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dimanche 17 août 2014

Eld ombord 1923

Jan Steen (M. Lang) et Dick (V. Sjöström)
Le Vaisseau tragique
Un film de Victor Sjöström avec Matheson Lang, Jenny Hasselqvist et Victor Sjöström

Le skipper Jan Steen (M. Lang) a épousé Ann-Britt (J. Hasselqvist) qui fut autrefois aimée de Dick (V. Sjöström). Couvert de dettes, Jan doit accepter de transporter une cargaison dangereuse. Son second ayant été blessé, c'est Dick qui le remplace à bord. La tension entre les deux hommes monte rapidement...

Dick (V. Sjöström) et Ann-Britt (J. Hasselqvist)
Eld ombord (littéralement: incendie à bord) est le dernier film muet suédois de Sjöström réalisé avant son départ pour Hollywood. Pour la première fois, il utilise un acteur canadien, Matheson Lang dans le rôle principal. Ce choix est certainement lié au désir de vendre mieux son film à l'international. Cependant le résultat n'est pas tout à fait à la hauteur des précédents films de Sjöström. Matheson Lang, un acteur Shakespearien, n'a pas la subtilité et le naturel des acteurs utilisés généralement par Sjöström. De plus, le scénario est nettement plus traditionnel et attendu que ses précédents chefs-d'oeuvre. On est face à un film d'aventures maritimes plus traditionnels, dans la lignée des produits manufacturés par Hollywood. Cela ne signifie pas que le film est mal réalisé. Sjöström sait parfaitement faire monter la tension et le suspense à bord du navire avec de multiples rebondissements: mutinerie, falgellation, bagarres, incendie, etc. Mais, on attendait de lui des personnages plus complexes et psychologiquement plus fouillés que ce qu'il nous offre. La photo signée de Julius Jaenzon est toujours magnifique d'ombres et de lumières, mais il manque à ce film ce petit quelque chose qui font les chefs-d'oeuvre. On a l'impression que Sjöström est déjà pris dans l'engrenage des studios américains qui n'attendent de leurs réalisateurs qu'une adhésion servile à leur scénario. Le film est spectaculaire au sens premier du mot. Il se clôture par l'explosion d'une goëlette. Par contre, la fin heureuse qu'il nous propose est fort peu crédible. A-t-elle été imposée par les producteurs? Ce n'est pas impossible car il est fort difficile de croire que Jan et Dick puisse se réconcilier après que ce dernier ait mis le feu au navire pour se venger. Un film moins personnel de Sjöström, mais qui tient bien la route en terme de divertissement.

samedi 16 août 2014

Tösen från Stormyrtorpet 1917

Gudmund (Lars Hanson) et Helga (Greta Almroth)
La Fille de la tourbière
Un film de Victor Sjöström avec Greta Almroth, Lars Hanson, Karin Molander et Concordia Selander

Helga (G. Almroth), surnommée la fille de la tourbière, a eu un enfant après que son ancien patron ait abusé d'elle. Les bien pensants du village la regarde avec mépris, mais elle va réussir à défendre son honneur...

