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samedi 6 février 2016

La Danseuse orchidée 1928

Yoannès (Ricardo Cortez) et Luicha (Louise Lagrange)
Un film de Léonce Perret avec Louise Lagrange, Ricardo Cortez, Xenia Desni, Gaston Jacquet et Danièle Parola

Luicha (L. Lagrange) revient dans son village natal du pays basque où elle retrouve son ami d'enfance Yoannès (R. Cortez). Ce dernier, éperdument amoureux, souhaite l'épouser. Mais, Luicha disparaît brusquement. Elle est rentrée précipitament à Paris où elle est connue comme la Danseuse Orchidée...

Yoannès découvre la vérité sur Luicha.
Bien que le film se nomme La Danseuse orchidée, ce n'est pas Louise Lagrange qui en est le personnage central. Léonce Perret s'intéresse au contraire à l'homme qu'elle aime, le personnage de Yoannès interprété avec beaucoup de subtilité par Ricardo Cortez, que l'on attendait pas dans un rôle comme celui-ci. Cet acteur américain, né Jacob Krantz, s'était spécialisé rapidement dans les rôles de séducteur au charme latin avant de passer à celui des durs à l'arrivée du parlant. Il faut reconnaitre l'immense talent de directeur d'acteur de Perret qui a réussit à tirer de Cortez une interprétation toute en nuances de cet homme jaloux, impulsif et fragile qui réussit presque à s'autodétruire en découvrant ce qu'il croit être l'infidélité de celle qu'il aime. Au-delà des poncifs du mélodrame, l'histoire d'amour de Yoannès et Luicha réussit à nous émouvoir malgré la durée excessive du film (2h30). Pourtant la copie sur le site Gaumont-Pathé archives ne dure que 2 h indiquant une vitesse de projection trop lente hier. Perret a eu des moyens considérables en terme de décors et de figuration. C'est pourtant dans les scènes intimes qu'il montre son vrai talent. Ainsi lorsque Maryse Laborde (Xenia Desni) décide de quitter Yoannès, elle nous rappelle sur un mode mineur l'éclatante réussite de Dernier amour (1916) du même Perret où Valentine Petit laissait partir son jeune amant en sachant que c'était son dernier amour. L'opérateur du film Léonce-Henry Burel, qui travailla longtemps avec Gance, s'était mal entendu avec Perret. Pourtant sa palette d'ombres et de lumières est proche de celle de Georges Specht qui fut son fidèle opérateur chez Gaumont. Malgré quelques réserves concernant l'intrigue du film et l'étirement excessif de certaines scènes (accentué par la lenteur de la projection), ce mélodrame est une agréable surprise. 

dimanche 28 décembre 2014

The A.B.C. of Love 1919

Harry (Holmes E. Herbert) et Kate (Mae Murray)
Un film de Léonce Perret avec Mae Murray, Holmes E. Herbert, Dorothy Green et Arthur Donaldson

En séjournant à la campagne, le dramaturge Harry Bryant (H.E. Herbert) fait la connaissance de Kate (M. Murray) une orpheline qu'il fait engager dans une auberge voisine. Harry tombe amoureux de la jeune sauvageonne et l'épouse. Le retour en ville est difficile pour la jeune épouse illettrée qui, de plus, doit faire face à une rivale Diana Nelson (D. Green)...

Harry et Kate ne se parlent plus
En 1919, Léonce Perret produit ses propres films dont il écrit lui-même les scénarios. Celui de The A.B.C. of Love n'est certes pas très original, mais, comme toujours, ce qui fait le charme des films de Perret est présent dans cette délicieuse comédie matrimoniale. La direction d'acteurs est absolument remarquable tout autant que la composition de chaque séquence. Une toute jeune Mae Murray, cheveux blonds en bataille, nous rappelle exactement Mary Pickford dans son rôle de sauvageonne. Il est d'ailleurs évident qu'elle s'inpire de Mary. Il y a une grande fraîcheur dans son personnage de jeune fille bien loin de la vedette minaudante qu'elle deviendra plus tard. De même, Holmes E. Herbert est nettement plus spontané et naturel que dans ses futurs rôles de "père la morale" comme dans A Woman of the World (1925) de Mal St. Clair. On suit donc avec intérêt le bonheur suivi des déboires conjugaux de Harry et Kate, même si on devine rapidement le dénouement. La première partie champêtre est très enlevée et charmante avec un rythme soutenu et primesautier à l'image de la jolie Kate qui arrive tel un tourbillon dans la vie bien rangée d'Harry. Dans la deuxième, elle tente maladroitement de se faire accepter de la bonne société citadine. Sa rivale est rouée et cherche à utiliser son époux à des fins d'ambition personnelle. Perret amène le rapprochement des deux époux avec infiniment de délicatesse, sans forcer le trait. Le film contient nombre d'idées de mise en scène comme celle où les deux époux séparés par un mur se lamentent chacun de leur côté ou lorsque Kate rêve du livre qu'elle vient de lire et se revoit soudain aux beaux jours de sa romance avec Harry en vignette. La photo signée Alfred Ortlieb est absolument remarquable avec tous les atouts habituels de Perret: contre-jours, extérieurs éclairés par le soleil et mise en valeur du décor par des clair-obscurs. Une délicieuse comédie visible sur le site European Film Gateway dans une belle copie néerlandaise.
L'alphabet de l'amour...

mercredi 3 décembre 2014

Marraines de France 1915

Madeleine (F. Fabrèges) déguisée en domestique
Un film de Léonce Perret avec Fabienne Fabrèges, Armand Dutertre et Valentine Petit

Sur une place méditerranéenne, on organise une tombola parmi de jolies baigneuses pour choisir des marraines de guerre pour les soldats au front sans famille. Madeleine (F. Babrèges) doit écrire à un certain Jacques Bertin...

