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mercredi 5 février 2020

Quartier Latin 1929

Louise (Carmen Boni)
Un film d'Augusto Genina avec Carmen Boni, Ivan Petrovitch, Gina Manès, A. Bandini et Gaston Jacquet

Louise (C. Boni), jeune étudiante au Quartier Latin, rencontre au bal costumé des étudiants Ralph (I. Petrovitch) et en tombe amoureuse. Il lui fait croire qu'il est un peintre sans le sou alors qu'il est le fils d'un banquier richissime...

Ce film de 1929 représente bien les productions européennes de cette époque-là. Le réalisateur est italien, la production franco-allemande et les acteurs sont serbe, italien, français, etc. Cette adaptation d'un auteur à la mode, Maurice Dekobra, échappe heureusement aux poncifs du mélo mondain. Le début du film fait penser à une adaptation de La Vie de bohème, en fait ce sont des étudiants qui se préparent à un bal costumé. L'héroïne Louise/Mimi gagne sa vie en accompagnant des films muets au piano pour payer ses études. Le film nous entraîne dans les folles nuits du Quartier Latin où l'on s'étourdit jusqu'au matin au son des orchestres de jazz. Voilà un film qui réclame un pianiste de jazz! (Ce n'était malheureusement pas le cas à la Fondation Pathé.) Si le début du film est finalement plutôt traditionnel cinématographiquement parlant, la deuxième partie - en particulier à la Gare de Lyon - se révèle plus en phase avec les dernières nouveautés du cinéma de cette fin des années 20. Carmen Boni court sur le quai à la poursuite de son amant qu'elle croit à bord du Simplon Express pour Venise. Cette magnifique séquence rythmée par un montage rapide efficace a fait l'objet d'un "making of" dans le superbe documentaire Paris Cinéma (1929) de Pierre Chenal. On y voit une foule de techniciens et électriciens qui poussent un chariot sur lequel est perchée la caméra avec les opérateurs. Le résultat est magnifique, montrant la jeune fille qui court au milieu de la foule des voyageurs et des vendeurs de journaux. Tout cela est entrecoupé par des plans de l'horloge qui avance inexorablement vers l'heure de départ du train. Cette poursuite haletante donne soudain au film une tout autre dimension. Il faut aussi mentionner l'excellente direction d'acteurs de Genina qui obtient de sa femme Carmen Boni ainsi que d'Ivan Petrovitch (que l'on a vu chez Perret et Ingram) des expressions très naturelles. Au total, un très beau film qui aurait besoin d'une belle édition en DVD avec une partition de jazz.

lundi 12 mars 2018

Le cinéma muet de Maurice Tourneur à la Fondation Pathé du 4 avril au 1er mai 2018

La Fondation Jérôme Seydoux-Pathé au 73 avenue des Gobelins, Paris 13 ème (M° Place d'Italie) propose une programmation autour des films muets de Maurice Tourneur. Il y aura un certain nombre de raretés inédites. En outre, je présenterai une conférence sur le cinéma muet de Tourneur le mardi 10 avril à 19h. Venez nombreux découvrir Prunella (1918) et d'autres raretés délectables de 1916!

lundi 18 janvier 2016

Maurice Tourneur - Réalisateur sans frontières (VIII)


Vous pouvez maintenant lire mon interview à propos de Maurice Tourneur sur le site Yuzu Melodies. Bonne lecture!

samedi 13 juin 2015

Die Pest in Florenz 1919


La Peste à Florence
Un film d'Otto Rippert avec Marga Kierska, Anders Wikmann, Theodor Becker, Otto Manstaedt et Juliette Brandt

Au XVe siècle, la ville de Florence est dirigée d'une main de fer par le conseil des Anciens présidé par Cesare (O. Manstaedt). L'arrivée d'un courtisane vénitienne Julia (M. Kierska) provoque l'émoi parmi les Anciens. Cependant, Cesare s'éprend follement de la jeune femme de même que son fils Lorenzo (A. Wikmann)...

Otto Rippert est un cinéaste allemand oublié que l'on ne cite que pour un titre de sa filmographie le sérial Homunculus (1916). Die Pest in Florenz montre pourtant l'immense talent de ce réalisateur par ses qualités esthétiques, de direction d'acteur et de narration. Certains auraient tendance à ne parler que du scénariste du film, Fritz Lang, pourtant ce film est bien supérieur à certains Lang de la même période comme Harakiri (1919). Bien qu'il s'agisse d'une production aux moyens importants - avec d'immenses décors reconstituant le centre de Florence et des centaines de figurants - le metteur en scène ne perd pas de vue l'intime dans sa direction d'acteurs. Evitant, les effets exagérés de l'expressionnisme, Marga Kierska réussit à donner à son personnage de courtisane un mélange de sensualité et d'humanité bienvenues. Dans une Florence puritaine et pieuse, elle va enflammer les sens de tous en particulier du vieux Cesare, qui se révèle un bel hypocrite, de son fils Lorenzo qui va tuer son père pour la belle, et finalement, dans une transgression ultime, l'hermite Medardus jette sa robe de bure aux orties pour une vie de débauche avec Julia. Si le scénario s'inspire d'Edgar Allan Poe (Le Masque de la mort rouge), il semble aussi que Lang ait puisé dans Thaïs pour la relation Medardus-Julia et dans Le Festin de Balthazar avec l'inscription sur le mur. Malgré ces éléments épars, le film conserve une vraie cohésion dramatique grâce à la mise en scène de Rippert qui réussit à préserver le fil conducteur dramatique. Mêlant avec bonheur extérieurs dans le sud de l'Allemagne et reconstitution de Florence, l'oeuvre nous propulse dans l'univers de la Renaissance italienne sans faillir. Le final tragique avec l'arrivée de la peste sous les traits d'une femme est également une grande réussite. Un superbe film qui mérite d'être redécouvert.

mercredi 27 mai 2015

Zur Chronik von Grieshuus 1925

Le vieux seigneur de Grieshuss (A. Kraußneck) se meurt près de
ses fils Hinrich (P. Hartmann) et Detlev (R. Forster)
La Chronique de Grieshuus 
Un film d'Arthur von Gerlach avec Lil Dagover, Paul Hartmann, Rudolf Forster, Arthur Kraußneck et Gertrud Arnold

Au XVIIe siècle, le seigneur de Grieshuus (A. Kraußneck) souhaite faire de son fils Hinrich (P. Hartmann) son unique héritier. Mais, ce dernier tombe amoureux de Bärbe (L. Dagover) la fille d'un serf. Son père décide de le déshériter...