La Fille de la tourbière est la première adaptation d'un roman de Selma Lagerlöf réalisée par Sjöström. Il en adaptera quatre autres dans les années à venir. L'année 1917 est cruciale pour Svenska Biograf. Le directeur Charles Magnusson a décidé de réorienter la production vers l'adaptation d'oeuvres littéraires pour faire monter en gamme les films. Après le magnifique Terje Vigen (1917) d'après Ibsen, Sjöström s'attaque à cette histoire simple et forte d'une fille victime du qu'en-dira-t-on qui va se battre pour retrouver son honneur. Le cinéma suédois n'hésite pas à montrer la réalité sociale et les préjugés religieux sans se voiler la face. Helga est avant tout une victime. Placée comme servante chez un fermier, il a abusé d'elle. Pourtant, c'est elle qui est considérée comme une fille perdue. Face à cette adversité, elle fait preuve d'un courage qui force le respect des citoyens les plus conservateurs. Alors que son ancien patron s'apprête à se parjurer sur la Bible, elle préfère lui arracher le livre des mains pour éviter le châtiment divin qui l'attend. Elle ne veut pas que le père de son enfant brûle en enfer. Petit à petit, le personnage d'Helga montre sa grandeur d'âme, son refus du mensonge et des préjugés face à une société bien-pensante profondément hypocrite. Gudmund est impressionné par la volonté de cette femme et va insensiblement tomber amoureux d'elle. Le contraste avec sa fiancée Hildur devient de plus en plus insupportable, surtout lorsqu'il se retrouve lui-même suspecté de meurtre et qu'elle le rejette. Sjöström dirige ses acteurs au petit point. Lars Hanson et Greta Almroth sont absolument formidables de vérité et de subtilité. Encore un magnifique Sjöström. Douglas Sirk a réalisé également une adaptation du roman de Lagerlöf en 1935 sous le titre Das Mädchen von Moorhof.

jeudi 14 août 2014

Mästerman 1920

Maître Samuel
Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström, Greta Almroth, Harald Schwerzen et Concordia Selander

Sammel Eneman (V. Sjöström) est prêteur sur gage dans une petite ville portuaire. Il est détesté par la plupart de ses concitoyens pour son avarice. Un jour, il fait la connaissance de Tora (G. Almroth) qui s'est faite agressée et la ramène chez sa mère (C. Selander). La jeune fille est fiancé au marin Knut (H. Schwerzen) qui a besoin d'argent. Elle va trouver Eneman pour obtenir un prêt. Il accepte, mais en retour, il faudra qu'elle accepte de s'occuper de sa maison...

Ce film de Victor Sjöström est moins connu que d'autres de la même époque. Et pourtant, c'est à nouveau une oeuvre profondément humaine et d'une subtilité remarquable. On a également la confirmation, s'il en était besoin, de l'étendu du talent de l'acteur Sjöström. Il est ici un vieux grigou qui vit au milieu de son bric-à-brac et s'habille de vieilles hardes par avarice. La rencontre avec Tora va modifier ce vieil homme en apparence sans coeur. Il accepte qu'elle rende les objets qu'il avait pris en gage aux pauvres gens du village et il s'humanise doucement en changeant ses vêtements. Petit à petit, son environnement se modifie grâce aux bons soins de Tora, ce qui ne manque pas de faire jaser. Le vieux grigou pense même qu'elle va accepter de l'épouser. Evidemment, il se trompe. Tora attend patiemment le retour de Knut et il réalisera alors sa folie. Mais, auparavant, il devra subir une série d'humiliations particulièrement cruelles. Alors qu'il a revêtu ses plus beaux atours et qu'il se met en route pour aller trouver la mère de Tora, bouquet de fleurs en main, tout le village se coalise pour se moquer de lui. Une séquence reste en mémoire pour son efficacité et sa cruauté. Alors qu'il arrive seul sur la route, il croise une rangée de villageois qui singe son allure: ils portent des bouquets de brindilles et se rangent derrière lui en file indienne. Il prend l'humiliation avec résignation. Le film se clôt avec le vieux Sammel qui repart chez lui dans ses vieilles hardes laissant derrière lui Tora et Knut, enlacés et heureux. Sjöström est absolument bouleversant de sensibilité dans ce rôle difficile et sa mise en scène est sans faille avec un soin dans le rythme et la composition des scènes qui en font sans aucune doute l'un des tous premiers maîtres du cinéma. A voir absolument.

Trädgårdsmästaren 1912

Lili Bech et Gösta Ekman
Le Jardinier
Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström, Lili Bech et Gösta Ekman

Un propriétaire de jardin (V. Sjöström) convoite la petite amie (L. Bech) de son fils (G. Ekman). Il éloigne celui-ci et profite de son absence pour abuser sexuellement de la jeune fille...