Ce court-métrage de Léonce Perret a l'avantage par rapport à de nombreuses bandes patriotiques de l'époque d'être une comédie. Même si l'on s'intéresse aux marraines de guerre, Perret réussit à injecter de l'humour dans les situations. Ainsi un groupe de jeunes femmes délurées deviennent par jeu des marraines d'inconnus. La jolie Madeleine (Fabienne Fabrèges) ment à son 'filleul' en lui faisant croire qu'elle est une vieille dame. Si bien que la visite de l'intéressé se transforme en vaudeville avec Madeleine qui échange son identité contre celle de sa domestique plus âgée. Evidemment, elle regrette vite cette supercherie et avoue au beau soldat sa véritable identité. Madeleine épouse donc Jacques qui retourne au front le jour même. Même si l'intrigue prend un tour tragique avec la blessure de Jacques, les amoureux sont cependant réunis après la guerre du soldat. Le film a été reconstitué récemment; mais bizarrement un certains nombres de scènes (visibles sur le site Gaumont-Pathé Archives) ont été éliminées de cette restauration. C'est un peu dommage car elles permettaient de suivre mieux la supercherie organisée par Madeleine. En tout état de cause, il s'agit d'une délicieuse comédie superbement interprétée par Fabienne Fabrèges, l'interprète préférée de Perret dans ces années de guerre. Le metteur en scène montre, une fois de plus, sa supériorité sur ses collègues français par la qualité de ses éclairages, sa direction d'acteur remarquable et son sens comique et dramatique.

mercredi 26 novembre 2014

The Unknown Love 1919

Doris (Dolores Cassinelli) éteint la lumière...
Les Etoiles de la gloire
Un film de Léonce Perret avec Dolores Cassinelli, E.K. Lincoln, Warren Cook et Robert Elliott

Doris Parker (D. Cassinelli) accepte de devenir la marraine de guerre d'Harry Townsend (E. K. Lincoln) un soldat sans famille parti au front en France. De fil en aiguille, elle tombe amoureuse de cet homme qu'elle n'a jamais vu...

Après la grosse déception de Lest We Forget (1918), c'est un plaisir de retrouver un Perret américain qui montre à plein les immenses qualités de ce metteur en scène. Tout d'abord, il y a la sublime cinématographie qui est ici le travail d'Alfred Ortlieb, où l'on retrouve les contre-jours et la poésie des extérieurs de Perret. Le film a été mis en production sous le titre, The Stars of Glory, avant finalement d'être intitulé du plus neutre The Unknown Love. Il faut dire que ce film à message patriotique a été commencé avant la signature de l'armistice et terminé après celle-ci. Tout en conservant son message de propagande pour remercier les 'Sammies' de s'être mobilisés pour la France, le récit englobe aussi la fin du conflit et le retour à la paix. La film a survécu dans une superbe copie française teintée et virée, qui est cependant légèrement incomplète. Perret a concocté une histoire simple et légèrement naïve à son habitude, mais il réussit à la traiter avec un tel talent de conteur et de pictorialiste que l'on oublie bien vite les limitations de cette histoire sentimentale sur fond de guerre. Le personnage de la marraine de guerre a inspiré plus d'un film à Perret. Mais, pour celui-ci, il bénéficie de la splendeur des paysages de la Nouvelle-Angleterre qu'il magnifie avec bonheur. Son héroine nous apparaît encadrée d'immenses hortensias, toujours éclairée de côté par une fenêtre qui suggère les rayons du soleil. Une séquence reste particulièrement en mémoire alors qu'elle se rend au bord de mer pour y jeter un bouquet en hommage à un ami officier mort en service avec un contre-jour magique sur fond de soleil couchant teinté orangé. Si l'histoire est simple, Perret sait y ajouter les petits ingrédients qui lui donneront un élément de vérité. Ainsi, le soldat Harry Townsend se trouve trop laid pour envoyer sa photo à sa correspondante. Il choisit, tel Cyrano, d'en adjoindre une d'un de ses amis. Cette substitution n'aura finalement pas d'effet sur l'amour que lui portait Doris. The Unknown Love fait certainement partie des meilleurs films américains de Perret par sa beauté plastique et sa poésie.
Harry (E.K. Lincoln) et Doris (D. Cassinelli)

Lest We Forget 1918

N'oublions jamais
Un film de Léonce Perret avec Rita Jolivet, Hamilton Revelle et L. Rogers Lytton

A l'entrée en guerre, la cantatrice Rita Heriot (R. Jolivet) se retrouve prise dans l'avancée des troupes allemandes dans son village de la Meuse. Elle fait office de télégraphiste avant de se retrouver prisonnière des Allemands...