Bärbe (Lil Dagover)
Cette magnifique production de la UFA est une oeuvre d'atmosphère pratiquement tournée entièrement en studios. Le producteur Carl Laemmle n'a pas lésiné sur les moyens avec la construction d'un village et d'un château avec étang et landes désolées. Evoquant les gravures de Dürer, la composition des plans est de toute beauté avec des effets de clair-obscur ou des brumes évocatrices. Le scénario de Thea von Harbou est une adaptation d'un nouvelle de Theodor Storm qui nous plonge dans l'univers poétique d'un XVIIe siècle de conte de fées. Les situations ne sont pas nécessairement originales, mais c'est leur mise en image qui fait le pris de ce magnifique film. On retrouve l'opposition entre un père noble et son fils qui à ses yeux le déshonore en épousant une serve. Puis, le conflit se déplace après la mort du père entre les deux fils qui tous deux convoitent la Seigneurie. Au milieu de ce conflit, il y a la belle Bärbe que joue Lil Dagover avec son talent habituel. Elle sera une des victimes expiatoires de la violence entre les frères. Pour un tel film, la musique est essentielle pour porter l'atmosphère lyrique et poétique du propos. J'avais eu la chance de voir ce film en 2012 à la Cinémathèque française avec l'accompagnement génial du pianiste Stephen Horne. Arte nous l'a présenté avec une reconstruction de la partition originale du compositeur Gottfried Huppertz qui a également composé des partitions pour plusieurs grands films de Fritz Lang. Le résultat est un véritable plaisir pour l'oreille après plusieurs partitions modernes affligeantes présentées récemment. Huppertz donne au film exactement le lyrisme et les couleurs chromatiques post-romantiques qui lui conviennent. C'est l'une des plus belles partitions reconstituées que j'ai entendue avec celle d'Eduard Künneke pour Das Weib des Pharao (1922, E. Lubitsch) et celle d'Henri Rabaud pour Le Joueur d'échecs (1927, R. Bernard). Une superbe restauration à tous les points de vue.

lundi 25 mai 2015

Am Rande der Welt 1927

Le Lieutenant (Jean Bradin) et Magda (Brigitte Helm)
Au bout du monde
Un film de Karl Grune avec Albert Steinrück, Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck

Dans un moulin proche d'une frontière, un meunier (A. Steinrück) engage un étranger (Erwin Faber). Il s'installe avec la famille du meunier et tombe amoureux de sa fille Magda (B. Helm). C'est en fait un espion. La guerre éclate peu après...

Le fils du meunier face aux soldats ennemis
Ce passionnant film pacifiste de Karl Grune est fort peu connu, mais heureusement, une récente restauration est maintenant disponible sur  le site European Film Gateway. La distribution est impressionnante avec plusieurs grands noms du cinéma allemand: Brigitte Helm, Wilhelm Dieterle et Max Schreck. Grune nous raconte une histoire se déroulant dans un pays imaginaire où un meunier et sa famille se retrouve au centre d'un violent conflit à cause de leur position géographique proche d'une frontière. Un espion s'est infiltré à leur insu et leur moulin va devenir un point stratégique dans les plans de bataille des deux côtés. D'ailleurs, il ne semble pas qu'il existe réellement une armée "amie" pour les malheureux civils. Le moulin est investi par une colonne armée et le fils du meunier est emmené manu militari. Son sort repose entre les mains d'un capitaine brutal et cruel qui s'intéresse de près à sa soeur, la jolie Magda (Brigitte Helm en délicieuse ingénue). Il la met face à un dilemme épouvantable: accepeter de se donner à lui ou son frère mourra. Pourtant, parmi cette armée d'occupation, il y a un jeune lieutenant (Jean Bradin) qui va faire tout pour sauver le frère de Magda, par amour pour elle. Le film se termine par un sommet de violence avec l'incendie du moulin et l'exécution sommaire de l'espion. Bien que le film se déroule dans une contrée imaginaire, on ne peut s'empêcher de penser à la Grande Guerre en voyant les soldats dans des tranchées inondées avec un masque à gaz. D'ailleurs, la UFA voulut couper et remonter le film ce qui provoqua l'ire du réalisateur Karl Grune. C'est Brigitte Helm qui retient particulièrement notre attention en jeune ingénue, très éloignée de son rôle habituel de vamp. Wilhelm Dieterle joue le fils aîné du meunier avec talent; quant à Max Schreck, le terrifiant Nosferatu de Murnau, il est ici un colporteur inquiétant  à la tête d'un réseau d'espions. Une très jolie surprise qu'on aimerait bien voir sur Arte avec une belle partition.

vendredi 7 novembre 2014

Unter der Laterne 1928

Max (Paul Heidemann), Else (Lissy Arna) et Hans (Mathias Wieman)
Sous le lampadaire
Un film de Gerhard Lamprecht avec Lissy Arna, Paul Heidemann, Mathias Wieman et Gerhard Dammann

Else (L. Arna) ne supporte plus d'être cloîtrée à la maison par son père (G. Dammann). Un soir où elle était sortie avec son petit ami Hans (M. Wieman), son père refuse de lui ouvrir la porte. Elle part rejoindre Hans et son ami Max (P. Heidemann) et ils décident de monter un numéro de music-hall. Pendant ce temps, son père la fait rechercher par la police car elle est mineure...

Gerhard Lamprecht se rattachait à un courant social du cinéma allemand des années 1920 qui est moins exploré que celui de l'expresionnisme. Le metteur en scène s'intéressait à la vie de tous les jours des petites gens comme dans Menschen untereinander (117 bis Grande Rue, 1926) où il faisait revivre en studio les locataires d'un petit immeuble berlinois qui se rebellaient contre leur propriétaire. Unter der Laterne offre un univers plus noir en suivant la destinée tragique d'Else, une jeune fille de la petite bourgeoisie qui est entraînée bien malgré elle dans les bas-fonds berlinois. L'avertissement au début du film ne laisse aucun doute sur l'intention de Lamprecht. Il veut prévenir les parents contre les excès autoritaires qui peuvent mener leurs enfants à la fugue. Il veut aussi montrer le sort des femmes dans une société dominée par les hommes où elles n'ont pas voix au chapitre. Comme la Loulou de Pabst, Else devient une fille perdue qui ne peut plus remonter à la surface. A cause de son père, elle perd son travail au music-hall et se voit acculée à accepter d'être entretenue par un impressario sans scrupules. Lorsqu'il se suicide ayant tout perdu, elle tombe encore plus bas et un souteneur la met sur le trottoir, sous le lampadaire du titre. L'atmosphère n'est cependant pas aussi sombre que chez Pabst. Lamprecht garde espoir en l'âme humaine. Hans et Max veulent sauver Else, sans y parvenir à cause de son ignoble souteneur. Comme dans Mutter Krausens Fahrt ins Glück (L'Enfer des pauvres, 1929) de Phil Jutzi, le bonheur ne peut être atteint que dans la mort. Pourtant, Lamprecht apporte une lueur d'espoir dans la scène finale alors qu'Hans regarde sa petite fille. Lui ne fera les erreurs du père d'Else. Un film bien interprété et qui offre une vision passionnante de l'Allemagne des années 1920.

