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lundi 5 juillet 2010

Le Mystère de la Tour Eiffel 1927



Un film de Julien Duvivier avec Gaston Jacquet, Félicien Tramel et Régine Bouet

Les frères Miroton (F. Tramel) font un numéro de frères siamois dans un cirque. Ils ne sont en fait que des sosies. L'un d'eux, Achille, a hérité d'une immense fortune. Son compère l'apprend avant lui et décide de s'accaparer cette fortune qui est aussi convoitée par un certain DeWitt (G. Jacquet). Ce dernier est à la tête d'une organisation masquée mystérieuse, les Compagnons de la Tour...

Avec ce film, Duvivier démarque les sérials de Louis Feuillade. On y sent l'influence puissante de Barrabas (1920) et d'ailleurs on retrouve les mêmes lieux que dans ce sérial: Paris, Nice et l'arrière pays niçois. Quant à l'intrigue, elle reprend aussi une partie de celle du dit sérial: un gang masqué, un château mystérieux, l'avion qui survole l'arrière pays, les enlèvements, etc. Mais contrairement au sérial de Feuillade, le rythme du récit est nettement moins efficace. Duvivier semble incapable de faire monter le suspense. Lors d'un moment dramatique, il étire la séquence jusqu'à plus soif au lieu de la ponctuer comme le fait Feuillade. Quant aux acteurs, ils ne m'ont guère convaincants. Félicien Tramel n'a pas beaucoup de charisme et Gaston Jacquet est toujours aussi monolithique. Même la séquence finale sur la Tour Eiffel, où le chef du gang meurt, n'offre pas le sens du risque que l'on ressent chez Feuillade. Il faut dire qu'au lieu de stopper la séquence sur la mort de DeWitt, Duvivier la continue avec la descente -sans intérêt- de Félicien Tramel le long des câbles de la Tour. J'ai vu le film sur le DVD du Nederland Film Museum qui est entièrement en néerlandais (aucun ST). J'ai réussi à suivre l'histoire facilement grâce à un synopsis en français. J'ai été très amusée de voir que le gang des Compagnons de la Tour devenait le 'Ku-Klux-Eiffel' dans la traduction! Quant à la musique qui accompagne le film, c'est plutôt une série de bruitages extrêmement agaçants. Au total, un film décevant...

Le reflet de Claude Mercoeur 1923


Un film de Julien Duvivier avec Gaston Jacquet et Maud Richard

Le ministre Claude Mercoeur (G. Jacquet) est épuisé par sa vie mondaine et sa charge de travail. Il accepte la proposition d'un certain Raoul Berjean (G. Jacquet), qui est son sosie, de le remplacer pour les cérémonies et autres soirées...

Encore une grosse déception de la part de Duvivier. Sa période muette est décidément très inégale. Cette histoire de sosie qui aurait pu être amusante et donner lieu à des quiproquos est filmée d'une manière incroyablement statique. Les décors rappellent ceux des films Gaumont des années 10 avec des toiles peintes. Quant à l'acteur principal, Gaston Jacquet, il semble n'avoir que deux expressions: triste ou malade. Duvivier ne semble pas avoir la moindre imagination visuelle et toute l'histoire nous est racontée à coup de longs cartons d'intertitres. Plus les intertitres sont bavards, moins un film muet a de l'intérêt. En plus, toutes les séquences avec une double exposition, où Gaston Jacquet parle avec son double, sont terriblement mal réalisées techniquement. On peut voir sans problème la ligne de démarcation laissée par le cache. :roll: J'ai vu un Onésime de Jean Durand des années 10 qui offrent des résultats techniques largement supérieurs. Et en 1920, aux USA, Charles Rosher réalisait des miracles avec Mary Pickford sur Little Lord Fauntleroy où l'actrice embrassait sa propre image. Du côté du scénario, ce n'est guère mieux. Les personnages restent creux et ennuyeux. On est encore dans ces mélo mondains tirés de romans de gare. La copie présentée était un nouveau tirage teinté et viré de bonne qualité. Mais, pour le film...

