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samedi 26 février 2011

Triplepatte 1922


Un film de Raymond Bernard avec Henri Debain, Edith Jehanne et Pierre Palau

Robert de Houdan (H. Debain) -surnommé Triplepatte- a été promis en mariage, avant sa naissance, à la famille de Crèvecoeur. Sa promise n'est qu'une gamine ; mais, il doit toucher une forte somme d'argent le jour de ses noces. Il est poursuivi par son usurier, M. Boucherot (P. Palau) à qui il doit beaucoup d'argent...

Avec cette comédie très enlevée, Raymond Bernard est un précurseur des comédies de René Clair telles que Un Chapeau de Paille d'Italie (1927) et Les Deux Timides (1928). Son héros, Robert de Houdan est un aristocrate molasson et attachant qui fuit le mariage. Cette cérémonie, si importante pour les grands bourgeois et les aristocrates, est au centre de l'intrigue. En adaptant, la pièce de son père Tristan Bernard, le réalisateur réussit un coup de maître. Dans le rôle principal, Henri Debain est parfait. Il est l'incarnation de ce Triplepatte, ainsi nommé car comme son cheval de course du même nom, il hésite toujours à franchir les obstacles. Bien qu'il soit constamment harcelé par Mme de Crèvecoeur et son infernale gamine et par la non moins envahissante Baronne Pépin, Robert de Houdan ne rêve que de liberté. Malheureusement son porte-feuille est vide. Il doit donc convoler en justes noces rapidement pour le remplir. On lui trouve une charmante fiancée, Yvonne Herbelier (interprétée par la très jolie Edith Jehanne). Mais, néanmoins, les chaînes conjugales lui font peur et on doit le traîner à la mairie en pyjama ! Le jeu de l'acteur principal, Henri Debain, n'a rien à envier aux meilleurs acteurs comiques. Indolent, l'air légèrement ahuri ou franchement hilare, il donne à son personnage tout le relief voulu. Face à lui, on reconnaît le formidable Pierre Palau. Cet acteur chauve, qui fit le bonheur des cinéphiles comme dans La Main du Diable (1942, M. Tourneur), est ici déjà le superbe comédien qu'on connaît en usurier prêt à tout pour recouvrer sa créance. Quant à Edith Jehanne, cette charmante actrice, qui fut une étoile filante dans le cinéma muet français, fait ici ses débuts à l'écran. Elle apparaitra encore dans deux autres films de Bernard, Le Joueur d'Echecs (1927) et Tarakanova (1930) et un de Pabst, Die Liebe der Jeanne Ney (1927). Son joli visage mutin offre une image parfaite de la jeune fille face à sa mère envahissante et vulgaire, attifée de plumes qui la font ressembler à une autruche. Le film montre aussi un Raymond Bernard qui expérimente avec la caméra lors d'un cauchemar de Triplepatte qui se voit au ralenti poursuivi par un couple équipé d'un filet à papillon. Les décors splendides sont signés Robert Mallet-Stevens. Voilà un film de Raymond Bernard qui mériterait une sortie en DVD!

vendredi 25 février 2011

Le Costaud des Epinettes 1922


Un film de Raymond Bernard avec Henri Debain, Pierre Vermoyal et Germaine Fontanes

Claude Brévin (H. Debain), un ancien joueur démuni, fréquente un bal musette de Montmartre où on le surnomme le 'costaud des Epinettes'. Il est embauché par le maître-chanteur Doizau (P. Vermoyal) pour récupérer des lettres compromettantes chez une théâtreuse Irma Lurette (G. Fontanes)...

Raymond Bernard adapte de nouveau une pièce de son père, Tristan Bernard pour cette comédie. Il avait auparavant déjà réalisé Le Petit Café (1919) et Triplepatte (1922) qui était également des adaptations de Tristan Bernard. Dans le rôle principal, on reconnait Henri Debain (ci-contre) qui fût également Triplepatte. Cet acteur longiligne, légèrement lymphatique rappelle le jeune Alec Guinness avec son visage allongé et son air ahuri. Il a cette même innocence qui lui attire les ennuis dans le bal musette un peu louche où il dîne. Mais, le frêle jeune homme se révèle adepte des arts martiaux qui lui permettent de terrasser ses adversaires. Ses ennuis ne font que commencer lorsqu'il doit éliminer une femme et récupérer un paquet de lettres. Evidemment, il tombe amoureux de la belle Irma Lurette et ne réussit pas à la tuer. Ce charmant film de Raymond Bernard m'a semblé moins réussi que Triplepatte à cause d'une narration manquant de ressort qui avance à coup de carton d'intertitres. Néanmoins, il contient quelques très bonnes scènes comme lorsque Henri Debain explique à son logeur comment il s'est fait renvoyé de tous ses boulots par son inaptitude. Nous découvrons alors ses maladresses visuellement: il oublie les enfants qu'il doit accompagner plongé dans un livre ou il asperge le visage d'un client dans un établissement de bain. D'autres séquences comme celles où il doit assassiner Irma Lurette offre un très bel éclairage en clair-obscur suggérant la tension qui l'anime. Mais, le film reste assez prévisible. Il faut aussi remarquer les très beaux décors signés Robert Mallet-Stevens. Il est fort dommage que le film soit incomplet : les scènes finales ont disparues. Mais, on peut deviner aisément que Claude Brévin va rester avec Irma Lurette. La copie de la Cinémathèque était extrêmement belle: une copie teintée splendidement contrastée et d'une grande finesse de grain.

lundi 14 juin 2010

Le Miracle des Loups 1924


Un film de Raymond Bernard avec Yvonne Sergyl, Romuald Joubé, Charles Dullin et Vanni-Marcoux

En 1461, le roi Charles VII meurt et le dauphin Louis monte sur le trône. Louis XI (C. Dullin) doit affronter son puissant vassal Charles le Téméraire (Vanni-Marcoux). Jeanne Fouquet (Y. Sergyl), la filleule du roi, est amoureuse de Robert Cottereau (R. Joubé). Mais, il est un ami de Charles...

Cette superproduction française avait été présentée pour la première fois à l'Opéra de Paris en 1924. Il s'agit réellement d'un film épique avec des scènes de bataille monumentales: celle de Montlhéry et le siège de Beauvais. Raymond Bernard dispose de moyens importants avec une foule de figurants, une distribution de premier ordre et des lieux de tournage prestigieux : Carcassone. La copie restaurée récemment pour Gaumont est superbe: teintée et bien plus belle que les photogrammes ci-dessus. Le film enchaîne les scènes intimistes: Jeanne et Robert Cottereau flirtant par-dessus un mur à des scènes historiques où Louis XI se moque de Charles en public, provoquant sa fureur. Et il y a bien sûr, les grandes scènes de bataille où nous suivons les fatassins avec une caméra tenue à la main et nous voyons les épées transpercer le flanc des soldats. La scène avec les loups est également terrifiante. Jeanne est protégé par une meute alors qu'elle tente d'échaper à l'affreux Sire de Châteauneuf (Gaston Modot). Le film se termine en apothéose avec le siège de Beauvais lors duquel la douce Jeanne devient une guerrière sous le nom de 'Jeanne Hachette'. Telle une Jeanne d'Arc, elle affronte les bourguignons avec violence. Voilà un spectacle somptueux, qui doit être encore plus impressionnant sur grand écran avec la musique originale composée par Henri Rabaud. La partition qu'il avait écrite pour Le Joueur d'Echecs (1927) de Raymond Bernard étant une oeuvre remarquable, on espère qu'un jour ce film sera disponible lui aussi en DVD avec la musique originale.