Lili Bech et Mauritz Stiller
En 1912, Victor Sjöström réalise son premier film pour Svenska Biografteatern. C'est son ami Mauritz Stiller qui a écrit le scénario et y joue un petit rôle. Bien loin des romances sentimentales, l'histoire imaginée par Stiller est d'une cruauté particulièrement inhabituelle pour l'époque. La malheureuse Lili Bech, qui joue la jeune fille sans nom de l'histoire, est victime d'un viol de la part du patron de son père. Sjöström ne cherche pas à se donner le beau rôle en endossant celui du prédateur. Dès ce premier opus, on est frappé par la beauté de la composition, fruit du travail du merveilleux opérateur Julius Jaenzon qui accompagnera Stiller et Sjöström dans tous leurs chefs-d'oeuvre à venir. Le film fit scandale et fut refusé par la censure suédoise. Il sortit néanmoins - censuré - dans d'autres pays où il fut reçu avec ferveur. De nos jours, seule une copie censurée américaine nous permet de découvrir cette oeuvre étonnante. Lili Bech donne une superbe incarnation de cette femme victime des hommes et de la société. Des années plus tard, devenue prostituée, elle retourne dans la serre remplie de fleurs où elle avait été attaquée pour y mourir. Malgré la noirceur du sujet, le film est plein d'images magnifiques de la campagne suédoise qui suggèrent une réalité plus lumineuse de la vie. Un premier opus tout à fait étonnant de maîtrise.

mercredi 13 août 2014

Vem dömer 1922

L'Epreuve du feu
Un film de Victor Sjöström avec Jenny Hasselqvist, Gösta Ekman, Ivan Hedqvist et Tore Svennberg

Au XIVe siècle, Ursula (J. Hasselqvist) a été obligée d'épouser Anton (I. Hedqvist), un sculpteur âgé qu'elle déteste. Elle aime le fils du bourgmestre Bertram (G. Ekman) avec lequel elle passe parfois ses après-midi. Un jour, elle décide d'acheter du poison à un moine apothicaire...

Cette grande production historique de Victor Sjöström a été tournée essentiellement en studios contrairement à ses grands films des années 1910. L'héroïne Ursula est une femme forte dans un environnement hostile. Sa vie est régie par ses parents, la religion et la superstition. Mariée contre son gré, elle songe au suicide avec celui qu'elle aime avant d'envisager de tuer son époux. C'est cette pensée meurtrière qui va faire d'elle la coupable idéale lors du décès soudain de son époux. Ursula est traversée par un violent sentiment de culpabilité. Même si son époux n'a pas touché au breuvage (sans danger) qu'elle lui destinait, elle sait qu'il a douté d'elle au moment fatal. La ville a tôt fait de faire d'elle une meurtrière et une sorcière qu'il faut brûler. Bertram obtient des autorités religieuses de prouver son innocence en acceptant le jugement de dieu. Il devra traverser un bûcher enflammé sans périr. Cependant, Ursula refuse son sacrifice et se présente elle-même face au bûcher. Le film contient les ingrédients des grandes oeuvres de Sjöström: la culpabilité et le pardon. En l'absence des grands espaces, les décors suggèrent l'enfermement de la jeune femme avec de violents contrastes d'ombres et de lumières. Jenny Hasselqvist est une magnifique Ursula qui réussit à vaincre dans une adversité totale. Encore une oeuvre majeure de Victor Sjöström qui mérite d'être découverte.

lundi 29 avril 2013

Ingmarssörnena 1918

La Voix des ancêtres
Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström, Harriet Bosse, Torre Svennberg et Hildur Carlberg

Le fermier Lil Ingmar (V. Sjöström) monte au ciel pour demander conseil à son vieux père (T. Svennberg). Il lui raconte son malheur. Il  était sur le point de se marier avec Brita (H. Bosse), mais la mauvaise récolte lui a fait différer le mariage. Or Brita, déjà installée chez lui, attendait un enfant...

