Affichage des articles dont le libellé est 1930-1939. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1930-1939. Afficher tous les articles

dimanche 5 juin 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (X)


Olivier Père mentionne ma biographie de Maurice Tourneur à l'occasion de la sortie du Blu-ray 
de Justin de Marseille (1935):
Sur la carrière de Maurice Tourneur, cinéaste talentueux et encore méconnu, on lira avec intérêt l’essai sérieux et documenté que lui a consacré Christine Leteux aux Editions La Tour Verte l’année dernière : « Maurice Tourneur réalisateur sans frontières. »

vendredi 6 mai 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (IX)


Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur a été publiée dans la revue Jeune Cinéma N° 373 de mai 2016 sous la plume de Philippe Roger:



lundi 18 janvier 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VIII)


Vous pouvez maintenant lire mon interview à propos de Maurice Tourneur sur le site Yuzu Melodies. Bonne lecture!

mercredi 5 août 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VI)


Une excellente critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans 
le numéro de Télérama du 5 août 2015:

mercredi 8 juillet 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (V)



Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans le mensuel 
Positif N°653-654 de juillet-août 2015:

Je tiens à préciser que je connais très bien le livre de Harry Waldman (et non Waltman) et qu'il ne contient que fort peu d'informations biographiques étant essentiellement une filmographie commentée. Je ne l'ai pas utilisé car il ne contenait - en outre - aucune référence à des sources primaires.

mardi 30 juin 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (IV)

Une nouvelle excellente critique de ma biographie de Maurice Tourneur dans le journal Bilan de Genève le 23 juin dernier:
A la redécouverte du cinéaste Maurice Tourneur 
Le nom reste vaguement connu. Le prénom ne dira rien à la plupart des gens, même s'ils aiment le cinéma. Maurice Tourneur (1876-1961) est bien le père de Jacques Tourneur, célèbre en son temps pour des films d'horreur comme «Cat People» (1942) ou «I Walked With a Zombie» (1943).   
Né près de vingt ans avant l'invention du 7e Art, ancien décorateur, ex-homme de théâtre, Maurice Tourneur a pourtant fait partie des réalisateurs les plus innovants des années 1910. Christine Leteux lui consacre aujourd'hui un énorme livre, basé tant sur des dépouillements d'archives inédites que sur le visionnement des films survivants. Le cinéma muet tient du continent perdu. Tout s'est conservé, ou détruit, par hasard. Comment s'y retrouver au milieu d'autant de lacunes? 

De Paris à Hollywood

Tourneur a bien sûr commencé sa carrière à Paris. Vers 1910, la France dominait encore l'industrie cinématographique mondiale. Il a ainsi été amené à tourner aux Etats-Unis. Dans une filiale. A la déclaration de guerre, cet objecteur de conscience n'est pas revenu, ce qui lui vaudra de gros ennuis plus tard. Il participera ainsi à l'édification des trusts américains, qui émigreront vite de New York à la Californie. 
Tourneur a énormément produit entre 1914 et 1920, Pour Christine Leteux comme pour d'autres, il reste un des créateurs du récit cinématographique, alors basé sur la seule image, avec David Wark griffith et Cecil B. DeMille. En 1926, le Français quitte cependant les Etats-Unis. Un producteur exécutif, tranchant de tout, lui est désormais imposé, comme à ses collègues. Une ingérence qu'il juge incompatible avec son art. 

Une seconde carrière française

Si la période muette, remise à l'honneur il y a un siècle par les «Giornate» de Pordenone, reste connue des seuls rats de cinémathèque (1), l'époque française est revisitée grâce aux efforts (eux aussi lointains) de Patrick Brion pour France3. Il s'agit d'un moment très inégal, avec beaucoup de commandes. Elle se termine en 1948, après d'excellentes choses pendant la guerre pour la Continental, qui avait le défaut d'être allemande (2). Oublié, bientôt infirme, Tourneur sombre alors dans la misère. Il est aidé financièrement par Clarence Brown, son ancien assistant, devenu réalisateur vedette à la MGM. 
L'ouvrage se révèle extrêmement bien fait. Il se lit avec plaisir. On admire la pugnacité de l'auteur et le courage de l'éditeur. Comment vendre Tourneur en 2015, alors que ses longs-métrages les plus accomplis ont aujourd'hui près de 100 ans et que le petit monde des cinéphiles se meurt?  

(1) Des rats mal rassasiés. La Cinémathèque française programme peu de muets et celle de Bruxelles utilise la salle qui leur était vouée pour d'autre projections.

(2) Son parlant le plus connu reste «La main du diable» (1942). 

