rentre chez lui sans se faire annoncer pour surprendre sa femme dans son bain, la caméra se fait subjective et suit son regard vers le lit défait, la coiffeuse et finalement la baignoire où se prélasse sa femme. Une autre scène est purement Hitchcockienne (sans qu'Alfred y soit pour quelque chose). La mort d'Hugo Boycott est superbement amenée. Il se dispute avec sa maîtresse sur le palier de son appartement. Il appelle l'ascenseur et se retourne pour lui parler. L'ascenseur est monté, laissant la cage vide. Il tombe et un petit nuage de poussière apparaît devant un liftier étonné. La chute est accompagnée par une série d'images en surimpression. Le tout est parfaitement rythmé. Madeleine Carroll donne une interprétation sensible et sensuelle de Madeleine tel un animal pris dans une cage. L'observation de la vie sexuelle de la haute société est féroce et sans concession. Miles Mander ne cherche pas à se donner le beau rôle. Il est un salaud parfait. Le film a été restauré récemment par le BFI et on peut en voir un extrait ici. De plus, une nouvelle partition musicale de Stephen Horne a été composée pour l'occasion. Malheureusement, j'ai dû regarder ce film en silence à la Médiathèque du BFI où ce film est disponible en version numérisée. A quand une première en France de ce beau film avec la musique de Stephen Horne? Bientôt, j'espère.

dimanche 22 janvier 2012

Underground 1928

Norah Baring et Brian Aherne
Un cri dans le métro
Un film d'Anthony Asquith avec Elissa Landi, Brian Aherne, Norah Baring et Cyril McLaglen

Nell (E. Landi), une jeune vendeuse dans un grand magasin est importunée par Bert (C. McLaglen) dans le métro londonien. Bill (B. Aherne), un employé du métro, la débarrasse de l'importun...

Elissa Landi et Cyril McLaglen
Pour son deuxième film en tant que réalisateur, Anthony Asquith montre une maîtrise de grand professionnel. La réalisation est millimétrée, parfaitement rythmée et la direction d'acteurs n'est pas en reste. Utilisant avec virtuosité le 'Tube' londonien, il suit son quatuor de personnages qui se rencontrent dans ce souterrain surpeuplé. Nell (Elissa Landi) est en but aux avances d'un malotru (C. McLaglen) qui pense pouvoir la séduire facilement. Mais, c'est le sympathique Bill (Brian Aherne) qui va capturer son coeur. Ils se rencontrent dans un escalator où il va se retrouver en possession de son gant et va vouloir le rendre à sa propriétaire. Le flirt entre Bill et Nell ne fait qu'exacerber la jalousie de Bert qui est employé dans une centrale électrique. Réalisant qu'il n'arrive à rien, il organise un coup monté avec sa petite amie Kate (N. Baring) pour décrédibiliser Bill. Sur cette trame très simple, Asquith réalise un film qui nous montre la vie de tous les jours parmi les londoniens des classes laborieuses. Chaque personnage est identifié et parfaitement décrit dans son environnement professionnel et personnel. Anthony Asquith a parfaitement assimilé toutes les techniques cinématographiques développées en Allemagne et en France: ombres expressionnistes, caméra subjective, travelling rapide, montage accéléré etc. Il intègre chaque élément avec sobriété et élégance à son récit sans chercher à faire de l'esbroufe. Alternant l'humour et la tension, il construit un film qui atteint son paroxysme avec la scène de poursuite entre Aherne et McLaglen. Elle commence sur les toits de la centrale électrique, se poursuit sur les quais de la Tamise avant de se terminer dans les tunnels et un ascenceur du métro. Il prend son temps pour nous montrer le jeune couple, Nell et Bill, en train de pique-niquer dans un parc avant de redescendre dans l'enfer du métro souterrain. Ce film a fait l'objet d'une restauration par le BFI en 2009 qui en avait profité pour commander une nouvelle partition au musicien Neil Brand, un spécialiste du cinéma muet. Malheureusement, à Paris, les organisateurs de cette projection n'ont guère montré de soin dans cette présentation. Tout d'abord, le film a été projeté sur un écran minuscule au Théâtre du Châtelet (qui est pourtant suffisamment vaste pour en accueillir un plus grand) qui a été en plus couvert d'un halo de lumière durant toute la projection et rendait la visibilité des scènes sombres fort difficile. Du coup, il est bien difficile d'apprécier la qualité de la restauration (voir video sur le site du BFI). Il n'y avait aucune traduction des intertitres, un geste qui montre le peu de cas qui était fait du film. Et puis, il y avait la musique. Le film était bizarrement inclus dans un festival de musique contemporaine organisé par Radio France. La star de la projection n'était pas le film d'Asquith, mais un musicien argentin, Oscar Strasnoy. Ce compositeur nous a asséné pendant 90 min un motif minimaliste répétitif qui a ignoré le mouvement, le comique et le tragique des scènes. Entre deux bruitages (jappements et bavardages), les musiciens cessaient de jouer dès qu'un instrument de musique apparaissait à l'écran. Pas question pour eux d'accompagner un piano, une flûte ou un harmonica ! Malgré le peu de professionnalisme de cette projection dans son ensemble, j'ai quand même pu apprécier cet excellent film d'Asquith qui mérite bien plus d'égards. 