mercredi 29 octobre 2014

Der Turm des Schweigens 1925

La Tour du silence
Un film de Johannes Guter avec Xenia Desni, Nigel Barrie, Fritz Delius et Hanna Ralph

Eva (X. Desni) vit dans une vieille tour avec son père, un savant fou, et son grand-père. Un jour, elle sauve Arved Holl (N. Barrie) qui a été victime d'un accident de voiture. Ce dernier revenu d'une expédition dans le désert australien, apprend que son meilleur ami Wilfred Durian (F. Delius) l'a trahi. Il s'est non seulement approprié ses découvertes, mais il a aussi épousé sa petite amie, l'actrice Liane (H. Ralph)...

Arved Holl (N. Barrie) et Eva (X. Desni)
Ce film de Johannes Guter combine des éléments à priori disparates: d'un côté, un savant fou qui vit cloîtré dans une tour avec sa fille et de l'autre, un explorateur que l'on croyait mort qui revient et découvre la trahison de son meilleur ami. Ce n'est qu'à la fin que nous découvrirons le lien qui lie la destinée de ces personnages. Tout d'abord, il faut saluer la qualité de cette restauration de la Fondation F.W. Murnau; la qualité de la copie est absolument superbe. La photo du grand Günther Rittau, l'opérateur de Fritz Lang, est parfaitement mise en valeur dans cette restauration. 
Le film navigue constamment entre deux univers: le drame mondain et le film expressionniste. L'intrigue a le mérite de réserver quelques surprises par sa contruction plus que par son contenu. Pris séparemment les éléments ne sont guère nouveaux. Mais, on est tenu en haleine jusqu'à la fin par l'ingéniosité de la narration. La distribution réserve aussi des surprises avec le britannique Nigel Barrie et la russe Xenia Desni dans les rôles principaux; c'est l'époque où le cinéma allemand importe de nombreux talents à l'étranger. Johannes Guter utilise au mieux les magnifiques décors qui vont des salons Art Déco très chic de l'actrice Liane à la tour lugubre et mystérieuse où vit Eva. Les personnages ne sont guère fouillés psychologiquement, mais l'atmosphère des lieux pallie en quelques sortes ce manque. Sans être un chef d'oeuvre, Der Turm des Schweigens offre un divertissement de qualité. La partition musicale oscillait entre le tonal et l'atonal sans vraiment convaincre.
Le savant fou et sa machine volante (A. Morewski)

dimanche 27 juillet 2014

Madame Dubarry 1919

Un film d'Ernst Lubitsch avec Pola Negri, Emil Jannings, Harry Liedtke et Reinhold Schünzel

Jeanne Vaubernier (P. Negri) est une simple couturière lorsqu'elle croise le chemin du Comte du Barry (Eduard von Winterstein). Il décide d'en faire sa maîtresse et de l'utiliser pour obtenir le paiment d'une dette royale. C'est alors qu'elle rencontre le roi Louis XV (E. Jannings) qui est conquis par son charme...

Cette superproduction historique est la première dans la carrière d'Ernst Lubitsch qui s'était jusqu'alors spécialisé dans la comédie. Le cinéma allemand a clairement l'intention d'exporter ses productions, notamment vers les Etats-Unis, et les moyens mis en oeuvre sont extrêmement importants: énorme figuration et vastes décors. Par contre, la vérité historique en prend un bon coup avec un scénario assez rocambolesque qui est surtout là pour amuser. Lubitsch continue sa collaboration avec Pola Negri et Emil Jannings dans les rôle principaux. Cependant, c'est bien Pola qui est la pièce maîtresse de cette oeuvre. le grand Emil est finalement peu présent en roi libidineux, mais il se rattrape avec une scène de mort haute en couleurs. Alors que Louis XV est sur le point d'expirer couvert de pustules de vérole, il arrache une bible des mains du prêtre venu lui donner l'extrême onction et réclame sa maîtresse! Pola Negri tient la vedette en fille du peuple devenue courtisane, puis favorite royale. C'est finalement le début du film qui est le plus réjouissant avec son rythme comique qui montre comment la Dubarry savait enjôler les hommes. Malheureusement, le ton tourne rapidement au tragique et l'on découvre avec stupéfaction que Jeanne Dubarry aurait été responsable - à elle seule - de la Révolution française par son comportement! D'ailleurs le scénario fait d'elle une victime du monde corrompu de la cour, en particulier du ministre Choiseul. Si l'on passe sur ces approximations historiques, cette grande machine lubitschiennne est néanmoins nettement plus comestible que les pensums tels que Anna Boleyn (1920) ou Sumurun (1920). Le rythme est soutenu et on ne s'ennuie pas une minute. C'est ce film qui a fait de Pola Negri une star internationale. Madame Dubarry est en effet sorti aux USA sous le titre passe-partout de Passion en octobre 1920. Ce fût un véritable événement outre-atlantique car c'était le premier film allemand qui y était exploité depuis la fin de la guerre. Pola Negri reçut des éloges dithyrambiques pour son incarnation de la Dubarry. Et on parla même du réalisateur comme étant de la trempe d'un DeMille ou d'un Griffith. Ce n'est guerre étonnant que quelques années plus tard Pola, Ernst et Emil traversèrent l'Atlantique pour venir renforcer les troupes hollywoodiennes...

dimanche 26 mai 2013

Richard Wagner - Eine Film-Biographie 1913

Un film de Carl Froelich avec Giuseppe Becce, Olga Engl, Manny Ziener et Ernst Reicher

La vie et l'oeuvre du compositeur Richard Wagner.

