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jeudi 25 janvier 2018

Tih Minh 1918 (II)

Jacques d'Athys (R. Cresté), Sir Francis Grey (E. Mathé) et Placide (G. Biscot)
à la poursuite des espions
Un sérial en 12 épisodes de Louis Feuillade avec Mary Harald, René Cresté, Georges Biscot, Georgette Faraboni, Gaston Michel, Louis Leubas, Edouard Mathé et Jeanne Rollette

Jacques d'Athys (R. Cresté) aidé de son ami Sir Francis Grey (E. Mathé) poursuivent Kistna (L. Leubas) et Gilson (G. Michel) qui n'ont pas réussi à s'emparer du précieux document détenu par d'Athys...

Louis Feuillade (contre le poteau) face à R. Cresté, E. Mathé et G. Biscot
Pour les derniers épisodes, Feuillade utilise de manière remarquable la géographie tourmentée de l'arrière-pays niçois. Sur les routes en lacet flanquées de ravins vertigineux, nos héros poursuivent les dangereux criminels à pied, en voiture ou même en wagonnet suspendu! Le metteur en scène n'hésite pas faire escalader des façades de grand hôtel à ses acteurs et à précipiter la malheureuse Tih Minh dans un ravin enfermée dans un panier d'osier. Il multiplie les cascades les plus dangereuses qui tiennent en haleine le spectateur jusqu'à la dernière minute. L'une d'elle est proprement ahurissante. Tih Minh a été précipité par dessus une balustrade par un des criminels. Elle est suspendue par les mains, elle tombe dans le vide et comme par miracle atterrit dans les bras de Dolores qui passait justement pas là! Nos héros n'ont finalement pas à commettre de meurtre pour éliminer les méchants: ils s'entretuent, meurent dans des accidents ou se suicident. La police n'est pas une seule fois impliquée dans cette lutte contre les espions étrangers. Seul un diplomate britannique interprété par Edouard Mathé les aide dans cette tache. On a l'impression que Feuillade improvise des rebondissements en fonction des lieux de tournage tel un feuilletoniste chevronné. Il se permet même d'apparaître quelques secondes alors que nos héros vont embarquer dans un wagonnet pour traverser un ravin. Feuillade n'est pas le premier metteur en scène à faire ce genre de caméo; Maurice Tourneur et Albert Capellani l'avaient fait avant lui. C'est cependant une image émouvante de voir Feuillade discutant avec ses trois interprètes et leur indiquant de monter dans le wagonnet. Décidément Tih Minh est un sérial réellement enthousiasmant. Espérons qu'il sera un jour disponible en DVD.

jeudi 18 janvier 2018

Tih Minh 1918 (I)

Tih Minh (Mary Harald) droguée par le trio criminel composé de la
Marquise Dolorès (G. Faraboni), Kistna (L. Leubas) et Gilson (G. Michel)
Un sérial en 12 épisodes de Louis Feuillade avec Mary Harald, René Cresté, Georges Biscot, Georgette Faraboni, Gaston Michel, Louis Leubas, Edouard Mathé et Jeanne Rollette

Jacques d'Athys (R. Cresté) revient d'une long voyage en Indo-Chine avec sa fiancée, la jeune Annamite Tih Minh (M. Harald). Il transporte à son insu un document précieux que convoite trois dangereux criminels...