samedi 31 décembre 2011

She 1925

Un film de Leander de Cordova avec Betty Blythe, Carlyle Blackwell et Mary Odette

Leon (C. Blackwell) arrive en Lybie où il tombe dans les rêts d'une peuplage étrange dirigée par une reine Ayesha (B. Blythe) qui est immortelle. Celle-ci reconnait en lui Kallikrates, l'homme dont elle attendait le retour depuis 2000 ans...

Cette production britannique met en vedette Betty Blythe qui avait été La Glorieuse Reine de Saba (The Queen of Sheba) en 1921. Betty semble être alors abonnée à ces rôles pseudo-biblico-antiques où on lui fournit une garde-robe farfelue, mais surtout extrêmement légère. Dans She, elle porte des voiles transparents ou des petits bikinis en perles étiques. Il semble bien que l'attrait du film se limite à l'exposition de ses appâts car le scénario et la réalisation sont extrêmement médiocres. Tout d'abord, le scénario tiré du roman de Sir Henry Rider Haggard est assez proche du ridicule. On nous apprend dans un carton du générique que les intertitres ont été rédigés par l'auteur lui-même. Il nous produit des phrases ampoulées à coups de 'Thou' (forme vieillie du 'tu' en anglais) emphatiques qui provoquent plus le rire que l'admiration. Cette histoire rocambolesque de divinité immortelle sent quelque peu le moisi des années coloniales britanniques avec les bons archéologues victimes de femmes fatales. Ce qui pourrait être un sommet du kitsch n'est ici qu'un film horriblement mal réalisé. Le film paraît avoir été fait dans les années 10 tant la caméra reste vissée au sol en plan large. La direction d'acteur - si il y en a une ! - est inexistante. Nous avons droit à force roulements d'yeux et aux battements de bras sur fond de décor en carton-pâte à petit budget. Le vétéran Carlyle Blackwell nous gratifie d'une performance bien en-deçà de ce qu'il faisait dans la décennie précédente. Betty Blythe expose ses abattis d'une manière mélodramatique. Voilà une production bien médiocre qui n'a pas dû aidé la carrière de Betty Blythe.