Ce film biographique du compositeur allemand a été produit en 1913 pour célébrer le centième anniversaire de sa naissance. En 2013, il reparaît dans une nouvelle restauration pour la célébration de ses 200 ans. La vision de ce film permet de mesurer combien la vision de ce compositeur s'est modifiée en un siècle. En 1913, sa veuve Cosima Wagner était toujours vivante et en impitoyable gardienne du temple qu'elle était, on peut imaginer qu'elle surveillait toute oeuvre ayant trait à son époux. Le film de Carl Froelich est donc une hagiographie sur Richard Wagner où tous les aspects les plus antipathiques du personnage sont (sciemment) ignorés. En effet, il n'est fait nulle mention de son antisémitisme, de ses aventures extra-conjugales ou du ménage à trois avec les von Bülow. Wagner n'apparaît ici que comme un artiste incompris en proie aux cabales et aux complots des Jésuites (habillés bizarrement comme le Don Basilio du Barbier de Séville) et des ministres de Louis II de Bavière. Ceci posé, le film en lui-même est intéressant si on le replace dans le contexte de l'époque. C'est sans aucun doute une oeuvre ambitieuse visuellement qui tente de rendre palpable les visions de ce compositeur de génie ainsi que sa vie mouvementées de jeune révolutionnaire, ami de Bakounine. C'est le compositeur d'origine italienne Giuseppe Becce qui interprète Wagner tout en étant responsable de la composition de la partition orchestrale du film. Evitant un tournage entièrement en studio, le film nous montre de nombreux lieux importants dans sa vie, tel le Festspielhaus de Bayreuth. Quant à la partition de Becce, elle étonne en ce qu'elle ne veut pas un simple pot-pourri des oeuvres de Wagner. Au contraire, il cite Mozart, Beethoven et Rossini. La restauration et la réorchestration de celle-ci sont un travail d'orfèvre avec en plus au pupitre l'excellent Frank Strobel. Le film gagne immensément en ampleur grâce à ce travail. Becce est un Wagner crédible qui évite tout excès interprétatif. Certes, les libertés prises avec la vérité font sourire le spectateur averti comme lorsqu'on nous assure que Minna Wagner n'avait aucun raison de suspecter une quelconque relation entre son époux et Mathilde Wesendonck. Pire encore, il y a la soudaine apparition de Hans et Cosima von Bülow sans qu'on les mentionnent. Il faut dire que Richard a fait porter de belles cornes au malheureux Hans. Ses rapports complexes avec Meyerbeer sont éludés. On n'aperçoit que lors d'une courte scène son aîné (narquois) qui lui remet une lettre d'introduction qui va se révéler inefficace. Malgré ses défauts, le film est une oeuvre intéressante des années 10.

mercredi 15 mai 2013

Prapancha Pash 1929

A Throw of Dice (La Partie de dés)
Un film de Franz Osten avec Seeta Devi, Himansu Rai et Charu Roy

Le roi Sohat (H. Rai) a décidé d'éliminer par tous les moyens son cousin le roi Ranjit (C. Roy). Mais, la tentative d'empoisenement échoue ; il est soigné par un vieil hermite. Ranjit tombe amoureux de Sunita (S. Devi), la fille de ce dernier...

Cette co-production anglo-germano-indienne est une adaptation d'un épisode de la saga du Mahabarata tournée en Inde avec des acteurs indiens. Le réalisateur allemand Franz Osten réussit à capturer brillamment les beautés de l'Inde tout en évitant de sombrer dans la couleur locale. L'histoire est un conte universel : la rivalité entre deux rois pour la possession d'un royaume et celle d'une femme. Ils sont tous deux des joueurs passionnés et une partie de dés va décider de la destinée de Ranjit car le malheureux ignore que ceux-ci sont truqués. Le film m'a fait pensé pour sa splendeur visuelle au Thief of Bagdad (Le Voleur de Bagdad, 1924) ; mais, ce film-là offre une réalité et une véracité que n'a pas la production américaine. Ne reculant devant rien, A Throw of Dice a été réalisé avec plus de 10 000 figurants, 1 000 chevaux et 50 éléphants. Et le résultat à la hauteur, une mise en images de toute beauté d'un conte indien avec trois acteurs principaux excellents dans leurs rôles respectifs. La restauration effectuée par le BFI en 2006 est magnifique et le film est accompagné par une partition symphonique moderne de qualité. Un film à découvrir.

dimanche 5 mai 2013

Der Rosenkavalier 1926

Le Chevalier à la rose
Un film de Robert Wiene avec Huguette Duflos, Jaque Catelain et Michael Bohnen

Octavian (J. Catelain), l'amant de la Maréchale (H. Duflos), est sélectionné pour apporter une rose d'argent à la jeune Sophie (E.F. Berger) qui est promise au baron Ochs (M. Bohnen)...

Le chef d'oeuvre de Richard Strauss semblait un sujet parfait pour le cinéma muet. D'autant plus que pour la création de ce film, on avait commandé au compositeur une partition inspirée de son opéra dont il reprenait les principaux leitmotives. Malheureusement, l'intrigue originale qui est l'oeuvre du génial Hugo von Hofmannstahl a été réécrite en voulant certainement ajouter des épisodes pour la rendre moins théâtrale. Hélas, bien loin d'améliorer l'original, cette modification rend les personnages falots et l'intrigue devient celle d'une médiocre pièce de boulevard. Ce qui faisait la valeur de l'oeuvre commune de Strauss et d'Hofmannstahl, c'était la subtilité psychologique des personnages, le rythme et l'humour des situations. Avec Wiene, nous avons droit à une illustration plate au rythme fort relaché, à des personnages dépourvus de profondeur et à une direction d'acteur sans saveur. Il faut dire que la distribution est dominée - s'il on peut dire ! - par le couple Huguette Duflos-Jaque Catelain. Ces deux acteurs français étaient déjà apparus ensemble dans le Koenigsmark (1923) de Léonce Perret et ils sont tout aussi inintéressants dans ce film. Duflos ne fait presque rien à part prendre l'air ennuyée et Jaque Catelain est un Octavian catastrophique. Si on le compare à une myriade de grandes mezzo-sopranos qui ont interprété le rôle, elles apportent à Octavian plus de virilité et d'entrain que ce malheureux acteur qui papillonne des yeux. D'ailleurs, ce rôle travesti est certainement bien plus intéressant lorsqu'il est interprété par une femme. Lors du dernier acte, Octavian doit se traverstir en soubrette pour confondre ce vieux libidineux d'Ochs. Pour cette scène, l'interprète d'Octavian doit suggérer qu'elle est un jeune homme travesti en fille (et non pas l'inverse). Le résultat est souvent renversant d'intelligence scénique. Alors que reste-t-il de l'opéra de Strauss dans ce film platement mis en scène ? Eh bien, à part la partition géniale du compositeur qui suggère des couleurs, des raffinements et un rythme absent du film, pas grand chose. Si vous voulez découvrir Le Chevalier à la rose, achetez plutôt un DVD de l'opéra, de préférence dirigé par Carlos Kleiber.

