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samedi 29 août 2015

Butterfly 1924

Sur le plateau de Butterfly, Kenneth Harlan, Laura La Plante, 
Norman Kerry, Ruth Clifford et Clarence Brown

La Papillonne
Un film de Clarence Brown avec Laura La Plante, Kenneth Harlan, Ruth Clifford et Norman Kerry

Hilary (R. Clifford) travaille comme secrétaire pour assurer l'avenir de sa soeur surnommée Butterfly (L. La Plante) qui étudie le violon. Mais, cette derière s'entiche de Craig (K. Harlan), le patron d'Hilary et l'épouse...

Craig (K. Harlan), Butterfly (L. La Plante)
et Kronski (N. Kerry)
Clarence Brown, qui a avait appris son métier de réalisateur auprès de Maurice Tourneur, était devenu lui-même un metteur en scène de renom en 1924 à la Universal où il enchaîna une suite de films remarquables: The Signal Tower (1924), Smouldering Fires (1924) et The Goose Woman (1925). Butterfly, tout comme Smouldering Fires, trace le portrait de deux soeurs que tout oppose. L'aînée Hilary est prête à tous les sacrifices pour assurer le bonheur de sa cadette alors que cette dernière est un petit monstre d'égoïsme et ne songe à qu'à s'amuser. Son surnom de Butterfly (papillon) n'est pas usurpé; son coeur passe d'un homme à un autre rapidement sans penser aux conséquences. Sur cette trame tirée d'un roman de Kathleen Norris somme toute assez banale, Brown réussit à nous tenir en haleine du début à la fin grace à une direction d'acteur remarquable et une mise en scène pleine d'originalité. Au lieu de se contenter d'un gros plan du visage de son (anti-)héroine, il nous montre les pieds de Laura La Plante ou sa nuque suggérant l'agacement ou l'excitation de Butterfly. Cette femme-enfant est à la fois exaspérante et innocente. Elle pense que tout lui est dû. C'est certainement la faute de sa soeur qui lui a servi de mère et qui lui a passé tous ses caprices. Cette dernière se met tout de même en travers du chemin de celle-ci lorsqu'elle s'apprête à lui prendre l'homme qu'elle aime. La scène finale qui suggère un retour à la normale, avec Butterfly enceinte dans les bras de son époux suscite cependant le doute. Elle ne paraît pas le moins du monde comblée, mais elle doit accepter l'inévitable. Aucun des acteurs n'était une star à la sortie du film, mais il permit à Laura La Plante de gagner ses galons de vedette et Brown fut applaudi pour son travail. Espérons qu'un jour les films Universal de Clarence Brown seront disponibles en DVD!

vendredi 12 octobre 2012

The Signal Tower 1924

Le veilleur du rail
Un film de Clarence Brown avec Rockcliffe Fellowes, Virginia Valli et Wallace Beery

David Taylor (R. Fellowes) est aiguilleur dans une zone isolée des montagnes de Californie. Il vit avec sa femme Sally (V. Valli) et son fils près du poste d'aiguillage. Son vieux collègue Pete part à la retraite et il est remplacé par Joe Standish (W. Beery) qui semble très intéressé par Sally...