vendredi 16 décembre 2011

Silent Britain 2006

Documentaire BBC réalisé par David Thompson et écrit par Matthew Sweet

Ce documentaire produit par la BBC, et publié par le BFI, a pour but affiché de tordre le cou aux préjugés tenaces qui perdurent sur le cinéma muet britannique. Ayant déjà vu quelques grands films de l'époque muette réalisé en GB, je ne fais pas partie de ceux qui pensent que les anglais ne savaient pas faire du cinéma. Par contre, il est vrai qu'ils ont toujours souffert de manques de moyens et de la compétition des USA qui leur prennaient leurs meilleurs talents. Le présentateur et auteur du documentaire, Matthew Sweet, utilise constamment des phrases toutes faites pour nous convaincre que le cinéma anglais des origines a tout inventé avant les autres. Malheureusement, ses démonstrations sont dépourves de preuves tangibles. Nous harpentons avec lui les rues de Londres à la recherche des premiers studios des pionniers. Ensuite, la réalisation se contente de filmer le narrateur face à l'écran de son ordinateur visionnant des extraits de films. Si je mentionne cela, c'est que la réalisation de ce documentaire aurait certainement convenu à un programme de bricolage, mais pour un documentaire qui se veut sérieux sur l'histoire du cinéma, c'est vraiment le degré zéro de la réalisation. Heureusement, le documentaire contient nombres d'extraits de films qui sont très intéressants. Le présentateur omet souvent le nom des réalisateurs. Il faut dire que sa belle théorie sur le '100% British cinema' est mise à mal par le fait que les studios grand-bretons de la fin des années 20 rengorgeaient de metteurs en scène allemands (comme E.A. Dupont et Arthur Robison) et de stars étrangères: Lars Hanson, Ugo Henning, Lia de Putty, Any Ondra, etc. Au total, une grosse déception en terme de qualité de la narration et de la réalisation. Nous sommes dix coudées en-dessous de Cinema Europe (1996, K. Brownlow et D. Gill) qui en un seul épisode de 60 min nous en apprend plus sur le cinéma anglais que les 90 min de celui-ci, et qui, surtout, offre bien plus d'extraits de films (et qui bizarrement contient les mêmes interviews d'archive). Ceci dit, j'ai repéré plusieurs films fort alléchants comme The Lure of Crooning Water (1920) et The Informer (1929, A. Robison), première version avant celle de Ford qui j'espère trouveront leur place un jour en DVD.

The Private Life of Don Juan 1934


Un film d'Alexander Korda avec Douglas Fairbanks Sr., Merle Oberon, Benita Hume et Melville Cooper

Don Juan (D. Fairbanks) est adoré unaniment par toutes les femmes de Séville. Mais, elles ignorent qu'un jeune homme se fait passer pour lui. De son côté, Don Juan a vieilli et il est poursuivi par ses créanciers et une épouse tenace (B. Hume)...

Ce film de 1934 fut le chant du cygne de Douglas Fairbanks. Il était déjà une légende de son vivant et le scénario utilise habilement la personnalité de Doug pour le personnage de Don Juan. Je ne m'attendais pas à grand chose en regardant ce film d'Alexander Korda qui ne fut pas un succès à sa sortie. En fait, j'ai été très heureusement surprise par le ton décalé et l'utilisation du mythe de Don Juan. Le scénario est signé de Frederick Lonsdale, un excellent auteur anglais de comédies, et de Lajos Biro, un des collaborateurs habituels de Korda. Nous suivons les aventures d'un Don Juan qui a maintenant les tempes grisonnantes, quelques rides et qui doit faire attention à sa ligne. Lorsqu'il tente de séduire une jeune demoiselle, celle-ci lui fait remarquer qu'il pourrait être son père. Finalement, il est prisonnier de l'image qu'il a donné dans le passé. Les femmes sont amoureuses d'une certaine image de Don Juan telle qu'elle a été véhiculée par le théâtre et la littérature. Et le pauvre Don Juan n'arrive pas à être à la hauteur de son mythe. A cette époque-là, Douglas Fairbanks est également sur la touche. Bien qu'il ait fait quelques films parlants, aucuns d'entre eux ne lui a permis de retrouver son succès de l'époque du muet. Toujours athlétique, il est lui aussi obsédé par son physique et l'idée de rester 'jeune'. Le scénario ne manque pas de se moquer de cette obsession alors qu'il reçoit force massages. Dans sa vie privée, les choses ne vont guère mieux. Son mariage avec Mary Pickford part à vau-l'eau. Ils vont divorcer au moment de la sortie du film. Le film est donc à la fois un regard nostalgique sur une des plus grandes stars du cinéma ainsi qu'un hommage luxueux et humoristique. Le film est un écrin somptueux grâce aux superbes décors de Vincent Korda et à la cinématographie du français Georges Périnal qui se surpasse dans la beauté et la sophistication. Une volée de superbes créatures, toutes superbement photographiées parent le film, en particulier Merle Oberon dont l'étoile était en ascendance. Fairbanks montre son flair pour la comédie, un genre dans lequel il avait débuté avant de créer de toutes pièces le film de cape et d'épée. C'est d'ailleurs probablement pour cela que le public fut dérouté. Il s'attendait à retrouver le Fairbanks virevoltant de Zorro plutôt que ce héros désorienté face aux femmes. Une très heureuse surprise.

mardi 29 novembre 2011

Q Planes 1938

Armes Secrètes
Un film de Tim Whelan (& Arthur Woods) avec Ralph Richardson, Valerie Hobson et Laurence Olivier

Charles Hammond (R. Richardson) est un agent secret chargé de retrouver la trace de prototypes d'avions qui ont disparu mystérieusement en mer. Il se rend à la société Barrett où un nouveau prototype va bientôt être testé ...