Tih Minh (Mary Harald) en Indochine
J'avais déjà parlé de ce magnifique sérial de Louis Feuillade, il y a quelques années. Il n'est malheureusement que rarement projeté et Gaumont n'a pas jugé utile de le sortir en DVD. Il est en ce moment présenté à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et c'est une occasion unique de revoir dans d'excellentes conditions cette superbe réussite. Le charme du film est dû pour une large part aux interprètes principaux, René Cresté et Mary Harald. Cresté était déjà une star grâce à Judex (1917) alors que la jeune Mary Harald était une inconnue. Je l'ai crue longtemps britannique à cause de son patronyme. Mais, j'avais tort. Mary est née à Hong-Chong (Viêt-Nam) d'un père français et d'une mère annamite, comme on nommait alors les habitants du Viêt-Nam. La fiction suit la réalité de près car le nom de son personnage, Tih Minh, était - si on en croit la presse - le véritable nom de sa mère. Feuillade était un véritable découvreur de talents. Mary Harald, tout comme Sandra Milowanoff, est une actrice d'un grand naturel qui venait de la danse. Elle se retrouve au centre d'une intrigue criminelle où les rebondissements se suivent à une grande rapidité: kidnappings, courses en automobile, meurtres, vols. Le trio de criminels ne lésinent pas sur les moyens et nos héros n'hésitent pas à dégainer leurs révolvers personnels pour s'en débarrasser. La police n'est jamais convoquée pour aider à leur arrestation. Jacques d'Athys (R. Cresté) agit seul avec ses amis le diplomate Sir Francis Grey (E. Mathé) et son domestique Placide (G. Biscot). Nous apprenons finalement que les trois criminels sont des agents de l'Allemagne... Le film a été tourné en 1918, avant l'Armistice. On peut reprocher à Feuillade une psychologie sommaire des personnages. Mais le rythme trépidant de ce sérial tourné entièrement sur la Côte d'Azur nous fait oublier bien vite ses limitations. Et le film prend même un tour quasiment onirique avec la séquence à la Villa Circé où un groupe de femmes, ayant perdu la raison suite l'absorption d'une drogue, court dans le jardin de la villa en chemises blanches. Les acteurs effectuent de nombreuses cascades eux-mêmes comme des escalades de façade de villa par les tuyaux de gouttières et des bagarres en voiture. Tih Minh  a décidément un charme tout à fait particulier. A suivre!

dimanche 8 mars 2015

Le gendarme est sans culotte 1914

Suzanne Le Bret susurre à l'oreille de Marcel Lévesque, qui ne se méfie pas...

Un film de Louis Feuillade avec Marcel Lévesque, Suzanne Le Bret et Charles Lamy

Cette petit pochade comique en deux bobines de Louis Feuillade vaut surtout pour la prestation du délicieux acteur comique que fut Marcel Lévesque. Il joue un gendarme campagnard qui va être victime d'un groupe de cinématographistes (comme on appelait les gens de cinéma à l'époque). Ils vont lui emprunter son pantalon et laisser le malheureux en caleçon. Il ne trouve pas de pantalon de rechange et enfile des sous-vêtements féminins puis une jupe, ce qui provoque moultes péripéties. Nous sommes dans le domaine du burlesque à la française qui est moins rythmé et inventif que ne le seront les Keystone Cops ou les films de Charlot. Cependant, on peut compter sur Lévesque pour donner de la couleur à son personnage de gendarme avec ses clins d'oeil appuyés à la caméra. Le film se clôt sur un clin d'oeil à la grande production Gaumont de 1914...Fantômas! C'est déjà du placement publicitaire avant l'heure. A voir ici pour vingt minutes de rire.

mercredi 3 décembre 2014

Le Roman de la midinette 1916

Un film de Louis Feuillade avec Musidora et Lise Laurent

La femme du capitaine Ferry (L. Laurent) accueille chez elle la veuve et la fille Jeanne (Musidora) d'un soldat du régiment de son mari. Jeanne est atteinte de phtisie et pleine de notions romatiques. Elle entame secrètement une correspondance avec un soldat esseulé...