Disons-le d'emblée, ce film de Clarence Brown produit par la Universal est un petit chef d'oeuvre de suspense et de construction filmique. A partir d'un sujet somme toute assez banal, il a réalisé un film qui conjugue suspense, intelligence dans les relations humaines et beauté des extérieurs. Pour le réaliser, il est parti dans les montagnes de Californie avec toute son équipe et ils ont même construit un poste d'aiguillage au bord d'une voie ferrée. Dans ce cadre réel, il nous plonge dans la vie d'un aiguilleur. David Taylor vit une vie tranquille entre son vieux collègue Pete, qui loge chez lui, son épouse et son fils. Mais, tout cela va changer avec le départ de Pete. Dès l'arrivé de son remplaçant, on comprend que tout va se compliquer. Joe Standish (sous les traits d'un Wallace Beery gouailleur en surface, mais en fait très inquiétant) arrive dans un costume bien trop élégant pour son travail et des chaussures vernies qui dénotent un séducteur sans scrupules. Le spectateur est convaincu qu'il va rendre la vie difficile à David. Et c'est le cas. Brown commence en fait par quelques scènes comiques où la cousine Gertie fait tout ce qu'elle peut pour attirer Joe, qui l'ignore totalement. Mais, le film prend un tour de thriller après son départ. Une nuit de tempête, David va devoir affronter les pires dangers et un dilemme effroyable: doit-il sauver son épouse des griffes de l'affreux Joe ou empêcher la collision inéluctable entre des wagons fous et l'express qui arrive à toute vapeur ? La dernière partie du film n'a rien à envier aux meilleurs films d'Alfred Hitchcock. 
Le suspense devient insoutenable alors que David tente désespérément de faire dérailler les wagons fous sous une pluie battante et qu'en même temps, Sally tente de se défendre face à Joe. Tout cela est entrecoupé par des images prises depuis les wagons qui dévallent la montagne. Ce montage parallèle atteint son paroxysme lorsque Sally saisit un révolver pendant que David détruit l'aiguillage à coups de masse. L'engrenage infernal montre un sens dramatique remarquable. Brown a réalisé dans ces années-là parmi ses tous meilleurs films avec The Goose Woman (1925) et Smouldering Fires (1925) qui offrent tous deux de superbes portraits de femme. Son passage à la MGM va faire de lui un excellent metteur en scène de studio, mais il aura moins de marge de manoeuvre qu'il en avait dans ses années-là, à la Universal. Il est fort dommage que Clarence Brown soit essentiellement connu dans sa période MGM. Il faut espérer qu'un jour ces trois bijoux de la Universal seront enfin disponibles en DVD.

lundi 25 juin 2012

The Cossacks 1928

Lukashka (J. Gilbert) et Sitchi (Paul Hurst)
Les Cosaques
Un film de George W. Hill et Clarence Brown avec John Gilbert, Ernest Torrence, Renée Adorée, Nils Asther et Dale Fuller

Dans un village cosaque, Ivan (E. Torrence) se lamente que son fils Lukashka (J. Gilbert) soit considéré comme une femmelette. Lukashka est amoureux de Maryana (R. Adorée) qui le méprise pour sa couardise. Mais, lors d'une attaque des Turcs, il montre sa bravoure...

Cette production MGM a connu quelques avatars. Le film est passé des mains de George W. Hill, un bon routier sans surprise, à celles de Clarence Brown qui ne fut pas crédité au générique. On sent qu'avec cette adaptation de Tolstoï la MGM cherchait surtout à reformer le couple Gilbert-Adorée qui avait connu un immense succès dans The Big Parade (La grande parade, 1925) de King Vidor. Mais, avec The Cossacks, nous somme bien loin du chef d'oeuvre intemporel de Vidor. Cette recréation débridée en diable de la Russie tsariste fait presque penser à une bande dessinée tellement les personnages sont caricaturaux. Les Cosaques sont montrés comme des brutes sanguinaires qui ne songent qu'à tuer les Turcs à coup de sabres pendant que leurs femmes s'échinent aux champs pour garantir une récolte. Leur autre distraction est de boire de la vodka au litre en reluquant les femmes. Pour le film, on avait embauché de vrais cosaques qui font des démontrations de leur talent d'acrobates à cheval. Quant aux Turcs, ils sont montrés comme des tortionnaires proches de la bestialité. Avec une intrigue aussi peu politiquement correcte et également aussi proche du ridicule, on ne peut que regarder le film au second degré. John Gilbert cabotine à souhait en fils du chef cosaque qui devient soudain un 'homme' parce qu'il a tué dix Turcs. Ernest Torrence n'est pas en reste en chef barbare et exubérant. Renée Adorée, elle, est partagée entre son amour pour Lukashka et le prince de sang (joué par Nils Asther) qui est venu de Moscou pour l'épouser. Au total, ce film est bien réalisé visuellement. Clarence Brown (qui a pratiquement retourné tout le film après le départ de Hill) montre sa maîtrise du mouvement. Mais, il faut bien l'avouer le film reste une pochade haute en couleur avec des personnages schématiques. 

