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jeudi 12 janvier 2012

Les Ombres qui passent 1924

Ivan Mosjoukine, Andrée Brabant et Henry Krauss
Un film d'Alexandre Volkoff avec Ivan Mosjoukine, Henry Krauss, Andrée Brabant et Nathalie Lissenko

Louis Barclay (I. Mosjoukine) vit dans le sud de l'Angleterre entre son père authoritaire (H. Krauss) et son épouse Alice (A. Brabant). Son existence est régulée par son père, selon les préceptes de Henry David Thoreau. Mais, un jour, il reçoit une lettre lui demandant de se rendre à Paris pour toucher un énorme héritage...

Ce film d'Alexandre Volkoff produit par la société Albatros a été écrit par Mosjoukine lui-même avec Kenelm Foss. Ne cherchant aucunement à adapter une quelconque pièce de théâtre ou un roman, il laisse libre court à son imagination. Il veut utiliser ses qualités comiques qui sont absolument évidentes dès ses premiers films tel que l'hilarant Domik v Kolomne (La petite maison à Kolomna, 1913) où il se travestit en cuisinière. Mais, en 1924, il trouve son inspiration dans les comiques américains qu'il révère. Son Louis Barclay, naïf et exhubérant, doit beaucoup à Buster Keaton et à Chaplin. Ce qui rend les films de Mosjoukine si attractifs et si différents de la production française des années 20, c'est leur ton et leur narration. Il utilise les éléments habituels du mélodrame à la française en leur ajoutant une fantaisie venue de la comédie américaine et des éléments de tragédie purement russes. Avec Les Ombres qui passent, il se crée pour lui-même le personnage le plus fantaisiste de sa carrière française. Ce jeune anglais, totalement dominé par son père, mène une vie heureuse à la campagne. Il part à cheval de bon matin avec son épouse Alice pour aller se baigner. Ils sont tous deux en maillot de bain et semble adorer cette vie sans soucis. Mais, il reste les contraintes imposées par son père : la lecture du Walden de Thoreau tous les soirs, la prière avant le dîner et un manque de liberté général. L'arrivée d'une lettre annonçant un héritage va lui permettre de changer d'air. Il s'achète un costume (de deuil, son père a précisé) parfaitement ridicule avec un pantalon très court et une veste large qui lui donne un air Keatonien en diable. Son père lui fait emporter une giganstesque couronne mortuaire dont il espère pouvoir se débarrasser rapidement. Inutile de dire qu'il ne passe pas inaperçu en arrivant à l'hôtel Impérial à Paris. Sa défroque provoque le rire et son attitude sans complexe dans le restaurant continue à susciter l'ironie. Mais, comme les bruits vont vite, des aigrefins ont vent de son gros héritage. Les sinistres John Pick (Georges Vaultier) et Baron Ionesko (Camille Bardou) le mettent en présence d'une de leur complices, la belle Jacqueline (N. Lissenko). Oubliant héritage et famille, Louis change d'apparence pour devenir un homme du monde parisien et poursuit cette sirène enveloppé d'extravagantes tenues signées Paul Poiret. L'aventurière est elle aussi attendrie par ce jeune homme simple et renonce à lui extorquer son argent. Louis ne songe plus alors qu'à suivre la belle Jacqueline jusque dans son château en Corse. Le film vire insensiblement de la comédie à la tragédie. Et cette transition est une belle réussite avec un final poétique où l'aventurière disparaît et Louis retourne à sa vie antérieure, avec certainement de lourds regrets qu'il n'exprime pas. Le film entier est un festival Mosjoukine qui utilise tous les ressorts de son talent comique et dramatique avec une verve et un entrain communicatif. Mais, autour de lui, les autres acteurs ne sont pas en  reste. Le vétéran Henry Krauss des grands films d'Albert Capellani des années 10, est un père autoritaire de poids, la blonde Andrée Brabant est une Alice espiègle et la brune Nathalie Lissenko, la partenaire de longue date de Mosjoukine, est une sirène mystérieuse. Il faut aussi ajouter le superbe travail des techniciens : les décors superbes d'Alexandre Lochakoff et la très belle photo de Fédote Bourgassoff. La copie teintée de la Cinémathèque est de toute beauté. J'avais déjà vu ce film en 2008 et le revoir a été un plaisir de tous les instants. Un des meilleurs films de Mosjoukine.