Ce court-métrage de Feuillade offre à Musidora un rôle à sa mesure. A la fois femme-enfant innocente et rouée, elle rêve du grand amour en se lançant à corps perdu dans une correspondance avec un soldat qu'elle n'a jamais vue. La belle phtisique ne réussit pas à surmonter son chagrin en apprenant que celui qu'elle aime en secret est gravement blessé et risque de mourir. Il semble que quelques séquences manquent à l'appel au moment où elle apprend la nouvelle, ce qui affadit un peu le propos. Cependant, ce joli court-métrage réussit à nous intéresser jusqu'à  son dénouement. Un Feuillade mineur mais intéressant pour son interprétation.

dimanche 30 novembre 2014

L'Homme sans visage 1919

Un film de Louis Feuillade avec René Cresté, Gina Manès, Edouard Mathé, Louis Leubas et Gaston Michel

A Nice, Blanche Méry (G. Manès) travaille comme professeur de piano pour payer la pension de sa petite fille, placée chez des paysans. Elle fait la connaissance de Ralph Carson (R. Cresté) un officier américain qui tombe amoureux d'elle. Mais, Blanche trouve un travail de dame de compagnie auprès d'un mystérieux Comte de Brançais (E. Mathé), un mutilé de la face qui porte constamment un masque de velour noir...

Tourné dans l'arrière-pays niçois, ce mélodrame a été conçu pour mettre en valeur celui qui était alors une des idoles du public français, René Cresté. Il était devenu une star grâce à son incarnation de Judex (1917) où vêtu d'une cape noire et d'un chapeau aux larges bords il faisait battre les coeurs des spectatrices. Cette étoile filante du cinéma français, disparu prématurément à l'âge de 41 ans, avait une silhouette élancée qui est ici mise en valeur par son uniforme américain bien ceintré. Le scénario concocté par Feuillade a tout d'un roman-feuilleton pour midinette avec la fille-mère courageuse, le bel officier et l'ignoble prince teuton violeur et meurtrier. Avec de tels éléments, on aurait pu espérer avoir un développement dramatique intéressant à défaut de subtilité dans les personnages. Malheureusement, l'intrigue est à deux sous et il n'y a strictement aucune surprise. Il semble cependant que la copie conservée est légèrement incomplète ce qui rend le déroulement de l'histoire encore plus simpliste (il doit manquer environ 10 min). Le public hier soir a d'ailleurs éclaté de rire en découvrant la véritable identité du Comte de Brançais (Edouard Mathé) qui apparut soudain avec casque à pointe, rictus, allure menaçante et affublé du surnom d'Attila sur une coupure de journal! Il faut dire que la transition était amenée plutôt brutalement. Pourtant, cet homme au masque de velour censé caché ses mutilations nous rappelait que c'était l'époque des gueules cassées. Malheureusement, Feuillade oublie la subtilité et préfère nous offrir un Edouard Mathé en prince allemand sanguinaire qui dissimule son identité. C'est cependant un plaisir de découvrir la jeune Gina Manès avec ses magnifiques yeux de lionne dans un rôle assez ingrat. Cresté est élégant et athlétique; Mathé n'est pas très convaicant et les autres membres de la troupe de Feuillade n'ont guère le temps de briller. On peut sauver la jolie cinématographie de Maurice Champreux, mais guère plus. Un Feuillade décevant.

mercredi 27 octobre 2010

Tih Minh 1918

Un film en douze épisodes de Louis Feuillade avec René Cresté, Edouard Mathé, Mary Harald, Gaston Michel, Louis Lebas, George Biscot et Jane Rolette