vendredi 2 septembre 2011

Intruder in the Dust 1949


L'Intrus
Un film de Clarence Brown avec Juano Hernandez, Claude Jarman Jr., David Brian et Elizabeth Patterson

Dans une petite ville du Mississippi, Lucas Beauchamp (J. Hernandez), un fermier noir, a été arrêté pour le meurtre d'un blanc. Toute la population se rassemble autour de la prison pour organiser son lynchage. Mais, le jeune Chick Mallison (C. Jarman Jr.) va trouver Lucas avec son oncle avocat John Stevens (D. Brian). Il part la nuit pour déterrer le cadavre du mort et récupérer la balle qui l'a tué...

Avec cet Intruder in the Dust, Clarence Brown rappelle à ceux qui l'aurait oublié qu'il est bien plus qu'un simple 'studio director'. Embauché à la MGM en 1926, il est le réalisateur des stars maisons telles que Garbo et Crawford. Mais, en 1949, avec l'arrivée de Dory Schary comme producteur, les films MGM deviennent progressivement plus sensibles aux problèmes raciaux et sociaux de l'Amérique. Clarence Brown produit et réalise un plaidoyer anti-raciste sur un scénario de William Faulkner qui tranche avec ses films de pure divertissement. Le film est entièrement tourné à Oxford (Mississippi) la ville où habite William Faulkner. Il y a un désir d'authenticité et de sobriété remarquable à tous les niveaux dans ce film. Tout d'abord, il y a le personnage central Lucas Beauchamp, interprété avec dignité et charisme par le portoricain Juano Hernandez. Le cinéma américain de l'époque ne nous a pas habitué à voir un homme noir qui montre une telle fierté dans l'adversité. Alors qu'il est amené menottes aux poignets jusqu'à la prison devant une immense foule d'hommes blancs, il conserve sa dignité et toise du regard cette foule hostile. Il secoue même la poussière de son chapeau tombé à terre avant de la remettre. Vêtu comme un gentleman farmer, Il s'avance ignorant les regards haineux. Il possède une propriété et cultive sa propre terre et n'a pas l'intention de se laisser humilier. Cependant, il sait que ses chances de prouver son innocence sont faible. Aux yeux de la population, il est noir et forcément coupable. C'est sans compter le jeune Mallison (un Claude Jarman Jr. à l'air de petit oiseau effrayé) qui va tout faire pour l'aider. Les rapports en Mallison et Beauchamp sont d'ailleurs teintés d'une ambiguité étonnante. Il a rencontré Lucas après être tombé dans un trou d'eau gelé et celui-ci lui a offert l'hospitalité. Il a refusé toute aumône après ce beau geste. On sent un mélange de crainte et de gratitude chez cet adolescent blanc, élevé dans une famille du cru. Il va partir dans une expédition dangereuse la nuit tombée en compagnie du fils noir d'une domestique et d'une vieille dame excentrique Miss Habersham, jouée par la vétérante Elizabeth Patterson. Partis pour déterrer le cadavre de la victime, ils trouvent une tombe vide. A partir de ce moment-là, son oncle avocat commence à croire à l'innocence de Lucas.
Ce bled perdu du Mississippi est rempli de personnages illettrés et racistes qui tueraient père et mère pour de l'argent. Le vieux Ned Gowrie (Porter Hall) est manchot, mais il a un pistolet caché dans sa chemise qu'il reboutonne systématiquement après l'avoir rangé. Il est le père du mort, lui aussi à la recherche du meurtrier. Tout ce petit monde nous replonge dans cette Amérique du sud profond qui vit encore comme au siècle dernier. Clarence Brown choisit une sobriété totale dans ce récit, sans jamais chercher d'effets de manche. Mais, les images en disent plus qu'un long discours. Il suffit de voir la cohue des voitures qui convergent vers la ville dans l'attente du lynchage qui apportera un 'divertissement' bienvenu, comme une sorte de fête foraine. La vieille Miss Habersham réussira à empêcher le lynchage de Lucas en se plantant devant la prison avec son tricot. Les forcenés reculent face à sa détermination. Brown évite toute sensiblerie ou sermon. Il montre simplement la couardise de ces 'justiciers'. Lucas sera finalement innocenté. Et il tiendra encore à payer son avocat, même une somme symbolique, pour conserver sa dignité d'homme. Il faut ajouter un mot sur la très belle photo noir et blanc de Robert Surtees, que l'on associe pas forcément au cinéma de Brown, mais qui se révèle un excellent collaborateur. Voilà un très grand film de Brown qui prédate de plus de treize années To Kill a Mockingbird et qui est, à mon avis, bien supérieur au film de Mulligan, par son propos et sa mise en scène. Le film est maintenant disponible dans une copie restaurée de toute beauté chez Warner Archive, sans ST. Attention, l'accent traînant du sud n'est pas toujours facile à comprendre. Mais, le film mérite qu'on fasse un effort.