Pratique


Etienne Dumont

samedi 25 avril 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (III)

Une nouvelle critique de ma biographie de Maurice Tourneur parue
 le 23 avril 2015 dans le N° 2633 de L'Obs:

Je voudrais quand même corriger une erreur dans cette chronique qui apparaît aussi sur IMDb. Maurice Tourneur n'a jamais joué avec Max Linder dans Max boxeur par amour (1912). Par contre, on peut le voir boxer - pour rire - avec Max Linder pour une bande d'actualités cinématographiques américaine de 1920 à l'époque où Max tournait Seven Years Bad Luck dans le studio de Maurice.

jeudi 1 janvier 2015

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (I)

Je profite de la nouvelle année pour vous souhaiter à tous une très heureuse année 2015 et pour vous annoncer la sortie de mon livre Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières qui sortira à la fin du mois de janvier 2015 chez La Tour Verte. Il s'agit de la toute première biographie détaillée de ce grand cinéaste franco-américain qui offrira un panorama complet de sa carrière et de sa vie accompagné d'une riche iconographie composée pour la plupart d'images inédites. Voici le synopsis du livre:
"En 1914, un cinéaste français inconnu arrive à New York. Quatre ans plus tard, Maurice Tourneur est devenu l’un des plus grands réalisateurs américains avec D. W. Griffith et C. B. DeMille. Celui qui a dirigé les plus grandes stars françaises et américaines était un personnage complexe autant haï qu’admiré. Pour la première fois, la vie et l’ensemble de la carrière de Maurice Tourneur ont fait l’objet de recherches approfondies. De ses débuts comme peintre à sa carrière dans le cinéma parlant, il apparaît comme un des cinéastes phares du vingtième siècle qui a formé deux grands réalisateurs, Clarence Brown et son fils Jacques. Des archives inédites jettent un jour nouveau sur ce personnage hors du commun dont la vie est un roman."
La sortie du livre sera accompagnée de plusieurs événements. Tout d'abord, je serai
à La Cinémathèque de Toulouse (69 rue du Taur, Métro: Capitole) 
le vendredi 6 février 2015 pour dédicacer mon livre à 18h00 et 
je présenterai deux séances lors de la rétrospective Tourneur, père et fils: 
Le 6 février 2015 à 19h00 
Au nom de la loi (1932) 
 Le 6 février 2015 à 21h00
The Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans, 1920)
L'autre événement est une conférence aux Archives de Paris
18 Boulevard Sérurier, Paris 19e (Métro: Porte des Lilas) 
le mercredi 11 février 2015 à 17h00 (entrée libre). 
La conférence s'intitule:
Maurice Tourneur (1876-1961) - Un cinéaste dans les deux guerres mondiales. 
J'y présenterai de nombreux documents inédits. La présentation sera suivie d'une séance de dédicace.

Je vous tiendrai au courant de la parution et des autres événements qui sont encore en préparation sur ce Blog. Restez en ligne!

dimanche 9 mars 2014

Dante's Inferno 1935

Jim Carter (S. Tracy) et une passagère (Ruth Alma Stevens)
Un film de Harry Lachman avec Spencer Tracy, Claire Trevor et Henry B. Walthall

Jim Carter (S. Tracy) ancien chauffeur dans la cale d'un navire, retrouve un emploi dans une fête foraine. Il y rencontre Pop McWade (H.B. Walthall) qui tient une attraction inspirée de l'Enfer de Dante. Il devient bonimenteur et décide de développer l'attraction à grande échelle...

Cette production Fox du réalisateur Harry Lachman est une véritable curiosité. Lachman avait été peintre dans sa jeunesse avant d'embrasser une carrière cinématographique. Il s'inspire ici de l'oeuvre de Dante et des illustrations réalisées par Gustave Doré. Au-delà de l'aspect pictural, l'intrigue se veut une fable moderne sur un homme dévoré par l'ambition qui ne recule devant rien pour arriver à ses fins. Le Jim Carter qu'interprète avec talent Spencer Tracy est un homme parti de rien, sans éducation , mais qui sait manipuler son environnement. Chauffeur à fond de cale, il réussit à éviter les corvées en se faisant passer pour malade. Cela ne l'empêche pas d'organiser un concours entre les chauffeurs en empochant les paris. A peine viré de son emploi, il se retrouve dans une fête foraine. Dans cet univers factice, il se fond avec facilité. La rencontre avec le doux et paisible Pop (Henry Walthall, un ancien acteur de Griffith) va lui ouvrir soudain de nouveaux horizons. L'attraction de Pop est basée sur L'Enfer de Dante, une espèce de grotte en carton-pâte où sont détaillés les grands hommes et femmes de l'histoire et le sort qui attend les pécheurs. Jim n'y comprend pas grand'chose, mais il voit immédiatement comment en tirer de l'argent. Il réussit à convaincre les forains d'investir dans son immense attraction, provoquant le suicide de l'un d'eux, dépouillé de tous ses biens par Jim. Il devient rapidement un entrepreneur de spectacles et de casinos flottants. Mais, Jim n'a pas compris le message de Dante que Pop tente de lui faire comprendre: l'avidité le ménera à sa perte. Dans une magnifique séquence, les illustrations de L'Enfer s'aminent et prennent vie dans de splendides décors stylisés. Et la scène finale du navire casino en flammes se veut un enfer moderne où Jim va prendre conscience de ses erreurs. La jeune Claire Trevor est encore une ingénue, qui n'est pas encore devenue la garce qu'on lui fera jouer pendant des années. Et Rita Cansino (future Rita Hayworth) fait une belle apparition en danseuse à bord du navire. Une belle réussite du début de carrière de Tracy qui méritrait de sortir en DVD dans une belle copie permettant d'apprécier le travail de l'opérateur Rudolf Maté.