La Divine croisière 1928


Un film de Julien Duvivier avec Jean Murat, Henry Krauss, Thomy Bourdelle et Charlotte Barbier-Krauss

L'armateur Ferjac (H. Krauss) insiste pour que son bateau 'Le Cordilière' reprenne la mer avant d'être réparé. Le capitaine, Jacques de St Ermond (J. Murat) proteste, mais, finalement doit se résigner. Ils embarquent avec eux un nouveau marin Mareuil (T. Bourdelle). En mer, Mareuil fomente une mutinerie et provoque le naufrage du navire. A terre, les familles des marins pensent qu'ils sont morts et envahissent la demeure de Ferjac pour se venger...

Ce film dont le scénario est de Duvivier lui-même démarre extrêmement bien en montrant les relations tendues entre le riche armateur de Paimpol et les malheureux matelots qui doivent prendre des risques énormes pour un maigre salaire. L'arrivée du matelot Mareuil laisse présager le pire. Il provoque le naufrage en poussant les matelots à se révolter. Une fois en possession du navire, ils s'enivrent oubliant la manoeuvre. Malheureusement, la deuxième partie du film devient une sorte de parabole religieuse où un 'miracle' va sauver l'équipage échoué sur une île déserte. Il est étonnant de constater le nombre important de films religieux (pour ne pas dire de bondieuseries!) qu'a tourné Duvivier à cette époque. Le film a néanmoins certaines qualités comme l'utilisation de la ville de Paimpol et probablement de la 'figuration locale'. Mais, le scénario aurait pu être bien plus intéressant si les personnages du capitaine (joué par Jean Murat) et celui de Mareuil n'étaient restés à l'état d'ébauche. Tout le reste du film se concentre sur une intervention divine, qui récompense le bien et punit le mal, guidée par la fille de Ferjac (Suzanne Christy) qui a reçu ses instructions de la Vierge Marie. Le film est légèrement incomplet, mais cela n'entrave pas la compréhension. Un Duvivier inégal.

L'Homme à l'Hispano 1926

Un film de Julien Duvivier avec Huguette Duflos, Georges Galli et Chakhatouny

Georges Dewalter (G. Galli) issu d'une riche famille a perdu toute sa fortune et a résolu de s'exiler au Sénégal. En route pour Bordeaux, il croise un de ses amis qui a acheté une luxueuse Hispano-Suiza pour sa maîtresse. Il lui demande de l'accompagner à Biarritz en se faisant passer pour le propriétaire de la voiture auprès de sa femme. A Biarritz, il rencontre Lady Oswill (H. Duflos) dont il tombe éperdument amoureux...

C'est probablement le film de Duvivier le plus ennuyeux que j'ai jamais vu! Adapté d'un roman à la mode de Pierre Fondraie, le film s'enlise dès le début et s'étire sur 125 longues minutes. Le rôle principal tenu par Huguette Duflos y est pour beaucoup. C'est une actrice sans charme, sans beauté et sans charisme. On a beaucoup de mal à croire que le jeune et sémillant Georges Galli puisse être amoureux d'elle et même se suicider pour elle. Le seul personnage qui surnage est Chakatouny, le mari de la dame qui observe avec un plaisir maléfique les amoureux car il sait que Georges est ruiné. A part de beaux extérieurs filmés à Biarritz, il n'y a pas grand'chose à sauver. Il y a quelques scènes avec des toiles peintes -hideuses!- et complètement râtées... On sent bien qu'il devait s'agir d'un travail de commande pour Duvivier...

vendredi 25 juin 2010

Maman Colibri 1929


Maria Jacobini
Un film de Julien Duvivier avec Maria Jacobini, Franz Lederer et Jean Dax