vendredi 19 avril 2013

Der Student von Prag 1913

L'Etudiant de Prague
Un film de Hanns Heinz Ewers et Stellan Rye avec Paul Wegener, John Gottowt, Grete Berger et Lyda Salmonova

Prague, 1820. L'étudiant pauvre Balduin (P. Wegener) signe un pacte avec l'étrange et diabolique Scapinelli (J. Gottowt) qui lui donne la richesse. Il peut ainsi poursuivre la comtesse Margit (G. Berger) dont il est amoureux. Mais, il a perdu son ombre et celle-ci le poursuit...

Cette production Deutsche Bioscop de 1913 suscite toujours des controverses pour savoir qui de Stellan Rye, H.H. Ewers et/ou Paul Wegener a réalisé le film. Cela n'a rien d'étonnant pour une époque où le réalisateur n'avait pas encore atteint le statut de créateur que nous connaissons de nos jours. Mais, en fait, qu'importe ! Ce film est un pur produit de la littérature allemande et le scénariste Ewers a puisé dans les contes d'E.T.A. Hoffmann autant que chez Adalbert von Chamisso (La merveilleuse histoire de Peter Schlemihl) des idées pour la construction de son intrigue (bien qu'il cite Alfred de Musset et Edgard Allan Poe). Le cinéma allemand veut refaire son retard par rapport au film d'art français qui avait commencé dès l'année 1908. Et pour ce faire, Ewers produit cette histoire de pacte avec le diable suivie d'un dédoublement de personnalité qui fleure bon la littérature romantique allemande. Le cinéma de 1913 n'a jamais été meilleur que lorsqu'il regarde la littérature ou la civilisation dont il est issu. Cette année-là voit l'éclosion de films remarquables comme Sumerki zhenskoi dushi du russe Evgeny Bauer, Ingeborg Holm du suédois Victor Sjöström et le superbe Germinal d'Albert Capellani. Le cinéma allemand a toujours très bien su se vendre à l'étranger en mettant l'accent sur ses points forts: l'introspection, le fantastique et plus tard l'expressionnisme. De nos jours, on considère toujours le cinéma muet allemand plus digne d'intérêt que le cinéma muet français. Il faut dire que les restaurateurs allemands ont toujours un temps d'avance sur les français. Ils diffusent leur travail régulièrement sur Arte et sur DVD avec le German Filmmuseum de Munich. Et en plus, ils réalisent un travail méticuleux et scientifique sur chaque film grâce à des archives bien plus fournies que les nôtres (comme par exemple les fiches de la censure). En outre, ils restaurent aussi les partitions musicales originales de leurs films grâce à de nombreux musiciens spécialistes en la matière - comme c'est le cas ici pour la partition (excellente) de Josef Weiss. Si on ajoute que leurs films ont fait l'objet de multiples publications universitaires et de commentaires, leur statut gagne immensément par rapport à tout autre film de la même époque qui n'a pas droit à un pareil traitement. Tout ce préliminaire n'est ici que pour remettre à sa juste place Der Student von Prag. Il a une place importante, certes. Mais, peut-être pas aussi importante qu'on voudrait bien nous le faire croire. Le Doppelgänger, ce double si cher aux romantiques allemands est ici amené par des double expositions certainement très bien réalisées, mais qui ne sont en aucun cas nouvelles en 1913. Jean Durand ou Albert Capellani les avaient utilisées bien avant ce film, et avec tout autant de virtuosité. L'utilisation des décors naturels, en particulier de la vieille ville de Prague, est une très belle réussite. Paul Wegener, encore jeune et mince, est un Balduin halluciné qui tente d'échapper à son double à travers la ville ou les forêts. Le rôle de l'étudiant a ensuite été tenu par des acteurs de la stature de Conrad Veidt en 1926 et d'Adolf Wohlbrück (c-a-d Anton Walbrook) en 1935, ce qui montre l'intérêt qu'il a suscité. Si les éclairages naturels sont superbes, ceux des intérieurs sont souvent uniformes et plats. Dans l'ensemble, ce film est un bel exemple du cinéma allemand des années 10 en termes de qualité d'interprétation et de cadrage. 

mercredi 4 juillet 2012

Cagliostro - Liebe und Leben eines großen Abenteurers 1929

Cagliostro
Un film de Richard Oswald avec Hans Stüwe, Renée Héribel, Alfred Abel, Illa Meery et Charles Dullin

Joseph Balsamo alias Cagliostro (H. Stüwe) fait le tour des cours d'Europe où ils charment les têtes couronnées avec ses tours de magie. Il rencontre un jour Jeanne de Valois (Illa Meery) qui vit dans le dénuement. Il va se servir d'elle pour organiser une escroquerie qui deviendra l'affaire du collier de la Reine...