mercredi 18 décembre 2013

If I Were Free 1933

Un film d'Elliott Nugent avec Irene Dunne, Clive Brook, Nils Asther, Henry Stephenson et Vivian Tobin

A Paris, Sarah Cazenove (I. Dunne) est victime d'un époux manipulateur et violent (Nils Asther). Elle décide de le quitter et de divorcer après avoir rencontré un avocat, lui aussi, à la dérive, Gordon Evers (C. Brook)... 

Cette petite production RKO est typique des mélodrames que tournaient les deux actrices, Irene Dunne et Ann Harding, sous contrat avec cette société à l'époque. If I Were Free ne fait partie des mélos prestigieux avec sa durée de 66 minutes et son intrigue minimaliste. Tiré d'une pièce de théâtre de John Van Druten, le film n'offre pas de réelles surprises. Elliott Nugent n'est pas un grand réalisateur, même si il a produit quelques films intéressants comme Life Begins (1932) avec Loretta Young et Three Cornered Moon (1933) avec Claudette Colbert qui restent en mémoire à cause de la qualité de leurs scénarii. On ressent néanmoins un réel plaisir à la vision de ce film grâce aux deux acteurs principaux, Irene Dunne, toujours juste et émouvante et Clive Brook, qui sort de son impassibilité habituelle. Les thèmes abordés sont les mêmes que l'on rencontre dans des dizaines de mélos de l'époque: l'homme mal marié, la maîtresse que l'on cache et qui se sacrifie et la femme cupide qui refuse le divorce. Irene Dunne souffre noblement pendant que Clive Brook est menacé de mort par une blessure de guerre. Tout cela étiré sur une plus longue durée serait parfaitement insupportable. Mais, en 66 min, l'histoire d'amour de ces deux êtres maltraités par la vie est plausible. Clive Brook réussit même à être émouvant en alcoolique sarcastique. Les seconds rôles sont tenus par la crème des acteurs britanniques comme Henry Stephenson et Halliwell Hobbes. Nils Asther est un méchant dans la lignée de son rôle dans Letty Lynton (1932) de Clarence Brown. Ce n'est certainement pas un grand film, mais une petite production sympathique.

dimanche 7 juillet 2013

Under Eighteen 1931

Un film d'Archie Mayo avec Marian Marsh, Anita Page, Warren William et Regis Toomey

Margie Evans (M. Marsh) est couturière dans une maison de couture chic de New-York. Elle vit dans un tout petit appartement de L'East End avec sa mère et espère pouvoir un jour monter en grade. Sa soeur (A. Page) et son beau-frère débarquent un jour chez eux ; ils n'ont plus de toit...

