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mardi 12 août 2014

Twelve Miles Out 1927

Une femme à bord
Un film de Jack Conway avec John Gilbert, Joan Crawford, Ernest Torrence, Tom O'Brien et Edward Earle

Jerry Fay (J. Gilbert) est trafiquant d'alcool. Il convoie des cargaisons de bouteilles depuis la limite des douze miles marins jusqu'à terre. Une nuit, son bateau est poursuivi par des douaniers. Il trouve refuge avec son équipage dans la maison de John Burton (E. Earle) qui passe la soirée avec sa fiancée Jane (Joan Crawford). Jerry décide de les prendre en otages sur son bateau...

Cette production MGM a été conçue pour mettre en valeur John Gilbert. Sa partenaire est une jeune actrice qui n'a pas encore ses galons de grande vedette, une jeune Joan Crawford aux cheveux courts et à l'allure déjà très décidée. Ce qui aurait pu être un film d'aventure excitant se révèle être une production de routine avec un scénario peu inspiré. Nous sommes en pleine prohibition et tout le long des côtes américaines, le trafic des bootleggers bat son plein. Ce rôle de trafiquant aurait pu permettre à Gilbert de sortir un peu de son emploi de séducteur. Malheureusement, le scénario n'est pas à la hauteur et le film se transforme rapidement en théâtre filmé à l'intérieur du bateau de Gilbert. Même l'arrivée de Red, joué par un Ernest Torrence haut en couleurs, n'apporte pas tous les retournements de situation voulus. C'est un concurrent de Jerry qui va vouloir s'approprier la belle Jane. Tout cela se termine par une belle bagarre et, assez bizarrement, par la mort du héros. Dans l'ensemble, Twelve Miles Out est un tout petit opus dans la carrière de Gilbert et de Crawford. Il semble étonnant que MGM ait pu permettre à une de ses plus grandes stars de faire un film aussi médiocre. Peut-être souhaitait-elle déjà se débarrasser de cet acteur qu'elle trouvait trop rémunéré...

mercredi 20 juin 2012

But The Flesh is Weak 1932

Mais la chair est faible
Un film de Jack Conway avec Robert Montgomery, C. Aubrey Smith, Nora Gregor, Heather Thatcher et Edward Everett Horton

Les Clement père et fils (C. Aubrey Smith et R. Montgomery) sont deux gentlemen anglais désargentés qui tentent de se faire payer à dîner par des ladies richissimes. Max (R. Montgomery) est bien tenté de faire la cour à la très riche et très excentrique Lady Joan Culver (H. Thatcher), mais il tombe raide amoureux de la belle Rosine Brown (N. Gregor)...

Max Clement (R. Montgomery) et Rosine Brown (N. Gregor)
Cette délicieuse comédie pre-code est due à la plume de l'auteur (et acteur) Ivor Novello. Ce dernier était un des principaux concurrents de Noël Coward. Il adapte ici une de ses pièces à succès The Truth Game. Le cinéma hollywoodien du début du parlant était très friand d'auteurs britanniques de comédies. La MGM adapte Private Lives (Vies privées, 1931) et Samuel Goldwyn importe Frederick Lonsdale pour lui fournir un scénario original qui deviendra le génial The Devil to Pay! (1930, G. Fitzmaurice). But The Flesh is Weak appartient à cette veine de films qui nous montre une Angleterre 'upper-class' qui a parfois des problèmes d'argent, mais qui fait tout pour sauver les apparences. Ce qui rend ce film particulièrement délectable c'est la virtuosité des dialogues qui sentent bon l'humour typiquement britannique de son auteur. Pour une fois, Hollywood n'a pas trouvé bon de faire réécrire le texte et c'est tant mieux. Les répliques étincellent grâce à un groupe de comédiens de première classe. Je mettrais au premier rang Robert Montgomery qui parvient à nous faire oublier sa nationalité américaine et qui forme un couple formidable avec son vieux papa joué par un C. Aubrey Smith absolument génial. Nous les découvrons dans leur modeste logis dont ils ont du mal à payer le loyer en train de partager la salle de bain tout en devisant sur leurs possibilités matrimoniales pour arranger leurs finances. Le film est peuplé d'excellents seconds rôles britanniques comme Heather Thatcher, à la tenue masculine (avec un monocle!) ou Frederick Kerr en vieux duc ronchon, ainsi que le formidable (américain) Edward Everett Horton en Lord plein aux as. Au milieu de ce casting de luxe, l'héroine est jouée par l'autrichienne Nora Gregor qui est restée dans l'histoire du cinéma pour sa participation à La Règle du Jeu (1939, J. Renoir). L'intrigue en elle-même n'est pas follement originale. Mais, c'est la légèreté et le charme des interprètes qui donnent au film son vernis et son brillant. Novello savait écrire ces dialogues ponctués de bons mots qui restent délectables comme ceux d'un Guitry. Le rythme endiablé se maintient jusqu'à l'image finale grace à la réalisation d'un Conway habile faiseur. Il faut aussi préciser la présence d'un tout jeune Ray Milland en figurant ainsi que du suèdois Nils Asther en prince russe. Une excellente comédie britannique 'made in Hollywood' qui est à découvrir en Warner Archive.