vendredi 8 avril 2011

Casanova 1926


Un film d'Alexandre Volkoff avec Ivan Mosjoukine, Diana Karenne, Suzanne Bianchetti, Rudolf Klein-Rogge et Michel Simon

Le séducteur vénitien Casanova (I. Mosjoukine) est obligé de quitter précipitament Venise après les nombreuses plaintes reçues par le Conseil des Dix. Il part pour l'Autriche, puis pour la Russie où il rencontre la Tsarine Catherine II (S. Bianchetti)...

Avec cette super-production réalisée avec une débauche de moyens, Ivan Mosjoukine tire sa révérence à l'écran muet français. L'année suivante, il sera à Hollywood croyant donner à sa carrière un nouvel élan, qui fera long feu. Il avait quitté la Société Albatros après avoir joué le rôle principal dans Feu Mathias Pascal (1926, M. L'Herbier). Il ne fera plus que deux films supplémentaires en France: Michel Strogoff (1926, V. Tourjansky) qui sera tourné aux studios Billancourt d'Abel Gance et en Lettonie, puis ce Casanova tourné à Venise. Le scénario nous donne une vision joyeuse et romanesque du séducteur et aventurier vénitien. Le film est une comédie d'aventures fort bien mené où Casanova/Mosjoukine passe de conquête en conquête avec un entrain contagieux. Il se moque des maris jaloux et des créanciers avec une bonne humeur communicative. Il réussit à effrayer l'affreux Menucci en lui faisant une (fausse) scéance de sorcellerie cabalistique qui terrorise le créancier et ses deux hallebardiers (dont l'un est un Michel Simon à l'allure ahurie). Alexandre Volkoff utilise au mieux la ville de Venise avec son carnaval trépidant qui est comme un écho de la vie de Casanova. Léger et vigoureux comme un héros de cape et d'épée, Mosjoukine saute en selle, escalade une façade de palais ou se bat en duel contre six hommes d'armes. Il sait aussi faire preuve de son sens comique habituel alors qu'il se fait passer pour M. Dupont, le fournisseur de Catherine II. Les costumes sont d'une grande somptuosité, virant par moment au grotesque, comme les basques fort larges et excentriques de l'habit de Casanova à la cour de Russie. Volkoff introduit juste ce qu'il faut de sensualité et de nudité affriolante pour transmettre l'atmospère de licence et de libertinage du XVIIIème siècle. Le film contient une scène coloriée au pochoir (le carnaval final) qui est une réponse aux séquences en Technicolor bichrome que produisent les américains à l'époque. L'épisode russe est l'occasion de nous montrer l'assassinat du Tsar Pierre III (R. Klein-Rogge) dont la démence ne fait guère de doute. Suzanne Bianchetti, qui était abonnée aux rôles de tête couronnée (Marie-Antoinette, Eugénie, Marie-Louise), se montre plus convaincante que d'ordinaire en impératrice croqueuse d'hommes. Mais, le film appartient à Mosjoukine qui atteint ici son apogée de star du cinéma français. Il ne retrouvera jamais par la suite cette liberté et cette légèreté. Pour finir, il faut saluer la très jolie partition de Georges Delerue qui apporte l'atmosphère pétillante et joyeuse que requiert un tel film.

vendredi 1 avril 2011

Kean, ou Désordre et Génie 1924

Un film d'Alexandre Volkoff avec Ivan Mosjoukine, Nicolas Koline et Nathalie Lissenko

Le célèbre acteur shakespearien Edmond Kean (I. Mosjoukine) est amoureux de la comtesse de Koefeld (N. Lissenko) qui est l'épouse de l'ambassadeur du Danemark. Elle est aussi la maîtresse du Prince de Galles...

