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samedi 14 juillet 2012

The Conquerors 1932

Les conquérants
Un film de William A. Wellman avec Ann Harding, Richard Dix, Edna May Oliver et Guy Kibbee

Peu après la Guerre de Sécession, Caroline Ogden (A. Harding) quitte New York avec son jeune époux Roger Standish (R. Dix) pour l'ouest et y faire leurs vies...

En 1932, David O. Selznick est producteur exécutif au sein de la RKO. Il trouve que les réalisateurs maison ne sont pas vraiment à la hauteur. Il emprunte donc à la Warner William Wellman et lui confit The Conquerors avec la star numéro 1 du studio Ann Harding. Le scénario rappelle le grand succès de la RKO de 1931 Cimarron de Wesley Ruggles avec déjà Richard Dix. Malheureusement, le résultat final n'est pas vraiment à la hauteur. A vouloir brasser des décennies et couvrir une bonne partie de l'histoire américaine, le fil de l'intrigue devient extrêmement ténu. Le génial monteur Slavko Vorkapich a été embauché pour réaliser des séquences de montage pour donner une liaison aux différents épisodes du film. Le nombre de ces séquences est d'ailleurs fort élevé et montre la virtuosité de Vorkapich qui dépeint le boum et le crash des actions qui ont affecté l'Amérique au cours de son histoire sous la forme d'une courbe qui monte telle une montagne qui semble atteindre le ciel avant de s'effondrer brutalement. Le couple de Richard Dix et Ann Harding sont deux 'pionniers' représentatifs de l'Amérique conquérante qui partent pour l'ouest et tenter leur chance. A leur arrivée, ils sont cueillis par un braquage général de la ville par une bande de hors-la-loi. La reconquête passe d'abord par le retour à l'ordre qui se fait brutalement par un lynchage et une série de pendaisons. Le développement de la banque de Dix va de pair avec le développement de la ville. Malgré la présence d'excellents seconds rôles comme la formidable Edna May Oliver et le chaleureux Guy Kibbee en médecin constamment éméché, le film reste une sorte de schéma rapide de la vie américaine de 1870 à 1929. Ann Harding et Richard Dix forment un couple très crédible, mais ils sont limités par un scénario schématique. Le film contient cependant quelques surprises comme cette séance d'images animées où la fille de Caroline emmène son jeune fils. On reconnaît soudain un film de Georges Méliès sur l'écran !

mardi 14 février 2012

Wings 1927

Les Ailes
Un film de William A. Wellman avec Charles Buddy Rogers, Richard Arlen et Clara Bow

Hier, j'ai découvert le nouveau DVD Paramount de Wings. Je connaissais déjà le film sous différentes versions. En 2007, TCM US avait diffusé une version N&B assez laide (et en plus avec une image recadrée et légèrement écrasée) avec la partition pour orgue de Gaylord Carter. L'effet avait été soporifique. Heureusement, j'ai pu ensuite découvrir le film avec la version Photoplay teintée accompagnée par la partition orchestrale étincelante de Carl Davis. Quelle différence ! J'avais été émue et émerveillée là où j'avais ressenti un ennui poli. J'ai donc hier regardé - et écouté- avec intérêt la version Paramount qui est équipée de la partition originale (reconstituée) de J.S. Zamecnik.
Vieux master N&B recadré
Copie Photoplay teintée 1993
Copie teintée DVD Paramount 2012

Tout d'abord, l'image est réellement superbe. Mais, si je la compare avec la version Photoplay, on voit que les éléments que possédait la Paramount étaient de grande qualité. Ils ont pu stabiliser l'image et enlever les quelques scories qui restaient. Il y a une légère différence dans le teintage (numérique probablement). Ensuite, je me suis concentrée sur la partition. Et là, il y a beaucoup à dire. Je vais essayer de décrire les différentes interprétations de quelques scènes cruciales.

L'adieu de David  à ses parents:
Dans cette scène, nous voyons David (Richard Arlen) dire adieu à ses parents (Julia Swayne Gordon et Henry B. Walthall) alors qu'il s'apprête à partir pour la guerre. C'est une scène intime et poignante. Dans le DVD Paramount, Zamecnik illustre la scène en utilisant une mélodie de Tchaikovsky, Nur wer die Sehnsucht kennt. C'est une pratique tout à fait normale à l'époque d'utiliser des morceaux de musique classique ou des chansons populaires pour illustrer un film. Mais, Zamecnik ne modifie pas vraiment la mélodie pour lui donner des variations suivant le moment et les sentiments exprimés dans cette scène. Il réitère constamment le motif principal de Tchaikovsky et réalise plus une illustration sonore qu'un véritable accompagnement. Cela a pour effet d'étirer la scène et de la rendre sentimentale. Dans la version Photoplay, Carl Davis prend un tout autre parti. Il joue sur la sobriété. Avec un motif lent et retenu, il suggère la peine et l'angoisse retenue de David qui fait tout pour dissimuler le chagrin qui l'étreint. La musique fait des pauses, ici et là, et suit le cheminement émotionnel de David. Evidemment, l'effet est fort différent. Nous sommes en empathie parfaite avec David et ressentons la boule dans la gorge qu'il ressent.