Under 18 appartient à cette série de films Warner qui offrent des commentaires sociaux sur la vie des petites gens. Comme dans Employees' Entrance, on découvre la vie des filles mannequin qui se vendent au plus offrant pour arrondir leur fin de mois. Mais, comme le dit une de leurs collègues, elles sont tenus par leurs riches amants qui ne leur donnent pas un cent en argent de poche. Le rôle principal du film est une jeune fille innocente et naïve qui regarde tout ce monde sans nécessairement comprendre l'envers du décor. Ainsi lorsqu'elle découvre que sa soeur Sophie (Anita Page) est malheureuse avec son époux, elle lui suggère de divorcer, appliquant les recettes qu'elle a entendues au salon de couture. Elle croît faire au mieux pour sa soeur en se décarcassant pour trouver les 200 dollars nécessaires pour l'avocat. Elle va aller naïvement voir son petit ami Jimmy (R. Toomey), un riche client (W. William) et son patron. Margie pense que le mariage n'est peut-être pas cet état de bonheur absolu qu'elle envisageait lorsqu'elle voit sa soeur en train de se quereller avec son époux sans emploi. Après tout, elle pourrait elle aussi devenir modèle et se faire entretenir par un riche vieux beau comme Raymond Harding (Warren William). Lorsqu'elle aura visiter le luxueux appartement du millionaire avec ses soirées endiablées autour d'une piscine, elle sera capable de réfléchir sereinement à tout cela. Le scénario offre une série de surprises et d'événements inattendus qui tiennent en haleine. Et au final, Margie aura les 200 dollars convoités. Mais, ils se révèleront inutiles : entre temps, sa soeur s'est réconciliée avec son époux. Marian Marsh est excellente en jeune fille naïve et fraîche. Il y a de très bons seconds rôles et c'est une belle réussite à mettre au crédit de Mayo.

Employees' Entrance 1933

Un film de Roy Del Ruth avec Warren  William, Loretta Young, Wallace Ford, Alice White and Albert Gran

Kurt Anderson (W. William) dirige d'une main de fer un grand magasin new-yorkais. La jeune Madeline (L. Young) qui recherche désespérement un emploi, en fait les frais. Ayant obtenu un job de mannequin dans le magasin, elle doit cacher à tout le monde qu'elle est fiancé à Martin (W. Ford), qui devient le bras droit d'Anderson...

Cet excellent film de Roy Del Ruth contient l'une des meilleures interprétations de Warren William, un des piliers de la Warner durant la période pre-code. En patron tyrannique, qui ne recule devant rien pour augmenter les marges bénéficiaires du magasin, il montre des qualités d'éloquence et de dynamisme qui rappellent John Barrymore dans Counsellor-at-law (1933, W. Wyler). Ayant dû grimper les échelons à la seule force de son caractère, il élimine toute personne qui ne correspond pas à son idée du succès. Un vieil employé se suicide suite à son renvoi : qu'importe ! Pour ce qui est des femmes, il leur offre une chance d'emploi si elles veulent bien passer par sa chambre à coucher. Il n'a pas ni morale, ni remords. Toute sa vie est concentrée sur son travail. Loretta Young est ici une proie facile face à ce prétadeur, mais elle réussira finalement à échapper à ses griffes après bien des tourments. Les seconds rôles sont tenus par une multitude de têtes connues de l'époque avec tout le talent voulu. Le film est dynamique et superbement construit. Un vrai moment de bonheur qui n'oublie pas de nous faire réfléchir sur une société où le profit prime sur tout.

Massacre 1934

Un film d'Alan Crosland avec Richard Barthelmess, Ann Dvorak, Claire Dodd, Dudley Digges, Clarence Muse et Tully Marshall

Le chef Thunderhorse (R. Barthelmess) travaille dans un cirque où il réalise un numéro d'acrobatie équestre qui lui vaut de nombreux succès féminins. Un jour, il apprend que son père est mourant et il part pour la réserve des Sioux qu'il a quittée depuis des décennies...

Massacre est une oeuvre à part dans la production pre-code des années 30.  Alors que les Indiens avaient eu droit à un traitement sympathique durant les années 10 et 20, l'arrivée du parlant et la descente en gamme des westerns (rélégués aux séries B, voire pire) en fait de simples sauvages hurlants destinés à tomber sous les coups de revolvers. Heureusement, ce film d'Alan Crosland prend totalement à revers cette vision stéréotypée. Retouvant les accents pro-Indien de The Vanishing American (1925, G.B. Seitz), il fait le portrait d'un Indien qui s'est intégré dans la société blanche de son époque en devenant une star de cirque. Certes, il en est réduit à jouer de son image et à en rajouter avec un maquillage foncé, mais Thunderstorm a acquis patiemment une place dans la société. C'est en retournant dans la réserve qui accueille les siens qu'il va réaliser à quel point les Indiens ne sont pas des citoyens américains à part entière. Ils n'ont strictement aucun droit face à des officiels corrompus, les fameux agents des réserves, qui peuvent s'emparer de leurs biens ou violer leur fille sans qu'ils puissent protester. Lorsque Thunderstorm arrive, il réalise qu'il va falloir défendre rapidement sa tribu en utilisant toutes ses connaissances acquises grâce à sa renommée. Le film offre un tableau sans concession de la vie misérable des peaux-rouges et se permet même de comparer leur sort avec celui des noirs. Clarence Muse, qui joue le valet de Barthelmess, constate lui-même que son sort de domestique est nettement plus enviable que celui des Indiens de la réserve. Barthelmess est égal à lui-même, dans une période où sa carrière va bientôt se clore, en redresseur de torts dans la lignée de Paul Muni dans I Was a Fugitive from a Chain Gang (1932, M. LeRoy). La fin heureuse paraît peu plausible, mais qu'importe. C'est un film noir qui se déguste avec plaisir pour son ton inhabituel.