Cette biographie de l'acteur Edmund Kean (1789-1833) est une adaptation de la pièce qu'Alexandre Dumas écrivit pour un autre grand acteur Frédéric Lemaître en 1836. La vie turbulente de l'acteur anglais était du pain béni pour les auteurs romantiques français qui cherchaient à s'échapper des conventions du théâtre classique français. Shakespeare était aux antipodes de notre théâtre néo-classique racinien. Il représentait le bruit, la fureur, la vulgarité et l'explosion des sentiments en scène. De même, l'arrivée des immigrés russes dans le cinéma français des années 20 apportent une bouffée d'oxygène dans notre cinéma hexagonal. Ivan Mosjoukine est leur figure de proue avec son magnétisme, son athlétisme et ses qualités protéiformes. Il n'est pas étonnant qu'il ait voulu interprété le rôle de Kean, un artiste, comme lui, qui vivait le moment présent au risque de bruler la chandelle par les deux bouts. Produit par la Sté Albatros, le scénario du film modifie considérablement la pièce originale de Dumas. Il n'y aura pas de fin heureuse : Kean va mourir par une nuit d'orage. Ce recentrage de l'intrigue vers le destin tragique de Kean est une brillante idée. Mosjoukine (qui a participé à l'écriture du scénario) peut y déployer ses talents complets d'interprète. Kean est une idole des planches londoniennes. Toutes les femmes sont folles de lui. Mais, après la représentation, il se retrouve seul avec son seul ami, le souffleur Salomon (N. Koline) qui est son homme à tout faire. Au lieu de passer la soirée dans la bonne société, il part s'encanailler, habillé en marin, dans un bouge 'The Coal Hole Tavern' buvant des litres de rhum et dansant jusqu'au matin. Cette scène de la taverne est l'occasion pour Volkoff de réaliser la meilleure séquence du film. Avec un montage rapide et accéré, nous observons Kean dansant la gigue avec les clients. Alors que la cadence s'accélère, les bouteilles se mettent à danser sur les étagères et la folie semble s'emparer de tous. Reprenant, le système du montage rapide créé pour La Roue (1923), Volkoff l'utilise avec une suprême habilité, si bien, que Gance l'engagera comme assistant réalisateur sur Napoléon (1927) peu de temps après. Le film est un récital Mosjoukine qui est sur scène Roméo et Hamlet avant de mourir dans une débauche de romantisme exacerbé qui ne déparerait pas un tableau de Caspar David Friedrich. A l'agonie, il demande à son fidèle Salomon de lui lire du Shakespeare alors qu'un chien hurle sous la tempête. Kean a été détruit par sa folle passion pour la comtesse de Koefeld (N. Lissenko). Dévoré de jalousie, il perd la raison. Rejeté par le public, il meurt misérable et oublié. On ne peut qu'être frappé par le parallèlisme avec la destinée de Mosjoukine lui-même, qui mourut dans la misère en 1939. Cette recréation du milieu du théâtre des années 1830 a certainement dû avoir un impact sur le jeune Marcel Carné. Et je ne serais pas étonnée qu'une partie des Enfants du Paradis (1945) trouve sa source dans ce film. Le Frédéric Lemaître de Brasseur mène une vie aussi agitée que le Kean de Mosjoukine. Après tout, Carné a travaillé comme assistant de Jacques Feyder à la Sté Albatros à la fin des années 20. Nicolas Koline forme un duo remarquable avec Mosjoukine, alternant comique et tragique. Il faut les voir sortir déguisés, Mosjoukine en marin et Koline en femme, pour échapper aux créanciers ! Le film est un très bel hommage à l'artiste romantique comme le proclame le désordre et le génie du titre.

mardi 15 février 2011

Kulisy Ekrana 1917

Derrière l'écran

Un film de G. Azagarov (?) & A. Volkoff (?) avec Ivan Mosjoukine, Nathalie Lissenko et Nikolai Panov