lundi 2 mai 2011

The Easiest Way 1931

Un film de Jack Conway avec Constance Bennett, Adolphe Menjou, Robert Montgomery, Hedda Hopper, Anita Page et Clark Gable


Laura Murdock (C. Bennett), issue d'une famille pauvre, travaille comme vendeuse dans un grand magasin. Elle est remarquée par un employé de la société publicitaire Brockton. Elle devient modèle et attire l'attention du patron, Willard Brockton (A. Menjou)...


Ce film de Jack Conway est une adaptation d'une pièce d'Eugene Walter créée à Broadway en 1909. Elle avait déjà été adaptée à l'écran en 1917 par Albert Capellani avec Clara Kimball Young. Cette histoire de femme entretenue pourrait être banale. Mais, le film m'a vraiment emballé par sa fluidité visuelle et l'intelligence de son interprétation. On sait dès la première scène que ce film ne sera pas une énième oeuvre de commande. La caméra se déplace dans le misérable appartement surpeuplé des Murdoch et on découvre le père chômeur, la mère, les filles qui dorment à trois dans un même lit et les deux plus jeunes enfants qui se disputent. Dans ce petit monde, seule Laura (Constance Bennett) travaille et apporte un revenu. Il faut souligner la justesse de l'interprétation de Constance Bennett, qui décidemment a fait de très bons films en ce début des années 30. Quand la chance se présente d'avoir un meilleur emploi dans une compagnie de publicité, elle saute sur l'offre. Elle découvre le monde des modèles publicitaires avec Elfie (Marjorie Rambeau) qui lui apprend à savoir saisir les bonnes occasions. Laura va tout de suite attirer l'oeil du patron, sous la forme du très suave Adolphe Menjou. Elle devient sa maîtresse, sans pouvoir espérer que leur liaison ne devienne jamais légale. Elle profite de ce luxe, et en fait également profiter sa famille. Pourtant sa mère refuse de la revoir car elle considère sa fille comme perdue. Le tournant dans l'existence de Laura sera sa rencontre avec un jeune journaliste Jack Madison, interprété par Robert Montgomery. Il est sans argent, mais il lui propose de l'épouser. Laura va devoir choisir entre ces deux hommes. Le film est d'une grande finesse de détails en nous montrant la vie telle qu'elle est à cette époque pour les 'have not' (ceux qui sont pauvres). Quand, par exemple, Laura ne peut plus payer sa note d'hôtel, on refuse de lui donner la clé de sa chambre. Mais, lorsque Menjou réapparaît pour l'aider, l'employé de l'hôtel comprend que l'argent frais arrive et la lui rend. L'atmosphère du lobby de cet hôtel new-yorkais minable est parfaitement rendu. De même, le style dépouillé Art Déco de l'appartement luxueux de Menjou est d'une élégance remarquable. Face à Constance Bennett, Anita Page joue sa jeune soeur qui va épouser un blanchisseur modeste, mais honnête. Ce dernier est interprété par un débutant nommé Clark Gable. En homme du peuple sans sophistication, il est parfait. C'est la somme de tous ces petits détails qui font le prix de ce film.
Le film emprunte un plan à un chef d'oeuvre de la MGM qui lui aussi montre la vie des gens ordinaires. On retrouve exactement le travelling le long de la façade du gratte-ciel issu de The Crowd (La Foule, 1928) de King Vidor. Ce fragment avait déjà dû se retrouver dans les 'stock-shots' aux archives MGM.La fin du film évite le happy end à tout prix et reste ouverte. Laura retrouvera peut-être le bonheur, mais nous n'en savons rien. Constance Bennett réussit à donner tout le relif voulu à son héroïne. Elle est opiniâtre. Elle essaie de survivre dans un environement hostile. Mais, elle reste généreuse contrairement à son amie Elfie qui refuse de l'aider quand elle est dans une mauvaise passe. Enfin, je ne peux que vous conseiller de découvrir cet excellent film qui est maintenant disponible chez Warner Archive. A noter que ce film avait été tourné simultanément en version française à la MGM avec André Luguet, Lily Damita et Françoise Rosay sous le titre Quand on est belle (1932) par Arthur Robison (voir ci-dessous).

