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lundi 25 juin 2012

The Despoiler 1915

Châtiment
Un film de Reginald Barker avec Frank Keenan, Enid Markey et Charles K. French

Sur la frontière turco-arménienne, le colonel von Werfel (C. K. French) opère avec un groupe de Kurdes dirigé par le dangereux Khan Ouâdaliah (F. Keenan). La ville de Kéraoussi est encerclée par les Kurdes. Les femmes seront livrées aux hommes du Khan à moins que la ville ne se rende. La fille de Werfel, Beatrice (E. Markey) se trouve parmi les malheureuses...

Ce film de Reginald Barker produit par Thomas H. Ince (qui s'approprie le crédit de la réalisation au générique) est absolument passionnant. Lorsqu'on lit le résumé de ce film dans le catalogue de l'American Film Institute, on réalise que la version française détenue par la Cinémathèque française (qui est la seule copie existante de ce film) est totalement différente. Dans l'original produit en 1915 -donc avant l'entrée en guerre de l'Amérique- le film n'était pas situé géographiquement mais suggérait vaguement la zone des Balkans avec un officier français nommé Damien. Lorsque le film est distribué en France en 1917, le colonel devient allemand sous le nom de von Werfel. Et on déplace le conflit vers la Turquie à l'époque du génocide arménien. Alors que l'original se terminait sur un plaidoyer pour la paix (le colonel se réveillait d'un cauchemar), la version française de 1917 devient un instrument de propagande anti-allemande. Le contenu du film est un brûlot de première catégorie. Les troupes Kurdes qui assistent le colonel allemand sont des soudards sans foi ni loi qui ne songent qu'a violer et  à tuer. Quant à leur chef, il est prêt à tout pour obtenir des faveurs sexuelles de la part de la fille du colonel. La malheureuse est placée devant un choix effroyable:  accepter de se donner à lui ou voir toutes les femmes du village être livrées aux soudards. La mort dans l'âme, elle accepte le marché sordide. Mais, après avoir été violentée, elle tue son bourreau. Sur ce, le colonel arrive et demande qu'on lui livre la meurtrière. Elle se rend voilée. Il fait fusiller sa propre fille et découvre ensuite effondré son identité. Le paroxysme du film est atteint lors du meurtre de l'ignoble Khan. Enid Markey, au bord de la folie, s'empare de son révolver et se dirige vers son violeur qui ronfle complètement saoul. Il n'y a aucun doute que la violence du film a dû profondément affecté les spectateurs de l'époque. Et il semble impensable que les français l'aient diffusé en utilisant le nom français du colonel. Avec ce changement de nationalité et ce déplacement géographique, le film reste profondément perturbant. Décidément, Reginald Barker mériterait d'être redécouvert car il fait partie des grands du début des années 10.

samedi 26 février 2011

The Bargain 1914


Un film de Reginald Barker avec William S. Hart

Jim Stokes (Wm S. Hart) a attaqué une diligence en faisant croire qu'il avait des complices. Il s'enfuit dans la montagne, mais il est blessé en route par le sheriff. Un prospecteur le retrouve près d'un point d'eau et l'emmène dans sa cabane. La fille de celui-ci s'occupe de Jim et tombe amoureuse de lui...

C'est le tout premier western long métrage de William S. Hart. Cet acteur venu de New York se fond dans le paysage de l'ouest dès ce premier film. Il a été embauché par le producteur Thomas H. Ince qui s'empresse de mettre son nom comme réalisateur au générique. En effet, ce film est un énorme succès et Hart se voit offrir un contrat chez Ince pour faire d'autres westerns. On ne peut qu'être fasciné par la fluidité narrative du film et par son utilisation grandiose des paysages du Grand Canyon. C'est le septième western avec Wm S. Hart que je vois et je suis toujours aussi fascinée par le personnage. Il a réellement une présence magnétique qu'il soit à cheval ou qu'il entre dans un tripot le révolver à la main. Mais, ce qui me frappe c'est la qualité du découpage et des personnages. Le film réussit même à introduire de l'humour. Jim Stokes a été capturé par le shériff et ce dernier récupère l'argent qu'il a volé dans la diligence. Puis, le shériff descend boire un verre au saloon. Après quelques verres de whisky, il décide d'aller tenter sa chance à la roulette. Il perd tout l'argent qu'il avait récuperé (la table est truquée !). Il remonte dans la chambre et annonce à Jim qu'il a tout perdu. Jim éclate de rire et lui propose un marché. Il va récuperer l'argent contre une chance de passer la frontière voisine. Après pas mal de péripéties, il revient dans la chambre avec l'argent en annonçant: "Il y a peut-être un peu trop, mais j'étais pressé ." Pour un film de 1914, la qualité des cadrages est remarquable ainsi que la montée du suspense avec parfois jusqu'à trois actions parallèles. On retrouve chez Hart systématiquement les mêmes éléments: le mauvais garçon qui se réforme après avoir rencontré une femme. Mais, il réussit à varier suffisamment les autres éléments narratifs pour rendre ses films totalement passionnants.