Cette production américaine de Léonce Perret est un objet cinématographique à la structure narrative étrange. Réalisé durant l'été 1917 après l'entrée en guerre des Etats-Unis, le film se veut une propagande pour resserrer les liens historiques unissant la France à l'Amérique. Malheureusement, il semble que le metteur en scène n'ait guère eu de contrôle sur le montage de son film qui était financé par le Comte Giuseppe de Cippico, l'époux de l'actrice Rita Jolivet qui tient le rôle principal. Au final, les critiques des journaux professionnels américains tirèrent à boulet rouge sur cette superproduction mal ficelée qui semble avoir été montée par un incompétent. Variety se montre particulièrement virulent en démolissant systématiquement un film qui a coûté une fortune pour l'époque: entre 175.000 et 200.000 dollars. Il faut dire que les producteurs n'ont pas lésiné sur les moyens: une énorme figuration, une reconstitution du torpillage du Lusitania et de plus, le décorateur Henri Ménessier a reconstitué en studio un village français entier pour ensuite le bombarder. Malheureusement, cette débauche de moyens ne produit qu'un film épisodique qui semble accumuler les évenements spectaculaires au détriment du développement des personnages. Par instants, on retrouve le talent de directeur d'acteurs de Perret, comme lorsque Rita se prépare à être fusillée, mais on retombe rapidement dans une abondance de clichés. L'ajout de nombreux extraits de bandes d'actualités n'arrangent rien car ils détournent l'attention de l'intrigue et sont de qualité bien médiocres cinématographiquement parlant. On peut imaginer la déception de Perret de voir son projet dénaturer de la sorte par un producteur. Cette déconvenue l'a certainement poussé a devenir son propre producteur pour pouvoir contrôler ses propres films de A à Z comme l'ont fait à la même époque ses compatriotes expatriés comme Albert Capellani et Maurice Tourneur. Cette citation de la critique de Variety donne bien le ton: "En tant que 'grand film', c'est l'un des plus mauvais jamais tournés ici, sous tous les angles. Les gens du cinéma riront bien de ses défaut." La cinémathèque nous a présenté une copie française reconstituée dont la qualité visuelle était très moyenne, ce qui n'arrange rien. Un Perret décevant.

dimanche 23 novembre 2014

L'Angélus de la victoire 1916

Fabienne Fabrèges
Un film de Léonce Perret avec Fabienne Fabrèges, Armand Dutertre, Laurenson et Emile André

Jacqueline Brizel (F. Fabrèges) est la fille de l'organiste du village (A. Dutertre). Amoureuse de Roger de Rambrun (Laurenson), elle ne peut l'épouser à cause de son aristocrate de père (E. André). Roger part au front. Jacqueline, apprenant quelques mois plus tard sa mort, perd la raison...

Ce film de Léonce Perret nous est parvenu sous la forme d'une copie incomplète de 20 min qui vient d'être restaurée en 2K. Néanmoins, cette superbe nouvelle copie permet d'apprécier à nouveau le talent de directeur d'acteurs de Perret. Avec une distribution sensiblement identique à celle d'Une Page de gloire (1915), il brode une nouvelle histoire de séparation de deux amants à cause de l'opposition d'un père, puis de la guerre. Mais contrairement au précédent film, Perret montre les effets dévastateurs de la guerre sur le moral des civils. Jacqueline ne réussit pas à surmonter le choc de la mort de celui qu'elle aimait et devient folle. Elle passe ses journées à bercer une poupée en forme de soldat qu'elle refuse de lâcher. Fabienne Fabrèges donne une interprétation bouleversante de la jeune femme traumatisée qui a remplacé son fiancé mort par cette poupée à son image. Montrant toujours son sens visuel aigu de la composition, Perret donne à cette histoire tragique son rafinement habituel. Bien que la moitié du film ait disparu (probablement décomposé), ce qui reste de L'Angélus de la victoire est à chérir. Encore une très belle oeuvre de Perret.

samedi 22 novembre 2014

Une Page de gloire 1915

Un film de Léonce Perret avec Fabienne Fabrèges, René Montis, Mme Vergny-Cholet et Armand Dutertre

Denise (F. Fabrèges) épouse, contre l'avis de ses grands-parents, Robert Laroche (R. Montis) dont elle est tombée amoureuse. La guerre éclate et Robert part laissant Denise enceinte. Quelques mois plus tard, Denise donne naissance à Jules. Ayant reçu une lettre désespérée de Robert, elle décide de partir vers le front pour lui amener leur enfant...