Il ne reste malheureusement qu'un fragment (une seule bobine sans intertitres) de ce long film en 8 bobines produit par Ermolieff. Ce petit fragment se révèle malgré tout passionnant (et frustrant!), car on se promène dans les studios Ermolieff avec les deux grandes stars de ce studio, Ivan Mosjoukine et Nathalie Lissenko qui y jouent leurs propres rôles. On devine l'intrigue en l'absence des intertitres. Mosjoukine revient au studio amputé d'un bras et découvre, qu'en son absence, sa loge a été affectée à un autre acteur. Son nom est barré sur la porte (voir photo ci-dessus). On voit sur son visage toute la souffrance et l'humiliation de l'acteur sur la pente descente de l'oubli. Il repart avec une pile de photos de ses anciens rôles, disant adieu à la célébrité. Au même moment, Mosjoukine savait qu'il devrait bientôt partir, lui aussi, suite à la Révolution. L'exil à Yalta, puis en France n'était pas loin. Il y a donc une concomitance passionnante entre le personnage et l'acteur.

lundi 14 juin 2010

La Maison du Mystère 1922 (III)


Un film en 10 épisodes d'Alexandre Volkoff
(Dernière partie)
-8-Champs clos
-9- Les angoisses de Corradin
-10-Le triomphe de l'amour

Julien, grimé en vieil homme, est employé comme contremaître dans l'usine dirigée par Corradin. Sa fille Christiane se doute de son identité et elle l'emmène dans la pièce du château où sa mère et elle conservent le souvenir de leur père. Julien se découvre devant elles deux. Ils décident de se retrouver loin de Corradin sur la Côte d'Azur. Mais Corradin croit reconnaitre Julien dans le train et il décide d'arriver sans prévenir sur la Côte. Corradin et Julien se battent avec une violence inouïe et finalement Julien est poussé dans le vide par Corradin qui le croit mort. Il réussit à s'accrocher à une branche avant de chuter lourdement sur un pic rocheux. Il est remonté, blessé mais vivant. Corradin écrit une lettre au procureur pour lui annoncer que Julien est vivant. Il menace de l'envoyer si Régine n'accepte pas de l'épouser. Mais, Corradin a maintenant aussi des vues sur Christiane qui lui rappelle la jeune et fraîche Régine qui a maintenant vieilli. Christiane terrifiée est prête à accepter le marché pour sauver son père mais Pascal s'interpose. Puis Rudeberg, qui possède toujours les preuves de la culpabilité de Corradin, lui offre un marché: il récupère les preuves mais il laisse Pascal et Christiane tranquilles. Corradin acquiesce. Mais, la nuit tombée, il suit Rudeberg parti chercher les clichés et le balance dans le vide. Il récupère les clichés sur son corps et les détruit. Mais, il n'a pas la lettre d'aveux qu'il lui avait signé... Les préparatifs du mariage de Corradin et Christiane avancent. Le vieux Rudeberg a survécu à sa chute mais il est paralysé. Pascal désespéré décide de se suicider et Christiane le suit. Julien les sauvent juste à temps de la noyade. Le vieux Rudeberg se suicide pour permettre à la lettre qu'il a laissé en dépôt au notaire d'arriver dans les mains de Régine. Elle contient la preuve de la culpabilité de Corradin. Celui-ci tente une dernière manoeuvre en arranguant les ouvriers pour arrêter Julien le bagnard en fuite. Mais, Julien le confronte avec la preuve. Il est fini et il avoue.
Pour les 3 derniers épisodes, tout se précipite. Le combat à mort entre Vanel et Mosjoukine est d'une violence rare et laisse une pièce dévastée. Ils reçoivent une bibliothèque entière sur le corps! On se demande d'ailleurs à quel point les coups sont réels ou non. Vanel raconte que entre les prises, il se battait fréquemment avec lui pour le plaisir... En tous cas, le personnage de Corradin est vraiment un des pires monstres que l'on puisse imaginer et Vanel le rend crédible avec ses larges épaules et son sourire féroce. Mosjoukine est aussi 'physique' que lui dans les scènes d'action qui sont nombreuses dans cette dernière partie. Ce 'sérial' est aussi palpitant que ceux de Feuillade avec ses déguisements et ses péripéties. J'aimerais beaucoup le voir sur grand écran avec une musique appropriée.