Ce magnifique film de Sjöström est une oeuvre d'auteur complet. Il joue le rôle principal tout en ayant lui-même adapté le roman de Selma Lagerlöf (Jerusalem) et il en assure la mise en scène. Contrairement à ses films précédents comme Terje Vigen (1917) et Berg-Ejvind  och hans ustru (Les proscrits, 1918) qui sont des chefs d'oeuvres lyriques et flamboyants, Ingmarssörnena travaille dans l'introspection et une analyse minutieuse de l'âme humaine. Entre d'autres mains, ce film de deux heures pourraient être un pensum. Avec Sjöström, c'est un miracle d'humanité et pudeur. Il prend son temps pour nous conter la vie d'Ingmar, un jeune fermier un peu fruste et taiseux. Celui-ci aime Brita, la fille d'un riche voisin. Or celle-ci ne ressent rien pour lui; mais elle doit accepter de le suivre suite aux injonctions de ses parents qui considèrent que c'est un mariage bienvenu avec un riche fermier. Dès le début, il y a une incompréhension totale entre les futurs époux. Elle est profondément malheureuse dans la ferme d'Ingmar et ne s'entend pas avec sa belle-mère. Et lui ne comprend pas pourquoi elle dépérit de jour en jour. Brita a suivi son fiancé avant même le mariage, comme c'était la coutume à l'époque. Et voilà que la récolte s'annonce mauvaise. Ingmar décide de reculer le mariage d'une année. La malheureuse Brita est enceinte et plutôt que de donner naissance à un enfant illégitime, elle préfère le tuer à la naissance. Elle est condamnée à trois ans de prison, malgré l'intervention d'Ingmar durant le procès. Ce récit est fait par Ingmar lui-même alors qu'il consulte son père mort après avoir escaladé une échelle qui monte au ciel. Il est incapable de prendre une décision. Doit-il aller retrouver Brita à sa sortie de prison ou l'oublier à son triste sort? Son père lui donne le conseil énigmatique de "suivre le chemin de Dieu". Ingmar va donc aller chercher Brita à sa sortie de prison. Comme auparavant, ils sont incapables de se parler franchement. Brita a changé et elle a appris à aimer Ingmar. Lui ne sait pas comment exprimer ses sentiments. Durant le trajet qui les ramènent à la ferme familiale, ils vont lentement réappendre à se comprendre. Sjöström et Harriet Bosse sont des interprètes magnifiques dans la retenue et l'intelligence. Ils réussissent à conférer à leurs deux personnages une puissance émotionnelle et une vérité psychologique que l'on n'attend pas dans un film de 1918. Et en tant que metteur en scène, Sjöström montre qu'il est à l'aise aussi bien dans la fresque lyrique que dans une étude psychologique au petit point. Un film bouleversant et unique. (Dans Karin Ingmarsdotter (1920), il poursuit la saga de la famille Ingmar en nous montrant la destinée de sa fille.)

mardi 16 octobre 2012

Karin Ingmarsdotter 1920

La montre brisée
Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström, Tora Teje, Tor Weijden et Nils Lundell

Karin (T. Teje), la fille du vieil Ingmar (V. Sjöström) un riche paysan, voudrait épouser Halvor (T. Weijden). Mais, celui-ci traîne derrière lui la réputation d'alcoolique de son père. Karin est sur le point de l'épouser lorsqu'il est trouvé ivre mort au bord du chemin...