mercredi 20 avril 2011

Letty Lynton 1932

Captive

Un film de Clarence Brown avec Joan Crawford, Robert Montgomery, Nils Asther, Lewis Stone et May Robson

Letty (J. Crawford), une riche héritière, mène une vie débridée en Amérique du Sud depuis plusieurs mois. Elle voudrait échapper à son amant Emile Renaul (N. Asther) dont elle a peur. Elle réussit à prendre le bateau pour rentrer en Amérique. A bord, elle rencontre Jerry Darrow (R. Montgomery) dont elle tombe amoureuse...

Ce film de Clarence Brown est célèbre à cause de son contenu - hautement immoral - ainsi qu'à cause du procès pour plagiat du scénario. Ce procès a malheureusement eu pour effet de rendre le film quasiment invisible jusqu'à ce jour. Il n'a jamais été diffusé en VHS, ni en DVD, et il ne passe plus à la télévision. Heureusement, il reste quelques copies (de qualité très médiocre) qui circulent et permettent de voir ce film 'maudit'. Le scénario est basé sur un roman de Marie Belloc Lowndes, l'auteur de The Lodger, inspiré par un cas d'empoisenement célèbre, 'The Edinburgh Case' dont David Lean fera plus tard également un film, intitulé Madeleine (1950). Malheureusement, à cause d'une autre pièce de théâtre intitulée Dishonored Lady d'Edward Sheldon, qui racontait la même histoire, on attaqua le studio MGM pour plagiat. Après de longs développements judiciaires, la MGM craignit que tous les profits du film ($600.000) ne passent entre les mains des plaignants. Mais, en appel, seule une porportion des profits (égale à la portion du texte plagié) devait être payée. Néanmoins, depuis ce temps, la MGM ne sort plus le film. Ce procès assez rocambolesque serait suffisant pour rendre le film célèbre. Mais, en fait, le contenu même du scénario est de la dynamite. Joan Crawford y est une riche héritière à la vie sexuelle débridée en compagnie d'un individu louche (le suédois Nils Asther) qu'elle n'aime pas. L'ayant quitté subrepticement, elle tombe dans les bras du gendre parfait, en la personne de Robert Montgomery. Hélas, son ex-amant est déjà arrivé à New York et menace d'exposer son passé. Joan pense au suicide et emporte du poison pour une dernière confrontation avec Nils. Il la frappe et la bat. Mais, c'est lui qui boit le champagne empoisonné. Elle l'insulte en le traitant de 'Mongrel' (bâtard) alors qu'il meurt. Joan devient une meutrière au sang froid parfait qui efface les traces de son passage. Et elle observe même le serveur qui entre dans la pièce et boit du champagne dans le verre empoisonné sans même lever un sourcil. C'est le final du film qui est totalement détonnant. Letty est convoquée chez le juge d'instruction (L. Stone) à la suite du meurtre. Mais, elle en sort libre et sans procès aprés avoir reçu le soutien de son fiancé (Montgomery), de sa mère et de sa bonne ! C'est probablement un des seuls films jamais produit à Hollywood où une meurtrière échappe à toutes sanctions grâce à ses mensonges et à ceux des siens. Elle vivra donc heureuse après avoir éliminé un amant gênant. Rien que pour cela, l'exploitation d'un tel film devenait impossible après l'adoption du Production Code au milieu de 1934. Le film fut en tous cas un gros succès (sauf en Grande-Bretagne où il fut interdit). La robe en organdi blanc, signée Adrian, que porte Joan Crawford (voir ci-dessus) fut copiée et vendue par le grand magasin Macy's de New York à plus de 50.000 exemplaires. D'ailleurs, Joan porte dans le film des vêtements parfaitement en phase avec son héroïne comme un manteau au large col de fourrure qui la fait presque disparaitre. Il m'est difficile de parler de la cinématographie du film (signée du talentueux Oliver T. Marsh) car la copie que j'ai vue est trop mauvaise. Mais, il ne fait aucun doute que ce mélo est très bien dirigé par Clarence Brown. Il trouve toujours l'angle qu'il faut pour suggérer les rapports entre les personnages. Quand Joan rentre à la maison et arrive en haut d'un immense escalier, nous découvrons sa mère - qui la déteste - par une porte ouverte, une belle utilisation de la profondeur de champ. Espérons que ce film de Clarence Brown redeviendra visible, comme le sera bientôt Night Flight (1933).