La Maison du Mystère 1922 (II)


Un film en 10 épisodes d'Alexandre Volkoff
(2ème partie)
-4-L'implacable verdict
-5-Le Pont Vivant
-6-La Voix du Sang
-7-Les Caprices du destin
Corradin (C. Vanel) cherche toujours à retrouver les clichés compromettants mais Rudeberg (N. Koline) est plus malin que lui. Corradin repère la cachette de Julien (I. Mosjoukine) dans une ancienne citerne et écrit une lettre anonyme pour le dénoncer à la police. Il est arrêté et condamné à 20 ans de travaux forcés. 7 ans passent. Corradin essaye toujours vainement de séduire Régine (H. Darly). Elle le repousse. Le bûcheron Rudeberg travaille dans les serres du château et l'éducation de son fils est payé par Corradin. Christiane (Simone Genevois) a maintenant 10 ans et elle déteste Corradin. Régine de son côté a reçu une lettre de Julien apportée par un bagnard. Il lui dit de se méfier de Corradin.Régine relit les journaux de l'époque du procès de Julien puis consulte les pièces du dossier chez le juge. Elle trouve la lettre anonyme et comprend que Corradin en est l'auteur, mais ne peut le prouver. Julien s'évade du bagne sur un train avec quelques co-détenus. Ils traversent ravins et rivières. Julien est blessé par une balle mais réussit à rejoindre la mer où il prennent un petit bateau. Corradin apporte à Régine un journal annonçant la mort de Julien lors de son évasion.Rudeberg se promène dans les ruines d'une abbaye et Corradin le suit révolver au poing pour le tuer. Il tombe sur un vagabond et le laisse partir. Il n'a pas reconnu Julien qui est méconnaissable avec sa barbe et ses cheveux longs. Chemin faisant, Julien rencontre la petite Christiane (Simone Genevois) qui elle reconnaît son père. Il lui fait jurer le secret sur leur rencontre. La guerre de 1914-1918 éparpille les destinés.Après à la guerre, Corradin harcèle toujours Régine. Christiane (F. Mussey) est maintenant une jeune femme amoureuse de Pascal (V. Strijevsky) le fils de Rudeberg. Julien ayant été démobilisé est embauché comme clown dans un cirque. La famille complète s'amuse de son numéro sans le reconnaître. Il quitte le cirque brusquement et se fait embaucher sous un faux nom comme contremaître dans sa propre usine dirigée par Corradin. Il veut prouver son innocence une bonne fois pour toute....

Comme vous pouvez le voir, les péripéties sont nombreuses et inattendues! Vanel raconte que Mosjoukine attrapa la fièvre typhoïde durant le tournage et perdit tous ses cheveux. Il continua néanmoins à tourner malade. Son crane chauve fut utilisé pour son rôle de bagnard. Les séquences de l'évasion sont pleines de suspense et de morceaux de bravoure comme la traversée d'un ravin où les bagnards s'accrochent à des cordes pour offrir à Julien un pont de leur corps. :shock: Les retrouvailles entre le père et la fille sont également un grand moment d'émotion, sans aucune mièvrerie. La petite fille de 10 ans qui joue le rôle de Christiane est Simone Genevois qui en 1928 sera Jeanne d'Arc dans le film de Marco de Gastyne. Mosjoukine montre l'étendue de son talent passant du bagnard, au vagabond puis au clown triste d'un cirque ambulant. Toujours juste et émouvant. La suite au prochain numéro!