En 1915, Léonce Perret participe à l'effort de guerre en produisant des films patriotiques pour la firme Gaumont. Cependant, contrairement à de nombreuses bandes sans intérêt, Une Page de gloire est avant tout l'oeuvre d'un grand metteur en scène. Dès les premières minutes, il sait capturer l'intérêt du spectateur par son utilisation des décors naturels, sa science de la composition - secondé par son merveilleux opérateur Georges Specht - et son excellente direction d'acteurs. Lors de la séance à la Cinémathèque hier soir, les qualités de Perret ressortaient d'autant plus après une bande patriotique de Gaston Ravel, Le Grand souffle (1915), sans relief et un épisode des Vampires (1915) de Feuillade qui paraissait primitif en comparaison. Feuillade restait fidèle aux plans séquences et se préoccupait de l'action plus que de la psychologie des personnages, alors que Perret était attentif aux petits détails qui donnent de la profondeur aux personnages. De plus, il encadrait ses acteurs dans une vision poétique de la nature qui donne à ses images un souffle et une vie tout à fait extraordinaires. Le début du film est de ce point de vue magique. Denise retrouve son amoureux sous les arbres en fleurs dans une prairie aux longues herbes qui ondulent sous le vent. Le mouvement de l'image semble accompagner les sentiments de ses personnages; le paysage fait partie intégrante de l'intrigue. Dans cette nouvelle restauration numérique 2K, l'image est d'une nettetée et d'une pureté confondante et permet de mesurer l'extraordinaire beauté de la cinématographie. Léonce réussit à nous émouvoir avec cette histoire patriotique qui dans d'autres mains serait ridicule. Denise va risquer sa vie pour que son époux, au front, puisse voir leur enfant. Son voyage se révèle mouvementée et elle se retrouve sur la ligne de front sans le vouloir. Les Poilus ne sont pas enjolivés. On les voit dormir par terre ensemble durant leur temps de repos. Puis, lorsque Robert leur annonce la naissance de son fils, ils se lèvent tous en ensemble, joyeux, et trinquent avec le nouveau papa. Que ce soit dans les scènes intimistes du foyer ou dans celles de bataille, Perret montre son sens du détail et la composition picturale. Un grand film de Perret superbement restauré qui va être projeté également à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé la semaine prochaine. A ne pas manquer!

dimanche 22 avril 2012

La Femme nue 1926

Un film de Léonce Perret avec Louise Lagrange, Ivan Petrovitch, Nita Naldi et Maurice de Canonge

Lolette (L. Lagrange) est modèle du peintre Rouchard (M. de Canonge) qui souhaite l'épouser. Mais, elle ne s'intéresse pas à lui et tombe amoureuse de Pierre Bernier (I. Petrovitch), un peintre sans le sou...

Ce long métrage de Léonce Perret est une adaptation d'une pièce d'Henry Bataille, un auteur en vogue au début du siècle. Les pièces de cet auteur sont maintenant passablement poussièreuse, mais l'adaptation qu'en tire Perret a suffisamment de charme et de vivacité pour retenir notre attention de spectateur. Les situations stéréotypées sont compensées par la beauté des extérieurs et par la qualité des interprètes principaux, en premier lieu, Louise Lagrange. Dans le rôle de Lolette, la jeune fille délurée de Montmartre qui se sacrifie pour son seul amour, elle pétille et apporte une fraîcheur bienvenue dans le film de Perret. Elle est jeune, mince et vive comme pourrait l'être les 'flappers' des films américains contemporains. Et, c'est bien rare dans le cinéma des années 20 où règnent un certain nombre de divas des planches comme Huguette Duflos. Perret nous promène d'abord dans le Montparnasse des années 20 avec ses cafés aux immenses terrasses où se retrouvent les rapins et les artistes. Puis, nous nous retrouvons à Montmartre où Pierre habite sous les toits face au Sacré-Coeur. La rencontre des jeunes gens et leur premier baiser sont amenés avec tout ce qu'il faut de charme par le grand Léonce. Il utilise toujours les contre-jours picturaux avec sa virtuosité habituelle. Certes, le film ne contient aucun mouvement de caméra 'moderne', mais la direction d'acteur est excellente. Le serbe Ivan Petrovitch, qui apparaissait dans les films de Rex Ingram à la même époque (comme The Magician), est ici tout à fait convaincant en peintre que la célébrité a rendu égoïste et aveugle. Pour jouer la vamp de service, Perret a importé des Etats-Unis, la plantureuse Nita Naldi -qui avait déjà vampé Valentino dans Cobra (1925). Couverte de fourrure et de diamants, elle offre un contraste saisissant avec la frêle et innocente Louise Lagrande. Le personnage est un cliché, mais on est prêt à l'accepter grace à la mise en scène de Perret. Voilà un bon film de Perret des années 20 qui a mieux veilli que son interminable Koenigsmark (1923).

dimanche 3 avril 2011

Les Bretelles 1913


Un film de Léonce Perret avec avec Léonce Perret, Suzanne Grandais et Emile Keppens

En l'absence de Léonce (L. Perret), Suzanne (S. Grandais) a permis à une équipe de cinéma de tourner dans leur jardin. Léonce revient en son absence et trouve une paire de bretelles sur un paravent. Il commence à soupçonner sa femme d'infidélité...