L'explorateur Jacques d'Athys (R. Cresté) revient d'un voyage avec une jeune annamite, Tih Minh (M. Harald). Mais, à son arrivée sur la côte d'azur, il est épié par trois mystérieux criminels, Kistna (L. Lebas), Gilson (G. Michel) et Dolorès (G. Faraboni)...
Ce serial de Louis Feuillade a été tourné à la même époque que Vendémiaire avec une distribution similaire. Les deux films reflètent leur époque en évoquant les espions allemands infiltrés sur le territoire français. Mais, à part cela, les deux films sont totalement différents. Tih Minh est un suspense criminel dans la lignée de Judex et des Vampires où l'on retrouve un groupe de criminels aguerris qui utilisent tous les moyens pour arriver à leurs fins : séquestrations, enlèvements, empoisonnement, vol et meurtres. L'héroïne du film, Tih Minh, interprétée avec talent par l'anglaise Mary Harald, est une eurasienne qui a suivi Jacques d'Athys en Europe où elle devient la proie des criminels. Elle est enlevée par Kistna et sa bande qui lui font prendre une drogue violente. Elle perd la mémoire et la raison. Le début du film se situe à la Villa Circé qui porte bien son nom. Des femmes en chemise de nuit sont enfermées au sous-sol de la villa et semblent avoir subi le même traitement que Tih Minh. Pour lutter contre l'organisation criminelle, qui veut s'emparer d'un document codé que possède Jacques d'Athys, l'explorateur d'Athys (R. Cresté) et son ami le diplomate Sir Francis Grey (E. Mathé) reçoivent le renfort d'un médecin aliéniste. Nos héros n'utilisent même pas la police pour les aider dans leur lutte. Après tout, c'est la guerre et les citoyens doivent se débrouiller pour lutter contre les espions ennemis. Le film comprend de grands morceaux de bravoure (il faut saluer le courage des acteurs!) avec des escalades de façade et une descente vertigineuse en wagonnet pendu à un câble. Mais, ce qui retient l'attention, comme dans Les Vampires, ce sont les éléments oniriques tels que cette vision des femmes demi-folles qui errent dans le jardin de la Villa Circé. L'héroïne vient des lointaines colonies d'Indochine et apporte une touche d'exotisme au milieu des aloès géants des villas majestueuses sur la côte d'azur. D'ailleurs, Feuillade utilise au mieux les décors naturels (près de Nice) comme il l'avait fait pour Paris dans Fantômas. Les à-pic du bord de côte sont le prétexte à des glissades vertigineuses et les petites routes escarpées à des poursuites en automobiles. Comme toujours, Feuillade apporte une touche d'humour avec les domestiques, Placide (G. Biscot) et Rosette (J. Rolette) qui manient revolver et intelligence en aidant leurs patrons dans leur lutte. René Cresté, tout auréolé de son succès dans Judex, apporte son charme et sa haute silhouette au personnage de d'Athys. Il mourra en 1922 à l'âge de 41 ans, déjà oublié par le public. Mais, les acteurs de Feuillade restent immortels : ils sont naturels, dépourvus de théâtralité et campent leurs personnages avec un engagement sans limite. Encore un merveilleux serial qui mériterait une édition en DVD.

samedi 24 juillet 2010

Le Noël du Poilu 1916


Un film de Louis Feuillade

Le caporal Renaud va encore une fois passer un Noël solitaire dans les tranchées. Sa femme et sa fille habitent dans le nord de la France en zone occupée. Mais la marraine de guerre de Renaud va organiser une rencontre avec sa famille...

Avec ce court-métrage d'environ 35 min, Feuillade réussit à évoquer l'atmosphère du pays en guerre d'une manière remarquable quand Henri Desfontaines ne faisait qu'un film scolaire et ennuyeux. Nous découvrons la vie de Mme Renaud et de sa fille et en une seule image tout est dit. La porte du fond s'ouvre révélant un groupe de soldats allemands cantonnés chez elle qui festoient. Avec une grande profondeur de champ, nous suivons le coucher de la petite fille avec en contrepoint les soldats tapageurs dans le fond de l'image. De même, la région est évoquée par la berceuse que Mme Renaud chante à sa fille: 'Le p'tit Quinquin'. Sur ce sujet très simple, Feuillade nous concocte une délicieuse tranche de vie avec les retrouvailles de la famille chez la marraine de guerre. Et le film se clôt sur la même berceuse du 'P'tit Quinquin'. Charmant. Ce film de Feuillade est un supplément sur le DVD du Film du Poilu.

vendredi 18 juin 2010

Vendémiaire 1918



Un film de Louis Feuillade avec René Cresté, Edouard Mathé, Louis Lebas et Gaston Michel

Sur un bateau qui descend le Rhône, un réformé Pierre Bertin (René Cresté) rencontre Le père Larcher (G. Michel) et sa famille, des réfugiés du nord de la France qui fuient l'occupation allemande. Ils partent tous pour le bas Languedoc pour participer aux vendanges. Deux espions allemands (L. Lebas et M. Caméré) assassinent deux réfugiés belges en route pour la vendange et usurpent leurs identités...