lundi 7 février 2011

Brown of Harvard 1926


Un film de Jack Conway avec William Haines, Mary Brian, Jack Pickford et Francis X. Bushman Jr.

Tom Brown (W. Haines) issu d'une riche famille de Boston, arrive à Harvard pour étudier. Il partage sa chambre avec le frêle Doolittle (J. Pickford). Il trouve rapidement un adversaire en Bob McAndrew (F. X. Bushman Jr) qui est le petit ami de Mary Abbott (M. Brian)...

Cette comédie potache est typiquement un produit MGM avec William Haines en vedette. Cet acteur, qui est excellent dans Show People (1928) sous la direction de King Vidor, peut être aussi excessif et agaçant avec un autre réalisateur. Ici, il est un fils à papa arrogant et sûr de lui qui doit prouver sa valeur aux yeux des autres. Ce fut souvent le type de personnage qu'il interpréta à la MGM comme dans The Smart Set ou Tel It to the Marines! En Tom Brown, il est le prototype, jusqu'à la caricature, du blanc-bec tête-à-claques. Le scénario du film accumule les poncifs en se moquant des 'intellectuels' comme le studieux et frêle Jim Doolittle (Jack Pickford dans un rôle sacrifié) au profit du sportif musclé et agressif représenté par Haines et Bushman Jr. Après tout, on peut voir dans ce film la représentation typique de l'idéal américain qui favorise le plus fort. Les tournois sportifs sont là pour permettre aux plus costauds de montrer leur force. Empruntant aux 'colleges' britanniques l'aviron, les américains y ajoutent l'inévitable football américain. C'est un match de football qui permet à Tom Brown de s'affirmer en leader qui pourra rejoindre les fraternités de l'université. Le message d'un tel film est sans aucun doute représentatif de l'époque. Personnellement, je trouve qu'il s'agit d'un petit film stéréotypé.

lundi 17 janvier 2011

While The City Sleeps 1928


Un film de Jack Conway avec Lon Chaney, Anita Page et Mae Bush

Dan Coghlan (L. Chaney) est policier à la brigade criminelle. Il essaie de coincer Eddie 'Mile-Away' (W. Oakman) depuis longtemps. Il s'occupe aussi paternellement de Myrtle Sullivan (A. Page) bien qu'il ressente pour elle des sentiments qui n'ont rien de paternels...

Avec ce film, la MGM produit un film de gangsters, un genre en vogue suite au succès d'Underworld (1927) de Josef von Sternberg. Il s'agit aussi d'un 'star vehicle' pour Lon Chaney. Pour ce rôle de flic de base, il renonce à tout maquillage ou infirmité. Et c'est là le meilleur argument du film. En Dan Coghlan, il projette à l'écran le profil parfait du flic mal payé, fatigué par les blagues des gratte-papiers qui hantent les postes de police. On le voit rentrer le soir, épuisé, vers son appartement en grand désordre. Bien avant les nombreux films sur les flics qui fleuriront dans les années 40 et 50, Chaney est un flic solitaire, violent et légèrement asocial. La jeune Anita Page est un beau brin de fille qui intéresse le gangster. Mais, Chaney, secrètement amoureux d'elle, tente de la préserver de la mauvaise vie qui la guette. Les scènes entre Page et Chaney sont une grande réussite, essentiellement grace au jeu tout en nuances de Chaney. Pour ce qui est de l'action, le film est évidemment largement en-dessous du chef d'oeuvre de Sternberg et même de The Racket (1928, L. Milestone) qui est plus réussi visuellement. Il y a cependant quelques très bonnes scènes de fusillade sur un toit de Los Angeles entre Chaney et le gangster. Le film n'est pas totalement complet dû à la décomposition, mais la narration reste totalement intelligible. Conway réalise là un film de série avec quelques emprunts à Sternberg (comme la scène du crachoir et la fusillade finale). Sympathique et à voir pour Chaney.