Deux ans après Les Béquilles, Perret introduit à nouveau le cinéma dans un court-métrage. On constate à quel point le cinéma a évolué durant ces deux années. Le sempiternel plan large est maintenant soutenu par des plans moyens. Et l'intrigue est construite avec beaucoup plus de subtilité. A partir de ces bretelles, Léonce échaffaude les pires conjectures et ne réussit qu'à se fâcher avec son épouse. Perret introduit des idées comiques fort audacieuses, comme celle où en se disputant avec Suzanne, il se place devant deux immenses cornes pendues au mur qui semblent signaler son état de cocu. D'ailleurs, Suzanne elle-même remarque cette position incongrue qui la fait éclater de rire. Le couple se réoncilie avec Léonce qui, comme toujours, prend le spectateur à témoin. La mise-en-abîme se clôt avec le couple qui soumet à une Cie cinématographique le scénario de leur mésaventure. Délicieux.

Les Béquilles 1911

Un film de Léonce Perret avec Yvette Andréyor, André Luguet et Léonce Perret

Une troupe de cinématographistes avec leur metteur en scène (L. Perret) vient demander la permission de tourner dans une propriété en l'absence des propriétaires. Ceux-ci reviennent de la chasse et surprennent un figurant escaladant un mur armé d'un couteau. Ils le blessent en le prenant pour un criminel. L'acteur blessé (A. Luguet) est accueilli et soigné par la jeune fille de la maison (Y. Andréyor)...

Très tôt, Léonce Perret aimait inclure des séquences de tournage dans ses films. Cette mise-en-abîme est ici au service d'une comédie rondement menée. On assiste à l'arrivée d'une équipe de tournage qui s'installe prestement le long d'un mur pour filmer un cambriolage fictif avec deux apaches. Leur premier plan est anéanti par le passage d'un cycliste sans gêne dans le champ de la caméra. On peut remarquer que les équipes de tournage à l'époque était fort légère avec une seule caméra et un seul opérateur. Puis, la séquence tourne au drame quand un acteur est blessé par le propriétaire armé d'un fusil. Après ce préambule, on retourne à la comédie avec le jeune acteur, équipé de béquilles, qui flirte avec la jeune fille de la maison. Celle-ci se retrouve aussi équipée d'une béquille suite à une chute. Ils feignent tous deux de souffrir le martyr pour pouvoir passer plus de temps ensemble dans le jardin. La supercherie est découverte quand les parents découvrent les béquilles abandonnées sur un banc. Avec cette intrigue légère, Perret réalise une jolie comédie très bien jouée par les acteurs de la Cie Gaumont.

mardi 8 mars 2011

La Dentellière 1912


Un film de Léonce Perret avec Suzanne Grandais et Emile Keppens

La dentellière Yolande Wouvermann (S. Grandais) voudrait épouser Peter Claes. Mais, le père de celui-ci réclame une dot de 5000 florins qu'elle n'a pas. Elle se présente à un concours de dentelle, espérant gagner le premier prix...

La Dentellière est certainement un des plus beaux courts-métrages de Perret. Dans le rôle principal, Suzanne Grandais est une délicieuse petite hollandaise revêtue d'une coiffe de dentelle. Le personnage apparemment impressionna tant Mary Pickford qu'elle demanda aussi à jouer une hollandaise. Mais, au-delà, de cet aspect folklorique, le film est une lumineuse recréation d'une Hollande picturale. Dans des intérieurs, en clair-obscur, qui font penser à Vermeer et à Rembrandt, Suzanne se lève au milieu de la nuit pour voir se former sur la vitre les critaux de glace. Ils forment -miraculeusement- un motif de dentelles qu'elle cherchait vainement pour son concours. Une petite merveille de grâce et de poésie !

La Petite Béarnaise 1911


Un film de Léonce Perret avec Valentine Petit et Yvette Andréyor

A Pau, le roi Henri de Navarre séduit une petite béarnaise. Mais, sa mère Jeanne d'Albret lui présente sa future épouse, Marguerite de Valois...

Ce court-métrage historique raconte une aventure du Vert-Galant. Il séduit une jolie Béarnaise qui ne survivra pas au désespoir d'être quittée par le roi. Cette histoire simplette se révèle un vrai plaisir pour l'oeil grâce aux superbes prises de vue autour du château de Pau. Le roi au panache blanc repère, depuis un pont, une jolie fille au bord d'une rivière. Ce conte bénéficie d'une atmosphère particulière qui nous fait croire immédiatement aux démêlées d'Henri et de sa belle. Le jeu des acteurs est excellent comme dans la plupart des films Gaumont des années 10. Très joli!

Le Gardian de Camargue 1910

Un film de Léonce Perret 


Arlette, une jeune actrice parisienne, vient passer ses vacances chez sa vieille nounou en Camargue. Elle y en rencontre Hector, un jeune gardian naïf, qui tombe fou amoureux d'elle...