lundi 3 juin 2013

They Call It Sin 1932

Un film de Thornton Freeland avec Loretta Young, Una Merkel, David Manners, Louis Calhern et George Brent

Jimmy Decker (D. Manners), envoyé par son patron dans un coin perdu du Kansas, y rencontre Marion Cullen (L. Young) qui est l'organiste de l'église. Il tombe amoureux d'elle alors qu'il est déjà fiancé. Marion, rejetée ses parents, part le rejoindre à New York...

Ce délicieux Pre-code offre une intrigue extrêmement riche pour ses 69 minutes. Certes, il y a de sérieuses invraisemblances, surtout vers la fin. Cependant, le film offre un curieux mélange de légèreté comique - avec en particulier une Una Merkel très verve - et de tragique qui fonctionne grâce à cette rapidité. Loretta Young y joue une jeune fille, Marion, issue d'une famille pieuse du Kansas qui voudrait devenir compositrice. Mais, sa destiné prend un tour tout à fait différent grâce à sa rencontre avec Jimmy (le très séduisant David Manners) qui s'ennuie mortellement dans ce trou perdu. Il n'hésite pas flirter avec la jeune fille, alors qu'il est lui-même déjà pratiquement marié. C'est alors - premier coup de théâtre - que Marion apprend qu'elle a été adoptée ! Puis, elle part pour New York persuadée d'y retrouver Jimmy qui s'est bien gardé de lui dire qu'il n'était pas libre. Elle l'apprend rapidement et décide de gagner sa vie. Grâce à la rouée Dixie Dare (quel nom formidable pour Una Merkel !), elle est embauchée comme pianiste par le producteur Ford Humphries (Louis Calhern) qui songe bien à la mettre dans son lit. Marion est dans une situation bien compliquée: elle doit résister aux avances de son patron tout en conservant son boulot, repousser Jimmy qui est marié et écouter les déclarations enflammées du Dr Travers (George Brent). Comme tout cela ne se prend pas trop au sérieux, on peut déguster l'intrigue qui est mise en valeur par des contre-plongées tout à fait inattendues et intéressantes dans un film de série. Grâce au casting grand luxe du film, on ne s'ennuit pas une minute avec en prime des seconds rôles formidables comme Elizabeth Patterson ou Bert Roach.

lundi 20 mai 2013

The Silent Enemy 1930

L'Ennemi silencieux
Un film de H. P. Carver avec Chief Yellow Robe, Chief Buffalo Child Long Lance et Chief Akawanush

Dans le grand nord américain, au sein de la tribu Ojibwé, le chasseur Baluk est en conflit avec le chamane Dagwan. Alors que l'hiver approche, Baluk part à la recherche de gibier vers le sud. Dagwan souhaite ardemment qu'il échoue pour obtenir la fille du chef, Neewa...