Cette production franco-allemande est l'une des dernières productions muettes de la prestigieuse société Albatros. En cette année 1929, Albatros n'est pas au mieux de sa forme. Les grands acteurs et metteurs en scène qui ont fait sa renommée l'ont quittée: Alexandre Volkoff, Viatcheslav Tourjansky, Ivan Mosjoukine et Nicolas Koline sont partis à l'étranger. Quant aux metteurs en scènes français qui ont brillé dans la société, ils sont également absents: René Clair, Jacques Feyder ou Marcel L'Herbier ne travaillent plus en son sein. Le cinéma français en cette fin des années 20 se tourne de plus en plus vers des coproductions franco-allemande avec des distributions polyglottes. Le cinéma allemand représentait une véritable industrie bien financée face à un cinéma français fragmenté et qui a dû mal à intéresser les bailleurs de fond. Il n'est donc pas étonnant qu'Albatros se mette à travailler en collaboration avec Wladimir Wengeroff, qui a participé au financement du Napoléon (1927) d'Abel Gance. Cette super-production durait à l'origine plus de deux heures. Malheureusement, le film ne nous ait parvenu que sous la forme d'une version réduite Pathé-Baby (au format 9,5mm) qui offre une copie de moins de 60 min. Ces versions abrégées pour le cinéma chez soi tronçonnent l'intrigue d'un film jusqu'à en faire une série de saynètes raccordées par de longs intertitres pour boucher les trous. C'est très exactement ce qui se passe pour ce Cagliostro. Aucun des personnages n'a vraiment le temps d'être développé et l'intrigue galope à grande vitesse. Néanmoins, certains grands chefs d'oeuvre du muet ont parfois survécu à ce traitement comme le Napoléon de Gance. Mais, ce qui reste de ce film de Richard Oswald n'offre aux yeux rien de bien révolutionnaire. Nous sommes en présence d'un film en costumes avec de riches décors (signés Meerson) qui reste bien en deçà de ce que le cinéma français de l'époque pouvait offrir comme avec L'Argent (1929) de Marcel L'Herbier. Comparé aux titres les plus prestigieux de la compagnie Albatros, ce Cagliostro n'est qu'une petite curiosité de cinémathèque. Est-ce la vision de la poitrine nue de Jeanne de la Motte (Illa Meery) qui a titillé l'éditeur de DVD ? Si la vision de cette nudité est un facteur d'édition alors il serait temps de se pencher sur L'Enfant du carnaval (1921, I. Mosjoukine) ou sur Casanova (1926, A. Volkoff) qui sont des films autrement plus passionnants et qui contiennent eux aussi leur lot de nudité. Cagliostro est un film bien mineur et sans grand intérêt.

dimanche 6 mai 2012

Die Frau, nach der man sich sehnt 1929

La femme que l'on désire
Un film de Kurt Bernhardt avec Marlene Dietrich, Uno Henning et Fritz Kortner

Henry Leblanc (U. Henning) part en voyage de noces avec sa jeune épouse. Dans le train qui les emmène vers Lausanne, il rencontre la troublante Sacha (M. Dietrich). Oubliant tout, il quitte le train pour la suivre...

Ce mélodrame muet de Kurt Bernhardt met superbement en valeur la Marlene Dietrich pré-Sternbergienne. Si elle est vraiment mal employée dans Das Schiff der verlorenen Menschen (1929, M. Tourneur), elle est ici resplendissante sous la caméra de Kurt Courant. Elle évoque sa contemporaine Greta Garbo qui tourne à la même époque The Kiss (1929, J. Feyder). On se demande d'ailleurs si le film et la star allemande ne sont pas modelés plus ou moins sur la star suédoise du cinéma américain. Le scénario contient des recettes éprouvées avec une troublante femme fatale qui voyage en compagnie d'un nommé Karoff (F. Kortner) qui la rudoie. Elle apparaît soudain derrière une vitre couverte de givre sous les yeux éblouis d'un jeune marié (le suédois Uno Henning qui faisait une carrière internationale) qui est hypnotisé par cette sirène. On repense à nouveau à un film de la Divine Garbo où elle apparaît dans un nuage de vapeur face à un John Gilbert éperdu dans Flesh and The Devil (1927, C. Brown). Dans ce film, on sent réellement le potentiel de cette actrice grâce à sa photogénie et à l'excellente direction d'acteurs de Kurt Bernhardt (qui deviendra à Hollywood Curtis Bernhardt). La caméra est en mouvement et effleure le visage superbe de Dietrich avant qu'elle ne devienne cette icône inaccessible. Un très joli film superbement restauré avec une belle partition orchestrale. 

samedi 7 janvier 2012

Liebe 1927

L'Histoire des treize - La Duchesse de Langeais
Un film de Paul Czinner avec Elisabeth Bergner, Hans Rehmann et Paul Otto

Sous la Restauration, la Duchesse de Langeais (E. Bergner) est l'une des femmes les plus en vue des salons du Faubourg Saint-Germain. Elle est renommée pour sa coquetterie. Elle rencontre durant un bal le Marquis de Montriveau (H. Rehmann) qu'elle entreprend de séduire...

E. Bergner & H. Rehmann
Le Hongrois Paul Czinner a réalisé de nombreux films avec son épouse Elisabeth Bergner dans le rôle principal. Tous les films muets montrent une actrice passionnante au physique androgyne et à la sensibilité à fleur de peau.  Son physique mince faisait d'elle l'interprète rêvée pour les adolescentes. Mais ici, dans une adaptation d'Honoré de Balzac, elle joue une héroïne plus mûre et plus sure d'elle. La Duchesse de Langeais est un rôle de grande amoureuse qui a certainement beaucoup plu aux actrices. Dès les années 10, on trouve un court-métrage chez Pathé et Norma Talmadge aux Etats-Unis joue également le rôle dans The Eternal Flame (1922, F. Lloyd). Le film de Czinner est centré entièrement sur le personnage d'Antoinette de Langeais. Cette coquette devenue une femme déchirée par l'amour fait penser à Marguerite Gautier ou à la Madame De... d'Ophüls. Elle se croit totalement imperméable à l'amour et va de bal en bal où elle flirte deci-delà sans jamais développer de vrais sentiments. Mais, sa rencontre avec Montriveau va modifier tout cela. Elle va séduire cet homme guère porté vers les femmes. Mais, elle est en même temps prisonnière de son époque et de son monde. Elle peut flirter, mais elle ne peut avoir ouvertement un amant, étant une femme mariée. Elle pique au vif Montriveau en lui promettant beaucoup, mais en ne lui offrant rien. Celui-ci, ne supportant plus ce supplice, va la quitter. Et c'est aors qu'elle va réaliser la passion qui l'habite. Hélas, il est déjà trop tard. J'ai été vraiment touchée par la caractérisation de Bergner dans le rôle principal. Elle est juste et vraie, utilisant un langage corporel dépouillé, elle nous fait ressentir son désarroi et la passion qui la bouleverse. De petite taille, très mince, elle réussit néanmoins à habiter l'écran bien mieux que le large Hans Rehmann qui est un Montriveau bien pataud. Le film se clôt sèchement par une scène où Montriveau découvre Antoinette morte et évite un dénouement plus banal. Paul Czinner était décidément un réalisateur et un directeur d'acteurs de talent. La copie de la Cinémathèque était un contretype de qualité convenable avec des intertitres en français.

vendredi 30 décembre 2011

Angst 1928

Un film d'Hans Steinhoff avec Elga Brink, Henry Edwards, Gustav Fröhlich et Valerie Boothby

Inge (E. Brink) est la femme délaissée de l'avocat Henry Duhan (H. Edwards). Il est toujours absent, absorbé par son travail. Son épouse part seule en vacances à Cannes où elle fait la connaissance d'un jeune peintre (G. Fröhlich)...