Ce charmant court-métrage a été tourné en Camargue, probablement au même endroit où Jean Durand tournait ses westerns. L'intrigue est simplicissime. Un gardian s'amourache d'une parisienne. Désespéré, il se suicide lorsqu'elle repart à la capitale. Mais, comme toujours avec Perret, on apprécie les cadrages, l'utilisation habile des extérieurs et un côté documentaire sur la vie de l'époque. On voit les jeunes arlésiennes en costume traditionnel partir à la cueillette des amandes et revenir avec leurs paniers vers la ville. L'acteur dans le rôle du gardian surjoue, mimant un désespoir grandiloquent. Mais, le final, où il part à cheval dans les vagues pour y trouver le repos de la mort conserve un charme intact. Perret sait rythmer une séquence et lui donner l'atmosphère requise.

vendredi 31 décembre 2010

Morgane la Sirène 1927


Un film de Léonce Perret avec Claire de Lorez, Ivan Petrovich, Rachel Devirys et Alice Tissot

Georges de Kerduel (I. Petrovich), jeune officier de marine est amoureux de sa cousine Annette (Mlle Josyane). Las, il est pauvre et son père souhaite qu'elle épouse un riche parti. Mais suite à la ruine de son père suivie de sa mort, elle part vivre avec sa mère (R. Devirys) dans un petit manoir en Bretagne. Le mariage est annulé. Georges lui propose de l'épouser; mais, elle disparaît en mer la veille de leur mariage...

Avec ce film, Perret adapte un roman à la mode de Charles Le Goffic situé en Bretagne qui mêle le roman-feuilleton et la légende. Le film devait être à l'origine en épisodes, mais il est finalement sorti en long métrage de 95 min. On ressent par moment un resserrement de l'intrigue dû certainement au montage serré imposé par le format. Perret a importé des Etats-Unis, l'exotique Claire de Lorez pour incarner Morgane la sirène. Vêtue d'un maillot de bain recouvert de nacre, elle se jette dans les flots avec sa longue chevelure blonde. Il n'est pas étonnant ques les pêcheurs du coin la confonde avec la mythique Morgane qui entraîne les hommes par le fond lors des tempêtes. Le film a été tourné près de Trégastel sur la Côte de granit rose. On plonge dans l'atmosphère du petit village breton. Il y a un total changement lorsqu'on arrive dans le palais de la mystérieuse Morgane. Le décor est flamboyant et ouvragé et ne déparerait pas un DeMille des années 10. Claire de Lorez est vêtue de robes extravagantes couvertes de fourures et de sequins. Le serbe Ivan Petrovich est le héros de cette histoire. Il est apparu dans plusieurs films contemporains de Rex Ingram et ce n'est pas étonnant: le film de Perret a été tourné en partie aux studios d'Ingram à Nice. Comme tous les films de Perret que j'ai pu voir, il réussit toujours à créer une atmosphère grâce à une cinématographie remarquable. On passe de l'atmosphère d'une vieille maison bretonne au palace délirant de Morgane. Si du point de vue narratif le film n'est pas impeccable, il apporte suffisament de bonheur visuel pour qu'on oublie ses petits défauts. Un moment de bonheur.

mardi 16 novembre 2010

L'Empire du Diamant 1920-22

Léonce Perret
The Empire of Diamonds

Un film de Léonce Perret avec Robert Elliott, Léon Mathot, Lucy Fox, Laurent Morlas, Marcel Lévesque, et Henry G. Sell

Une compagnie new-yorkaise dans le commerce du diamant s'inquiète de l'afflux de faux diamants sur le marché européen. Elle envoie M. Versigny (R. Elliott) à Paris pour enquêter sur ce trafic. Il part avec sa fille (L. Fox). Il soupçonne l'anglais Arthur Graves (L. Mathot) d'être à l'origine de l'escroquerie...

Ce film de Perret a pour particularité d'être une co-production franco-américaine avec une distribution cosmopolite. Perret était partie en Amérique en 1919 et il amorce là on retour sur le vieux continent avec ce film de long métrage qui ressemble à un serial. La France était le producteur N°1 de films avant la guerre détenant 75% du marché mondial. Après celle-ci, elle re représente plus que 10%. La guerre a ruiné la production cinématographique européenne au profit des Américains. Ces derniers ont plus d'argent et du matériel plus moderne. Perret veut offrir ici un film qui puisse plaire autant au public américain qu'au public français. Le rythme est vraiment trépidant. Il y aurait matière à un serial à épisodes avec cette intrigue criminelle parsemée de kidnappings, meurtres et poursuites. Mais, ici, tout est condensé en 78 min. Nous passons à une vitesse folle de New York à Paris, puis à Londres, Nice et Monte-Carlo. A chaque fois, le film est réalisé en extérieurs, évitant pratiquement totalement les studios. Cela donne au film une atmosphère particulière qui accroit la crédibilité d'une intrigue échevelée. On reconnaît les techniques des serials Gaumont des années 10 réalisés par Feuillade et Perret. D'ailleurs, deux anciens acteurs se sont glissés dans la distribution: Laurent Morlas, un cascadeur émérite qui saute sur un train en marche dans Barrabas et l'hilarant Marcel Lévesque qui est ici un huissier qui répond au doux nom de Pigeon. Le film comporte plusieurs moments de frisson pur avec Morlas qui s'échappe d'un moulin à vent en flammes par ses ailes ainsi que des plongeons à haut risque dans la Méditerranée depuis des falaises à pic. Mais, ce qui m'a séduit plus que tout, c'est la composition des images qui rappelle les meilleurs Perret chez Gaumont. Son opérateur n'est plus Georges Specht, mais René Guissart qui réalisa là des plans de toute beauté: plans en ombres chinoises sur le bord des falaises, encadrement des fenêtres qui s'ouvre sur la Tour Eiffel, véranda ombragée, etc. C'est la véritable poésie de Perret qui s'exprime là. Certes les personnages n'ont pas le temps d'être défini avec précision, mais, les acteurs jouent avec naturel et sans charge. Léon Mathot est ici un criminel, lui qui jouait souvent les héros. Les acteurs américains apportent un jeu dépouillé et rapide qui sied au film. Dans l'ensemble, un bon Perret. La copie est malheureusement assez granuleuse.