Ce film britannique réalisé par l'américain Tim Whelan, ancien gagman de Harold Lloyd, est une petite merveille de drôlerie. J'ai été stupéfaite de reconnaître un rythme étourdissant, proche de la 'screwball comedy', dans un film anglais de cette époque. Les trois acteurs principaux s'en donnent à coeur joie dans ce pré-James Bond des années 30 qui doit certainement beaucoup à son réalisateur. Mais, c'est Ralph Richardson qui crève l'écran avec une performance comique et décalée qui montre un sens comique absolument formidable. Apparemment, son personnage d'espion élégant avec chapeau melon et parapluie inspira (bien plus tard) les créateurs de John Steed dans The Avengers (Chapeau melon et bottes de cuir). En tout cas, il porte le film avec finesse et détachement, avec un gag récurrent. On le voit téléphoner précipitamment à sa petite amie Daphne pour lui dire qu'il ne sera au rendez-vous, tandis que celle-ci essaie de lui dire quelque chose qu'il n'a pas le temps d'entendre. De son côté, la géniale Valerie Hobson est la soeur de Richardson, qui travaille dans le journalisme et enquiquine quelque peu son cher frère. Elle est insolente, élégante et formidable. Laurence Olivier est un peu en retrait par rapport à ses deux comparses en pilote d'essai casse-cou. Il faut ajouter que le film comporte quelques scènes qui annoncent les futurs James Bond avec le 'harponnage' en plein vol d'avions qui sont ensuite chargés sur un cargo. Ce qui pourrait être un film de propagande sans intérêt devient un soufflé léger et euphorisant. Absolument délicieux.

lundi 3 octobre 2011

The Great White Silence 1924


Un film d'Herbert G. Ponting

Ce documentaire exceptionnel a été réalisé par un photographe. Herbert G. Ponting n'avait pas encore réalisé de films lorsqu'il se joignit à l'expédition du Capitaine Scott, en Antarctique, en 1910-1912. Mais, il est évident qu'il avait un talent inné pour la réalisation en voyant ses fantastiques images superbement composées. Herbert G. Ponting rencontre la capitaine Scott en 1909 et en 1910, il rejoint l'expédition en Nouvelle-Zélande pour le départ vers le Grand Sud sur le Terra Nova. Il va filmer la traversée de Nouvelle-Zélande vers l'Antarctique et le début de l'expédition se concentrant sur les animaux et la vie des hommes. En février 1912, il remonte à bord du navire Terra Nova et ne sera pas présent lors de la fin de l'expédition qui verra la mort de Scott et de ses compagnons. Dans un premier temps, il utilisera ses nombreuses photos et ses films pour illustrer des conférences. Mais, c'est seulement en 1924 qu'il assemble tout son matériel pour en faire un film. Le film sera à nouveau retravaillé au parlant pour en faire 90° South (1933). Le BFI vient de réaliser un superbe travail de restauration du film de 1924 à partir du négatif original. Le film a été soigneusement remonté, teinté et viré. Les intertitres ont été également recréés dans le style de l'époque sur pellicule 35 mm pour éviter les cartons numériques flagrants.

Herbert G. Ponting part avec deux caméras et réalise aussi une énorme quantité de clichés sur plaques de verre. Encore maintenant, ses clichés de l'Antarctique conservent leur beauté plastique et provoquent tout autant la sidération du spectateur que dans les années 10. Il va filmer la vie des hommes de cette expédition hors-normes qui vise à atteindre le Pôle Sud. Ponting ne s'intéresse pas à l'aspect compétition de cette 'conquête' du pôle. Il va filmer pour la première fois des pingouins, des phoques et des baleines tueuses dans leur milieu naturel. Nous sommes maintenant saturés d'images de tous ces animaux, mais, en 1910, c'est la première fois qu'un homme va filmer la vie des pingouins. Et il le fait d'une manière remarquable.