La baronne de Rysbergue (M. Jacobini) rencontre au cours d'un bal masqué Georges (F. Lederer) qui a l'âge de son fils aîné, et dont il est l'ami. Malheureuse en ménage, elle quitte son mari pour suivre Georges en Afrique du Nord où il est officier dans un régiment de spahis...
Cette adaptation d'une pièce d'Henry Bataille montre les outrages du temps. Sur un sujet rebattu - une femme d'un certain âge avec un jeune amant - le film ne réussit pas à convaincre. Alors que Hugo von Hofmannsthal a créé un chef d'oeuvre sur le même sujet avec son Rosenkavalier, ici, nous restons malheureusement dans les clichés du roman de gare. Le film débutait pourtant bien avec une scène de bal enjouée et virevoltante. Duvivier en profite pour insérer toute une série de gros plans suggestifs : bouteille de champagne dont le bouchon saute, jambes gainées de soie, main qui caresse un dos dénudé, etc. On ne pouvait suggérer mieux l'atmosphère de licence du lieu. Franz Lederer dans le rôle de l'amant reste un personnage falôt et sans consistance. Maria Jacobini donne à son rôle de femme mûre une certaine classe, mais, elle ne réussit pas à être réellement émouvante. Il faut dire que l'intrigue s'embourbe et que la suggestion du temps qui passe n'est montrée que par des longs plans de l'actrice observant ses rides dans un miroir. Le déplacement de l'intrigue en Afrique du Nord est le prétexte à de longues séquences sur les coutumes locales qui font penser à du remplissage. Il est dommage que la copie allemande présentée ait manqué à ce point de contraste car la cinématographie d'A. Thirard devait être bien plus belle qu'elle ne paraissait là.

Le Tourbillon de Paris 1928


Lil Dagover
Un Film de Julien Duvivier avec Lil Dagover, Léon Bary et Gaston Jacquet et René Lefèvre

Amiscia (L. Dagover) une cantatrice célèbre a fui Paris pour un petit village de haute montagne où elle vit retirée du monde. Son époux, Lord Abenston (G. Jacquet) vient l'y chercher pour la ramener dans sa propriété en Ecosse...

Ce film est une heureuse surprise dans la filmographie muette de Duvivier. Bien que le début du film laisse supposer un de ces drames mondains comme les affectionnaient le public de la fin des années 20, il se révèle bien plus intéressant que d'autres productions de l'époque. D'abord, la comédienne allemande Lil Dagover réussit à habiter son personnage de manière tout à fait convaincante. Elle nous transmet les émotions qu'elle ressent avec énormément de talent; après tout, elle avait déjà derrière elle un beau palmarès comme le rôle féminin principal dans Le Cabinet du Dr Caligari (1920). On sent une véritable actrice de l'écran contrairement à d'autres actrices françaises de l'époque souvent issues du théâtre. Le meilleur moment du film est celui où sur scène, Amiscia (L. Dagover) perd tous ses moyens, prise d'une crise de trac épouvantable, elle s'effondre sous les huées d'une cabale montée par un amant éconduit. Duvivier utilise à profusion les surimpressions et les fondus durant une bonne partie du film, mais, c'est durant cette scène qu'il réussit au mieux son pari. Prise dans un tourbillon, Amiscia est en train littéralement de se noyer avant de reprendre le dessus et de reconquérir le public. ce fut pour moi le moment le plus émouvant de tout le film. Comme dans Au Bonheur des Dames (1930), Duvivier utilise la caméra mobile avec beaucoup de bonheur et donne au film un mouvement et une ampleur bien venue. Une autre séquence illustre avec intelligence le chant de Lil Dagover qui interprête la belle mélodie de Fauré, Les Berceaux. Sur l'image apparaissent les vers de Sully-Prudhomme avec une illustration visuelle des mots: les grands vaisseaux qui s'éloignent laissant les femmes et leurs enfants derrière eux. J'ai été étonnée par cette séquence car Dimitri Kirsanoff a repris exactement les mêmes images pour illustrer la même mélodie pour son court-métrage Les Berceaux (1935) avec Ninon Vallin. Il a certainement pris l'idée chez Duvivier. La fin du film est assez convenue et on peut penser qu'il manque quelques scènes. La copie de la Cinémathèque était de très belle qualité. Une très bonne soirée.
Léon Bary & Lil Dagover