lundi 5 juillet 2010

Le Mystère des Roches de Kador 1912


Un film de Léonce Perret avec avec Suzanne Grandais et Léonce Perret

Suzanne (S. Grandais) suite à la mort de son oncle hérite d'une grande fortune. Son cousin Fernand de Kéranic (L. Perret) - qui voudrait l'épouser pour renflouer ses finances - découvre qu'elle est amoureuse d'un autre. Il décide de se débarrasser d'elle et de son amant pour récupérer ses millions...

Encore une petite merveille signée Perret! Le film a été tourné dans le Finistère, dans la presqu'île de Crozon. L'héroïne du film est Suzanne Grandais qui fut une des plus grandes stars du cinéma de l'époque jusqu'à sa mort tragique (à l'âge de 27 ans) en 1920 dans un accident de voiture. Un livre lui a été consacré récemment (Un amour sans parole de Didier Blonde, Ed Gallimard, 2009). Perret nous concocte ici un petit film criminel avec juste ce qu'il faut de suspense et poésie. La science du cadrage est absolument remarquable pour un film de 1912. Et l'intrigue prend un tour étonnement moderne lorsque l'héroïne amnésique (qui a survécu miraculeusement) revit le drame lors d'une projection de cinéma. En effet, un docteur aux méthodes révolutionnaires fait un film des événements pour le projeter à sa patiente. Voici un film qui ne décevra pas les amateurs de Feuillade car Perret reprend ici les histoires criminelles typiques des sérials mais sur une durée de seulement 45 min. La copie proposée est vraiment bonne (contrairement à celle de L'enfant de Paris). A voir!

lundi 14 juin 2010

L'Enfant de Paris 1913

Un film de Léonce Perret

Je n'avais vu jusqu'à présent qu'un seul film de Léonce Perret (Les Etoiles de la gloire de 1919) et je viens de découvrir ce film long métrage de 1913 qui est absolument remarquable. Il n'a pas pris une ride et montre l'avance du cinéma européen par rapport au cinéma américain avant la 1ère guerre mondiale. Il s'agit d'un film de long métrage de 2h avec une cinématographie remarquable, un vrai sens du montage et du récit. Léonce Perret était avec Feuillade le cinéaste vedette de la firme Gaumont. Quand Feuillade réalisait des sérials à multiples personnages et rebondissements, Perret lui se concentre sur le long métrage. Il y a peu de personnages dans ce film, essentiellement la petite Marie-Laure (Suzanne Privat), le gentil Bosco (Maurice Lagrenée), Edmond le bachelier (Louis Lebas qui apparaitra dans Les Vampires dans le rôle de Satanas). Mais, ce qui frappe c'est la véritable poésie que se dégage des images de ce film. Perret sait choisir ses cadrages et les éclairages sont déjà incroyablement sophistiqués que ce soit pour les intérieurs et les extérieurs. On suit les aventures de la petite Marie-Laure kidnappée par Edmond qui attérit dans l'échoppe d'un poivrot, le savetier Tiron. Le Bosco, un bossu qui aide Tiron, se prend d'affection pour l'enfant. Quand Edmond vient la reprendre, il va les poursuivre jusqu'à Nice pour retrouver l'enfant. Le film utilise merveilleusement les extérieurs dans les rues de Paris et de Nice. Mais, jamais au dépents de la narration. Il utilise la profondeur de champ, les plans en plongée et les cadrages sont vraiment formidables. Les acteurs sont tous excellents et ont déjà une vraie technique de cinéma. Aucune trace de théâtralité chez eux. Avec Sjöström, Perret est vraiment un des pères du cinéma moderne. Dommage que la copie proposée par Gaumont dans leur coffret soit aussi décevante. Elle paraît avoir été réalisée à partir d'un contretype et manque de contraste et de luminosité. Leur Fantômas était d'une bien meilleure qualité....

Le Roman d'un mousse 1913


Un film de Léonce Perret avec Lucien Lebas, Maurice Luguet et Adrien Petit

Le marquis de Luscky (L. Lebas) est ruiné et doit une énorme somme d'argent à l'usurier Werb (M. Luguet). Werb lui conseille d'épouser la riche comtesse de Ker-Armor. Il lui suffira ensuite de la supprimer ainsi que son fils Charles-Henri (A. Petit) pour hériter de sa fortune. Werb se faisant passer pour un précepteur fait embarquer l'enfant sur un Terre-Neuva en donnant des instructions pour qu'il ne revienne pas...