Avec ce film, Feuillade fait oeuvre de propagande alors que la première guerre mondiale est proche de sa fin. Plutôt que de nous offrir une vision du champ de bataille, il nous montre la vie de ceux qui sont restés à l'arrière comme le fait d'ailleurs Abel Gance dans J'accuse (1919). Mais, contrairement au film de Gance, Feuillade offre un film patriotique avec son lot de propagande anti-allemande. Un des deux espions allemands est d'ailleurs interprété par Louis Lebas qui se faisait une spécialité des personnages de criminels dans les films de Feuillade (Les Vampires) et de Perret (L'enfant de Paris). Les bases sont claires : il faut faire un dernier effort pour bouter l'ennemi hors de France en se serrant les coudes face à un envahisseur criminel et vicieux. Mais, le film n'est pas seulement une oeuvre de propagande datée, c'est une ode à la nature avec un souci de réalisme proche d'André Antoine. Le début du film se déroule sur une péniche sur le Rhône que nous descendons nonchalament comme les bateliers de L'Hirondelle et la Mésange. Puis, nous suivons la vendange dans l'Hérault, la région natale de Feuillade. Une camaraderie s'installe entre les vendangeurs et le propriétaire du domaine, la Capitaine de Castelviel (E. Mathé) qui a perdu la vue dans les tranchées. On embauche même une gitane (ou 'caraque' dans la patois local) car son époux est mort au front. Les deux espions s'infiltrent dans le groupe et Wilfrid (Louis Lebas) va utiliser la suspicion envers la gitane pour lui faire porter le poids de son larcin (le vol de la paie des vendangeurs). Feuillade utilise là un symbolisme puissant en montrant que Wilfrid, sans scrupule ni morale, a utilisé les gaz de combats. Il le fait mourir après avoir inhalé les gaz toxiques produits par la fermentation du raisin. (Il est d'ailleurs frappant que dans Les Vampires, tourné dans les premières années de la guerre, on observe également ce recours aux gaz toxiques pour endormir les participants d'une fête pour leur dérober argent et bijoux.) Pour contrebalancer ce personnage allemand (que les intertitres appellent 'boche' selon l'expression typique de l'époque), le complice Fritz, lui se contente de suivre et de se taire en se faisant passer pour muet. Il joue néanmoins au violon Standchen (sérénade) de Franz Schubert lors d'une scène pastorale où les vendangeurs se reposent près d'une rivière en songeant au passé. Dans la deuxième partie du film, on s'intéresse à Louise (la fille aînée du père Larcher, un des vendangeurs) qui vit en zone occupée à Maubeuge, près la frontière Belge. Elle doit accueillir des soldats allemands qui sont cantonnés chez elle. Son mari qui s'est évadé, vient lui rendre visite secrètement. Quant elle accouche plus tard d'un enfant, tous les villageois la croient qu'elle a couché avec l'ennemi. Le film finalement touche à tous les aspects de la guerre: la population occupée, le sort des femmes, les blessés de guerre, et le désir ardent du retour à la paix . Le film se termine d'ailleurs sur une note optimiste où tous trinquent avec le vin nouveau qui annonce des lendemains meilleurs. Un Feuillade vraiment passionnant.

lundi 14 juin 2010

Parisette 1922 (II)


René Clair & Sandra Milowanoff
Un sérial de Louis Feuillade en 12 épisodes avec Sandra Milowanoff, Georges Biscot, René Clair et Fernand Hermann

Episodes 6 à 12 (Fin)
Cogolin (G. Biscot) s'est réfugié à Nice pour échapper à la police qui le soupçonne du meutre de la rentière de Neuilly. Déguisé en clergyman, il fait de son mieux pour passer inaperçu. Parisette (S. Milowanoff) a retrouvé son grand-père en la personne du Marquis de Costabella (Bernard Derigal). Malade, elle part pour Nice avec lui. Leur ancien voisin, le père Lapusse se cache lui aussi à Nice...

