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samedi 19 juillet 2014

Flower of the Dusk 1918

Viola Dana
L'Héroïque mensonge
Un film de John H. Collins avec Viola Dana, Howard Hall, Margaret McWade et Jack McGowan

La jeune Barbara (Viola Dana), qui est invalide, vit avec son père Ambrose (H. Hall)  qui est aveugle. La tante de jeune femme (Margaret McWade) prend soin d'eux tout en ruminant sa vengeance. En effet, elle était amoureuse d'Ambrose et celui-ci lui a préféré sa soeur. Or cette dernière s'est suicidée pour un motif inconnu...

John H. Collins (1889-1918)
John H. Collins ne fait pas partie des pionniers du cinéma qui ont laissé un nom, malgré son talent. Il faut dire que sa carrière fut extrêmement courte. Il mourut à l'âge de 28 ans de la grippe espagnole. Un seul de ses films est maintenant disponible en DVD: Children of Eve (1915) que j'avais beaucoup apprécié. En 1918, il est sous contrat à la Metro Pictures Corporation avec son épouse l'actrice Viola Dana qui est souvent son interprète principale. Pour ce mélodrame qui semble accumuler les poncifs - père aveugle, fille invalide et mère suicidée - Collins montre l'étendu de son talent avec une direction d'acteurs tout en retenue et une lumière crépusculaire apportée par le talentueux John Arnold, le futur opérateur de The Big Parade (1925) de King Vidor et de The Wind (1928) de Victor Sjöström. Malheureusement, il ne reste que trois des cinq bobines que comptaient ce joli film. On ne verra donc pas le prologue avec Constance, la mère de Barbara (Viola Dana joue les deux rôles) qui s'est mariée trop jeune avec un homme assez âgé pour être son père. Or, elle rencontre Lawrence, un homme marié dont elle tombe amoureuse. Cet amour impossible la pousse au suicide. Vingt ans plus tard, Barbara et Ambrose ignorent les raisons de sa mort. Mais, Miriam - la soeur de Constance - qui les connait, ne songe qu'à se venger. Elle a vieilli en s'occupant de sa nièce et de l'homme qui l'avait rejetée au profit de sa soeur. Margaret McWade, la formidable interprète de The Blot (1921), suggère avec talent l'amertume de cette femme rongée par la jalousie. Le beau visage expressif Viola Dana est magnifiquement éclairé par John Arnold et apporte toute l'émotion nécessaire à son rôle. La fin du film, qui réservait une surprise, est également absente de cette copie. On ne verra donc pas comment Barbara, habillée en robe de mariée, ment une dernière fois à son père pour lui épargner la douleur de savoir que sa femme ne l'aimait pas. Même incomplet, ce film montre le talent de ce jeune réalisateur fauché dans sa prime jeunesse. Il ne fait aucun doute que s'il avait vécu plus longtemps, il aurait certainement continué à grimper les échelons du métier et serait devenu un réalisateur célèbre.

mardi 17 juillet 2012

Children of Eve 1915

Un film de John H. Collins avec Viola Dana, Robert Conness, Thomas F. Blake, Robert Walker et Nellie Grant

Un étudiant, Henry Clay Madison (R. Conness), tombe amoureux de Flossy (N. Grant) sa voisine. Mais, celle-ci se sent inférieure à lui et pour ne pas compromettre son avenir, disparaît avec l'enfant qu'elle porte. Dix-sept ans plus tard, sa fille Mamie (V. Dana) vit dans le même quartier pauvre. Elle rencontre Bert (R. Walker), un travailleur social qui est le neveu de Madison...

En 1915, John H. Collins réalise ce mélodrame social au studio Edison. Collins est alors un jeune réalisateur prometteur. Mais, sa carrière s'arrêtera brusquement en 1918 ; il meurt durant la fameuse épidémie de grippe espagnole (qui tua plus de personnes sur la planète que la première guerre mondiale). Son épouse est la gracieuse Viola Dana, alors âgée de 18 ans qui est fréquemment l'actrice principale de ses films. Inutile de dire que ses films sont des raretés enterrées dans les réserves des cinémathèques. Heureusement, Kino a eu l'excellente idée de sortir un DVD avec de belles raretés des années 10 qui nous permettent de découvrir le cinéma social de cette époque. Certes, le film fonctionne sur les ressorts du mélodrame. Mais, Collins utilise habilement les clichés du genre sans tomber dans des excès larmoyants. Son héroine Mamie Fifty-Fifty (Viola Dana) est une fille des quartiers pauvres pleine de malice, de charme et de vitalité. Elle fréquente un mauvais garçon qui l'emmène danser dans un caf-conc' local où elle gagne régulièrement le prix de la meilleure danseuse. Le film explore également la trajectoire de Henry Madison qui d'étudiant miséreux devient un capitaliste éhonté exploitant des enfants dans une usine de conserves. Il ignore ce qu'est devenu son amour de jeunesse et l'existence de sa fille. Celle-ci rencontre Bert, le neveu de Madion et il va tenter de la sortir de son milieu interlope. Elle est embauchée dans l'usine de Madison pour faire un rapport détaillé sur les manquements à la sécurité et à l'hygiène. En fait, l'usine est un lieu insalubre sans issue de secours qui va flamber comme une allumette. Mamie en sera la première victime. Collins filme une partie de son film sur les toits new-yorkais et filme l'incendie d'une ancienne briqueterie remplie de pellicule et d'essence. 
Collins utilise habilement le montage pour nous montrer plusieurs actions parallèles. Et surtout, il nous raconte son histoire visuellement avec très peu d'intertitres. Par exemple, quand Henry rencontre Flossie, celle-ci est à moitié ivre, et son dégout d'elle-même la pousse à fracasser une vieille photo de son enfance. Ce geste désespéré en dit plus qu'un long discours. Il faut aussi saluer la superbe caractérisation de Viola Dana. Je ne la connaissais jusqu'ici que pour son rôle dans un Frank Capra, très mineur That Certain Thing (1928). Ici, elle habite l'écran avec un talent que je soupçonnais pas. Ses yeux immenses et son corps frêle recèlent des montagnes d'énergie et d'enthousiasme. Elle offrait un témoignage très émouvant sur sa carrière dans la série documentaire Hollywood (1980, K. Brownlow & D. Gill). Et je suis bien contente d'avoir pu enfin apprécier son talent.