Ce film hors normes a été produit par un certain W. Douglas Burden. Ayant vécu longtemps au Canada, il souhaitait réprésenter la vie des tribus indiennes locales. C'est la vision du magnifique film Chang (1927) de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack qui le décide à sauter le pas. Il s'associe avec William Chanler et embauche le réalisateur H.P. Carver pour la direction et le scénario. Le sujet du film sera la lutte pour la vie de la tribu des Ojibwés dans le Grand Nord canadien dans une période antérieure à l'arrivée des Européens en Amérique. Le producteur traverse toute l'Amérique à la recherche d'Indiens de différentes tribus pour interpréter les rôles principaux. C'est ainsi que Yellow Robe, le neveu du chef Sioux Sitting Bull est choisi pour jouer le rôle du chef. Chaque acteur a été choisi avec minutie pour correspondre au personnage. Le tournage est extrêmement difficile par des températures de - 35 degrés et toute l'équipe vit sous des tentes.
Le résultat à l'écran est magique. Le film reconstitue avec précision la vie de ce peuple du Grand Nord qui doit lutter âprement pour survivre aux longs hivers glaciaires. Il faut impérativement être un bon chasseur ou pêcheur pour pouvoir accumuler des réserves pour le long hiver qui s'annonce. Comme le carton du début du film nous l'annonce, cet ennemi silencieux, c'est la faim. En moyenne tous les sept ans, la tribu en souffre. Il faut donc se déplacer, rouler l'écorce des tipis, et partir à pieds vers des contrés plus giboyeuses. Mais, les grandes étendues du nord recèlent des prédateurs qui peuvent être des concurrents de l'homme: le puma et le carcajou, qui n'hésitent pas voler ou souiller la nourriture de la tribu. Alors que l'hiver s'installe, il ne reste plus comme solution aux Indiens que de partir vers le territoire des caribous tout au nord. Les troupeaux sont immenses, mais très loin de leur campement. Le voyage sera dur et meurtrier couronné par une chasse épique alors qu'une vague de caribous envahit la plaine telle une coulée de lave. La beauté des images et la puissance de l'évocation de ces hommes courageux et téméraires produisent un effet électrisant sur le spectateur comme si nous avions été autorisés à remonter le temps et à découvrir le continent Américain avant l'arrivée de Christophe Colomb. Mais, le film ne se limite pas à l'aspect documentaire. Son scénario est extrêmement bien construit et montre l'opposition entre deux hommes au sein de la tribu : d'un côté le courageux Baluk et de l'autre le traître Dagwan qui ne recule devant aucune combine pour vaincre son rival. Le personnage du grand chef est également magnifique alors qu'il part seul sous la neige pour jeûner et tenter d'aider sa tribu en se mettant en relation avec le Grand Esprit. Ce film muet est sorti en salles en 1930, distribué par Paramount. Et ce fut un échec. Grâce à plusieurs historiens du cinéma, en premier lieu Kevin Brownlow et David Shepard, il est ressorti de l'oubli. Une superbe restauration a été diffusée l'année dernière sur Arte avec une excellente partition orchestrale. Il est également disponible en DVD aux USA. L'un des plus beaux films sur les Indiens d'Amérique.

mercredi 24 avril 2013

Beauty for Sale 1933

Un film de Richard Boleslawski avec Madge Evans, Otto Kruger, Una Merkel et Alice Brady

Letty Lawson (M. Evans) est contrainte de travailler suite à la mort de son père. Son amie Carol (U. Merkel) la fait entrer dans un salon de beauté. Cette dernière complémente ses revenus en se faisant entretenir par un vieux monsieur déjà marié...

Cette production MGM avec un scénario de Faith Baldwin (comme pour The Office Wife), s'intéresse au sort des jeunes femmes qui travaillent dans un institut de beauté. On se retrouve au milieu de dames riches d'un certain âge qui cancannent pendant que de jeunes femmes désargentées tentent de leur redonner une jeunesse depuis longtemps envolée à coup de crèmes et de massages. Chacune essaie d'améliorer son ordinaire. Carol (Una Merkel) ne se fait aucune illusion sur la société qui l'entoure et elle fait tout ce qu'elle peut pour tirer un maximum d'argent d'un vieux beau qui s'ennuit avec sa femme. Letty Lawson (Madge Evans), elle reste en retrait jusqu'à sa rencontre fortuite avec le riche homme d'affaire Mark Sherwood (O. Kruger). Elle tombe amoureuse de cet homme mal marié à une épouse insupportable (Alice Brady) qui passe sa journée allongée. Letty n'est pas prête à rentrer dans le jeu habituel de la maîtresse cachée que l'on jette après usage. D'autant plus que son amie Jane (Florine McKinney) s'est tuée après avoir été abandonnée enceinte par son amant, le fils (Phillips Holmes) de sa patrone. Le film offre une vision assez noire de la condition féminine dans les années 30. Le film est très bien construit entre mélo et comédie avec une superbe photo de James Wong Howe. Il y a des moments mémorables comme lorsque Letty annonce nonchalamment -sans se rendre compte de l'impact de ce qu'elle dit - à Jane que son amant est parti. Jane reste rigide, immobile alors qu'une porte s'ouvre lentement masquant petit à petit sa silhouette. Son suicide est également une scène très réussie avec sa silhouette qui se découpe dans l'ombre face à la fenêtre qu'elle ouvre tout doucement pour se jeter dans le vide. Madge Evans qui jouait souvent des seconds rôles montre ici tout son talent avec son visage expressif dont le sourire rappelle celui de Jean Arthur. Malgré la fin heureuse du film, il reste une certaine amertume dans le souvenir du spectateur. Un joli mélo avec de très bon interprètes et un rythme soutenu.

mardi 23 avril 2013

Her Man 1930

Son Homme
Un film de Tay Garnett avec Phillips Holmes, Helen Twelvetrees, Marjorie Rambeau et Ricardo Cortez

Frankie (H. Twelvetrees) est entraîneuse dans un bouge de La Havane sous la coupe de son souteneur Johnny (R. Cortez). Elle rencontre un jour Dan (P. Holmes), un marin qui propose de la sortir de là...