Dans cette deuxième partie, l'action se passe entièrement dans le sud de la France (Nice, Beaulieu). Il faut dire que Gaumont a des studios sur place et peut également utiliser la villa de Léon Gaumont. L'action patine quelques peu dans certains épisodes. L'intrigue se recentre sur le comique Georges Biscot qui fait un numéro fort amusant déguisé en faux clergyman ou en vieille femme. Reste quelques séquences de meurtre qui montrent que Feuillade n'a perdu son talent dans ce domaine. Le père Lapusse est expédié dans un monde meilleur par Cogolin d'une manière inattendue. Il le jette par-dessus le parapet au bord d'une corniche qui surplombe la méditerrannée. Il tombe sur les rochers en contrebas. Et, il n'est en aucune façon inquiété pour ce meurtre! :o Au contraire, il devient le héros du moment, salué par tous les corps constitués, pour avoir sauvegardé l'honneur d'un dame au mépris de sa propre sécurité. Les autres personnages restent relativement passifs durant ces épisodes. Parisette et son fiancé Jean (un tout jeune René Clair) n'ont pas grand'chose à faire. Pour conclure, il ne s'agit pas d'un Feuillade majeur. Il n'y a pas l'élan et le rythme de Judex. Il y manque peut-être un peu d'atmosphère. Seul le premier épisode offrait du mystère et du clair-obscur. Quand il filme un pur mélo, Feuillade est moins à l'aise que dans l'intrigue criminelle. Néanmoins, ce sérial avec une bonne musique et une projection sur grand écran pourrait certainement gagner en ampleur.

Parisette 1922 (I)


Un sérial de Louis Feuillade en 12 épisodes avec Sandra Milowanoff, Georges Biscot, René Clair et Fernand Hermann

(Episodes 1 à 5) Au Portugal, le vieux Marquis de Costabella (Bernard Derigal) est ruiné. Mais miraculeusement, il met la main sur une fortune en lingots d'or. Sa petite fille Manoëla (S. Milowanoff) le soupçonne de vol et de meurtre. Désespérée, elle part prendre le voile des carmélites. Elle meurt au couvent. Quelques années plus tard à Paris, Parisette (S. Milowanoff) une jeune danseuse du corps de ballet de l'Opéra de Paris ressemble comme deux gouttes d'eau à la défunte Manoëla. Elle vit avec son oncle Cogolin (G. Biscot) en ignorant les manigances de leurs voisins de palier qui dérobent son uniforme de receveur pour s'attaquer à une rentière de Neuilly...

En 1922, Feuillade a perdu certains de ses acteurs favoris comme Marcel Levesque (inoubliale Cocantin et Mazamette) et Musidora. Il délaisse sa veine criminelle commencé avec Fantômas, Les Vampires et Judex pour le roman feuilleton dans le style des mélodrames populaires avec également des éléments criminels et comiques. On est proche de Roger La Honte ou de Sans Famille avec ses histoires de banquiers véreux, d'enfants illégitimes cachés et ses innocents accusés injustement. Feuillade a recruté en 1920 une jeune danseuse russe nommé Sandra Milowanoff. Elle est déjà apparu dans deux films de Feuillade et là elle joue un double rôle, la religieuse portugaise et la jeune danseuse parisienne. On peut admirer également son talent de danseuse quand elle interprète 'La Mort du Cygne' lors d'une soirée chez un banquier. Son visage triangulaire expressif en font la parfaite héroine de mélodrame, mais sans excès de sentimentalisme. Levesque est remplacé pour le rôle comique par Georges Biscot. Bien que n'étant pas aussi bon que son prédécesseur, il réussit néanmoins à égayer le film avec ses mimiques et ses faux-pas. Le début du film au Portugal offre une image avec des clairs obscurs qui renforce le mystère du Marquis de Costabella. Le film comporte quelques cascades dangereuses comme lorsqu'un malfrat escalade la façade d'un immeuble pour pénêtrer par la fenêtre. Le plan général ne laisse aucun doute sur le fait que la cascade a réellement été réalisée. Certes, le film a moins de mouvements et d'actions que les sérials précédents de Feuillade. Mais, les épisodes de 30-35 min sont bien remplis et tiennent en haleine. Il me reste encore 7 épisodes à voir.