vendredi 25 mars 2011

Smouldering Fires 1924

La Femme de Quarante Ans

Un film de Clarence Brown avec Pauline Frederick, Laura La Plante, Malcolm McGregor et Tully Marshall
Jane Vale (P. Frederick) dirige une entreprise de confection d'une main de fer. Tous ses employés sont terrorisés et n'osent pas critiquer sa gestion. Mais, Robert Elliott (M. McGregor) ose proposer des changements. Jane tombe amoureuse de lui...

Ce film de Clarence Brown, réalisé pour la Universal, a pour personnage principal une femme d'affaires. Brown montre déjà sa capacité remarquable à la direction d'actrices, et ce bien avant de diriger Garbo. Pauline Frederick est absolument splendide dans le rôle principal. En 1924, elle était aussi à l'affiche d'un Lubitsch remarquable, Three Women (1924). Elle nous apparaît d'abord assez masculine: costume, fine cravate et cheveux plaqués. Lors d'une réunion au sein de l'entreprise, on voit la terreur qu'elle y fait règner. Seul, Scotty (Tully Marshall) est de taille à lui répondre car il est là depuis longtemps. Il est une sorte d'éminence grise, devinant les désirs de sa patronne avant qu'elle les formule. Cela donne lieu d'ailleurs à un petit jeu fort amusant : elle empoche systématiquement tous les crayons que lui tend Scotty pour signer. En quelques plans, nous avons fait connaissance avec les personnages. La très froide Jane Vale va s'adoucir soudain face à son jeune employé, Robert Elliott (Malcolm McGregor). Elle redevient féminine et souhaite lui plaire. Celui-ci n'a même pas remarqué l'attraction que sa patronne ressent pour lui. Il pense que sa soudaine promotion est due à son talent. Et c'est là que la mise en scène de Brown est en tous points remarquables. Les différentes aspirations des personnages se reflètent dans leurs regards sans que ceux-ci se croisent. Ils regardent tous dans une direction opposée, absorbés par leur propre désir. Jane rêve d'épouser ce jeune homme qui lui a fait retrouver sa part de féminité ; Robert, heureux de sa promotion, ne réalise d'abord pas l'amour de Jane. Et un troisième personnage va compliquer la situation. La jeune soeur de Jane, Dorothy (L. La Plante) va être d'abord choquée par ce mariage étrange entre cet homme d'une vingtaine d'année avec sa soeur de quarante ans. Mais, rapidement, elle est attirée par lui. Contrairement à ce qu'ont pourrait attendre dans un mélodrame classique, aucun des personnages ne souhaite faire du mal aux autres. Ils vont donc dissimuler cette attraction pour ne pas nuire à Jane. Et, à nouveau, c'est pas un regard que Jane va découvrir la vérité. Elle surprend le visage de sa soeur dans le reflet d'une fenêtre. Elle comprend alors combien elle s'est méprise. Le film se termine en douceur avec Jane qui fait preuve d'une abnégation superbe en redonnant sa liberté à son mari par un mensonge. Clarence Brown réalise là un petit bijou qui réussit à combiner l'aspect social (la vie au sein de l'entreprise), les désirs d'une femme qui a perdu sa jeunesse et l'humour. La structure du film est absolument parfaite sans une once de 'gras'. Le jeu des teintages nous rend les différentes émotions qui étreignent Jane, passant du bonheur à la désillusion. C'est sans conteste un des plus portraits de femme du cinéma des années 20. Le film est disponible chez Sunrise Silents.