Tay Garnett a élaboré lui-même l'intrigue de ce film en s'inspirant de la célèbre chanson Frankie and Johnny. Il souhaitait embaucher un acteur musclé et beau gosse pour le rôle du marin Dan. Il proposa Dean Jagger au studio Pathé. Pas de chance, le studio avait déjà emprunté une des stars de la Paramount de l'époque sous la forme de Phillips Holmes, un beau blond que l'on associe plus au personnage timide et intériorisé d'Une Tragédie américaine (An American Tragedy, 1931) de von Sternberg qu'à un grand costaud qui joue des mécaniques. Ce film lui permet de montrer une autre facette de son talent: il peut aussi jouer un marin qui chante et se bagarre. Sur un sujet somme toute peu original, Garnett réussit un film tout en mouvement (à une époque où les films sont souvent statiques) tel que le début du film qui nous montre Annie (Marjorie Rambeau) qui retourne au Thalia, le bouge de La Havane où elle travaille, après avoir été refoulée par les autorités américaines. On la suit dans les rues grouillantes des bas quartiers avec un long travelling fluide. Garnett n'oublie pas son passé de gagman et il est particulièrement fier du gag récurrent où James Gleason tente régulièrement sa chance dans une machine à sou. Le malheureux introduit pièce après pièce dans celle-ci, sans résultat alors que son compère gagne à tous les coups. Le film a été tourné entièrement en studio - au grand regret des membres de l'équipe de tournage - et seuls quelques extérieurs ont été filmés sur place pour quelques transparences. Il y a cependant une vraie atmosphère dans ce film grâce aussi aux excellents seconds rôles comme Marjorie Rambeau en vieille entraîneuse alcoolique ou un étonnant Franklin Pangborn, habitué des personnages efféminés, qui décoche ici quelques coups de poing pour recouvrer son chapeau dérobé par des marins ivres. Le film se termine par une bagarre homérique entre le marin Dan face au souteneur de Frankie (à nouveau Ricardo Cortez dans un rôle de mauvais garçon) qui fait penser à Raoul Walsh. Un très bon cru dans la filmographie de Tay Garnett.

Ladies' Man 1931

Un film de Lothar Mendes avec William Powell, Kay Francis et Carole Lombard

Jamie Darricot (W. Powell) est entretenu par sa maîtresse, Mrs Fendley (Olive Tell), la femme d'un richissime industriel. Il entame aussi une aventure avec la fille de celle-ci, Rachel (C. Lombard) avant de rencontrer la belle Norma Page (K. Francis) qu'il entrepend de séduire...

Au début de 1931, William Powell est toujours sous contrat à la Paramount. Il est lassé du 'type-casting' de ce studio. Immédiatement après Ladies' Man, il va migrer avec Kay Francis à la Warner qui va lui ouvrir d'autres possibilités et lui permettre d'épanouir son talent considérable de comédien comme dans le merveilleux Jewell Robbery (1932, W. Dieterle). Le personnage qu'il interprète dans Ladies' Man est comme son titre l'indique, un homme à femmes, un gigolo mondain qui offre un peu de plaisir à des dames cousues d'or qui sont délaissées par leurs maris. Il se fait offrir des bijoux de grande valeur qu'il revend sans état d'âme pour financer son train de vie. Il n'hésite pas une minute à céder aux avances pressantes de la fille de sa maîtresse. Le personnage interprété par Carole Lombard est fort éloigné des rôles auxquels on l'associe généralement. Elle a ici un rôle essentiellement dramatique: une riche héritière capricieuse portée sur l'alcool et qui développe une jalousie maladive vis-à-vis de l'amant de sa mère. William Powell réussit à rendre sympathique un personnage amoral qui justifie ses actions avec une franchise désarmante. Il profite de la situation, mais sa rencontre avec Kay Francis va modifier la donne. Il y a soudain chez lui un désir de changer de vie et de renoncer à ce monde factice où il évolue. Avec un tel sujet, on pourrait avoir une comédie dans un style Lubitschien. En fait, il n'en est rien. Lothar Mendes, un réalisateur d'origine allemande importé à Hollywood à l'orée du parlant, nous concocte un mélodrame parfois pesant et statique. Mais le charme de Powell et de ses deux partenaires fait beaucoup pour rendre le film intéressant dans ses situations et ses conflits, malgré ses défauts. Il se termine par la mort de Powell aux mains du mari jaloux qui veut éliminer cet élément nuisible de la haute société. Au total, il ne s'agit pas d'un grand film. Mais, c'est un jalon important dans l'évolution de William Powell qui passa du traître au séducteur suave avec l'arrivée du parlant.

samedi 13 avril 2013

The Gay Deception 1935

Le Gai mensonge
Un film de William Wyler avec Frances Dee, Francis Lederer, Benita Hume et Alan Mowbray

Mirabel Miller (F. Dee) une petite secrétaire dans un coin perdu gagne soudain 5 000 dollars à la loterie. Au lieu de placer cet argent, elle décide de se donner du bon temps en visitant New York et en logeant dans un palace, le Waldorf Plaza, où elle rencontre Sandro (F. Lederer) un groom très entreprenant...