Bien qu'il n'ait pas participé à la dernière partie de l'expédition, Ponting nous raconte comment Scott avec ses quatres compagnons partirent en tirant eux-mêmes leurs traîneaux sur des terrains dangereux et accidentés. On les retrouvera morts sous leur tente. Scott avait laissé un journal détaillant leur dernier voyage. Il est évident que Ponting a été profondément affecté par la mort de ces hommes qu'il connaissait bien et qu'il appréciait. Et cela se ressent dans les images qu'il nous montre de la troupe joyeuse qui se prépare au grand départ. En plus d'être un document tout à fait exceptionnel, le film de Ponting est authentiquement une oeuvre d'art.
Nous assistons à l'éclosion d'un oeuf, à la croissance rapide des petits et nous observons la vie en société de ces animaux et de leurs prédateurs, les mouettes skua. Il filme aussi l'attaque brutale d'une bande de baleines tueuses qui cherchent à attraper un bébé phoque. On est étonné par la rapidité et la réactivité de ce photographe qui utilise un matériel lourd et encombrant, en plus des conditions polaires glaciales qui rendent le travail épuisant. A bord du Terra Nova, il va se faire construire une plate-forme qui dépasse de 3 m sur le côté tribord pour filmer la proue qui brise la glace lors de leur progression vers l'Antarctique. La traversée vers l'Antarctique n'est pas de tout repos avec une mer démontée en permanence. Ponting a le mal de mer, des animaux meurent durant la traversée et des membres d'équipages sont blessés. Arrivés en Antarctique, nous assistons au débarquement du matériel, des poneys et des chiens sibériens. Ponting filme l'équipage qui danse, s'amuse ou les poneys ivres de joie qui se roulent dans la neige après la longue et difficile traversée. Il réussit à capturer l'instant avec autant d'acuité en filmant qu'avec ses photos. Il a un oeil d'esthète lorsqu'il filme la formation de la glace à la surface de l'océan. On voit des formations de glace telles des feuilles de nénuphar qui flottent à la surface avant de s'agglomérer. Il a su capter la beauté de ce paysage antarctique avec un talent d'artiste inégalé. Mais, si le film conserve un pouvoir émotionnel certain, c'est sans aucun doute à cause de l'histoire humaine qui est racontée. Le capitaine Robert Falcon Scott a été envoyé en Antractique pour atteindre le premier le pôle Sud, au nom de l'Empire Britannique, avant ses compétiteurs norvégiens, l'expédition d'Amundsen. Scott atteindre la pôle 34 jours après Amundsen et il mourra avec ses compagnons sur le chemin du retour, affamé et perdu dans le blizzard.
La restauration est fabuleuse. Mais, il y a cependant un bémol. La musique choisie pour accompagner le film est un ratage total. Le BFI a engagé un musicien, Simon Fisher Turner qui a réalisé une illustration sonore décousue et irritante. Sa musique électronique utilise parfois des fragments de Madame Butterfly ou autres voix. Il semble incapable de soutenir la qualité esthétique et cinématographique fabuleuse de Ponting. J'ai terminé de regarder le film en silence. Une responsable du BFI nous explique qu'un tel film ne peut être accompagné d'un orchestre ou d'un piano. On se demande bien pourquoi....!

jeudi 18 août 2011

Dark Journey 1937

Un film de Victor Saville avec Conrad Veidt, Vivien Leigh et Anthony Bushell

En 1918, à Stockholm, Madeleine Goddard (V. Leigh), une citoyenne suisse, tient un magasin de mode. Elle revient de Paris avec un lot de robes ; son travail sert de couverture à ses activités d'espionnage au profit des allemands. Un certain Baron von Marwitz (C. Veidt), un déserteur allemand, arrive à Stockholm pour faire la fête dans les boîtes de nuit...