Karin Ingmarsdotter fait suite à Ingmarssörnerna (La voix des ancêtres, 1919) adaptant Jerusalem de Selma Lagerlöf. On retrouve le personnage central d'Ingmar, joué par Sjöström lui-même, maintenant vieilli et veuf. Sa fille Karin est amoureuse de Halvor qui tient la boutique du village. Dans cette zone rurale, tout le monde cancane à tort et à travers. Une réputation peut se faire et se défaire très vite. Karin va soudain douter de Halvor lorsqu'il revient ivre chez eux. Elle ignore qu'il a été victime de deux vendeurs de chevaux qui l'on fait boire plus que de raison. De plus, Eljas et son père ont ramassé Halvor ivre mort pour lui faire du tort auprès de Karin. Et Karin se retrouve mariée avec Eljas (N. Lundell) qui va se révéler un époux effroyable, alcoolique, violent, profitant des biens de son épouse. Le personnage central du film est Karin. Son père, joué par Sjöström, meurt durant la première moitié du film après une séquence mémorable. Le vieil homme est sur le bord d'un fleuve en cru et voit soudain sur un ponton à la dérive trois jeunes enfants. Il se jette à l'eau avec son long bâton pour résister au courant violent et réussit à sauver les trois naufragés. Mais, il est heurté par un tronc d'arbre à la dérive. Sa montre ne résiste pas au choc. Et le vieil homme également meurt peu après. Cette montre va devenir un symbole. Passant entre les mains de son jeune fils, elle reviendra à Halvor pour lui demander pardon de sa conduite passée (il était opposé au mariage de sa fille). Parmi les oeuvres de Sjöström, ce film est plus claustrophobe que d'autres. Nous sommes beaucoup plus confiné à l'intérieur. Il faut dire que la vie de Karin se passe près du foyer où elle prépare les repas et attend le retour de son époux. Le film est peut-être moins lyrique que Terje Vigen (1917), mais il reste une oeuvre passionnante du grand pionnier suédois.

mercredi 1 février 2012

A Lady To Love 1930

Un film de Victor Sjöström avec Edward G. Robinson, Vilma Banky et Robert Ames

Tony Patucci (E.G. Robinson) est viticulteur dans la Napa Valley en Californie. En visite à San Francisco, il remarque une jeune serveuse, Lena (V. Banky) et en tombe amoureux. Il lui envoie une lettre pour lui proposer de l'épouser. Mais, au lieu de joindre sa photo, se trouvant trop vieux et trop laid, il met celle de son ami Buck (R. Ames). Lena accepte et arrive à Napa...

E.G. Robinson, R. Ames et V. Banky
En 1925, Sidney Howard, un dramaturge réputé de Broadway, avait écrit une pièce à succès They Knew What They Wanted qui reçut le prix Pulitzer. Dès 1928, le cinéma s'en empare avec une première adaptation muette de Rowland V. Lee, The Secret Hour, avec Pola Negri et Jean Hersholt. En 1930, Victor Sjöström réalise son premier film parlant à Hollywood avec A Lady To Love. Il repartira pour l'Europe immédiatement après. On sent que le grand Victor se désintéresse de ce cinéma parlant où les contraintes imposées par l'ingénieur du son doivent être écrasantes. Même si le montage est parfois assez bancal, la direction d'acteurs montre que Sjöström connait bien son métier. La pièce de Howard s'intéresse à un homme d'âge mûr qui cherche à se marier avec une femme bien plus jeune que lui. Il lui offre cependant une vie confortable dans sa maison de la Napa Valley comparée à celle qu'elle avait dans un petit restaurant populaire de San Francisco. Mais, Tony a trop peur de lui déplaire et préfère utiliser la photo de son ami Buck pour attirer la belle. Le choc est brutal lorsqu'elle arrive et qu'elle découvre que son futur époux n'est pas tout jeune et ne ressemble guère à la photo. Lena est furieuse contre Buck qui s'est prêté à cette masquarade, croit-elle. Mais, elle va néanmoins épouser Tony, bien que celui-ci soit immobilisé par une double fracture des jambes. Le soir-même de ses noces, Lena succombe au charme de Buck. Tony réalisera son infortune, mais lui demandera quand même de rester. Dans ce rôle fort en gueule, Edward G. Robinson utilise un accent italien à couper au couteau, et qui n'est pas très convaincant (pas plus que dans Tiger Shark !). Mais, Edward fait un numéro de cabotinage suffisamment carabiné pour qu'on s'intéresse à lui. Il remplit l'écran de sa forte présence, même s'il est couché durant une bonne partie du film. Face à lui, on pourrait craindre que la blonde hongroise Vilma Banky ne fasse pas le poids. En fait, pas du tout, elle réussit l'exploit de lui tenir tête et montre qu'elle n'avait pas grand chose à craindre du cinéma parlant. Vilma Banky avait été importée à Hollywood par Samuel Goldwyn en 1925 pour être la partenaire de Ronald Colman. Elle fut aussi la partenaire de Rudolph Valentino dans deux films, dont l'excellent The Eagle (L'Aigle noir, 1925). Dès sa première scène, on voit que sa voix grave et posée passe superbement au micro. Son accent, loin d'être rédhibitoire, lui donne un charme équivalent à celui de Garbo. Evitant toute emphase théâtrale, elle donne la réplique du tac au tac à un Robinson déchaîné auquel elle fait une toilette décapante dans son lit. Le film profite de ces années où la censure est légère pour nous montrer l'attraction entre Lena et Buck, bien que celle-ci soit mariée. Le ton du film reste assez léger et se termine par une réconciliation entre les deux époux mal assortis. Ce film est une vraie curiosité dans la carrière de Sjöström et de Robinson. 