La bataille dans les airs contre le bombardier Gotha:
Le choix fait par Paramount pour leur DVD est de bruiter systématiquement tout ce qui se passe à l'écran. Nous avons donc droit à des tirs de mitrailleuses, bruits d'hélices, tirs de mortiers, explosions, crash d'avions et de voitures, etc. Le volume sonore de ces différents bruitages a tendance à noyer la musique dans les scènes de bataille. Je dois avouer que cette surenchère dans le bruitage est quelque peu contre-productive. On se retrouve au milieu d'un film muet sonorisé et on s'attend à voir les acteurs parler... Certes, les bruitages étaient utilisés à la fin des années 20 avec l'arrivée du système Vitaphone (et autres). Mais, ici, Paramount a fait un choix délibéré de bruiter totalement chaque image au point de la saturation. Ils avaient peut être peur d'avoir un film (trop) muet ? Pour ce qui est de la musique, le choix de Zamecnik est d'utiliser (jusqu'à plus soif) le motif principal de l'ouverture du Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn. La mélodie réapparait dans le film lors de chaque bataille aérienne. Ce leitmotiv n'est à priori pas une mauvaise idée; mais, à nouveau, il n'y a aucun travail pour créer des variations du motif principal. Et plus grave, le déroulement de la bataille n'est pas soulignée. Il n'y a pas vraiment de point culminant musicalement. La bataille est surtout soulignée par les bruitages de mitrailleuse et de crash au sol. Dans la partition de Carl Davis, il n'y a pas de bruitage. Mais, il réussit à suggérer les tirs de mitrailleuse avec les percussions et les cuivres. Il dose le niveau de 'bruitage musical' en fonction de ce qui se passe à l'écran, soulignant les moments importants. Là où dans le DVD Paramount, nous avons un banal bruit d'hélice et d'avion au décolage, Davis crée un motif musical insistant et rythmé qui rappel le mouvement d'une hélice et suggère -dès le tout début du film- la passion inextingible de Jack (Charles Buddy Rogers) pour les avions. Le motif prend une forme presque suspendue qui nous fait ressentir ce sentiment d'apesanteur et de bonheur d'un pilote dans les airs. Mais, il n'oublie pas d'y ajouter un sentiment d'attente et d'angoisse. Tout cela se trouve dans la musique avec les différentes instruments qui sont utilisés suivant leur couleur. L'accompagnement n'est jamais lourd, même lors de la bataille finale. Davis ne semble pas vouloir surcharger les scènes déjà violentes. Mais, il sait guider notre regard vers la partie importante d'une scène. Je pense particulièrement à la mort de ce soldat assis, adossé à un poteau, qui fume une cigarette. Dans le DVD Paramount, nous avons une débauche d'effets sonores: avions, mortiers, etc et il nous faut quelques instants pour réaliser que l'homme a été touché par un éclat d'obus et qu'il est mort. Avec Carl Davis, il se concentre sur cet événement, soulignant le léger sursaut de l'homme touché par l'obus et sa mort subite.

La mort de David :
Jack a abattu l'avion allemand que pilotait David et celui-ci va mourir. Zamecnik illustre la scène du combat avec une musique triomphante qui continue jusqu'au moment où David découvre l'identité du pilote. Alors, la musique devient plus sombre. Mais, dès que David a fermé les yeux, la musique reprend son ton guilleret alors que nous voyons Jack prendre dans ses bras le corps inanimé de David. C'est clairement un contresens total. cette scène était également bien mal accompagnée par Gaylord Carter dans mon souvenir. La mort de David ne m'avait pas plus touché que cela. Davis prend un parti totalement opposé. Déjà pendant la bataille qui oppose Jack à David, il n'y a aucun motif triomphant, mais une atmosphère d'appréhension. Nous vivons les derniers instants de David en l'air avec lui. Si il y a un très bref exposé du motif triomphant lors que Jack se pose et court vers l'avion pour en ôter sa croix de fer, il n'est que très court. La mort de David avec Jack à son chevet est un moment poignant, mais pas du tout sentimental avec Davis. Il y a une chaleur et une tendresse retenues dans son accompagnement qui sont tout à fait remarquables. 