Décidément, le cinéma anglais des années 30 adorait les films d'espionnage ! Comme dans ses prochains films avec Michael Powell, Veidt y est un personnage complexe, charmeur et mystérieux. Quant à Vivien Leigh, quelques années avant de devenir une star internationale avec Gone With the Wind, elle y incarne une jeune femme à l'air innocent qui se révèle être une espionne de haut vol. Elle convoie des informations de Paris à Stockholm grâce aux robes qu'elle transporte. Puis, elles fournit les informations recueillies aux allemands. En fait, elle va se révéler être un agent double qui a réussi à tromper les allemands. Le film est truffé de faux semblants. Le Stockholm de 1918 semble grouiller d'espions allemands, français et anglais. On ne sait plus d'où donner de la tête ! Personne n'est tout à fait ce qu'il semble être. Quant à Veidt, il trompe bien son monde en passant pour un noceur qui fait la fête tous les soirs avec jolies filles et champagne à gogo. Mais, soudain, il rencontre la belle Madeleine et il oublie rapidement ses conquêtes faciles pour tenter de la séduire. Le film est rempli de retournements de situation qui tiennent en haleine. Mais, il faut bien reconnaître que Saville n'est pas un réalisateur aussi doué que Powell. Les scènes entre Veidt et Leigh n'ont pas tout à fait l'électricité de celles entre Veidt et Hobson. Néanmoins, c'est un film bien mené et qui fera le bonheur des fans de Vivien et de Conrad. Dommage que le film soit libre de droits, ce qui m'a valu une copie contretypée fort délavée, alors que les opérateurs sont Harry Stradling et Georges Périnal.

mardi 16 août 2011

The Spy in Black 1938

L'Espion noir
un film de Michael Powell avec Conrad Veidt, Valerie Hobson, Sebastian Shaw et Marius Goring

Durant la première GM, le capitaine Hardt (C. Veidt) qui commande un sous-marin allemand est envoyé sur l'ile d'Hoy sur l'archipel des iles Orkney. Il doit y rencontrer une espionne qui doit lui fournir des informations sur la flotte britannique qui mouille non loin de là...

Ce film de Michael Powell marque sa première collaboration avec Emeric Pressburger comme scénariste. Le scénario, il faut le noter, est basé sur une histoire de J. Storer Clouston, l'auteur de His First Offence qui est à l'origine de Drôle de Drame (1937, M. Carné), ce petit chef d'oeuvre d'humour noir. Si je mentionne le film de Marcel Carné, c'est que le film de Michael Powell est également une délicieuse comédie d'espionnage avec un humour typiquement britannique. Conrad Veidt y tient un de ses plus beaux rôles au cinéma parlant. Avant de devenir l'archétype du Nazi dans les films Hollywoodien, Powell lui donne une chance de montrer son talent considérable -aussi bien dans l'humour que dans le drame- en Capitaine d'un sous-marin qui se retrouve espion sur une île britannique. Il est certes allemand, mais il est le héros du film. Et tout le public est derrière lui dans ses aventures face à la belle espionne incarnée avec énormément de talent par Valerie Hobson. Cette grande et mince jeune femme à l'allure patricienne et aux nerfs d'acier est la partenaire parfaite d'un Conrad Veidt tour à tour séducteur et impavide. Le récit est pimenté d'incursions de personnages fort amusants qui viennent stopper net les activités de nos espions. Il y a ce clergyman équipé d'un gigantesque phonographe qui débarque à l'improviste. Il remarque une médaille qu'il ne connait pas sur l'uniforme de Veidt. Celui-ci lui répond: "C'est la Croix de Fer, deuxième classe." Le clergyman légèrement interloqué : "Deuxième classe...mais, alors vous êtes prisonnier de guerre ?" Réponse de Veidt sortant un révolver: "Non, c'est vous qui l'êtes." Il y aussi le très irritant révérant du village qui vient ennuyer les espions car ils sont en retard et le gigot va être trop cuit ! Il y a une parfaite alchimie entre Veidt et Hobson qui flirte à fleuret moucheté avec des sous-entendus délicieux dans les dialogues. L'intrigue n'est pas en reste en terme de suspense, car Hobson est une espionne, mais à la solde de qui ? Nous l'apprendrons au cours du film. Le final est également une grande réussite où Hardt va être coulé par son propre sous-marin. Ce film délicieux est accompagné d'une musique de Miklós Rózsa qui débutait alors comme compositeur de musique de film. Un Powell qui est en tout point délectable et où Veidt n'a jamais été aussi séduisant.