samedi 17 décembre 2011

Victor Sjöström 1981

Documentaire de Gösta Werner

Sur le DVD Kino des Proscrits (Berg-Ejvind och hans hustru, 1918), on trouve en supplément un documentaire suédois assez ancient qui fait la part belle aux extraits de films avec Sjöström acteur et réalisateur. Ce documentaire ne recherche qu'une chose: nous montrer un maximum d'extraits de films. Et je peux dire que j'ai été à la fête avec des extraits de certains Sjöströms que je n'ai encore jamais vu comme: La Voix des ancêtres (Ingmarssönerna, 1919), La Montre brisée (Karin Ingmarsdotter, 1920) tous deux adaptés de Selma Lagerlöf et L'Epreuve du feu (Vem dömer, 1922). Le documentaire est complété par une émouvante interview d'Ingmar Bergman qui parle de sa collaboration avec le grand Victor en tant qu'acteur de deux de ses films. Il est d'ailleurs fascinant de voir le grand Victor passer du cinéma muet au cinéma parlant sans aucune difficulté. Bergman reconnaît qu'il lui a fallu des années pour réaliser quel grand acteur était Sjöström. Il trouvait qu'il surjouait. Mais, avec le recul des années, il reconnaît s'être trompé. Voilà un documentaire qui m'a donné envie de voir tous les films de Sjöström ! Aucun effet de manche dans la réalisation, juste un grand choix d'extraits. Du bonheur.

mercredi 26 janvier 2011

He Who Gets Slapped 1924

Larmes de Clown

Un film de Victor Sjöström avec Lon Chaney, Norma Shearer, John Gilbert et Tully Marshall

Paul Beaumont (L. Chaney) se fait dérober sa découverte scientifique par le Baron Regnard (M. McDermott) ainsi que son épouse. Il devient clown de cirque pour un numéro où il se fait gifler...

Lon Chaney n'a jamais été meilleur que sous la direction de Victor Sjöström. Le grand réalisateur suèdois obtient de lui une caractérisation épurée et sans excès. Bien qu'il soit la star du film, Sjöström réussit à faire un film de réalisateur sans chercher à trop flatter l'égo de Chaney. Les autres personnages existent en dehors de Chaney and le récit ne cherche pas le rendre omniprésent. Et c'est là la différence principale entre les autres films de Lon et celui-ci. Il est le visage de l'homme qui va boire l'humiliation jusqu'à la lie. Ayant tout perdu, il n'est plus qu'un clown de cirque. Pire encore, son numéro consiste à se faire gifler rituellement tous les soirs devant un public hilare qui trouve un énorme plaisir devant cette torture publique. Le symbolisme est encore plus féroce avec ce coeur en tissu qu'on lui arrache tous les soirs pour le jeter sur la piste. Il n'est que le reflet du désespoir de Chaney amoureux de la belle écuyère Consuelo (N. Shearer pour une fois très sobre et juste). Elle aussi le frappe au visage par jeu. Dans cet univers très noir, on ne trouve que des âmes noires comme celle du Comte Mancini (T. Marshall toujours aussi vénéneux) qui veut vendre sa fille au riche et libidineux Baron Regnard (M. McDermott un habitué de ce type de personnage). Chaney a été aussi un clown dans Laugh, Clown, Laugh (1928, H. Brenon); mais, il y a une énorme différence entre les deux films. La mise en scène de Sjöström est magistrale. Il a un sens de l'espace, de la direction d'acteur et une connaissance de l'âme humaine qui transcendent son sujet assez conventionnel. Un film superbe.