Ce film de Hans Steinhoff est adapté d'une nouvelle de Stefan Zweig. Nous suivons la trajectoire de deux couples fort différents. D'un côté les Duhan, un couple fidèle où l'épouse se dévoue totalement pour un mari toujours absent, même lorsqu'il est chez lui. De l'autre, les Born qui pratique un mariage très libre, autorisant à chacun toutes les aventures qu'il désire. Mais, Inge Duhan est fatiguée par les absences perpétuelles de son mari qui met toujours sa carrière avant sa famille. Le voyage à Cannes va être un révélateur. Confronté au jeune Francard (G. Fröhlich), Inge réalise l'attention qu'elle peut susciter chez un homme autre que son mari. Elle repousse néanmoins ses avances plus qu'empressées. Elle lui dit être toujours éprise de son mari. Le retour au foyer se révèle extrêmement difficile avec l'arrivée d'une femme qui la fait chanter. Elle lui réclame toujours plus d'argent pour ne pas révéler son infidélité supposée à son mari. Inge vit dans la terreur sans savoir que cette machination est l'oeuvre de son époux. Quant aux Born, leur mariage se délite avec les infidélités répétées du mari. Ils songent à se séparer avant de se réconcilier lors d'une soirée très arrosée. Au total, Steinhoff réalise un film très soigné, bien réalisé avec même quelques extérieurs à Cannes. Cette observation presque entomologique des couples est finalement assez avant-gardiste pour l'époque. On imagine mal le cinéma américain, par exemple, faire un film aussi 'libéré'. Mais, le propos reste particulièrement machiste puisque l'épouse retournera dans les bras de son époux sans que celui-ci ne montre guère de tendance à changer son attitude carriériste, alors qu'elle doit 'expier' cette faute qu'elle n'a pas commise. Un joli film de la grande époque du cinéma de Weimar.

dimanche 25 décembre 2011

Der geheime Kurier 1928

Le Rouge et le noir
Un film de Gennaro Righelli avec Ivan Mosjoukine, Lil Dagover, Jean Dax, José Davert et Agnes Petersen

Julien Sorel (I. Mosjoukine) est employé comme secrétaire du bourgmestre M. Rénal (José Davert). Il est l'amant de la femme (L. Dagover) de celui-ci. Mais, lorsqu'on lui offre un poste de secrétaire à Paris chez le Marquis de la Môle (J. Dax), il part immédiatement...

Lil Dagover et José Davert
Les spécialistes de Stendhal furent profondément offusqués par l'adaptation du Rouge et le Noir réalisée par Claude Autant-Lara en 1954. Je me demande quelle aurait été leur réaction face à cette production allemande de 1928 réalisée par un italien et jouée par un russe. En effet, le scénario est une telle trahison du roman de Stendhal qu'on peut imaginer que l'auteur a dû se retourner dans sa tombe. Les éléments sociaux qui marquaient les différences de classe qui obsèdaient Julien Sorel ont été pratiquement tous éliminés. Monsieur Rénal n'est plus un aristocrate, mais un simple bourgeois mal dégrossi qui boit. Son épouse insatisfaite se réfugie dans la chambre de son amant et lui demande même de supprimer son mari pour retrouver sa liberté. Un fois à Paris, Julien est envoyé à Strasbourg par le Marquis de la Môle pour transporter une missive secrète, fruit d'un complot pour faire tomber Charles X. Et à la fin, Julien au lieu de mourir sur l'échafaud, meurt en héros sur une barricade lors de la révolution de 1830. Une fois ces éléments établis, si on fait abstraction de cette trahison, on peut examiner le film en tant qu'oeuvre cinématographique.
Le film de Righelli n'est pas dépourvu d'intérêt. Il sait créer une atmosphère (même si elle n'est pas Stendhalienne). Le début du film chez les Rénal est assez savoureux. On voit la belle Lil Dagover, en léger déshabillé, ouvrir la porte de sa chambre et illuminer en ombres chinoises ses formes gracieuses alors qu'elle s'apprête à rejoindre son amant. Il faut d'ailleurs souligner la qualité de l'interprétation de Lil Dagover. Elle donne à Mme Rénal une sensualité tout à faite remarquable. C'est elle, avec Mosjoukine, qui domine le film. Les scènes chez le Marquis de la Môle marque une petite baisse de régime. On sent que le film a été écrit avec la légende de Mosjoukine en tête lorsqu'on le voit escalader le balcon de Mlle de la Môle et la séduire tout de go. Ce Julien Sorel est un petit frère de Casanova. Puis, on nous met quelques belles chevauchées où Julien echappe de justesse aux gendarmes. Dans une auberge, il est presque démasqué par une jolie servante. Pour l'empêcher de nuir, il utilise un stratagème : il déshabille entièrement la malheureuse qui se retrouve en tenue d'Eve (une vision fort coquine pour l'époque). Autre belle réussite : la tentative de meurtre sur Mme Rénal. On voit Mosjoukine lui tirer dessus à bout portant et quelques plans en caméra subjective suggère la chute de Mme Rénal. Le final sur les barricades de 1830 fait presque penser aux Misérables de Victor Hugo. Et le procès de Julien semble être plus politique qu'autre chose alors qu'il clame son soutien à Louis-Philippe ! Gennaro Righelli, un pionnier du cinéma italien, réalise tout cela avec une certaine fougue, même s'il n'est pas à l'avant-garde de la technique comme Alexandre Volkoff ou Marcel L'Herbier. 
Julien Sorel : Ivan Mosjoukine
En 1928, Ivan Mosjoukine est sur la pente descendante. Après une période glorieuse dans le cinéma français des années 20, il part pour l'Amérique où il ne fera qu'un seul film qui ne sera pas un succès. Puis, il part pour l'Allemagne où on lui offre un contrat faramineux de 600 000 francs par mois. Il mène grand train et épouse même sa partenaire du film, Agnes Petersen, qui joue Mlle de la Môle. Cependant, la qualité des productions dans lesquelles il joue est bien inférieure aux grands films qu'il faisaient en France. Et l'arrivée du parlant va définitivement le crucifier. En arrivant en Allemagne, il a subi une opération de chirurgie esthétique qui a modifié son visage, en particulier son nez. Cette opération reste mystérieuse : pourquoi l'a-t-il tentée ? En tout cas, le résultat n'est guère heureux. Ivan a perdu une partie de son entrain et de son charisme. 
Au total, cette trahison de Stendhal est un film qui se laisse regarder avec plaisir grâce à ses interprètes, à sa mise en scène et à sa belle cinématographie.

vendredi 30 septembre 2011

Das Weib des Pharao 1922


La Femme du pharaon
Un film d'Ernst Lubitsch avec Emil Jannings, Paul Wegener, Harry Liedtke, Dagny Servaes et Albert Bassermann

Théonis (D. Servaes), une esclave grecque, est enlevée par Ramphis (H. Liedtke). Mais, tous deux sont capturés par les soldats du pharaon, Amenes (E. Jannings) pour avoir approché son nouveau palais du trésor. Amenes, tombé follement amoureux de Théonis, lui demande de l'épouser en échange de la libération de Ramphis...