Au total, vous l'aurez compris, la partition de Carl Davis est absolument remarquable par ses couleurs, son dynamisme et sa compréhension profonde des personnages et des événements. Malheureusement, cette petite merveille reste indisponible au grand public, à moins d'une diffusion hypothétique à la TV. Le DVD Paramount est une pure merveille visuelle, mais musicalement, il reste bien en deça de ce qu'il pourrait être. La partition de Davis décuple émotionnellement le film lorsque celle de Zamecnik ne fait qu'une illustration sonore bien terne.

mercredi 16 novembre 2011

Love is a Racket 1932


Un film de William A. Wellman avec Douglas Fairbanks Jr., Frances Dee, Ann Dvorak, Lee Tracy, Lyle Talbot et André Luguet

Jimmy Russell (D. Fairbanks Jr.) est un journaliste spécialisé dans les potins à Broadway. Il côtoie les racketeurs et les chorus girls toute la journée. Il est très amoureux de la belle Mary Wodehouse (F. Dee), une apprentie comédienne qui cherche à percer. Mais, elle a des dettes et celles-ci sont rachetées par un racketeur notoire, Eddie Shaw (Lyle Talbot)...

Ce pre-code signé Wellman se déroule dans le milieu interlope de Broadway. On y croise racketeurs, bootleggers, producteurs, jeunes starlettes et le journaliste Jimmy Russell qui vit en immersion dans ce milieu pour alimenter ses chroniques en commérages croustillants. Il n'a rien d'un héros et c'est sans aucun doute un homme à femmes qui passe de l'une à l'autre à grande vitesse. Il va néanmoins tomber de haut en s'amourachant de Mary Wodehouse, une jeune starlette. Celle-ci se refuse à lui, mais il persiste. Et il va aller très loin pour la sortir d'un mauvais pas. Ses chèques sans provision ont été rachetés par un racketeur qui souhaite l'ajouter à son tableau de chasse. Finalement, il sera tué et Jimmy couvrira le meurtre en le maquillant en suicide. Malgré tout, Mary le laissera tomber pour un homme plus riche qui peut lui assurer une carrière à Broadway. Ce film de 70 min est très bien joué par un Douglas Fairbanks Jr. comme un poisson dans l'eau en journaliste fouineur et la délicieuse Frances Dee joue de sa séduction avec habilité. Un bon petit Wellman.

vendredi 15 avril 2011

Safe in Hell 1931


Un film de William A. Wellman avec Dorothy Mackaill, Donald Cook, Ralf Harolde, Victor Varconi et Nina Mae McKinney

Gilda Carlson (D. Mackaill) doit quitter précipitament la Nouvelle-Orléans après avoir tué accidentellement Piet (R. Harolde). Son petit ami Carl (D. Cook) l'emmène dans une île des Caraïbes qui ne pratique pas l'extradition. Elle doit attendre son retour dans un petit hôtel dont les pensionnaires sont tous des criminels recherchés...

En 1931, Wellman a réalisé pas moins de 5 films pour la Warner. Ce sont tous des films qui reflètent la production de ce studio à cette époque: des films réalisés rapidement avec des sujets qui deviendront tabou après l'adoption du Production Code. Celui-ci fait partie des moins connus et c'est bien dommage. Dorothy Mackaill dans le rôle principal est une prostituée (un film ne pouvait pas être plus explicite à cette époque !) qui croit avoir tué un ancien ami à elle qui la harcelait. Echappant à la police, elle suit son ami d'antant, le très probe Carl (D. Cook), qui est officier sur un cargo. Mais, elle va échanger la peste pour le choléra. Elle se retrouve dans un hôtel sordide des Caraïbes où l'eau 'potable' grouille de bestioles. Voilà une belle image pour qualifier les individus qui le peuplent ; ils sont tous parfaitement épouvantables. Gilda est en enfer comme le titre le suggère. Pire encore, elle est convoitée par le bourreau et directeur de la prison locale. Il va lui donner un révolver en espérant qu'elle s'en serve et devienne sa prisonnière. Le sort de Gilda, comme celui d'une héroine de film noir, est scellé avec tous ces individus qui la convoitent. Elle ira de son plein gré à la mort plutôt que de tomber entre leurs mains. Le scénario n'est pas dépourvu de certaines invraisamblance, mais la vitesse de l'intrigue fait qu'on les oublie rapidement. Cette intrigue très noire a cependant ses moments de répit comme lorsqu'un travelling nous dévoile les clients de l'hôtel qui n'ont d'yeux que pour les jambes de Dorothy Mackaill. On retrouve aussi avec plaisir Nina Mae McKinney de l'Hallelujah de King Vidor qui joue la propriétaire de l'hôtel et chante un morceau de jazz avec délice. Dorothy Mackaill, qui est oubliée de nos jours, montre un tempérament de feu dans ce film : une fille qui ne s'en laisse pas conter. Un très bon Wellman, pre-code en diable.