lundi 14 juin 2010

Terje Vigen 1917


Un film de Victor Sjöström avec Victor Sjöström et Edith Erastoff

Au debut du XIXème siècle, en Suède, le pauvre pêcheur Terje Vigen (V. Sjöström) se retrouve prisonnier des Anglais en essayant de braver leur blocus pour nourrir sa famille. Après 5 ans de captivité, il retourne dans son village. Sa femme et son enfant sont morts..

Ce film est certainement un de mes préférés toutes catégories confondues. Il réussit à combiner le lyrisme des paysages avec celui des vers d'Ibsen et la composante visuelle en fait un chef d'oeuvre. Sjöström dans le rôle principal est tout simplement génial. En plus de la beauté de la cinématographie de Julius Jaenzon (qui fut le mentor de Sven Nykvist), Sjöström donne à son personnage une profondeur psychologique inattendue pour un film de 1917. Cet homme qui a perdu sa famille est hanté par un violent désir de vengeance et lorsqu'il retrouve son ancien tortionnaire, il songe immédiatement à le faire partir par le fond avec sa femme et sa fille. Mais, il réussit à surmonter ce sentiment en découvrant le visage de l'enfant qui lui rappelle celui qu'il a perdu. Au lieu de nous présenter des personnages en noir et blanc, comme le fait un Griffith, Sjöström s'attache aux zones d'ombres qu'il y a en chacun de nous. La copie teintée chez Kino est identique à celle publiée par le Svenk Filminstitut à part les cartons traduits en anglais. L'accompagnement au piano de Donald Sosin est excellent sur Kino. La copie suédoise propose une partition orchestrale de Matti Bye également à recommander. A voir absolument!

Ingeborg Holm 1913

Un film de Victor Sjöström avec Hilda Borgström

Suite à la mort de son époux, Ingeborg Holm (H. Borgström) se retrouve dans le dénuement le plus total. Elle fait appel aux services sociaux qui décident de placer ses trois jeunes enfants dans des familles d'accueil. Elle se retouve à l'asile pour les pauvres...

C'est le film de Victor Sjöström le plus ancien qui soit disponible en DVD. Ce grand cinéaste et acteur suédois a réalisé des films dès 1912. Il est sans conteste avec Mauritz Stiller l'un des plus grands réalisateurs des années 10. Ils réalisent tous les deux des films qui sont techniquement incroyablement avancés et le choix de leurs sujets sont également peu communs dans le cinéma mondial. Avec Ingeborg Holm, il montre sans ambages comment la société suédoise des années 10 traitent ses pauvres. Si vous pensiez que la Suède a toujours été un pays social-démocrate et riche, il n'en est rien. Au début du XXème siècle, il règne une misère certaine et l'Etat loin d'appaiser les tourments, ajoute encore aux souffrances des malheureux en en faisant des assistés à vie. Pire, on leur enlève leurs enfants pour les placer. Sjöström non seulement dénonce un état de fait, mais, il réalise également un mélodrame poignant superbement interprété par Hilda Borgström. Dans ses films, le jeu des acteurs est toujours mesuré et juste. Il était lui-même un merveilleux acteur de théâtre et de cinéma. Ce film est tourné principalement en décors de studio contrairement à ses films plus tardifs qui exploiteront les paysages sauvages de la Scandinavie. Si les gros plans sont rares, la composition des plans moyens et larges est bien définie avec parfois une grande profondeur de champ. La copie Kino est moyenne est un peu de décomposition ici et là. Mais, quel plaisir de pouvoir découvrir ce merveilleux film!