lundi 19 février 2007

A Tale of Two Cities 1935

(Le Marquis de Saint Evremond)
Un Film de Jack Conway
Charles Dickens offre sa vision de la Révolution Française dans A Tale of Two Cities. Il crée également une gallerie de personnages excentriques et haut en couleurs. Voici la scène qui introduit le personnage de Sidney Carton (Ronald Colman). Il est l'associé du très suffisant avocat C.V. Stryver (Reginald Owen) qui utilise son intelligence à son propre profit. Stryver doit défendre Charles Darnay qui est accusé, à tord, de haute trahison. Mais, il a besoin de Carton pour enquêter et préparer sa plaidoirie. On ne peut qu'admirer le détachement et l'humour que Colman apporte à son personnage en grand contraste avec les fanfaronnades de ce cabot de Reginald Owen.


Stryver: Really! Not working yet, Carton? This is too much.


Stryver: You've gotta put your mind on this case.


Carton: No. Not possible. Haaa.


Stryver: They've got this Charles Darnay up for treason.


Carton: I don't know Charles Darnay.


Carton: I hate treason, I hate Frenchmen.


Carton: For that matter, I hate Englishmen.


Stryver: Yes, yes. But Lorry sent this case on to us...


Stryver: ...with a special request for all my consideration.


Carton: It's not my consideration he wants, it's yours. Why don't you give it to him?


Carton: Give it to him.


Stryver: Carton, of course, I count on you for a little help.


Carton: You don't need me. You're the great barrister Stryver. Stryver of the King's Bench Bar.


Stryver: Well, if I am, it's due to perseverance. I had to get into the front rank. I wasn't born there, was I? I used my brains.


Carton: Aah! You use mine, you mean.
Stryver: Well, if I do, I pay you for it.


Carton: Well, not enough to justify your interfering with my drinking.


Stryver: But this is treason case. It's a matter of life and death.


Carton: Well, so's everything else. What of it?


Stryver: Carton, I beg of you… have a look at this brief.


Carton: Haaa!


Stryver: Really, Carton, with a man's life in your hands, how can you hesitate?
Carton: I don't hesitate.


Stryver: But, I tell you, Darnay is lost.


Stryver: We have to find a way to conteract the evidence of these witnesses, Barsad and Cly.


Carton: Barsad and Cly. Cly and Barsad.


Carton: Barsad and Cly.


Carton: A case like that could be tried on mere sound.


Stryver: What are you talking about?


Carton: Well… Barsad and Cly, or Cly and Barsad, by the very sound of their names...


Carton: ...by the build of their syllables, are manifestly villains.


Carton: Just as the other fellow…The… The defendant


Carton: what was his name?


Stryver: Darnay. Charles Darnay.


Carton: Equally manifestly a gentleman.


Stryver: But you can't convict a man on syllables, on the sound of his name.






Carton: Barsad. I seem to know that name.


Carton: Wasn't he involved in a… treason case once before? Barsad. Yes, he was!


Stryver: I believe we've uncovered something here, Carton.


Carton: Haa! Well, Mr. Darnay, fate and Mr Barsad have it that I should handle your case.




Carton: Your life is in my hands.


Carton: I may lead you to fortune or the grave.


Carton: Who knows? And who cares?


Stryver: I wish you'd stop drinking, or I wouldn't give much for Mr. Darnay's fortune.


Carton: You know…I shouldn't wonder that, that Cruncher…Jerry Cruncher knows this fellow, Barsad.




Carton: I think I'll call on Jerry.


Stryver: I can't have you hobnobbing with a fellow like Jerry Cruncher! Why, he's a grave robber.


Carton: Now, Stryver, a man who employs me shouldn't be a snob.
Stryver: But he's a grave robber.


Carton: No, you don't discern the facts. The very pith and marrow escape you.

Carton: Do you know the most interesting thing to me about this case?


Stryver: Saving an innocent man from a horrible death.


Carton: No. It's that Cruncher probably knows the tavern that Barsad drinks at. That means I can pursue this case in a congenial atmosphere.


Carton: You're in luck, Stryver. I'll lay you a wager. I'll drink you a victory.
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A Tale of Two Cities est disponible en DVD (avec ST Français) en zone 1 US.