La Maison du Mystère 1922 (I)

Julien Villandrit (Ivan Mosjoukine)
Un film en en 10 épisodes de Alexandre Volkoff
(1ère Partie Résumé des 3 premiers épisodes)
-1- L'Ami félon
-2- Le Secret de l'étang
-3- L'Ambition au service de la haine

Julien Villandrit (Ivan Mosjoukine) est épris de Régine (Hélène Darly). Timide de nature, il a du mal à faire sa demande en marriage. Mais, les parents acceptent facilement. Il repart éperdument amoureux et heureux. En chemin il croise son ami d'enfance, le sombre Corradin (Charles Vanel) qui etouffe de jalousie en apprenant son marriage imminant avec la femme qu'il aime lui aussi. Julien et Hélène sont maintenant marrié depuis 7 ans. Une petite fille, Christiane est née. Le vieux banquier Marjory vient souvent visiter Hélène. Corradin en profite pour insinuer à Julien que le vieux pourrait être l'amant de sa femme. D'autant plus que la filature que dirige Julien va mal finacièrement et que Marjory lui prête régulièrement de fortes sommes d'argent. Corradin subtilise une lettre de Marjory à Régine -qui pourrait être mal interprétée- et la laisse en évidence dans les appartements de Julien. Furieux et jaloux, il se précipite chez Marjory, le menace et tente de l'étrangler. Marjory lui avoue alors être le véritable père de Régine. Il est mal en point et Julien se précipite pour chercher de l'aide. Quand il revient, Marjory n'est plus à la même place et il est mort. Tous les indices sont contre Julien qui devient le suspect numéro 1. Mais le bûcheron Rudeberg (Nicolas Koline) a pris des photos de Corradin en train de frapper et de tuer Marjory. Il fait chanter celui-ci. Corradin récupère les clichés et les brûle. Mais, il réalise qu'il n'a pas la négatif. Pendant ce temps, Julien échappe à la surveillance des gendarmes. Il se cache dans le parc de son château. Corradin a drogué Rudeberg et met le feu à sa cabane en espérant le faire disparaitre ainsi que les preuves le compromettant. Julien aperçoit les flammes et sauve in extremis Rudeberg. Corradin se rend compte que les négatifs sont dans un tabouret que le bûcheron garde près de lui....
Si je vous ai raconté le film dans ses moindres péripéties, c'est que ce film à épisodes est basé sur un roman populaire de Jules Mary qui fut un grand succès lors de sa parution en épisodes dans Le Petit Parisien. Volkoff et Mosjoukine en assure l'adaptation qui se veut fidèle. Comme le résumé le suggère, il contient tous les ingrédients indispensables: jalousie, meurtre, naissance cachée, etc. Dès les premières images, Julien est présenté comme un garçon sensible et intègre. Mosjoukine lui donne une épaisseur comique et romantique typiquement russe, au meilleur sens du terme. Il faut le voir sauter sur la selle de son cheval et attérir debout sur celle-ci! :shock: Après avoir embrassé sa bien-aimée, il se laisse aller à une exubérance tout Keatonienne: galipettes, jouant à saute-mouton, etc. Charles Vanel est l'ami félon qui dès le début du film apporte le malaise. Nous le découvrons alors qu'il effrait un mendiant sans défense avec un molosse à l'allure féroce. Il marche dans les sous-bois épiant Hélène et son ami. La violence est à fleur de peau chez lui dans son jeu tout intérieur et calme en apparence. Nicolas Koline -qui interprète très souvent des roles comiques avec talent y compris dans le Napoléon d'Abel Gance- est le bûcheron amateur de photographie qui va se trouver sur le chemin de l'affreux Vanel. Si les situations sont stéréotypées, le film lui avance avec un rythme souple prenant le temps de bien situer chaque personnage. La cinématographie de Joseph-Louis Mundwiller est remarquable. Le marriage de Julien est traité en ombres chinoises avec tous les personnages en silhouettes comme dans un dessin animé de Reiniger.Vanel ne reculera devant rien pour détruire Mosjoukine et les épisodes suivants seront surement plein de nouveaux rebondissements. A suivre!