Barrabas 1920


Un sérial de Louis Feuillade en 12 épisodes avec Gaston Michel, Fernand Hermann, Edouard Mathé, Georges Biscot et Blanche Montel

Jacques Rougier sort de prison. Il est immédiatement pris en charge par une organisation criminelle secrète 'Barrabas'. Alors qu'il tente de quitter cette vie de crime, il se retrouve inculpé de meurtre. Il est condamné à la guillotine bien qu'innocent. Il laisse un testament à son avocat Jacques Varèse (F. Hermann). Celui-ci va tenter de percer le secret de cette organisation dont le chef est le banquier Strélitz (G. Michel)...

Avec ce sérial en 12 épisodes, Feuillade poursuit sur la lancée de Fantômas. Nous sommes à nouveau face à un grand maître du crime. Gaston Michel prête sa barbe blanche et sa haute stature à Strélitz, un monstre froid qui peut éliminer femme ou enfant d'un trait de crayon. Comme le dit l'une de ses victimes, Noëlle Maupré: "On peut ne pas croire en Dieu, mais quand on connait Strélitz, on est bien obligé de croire en Satan." Chacun des membres de l'organisation porte un tatouage au bras qui fait de lui un membre à vie de Barrabas. Face à cette organisation riche (elle possède hôtel et clinique) et tentaculaire, l'avocat Varèse (F. Hermann) et son ami le journaliste Raoul de Nérac (E. Mathé) vont devoir se battre. Ils peuvent compter sur le renfort de Laugier (Laurent Morlas), un garagiste ami de Nérac et du crémier Biscotin (G. Biscot). Mais, la lutte sera difficile ponctuée d'enlèvement, de chantage et de meurtre. La film contient quelques cascades spectaculaires comme celle dépeinte sur l'affiche ci-dessus où Laurent Morlas saute sur le toit d'un train en marche depuis un pont. Et Blanche Montel s'échappe d'un vieux manoir par les toits avant de traverser les fossés en marchant sur une planche étroite. Le film commence à Paris avant de se déplacer à Marseille et à Nice (où Gaumont possède des studios). Le film contient quelques vues aériennes spectaculaires de Nice où on peut admirer la jetée promenade maintenant disparue. Les héros se déplacent en train, en voiture, en avion biplan ou en hydravion. Les personnages restent des esquisses ; mais la narration est menée de main de maître. Parisette, qui était un mélodrame, révélait les faiblesses des personnages. Feuillade est plus doué pour tisser une trame à suspense que pour la subtilité psychologique. Dans une histoire criminelle comme Barrabas, les personnages sont suffisamment typés pour nous faire oublier qu'ils sont des stéréotypes. Et l'intrigue se déroule suffisamment rapidement pour qu'on soit pris par le récit. Gaston Michel, un vétéran du théâtre français, est parfait en maître du crime. Son allure suggère un banquier prospère et inoffensif. Il arrive facilement à tromper son monde. La copie numérisée du Forum des Images est superbe: entièrement teintée et bien contrastée. (Seuls quelques épisodes sont un peu trop sombres.) Un très bon Feuillade.