jeudi 10 mars 2011

The Goose Woman 1925


Déchéance
Un film de Clarence Brown avec Louise Dresser, Jack Pickford et Constance Bennett

Marie de Nardi (L. Dresser) vit dans un taudis en élevant des oies. Elle fût autrefois une cantatrice célèbre et reconnue. Un soir, un crime est commis près de chez elle. Elle décide d'aider la police. Mais, son témoignage fait de son fils Gerald (J. Pickford) le suspect numéro un...

Clarence Brown avait travaillé comme assistant de Maurice Tourneur avant de devenir réalisateur à par entière. Ce film réalisé pour la Universal montre l'influence de son mentor par la précision de la composition picturale des images et le sens du récit. Louise Dresser, dans la rôle principal, n'est plus qu'une épave humaine qui noie son désespoir dans le gin. Elle, qui était une artiste réputée, a sombré après avoir donné naissance à son fils. Sa voix a été détruite. Les rapports entre cette femme et son fils sont faits de rancoeurs et de ressentiments. Face à elle, Jack Pickford donne une vraie épaisseur humaine à ce garçon fragile et sentimental. Il essaie tant bien que mal de sortir sa mère de cette cabane sordide où elle croupit, en vain. Finalement, c'est le désir de notoriété qui va la pousser à sortir de son taudis. Lorsqu'un juge lui fait miroiter la possibilité de faire la une des journaux, elle décide de faire un témoignage. Elle est prête à mentir pour être à nouveau considérer comme un être humain et non plus un objet de dérision. La construction du film -qui annonce le film noir par certains aspects- est remarquable. Brown nous apprend toutes sortes de détails grâce aux images en évitant les cartons. Par exemple, Louise Dresser touche la surface de la carte de visite du juge et remarque que les caractères sont en relief - le signe, pour elle, de son importance - contrairement au policier qui n'a qu'un bristol ordinaire. Le récit se fait à coup de flash-backs qui vont nous révéler peu à peu les circonstances du crime. Un homme a été tué avec un révolver devant son portail. Mais, au début, nous ne savons rien de lui, ni du motif du crime. Mais, ce crime n'a finalement que peu d'importance car il n'est là qu'un catalyseur de la transformation de Marie de Nardi. Il va lui permettre de retrouver visage humain et de l'affection pour son fils. Brown a donné à son film une belle authenticité avec pour décor une vieille cabane qu'il avait réussi à trouver et fait déplacer en studios. Le film offre aussi une vision des coulisses d'un théâtre lorsque Jack Pickford va retrouver sa petite amie actrice (jouée par Constance Bennett). Nous assistons amusés aux performances du bruiteur alors que les acteurs s'agitent en scène. Puis, la scène de l'interrogatoire au poste de police est superbement rythmée par des inserts: robinet qui coule, pièces de monnaie qui s'entrechoquent et agent se limant les ongles. Le malaise de Jack Pickford va grandissant avec tous ces bruits parasites. Le film contient un humour bienvenu dans cette histoire très noire qui pourrait tourner au mélo. On voit, par exemple, le policier incommodé par la puanteur de la cabane, ouvrir la fenêtre pour avoir un peu d'air frais. Mais, c'est l'odeur du lisier des porcs qui vient lui frapper les narines. De plus, la cinématographie est superbe avec toutes les ombres et lumières requises. Le film vient de faire l'objet d'une restauration par la UCLA Film and TV Archive. Espérons qu'il sera édité en DVD rapidement.