C'est l'avant-dernier film d'Ernst Lubitsch réalisé en Allemagne avant son départ pour Hollywood. Pour cette production colossale, on lui a donné de grands moyens humains (des centaines de figurants) et des décors gigantesques qui pourraient rivaliser avec une production biblique de C.B. DeMille. Comme dans la plupart des grandes productions historiques allemandes de Lubitsch, les acteurs pratiquent un cabotinage particulièrement outrancier. Emil Jannings roule des yeux et s'agite ; Paul Wegener nous fait des grimaces sous sa perruque bouffante et son maquillage noir ; Harry Liedtke bat l'air de ses bras. Quant à l'héroïne, Dagny Servaes, elle se contente de regarder le ciel en croisant les mains avec un air douloureux. Il est évident qu'Ernst Lubitsch leur a demandé spécifiquement de jouer leur rôle de cette manière théâtrale et outrée. Si vous regardez Sumurun (1920, E. Lubitsch), le grand Ernst y joue également de cette manière, probablement héritée du théâtre de Max Reinhardt. Ce n'est que bien plus tard, en Amérique, qu'il adoptera un style de jeu plus épuré pour ses acteurs. Le scénario signe Hans Kräly (un des grands complices de Lubitsch) et Norbert Falk contient les clichés habituels du péplum égyptien, un peu entre Aïda et Die Sklavenkönigin (1924, M. Kertész alias Curtiz). Cependant, on suit l'histoire de cette belle esclave qui fait des ravages dans le coeur des hommes avec intérêt. Tout d'abord, il y a la superbe cinématographie de Theodor Sparkuhl qui joue de l'ombre et de la lumière avec raffinement. Il travaillera plus tard avec Renoir pour La Chienne (1931) et à la Paramount. La nouvelle restauration est un vrai festin pour les yeux avec ses teintages et virages chatoyants. Et puis, il y a la superbe partition originale d'Eduard Künneke qui a été reconstituée par Frank Strobel. La musique allemande des années 20 est celle du post-romantisme chatoyant et flamboyant de Richard Strauss. Künneke offre un écrin luxueux à cette histoire égyptienne en donnant à chaque personnage des thèmes et des couleurs qui leur apportent une vie intérieure qui serait invisible sans la musique. La flamboyance de la musique est en parfaite harmonie avec le jeu 'opératique' des acteurs. Je crois bien que sans elle, j'aurais pouffé de rire plus d'une fois. Au total, une super-production de luxe qui se laisse regarder avec plaisir.

vendredi 24 juin 2011

Les Frères Karamazoff 1931


Un film de Fédor Ozep avec Fritz Kortner, Anna Sten et Fritz Rasp

Dimitri Karamazoff (F. Kortner) oublie sa fiancée Katia après avoir rencontrée Grouchenka (A. Sten) la maîtresse de son père. Il devient fou de jalousie en pensant qu'elle puisse rester avec lui...

Cette adaptation de Dostoievski par le réalisateur soviétique Fédor Ozep est une grande réussite. Il tourne en Allemagne ce film produit par Eugene Frenke, le mari d'Anna Sten. Une version française est ensuite réalisée en France avec une distribution quasiment identique (à part trois acteurs). Au début des années 30, quand le parlant en est à ses balbutiements, Ozep a l'intelligence de ne pas oublier ce qu'il a appris au cinéma muet. Il utilise brillamment le montage rapide, lancé par Gance avec La Roue (1921-23) puis repris par tous les cinéastes soviétiques durant les années 20. A une époque où les films sont confinés en studio et ont tendance à enregistrer du théâtre filmé, Ozep ose se démarquer. La fuite éperdue de Dimitri, aiguillonné par la jalousie et la peur d'avoir tué un vieux serviteur, est une scène incroyable pour 1931. D'autant plus que le film est soutenue par une partition remarquable de Karol Rathaus. A une époque où la composition d'une partition originale pour un film dramatique était quasiment inconnue, Rathaus réalise une oeuvre inquiétante qui suggère, plutôt qu'elle ne montre les sentiments sous-jacents des personnages. Son style résolument moderne pour l'époque est également étonnant. Apparemment, la partition fut remarquée par Bernard Herrmann qui n'oubliera pas le style de ce compositeur et sa maîtrise de l'image. La mobilité de la caméra est également remarquable pour l'époque, bien que d'autres réalisateurs fassent montre de la même fluidité comme Anatole Litvak dans Coeur de Lilas qui est légèrement postérieur (1932). N'ayant eu accès qu'à une version française hybride où les acteurs allemands sont doublés en français, j'ai été un peu gênée par la mauvaise synchronisation. J'ai été d'ailleurs étonnée par cette version qui offre pour la plupart les images du film allemand avec des fragments de scènes reprises en France (et pas toujours très bien raccordées!). Il aurait été plus facile de doubler tout le film. Pour la petite histoire, c'est en découvrant Anna Sten dans ce film que Samuel Goldwyn lui fit signer un contrat et l'amena à Hollywood. Sa beauté est certainement très bien mise en valeur et elle joue sa Grouchenka avec talent. Goldwyn songea d'ailleurs pendant un certain temps à lui faire tourner une nouvelle version américaine de Karamazoff avant de se rabattre sur Nana (1934, D. Arzner). Fritz Kortner est un bon Dimitri Karamazoff et Fritz Rasp (présent dans nombre de films muets de Pabst et Lang) est un inquiétant Smerdiakoff. Si par la suite Ozep ne fera plus beaucoup de grands films [sa Tarakanova (1938) est vraiment banale], ici, il montre son très grand talent.