Cette comédie légère et sophistiquée est signée par un cinéaste que l'on n'attend pas dans ce genre : William Wyler. En effet, durant les premières années du parlant, il réalise des films rapides et légers comme Counsellor-at-law (1933) avec un John Barrymore étincelant. Dans The Gay Deception, Frances Dee brille de mille feux en petite secrétaire dont la vie est soudainement transformée grâce à un billet de loterie gagnant. L'histoire modernise la fable de Cendrillon. Mirabel quitte sans tambour ni trompette son boulot ennuyeux pour aller découvrir la capitale, dans un luxe inimaginable pour elle qui rêvait d'un petit chapeau à 19 dollars ! La voici devenue une cliente d'un palace que l'on traite avec déférence. Mais, son chemin croise celui d'un groom au comportement très insolent qui se permet de critiquer le dit-chapeau. Ce groom n'est autre qu'un prince incognito qui veut découvrir l'envers du décor dans ce palace. Le rôle est tenu par l'autrichien Franz Lederer (devenu Francis), le partenaire de Louise Brooks dans Die Büchse der Pandora (Loulou, 1929) de G.W. Pabst qui montre là un autre registre de son talent. Mirabel découvre que l'argent ne lui apporte pas immédiatement le bonheur qu'elle espérait jusqu'à ce qu'elle reçoive une invitation à un bal.  Frances Dee montre l'étendue de son talent dans cette comédie qui a tellement ravi son époux Joel McCrea qu'il la fit présenter à son producteur d'alors Samuel Goldwyn, espérant le convaincre d'embaucher Mrs McCrea. Pas de chance ! Goldwyn vit le film et embaucha le metteur en scène William Wyler. Une très jolie comédie qui mériterait d'être mieux connue.

vendredi 12 avril 2013

Blood Money 1933

Un film de Rowland Brown avec George Bancroft, Frances Dee et Judith Anderson

Bill Bailey (G. Bancroft) est un 'bailbondsman', c'est-à-dire qu'il prête de l'argent aux gangsters pour payer leurs cautions. Il tombe amoureux d'Elaine Talbart (F. Dee) qui est kleptomane et la fille d'un richissime homme d'affaire...

Le scénariste Rowland Brown n'a réalisé que trois films. Il fut ensuite mis sur la liste noire des réalisateurs à éviter suite à une rixe avec un producteur. Blood Money est son troisième opus qui, dans cette période heureuse du pre-code, lui permet d'explorer le monde interlope des gangsters et des politiciens corrompus. Le personnage central de Bailey (joué par George Bancroft qui avait joué  les gangsters dans plusieurs films de von Sternberg) est ici une sorte d'entremetteur entre le monde des voyous et celui de la bonne société qui est loin d'être sans reproches. Il empoche des profits juteux en recevant de l'argent de coquins divers tout en entretenant des relations louches avec les juges et les procureurs. Il suit plus le code de l'honneur des gangsters que celui des soi-disant gens honnêtes. Quant à Frances Dee,  c'est une fille à papa qui recherche la compagnie des gangsters avec délice. On devine chez elle un mélange de masochisme et de nymphomanie qui lui fait dire qu'elle rêve "d'être tenue en laisse" par un mauvais garçon ! La compagnie de Bill Bailey ne va pas être suffisante pour cette fille qui cherche à se mettre en danger en volant dans les magasins ou en suivant un gangster en fuite. Ce court film de 65 min se termine par une course poursuite haletante alors que Bailey s'apprête à taper dans une boule de billard chargée d'explosifs. Il faut aussi noter la présence de Judith Anderson dans ce qui fut son premier film en tenancière de boîte de nuit connectée avec la pègre. Rowland Brown brosse un portrait sans concession d'une société gangrénée par la corruption. La fin de la prohibition allait bientôt limiter les actions des voyous et des corrompus. Et l'arrivée du code de production allait lui aussi stopper la dénonciation de la corruption. Un film qu'il faut redécouvrir.