Je continue mon exploration de Léonce Perret au sein de la boîte Gaumont Le Cinéma Premier vol. 1. Pour ce troisième long métrage, Perret combine une intrigue policière avec le roman d'aventure. Le petit Charles-Henri se retrouve bien malgré lui entraîné dans de dangereuses aventures sur un de ces bateaux qui partaient pêcher en Islande toutes voiles dehors. Perret offre à nouveau de merveilleux extérieurs à Biarritz, Saint-Malo et Le Havre. Il est dommage que le début du film soit assez lent et bavard. Puis, tout s'enchaîne plus rapidement au moment au Charles-Henri se retrouve à bord de la 'Marie-Jeanne'. Le brave père Paimpol le prend sous son aile et ils s'enfuient dans une chaloupe. Comme toujours, Perret est un maître pour raconter une histoire et créer une atmosphère. Il réussit à introduire de la poésie dans ses images par leur cadrage et leur composition. Même si ce film-là est moins réussi que L'Enfant de Paris, il est néanmoins remarquable pour un film de 1913. Dommage que la copie ne soit qu'un vilain contretype d'une copie belge (avec des intertitres doubles français/néerlandais).

dimanche 13 juin 2010

Dernier Amour 1916

Un film de Léonce Perret
avec Valentine Petit et René Cresté

Ninon Lancret (V. Petit), une actrice à la retraite, vit dans une spacieuse propriété du sud de la France. Un jour, une équipe de tournage vient tourner dans son parc. Elle rencontre Roger Mareuil (R. Cresté) le metteur en scène et une idylle se développe...

Après un Koenigsmark décevant, c'est un grand plaisir de découvrir un bon Perret des années 10. Valentine Petit, Madame Perret à la ville, est tout à fait convaincante en actrice déchue qui tombe amoureuse pour la dernière fois d'un homme plus jeune qu'elle. René Cresté (qui fut le Judex de Feuillade) est également excellent. Il quitte sa jeune fiancée pour cette femme d'âge mûre qui le fascine. Perret nous fait passer derrière la caméra et nous visitons les Studios Gaumont près de Nice. Avec un long travelling, nous découvrons trois plateaux à ciel ouvert côte à côte où on tourne une comédie burlesque, un drame et un peplum. On retrouve la poésie des meilleurs Perret avec cette histoire d'amour sans issue. Valentine Petit renonce à son jeune amant quand elle découvre le désespoir de sa fiancée. Son geste de renoncement restera inconnu de Cresté qui s'imagine que leur histoire n'était qu'une passade sans conséquence. Perret utilise les extérieurs avec son talent habituel. Et, il cadre avec intelligence une Valentine Petit esseulée et malheureuse qui disparaît derrière d'immense bouquets de fleurs et un mobilier envahissant. Un film vraiment plein de charme et de poésie. Malheureusement, la copie était très granuleuse et les contrastes quasiment inexistants. Il fallait deviner la beauté originale de la cinématographie de Specht...

Koenigsmark 1923



Un film de Léonce Perret avec Huguette Duflos et Jaque Catelain

Dans un grand duché germanique, la Grande-Duchesse Aurore (H. Duflos) devient veuve suite au décès mystérieux de son époux. Son beau-frère, le Grand-Duc Frédéric (G. Vaultier) complote pour prendre le pouvoir. Un jeune français, Raoul Vignerte (J. Catelain) est embauché comme précepteur du fils de Frédéric...

Cette énorme production historique tirée d'un roman de Pierre Benoît fait suite au succès de L'Atlantide (1922, J. Feyder), un autre roman de Benoît. J'étais fort curieuse de voir comme Léonce Perret, un des pionniers les plus innovants des années 10, avait réalisé ce très long film de 180 min. Le résultat est somme toute assez inégal. De très bonnes scènes suivent d'autres pleines de pompe et fort guindées. L'un des problèmes principaux du film vient de son casting. La belle Aurore est interprétée par l'inévitable Huguette Duflos, sociétaire de la Comédie Française, très en vogue à l'époque. Cette actrice manque de sex-appeal et surtout, elle semble jouer un rôle de théâtre. Quant à Jaque Catelain, jeune premier en vogue également, il semble n'avoir qu'une seule expression pour exprimer ses émois : les yeux écarquillés, les bras ouverts et vacillant légèrement sur ses jambes au bord de l'évanouissement... L'autre problème du film, c'est sa contruction. Pour un film de 3h, il faut un scénario en béton qui emporte le spectateur dans le tourbillon de la vie de ses personnages. Le scénario est malheureusement inégal et n'arrive pas à créer un suspense ou à faire monter la tension. Ceci dit, il y a quelques très bonnes séquences tournées au bord des lacs bavarois et du château de Neuschwanstein. Les meilleures scènes sont celles de meurtre, comme si Perret se souvenait de ses meilleurs courts-métrages de la Gaumont. Le Grand-Duc est tué par un stylo-plume empoisonné. Les deux assassins regardent impassibles leur victime s'effondrer sur son bureau. Huguette Duflos montre aussi qu'elle peut être une actrice intéressante lorsqu'elle tue -par accident ?- sa confidante qui l'espionnait. Cet accident de chasse est fort bizarre... Elle repart tranquillement après ce meurtre. De même, la toute dernière scène du film où Aurore va se recueillir sur la tombe du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe, pensant qu'il s'agit peut-être de Raoul Vignerte, disparu à Verdun. Pour ce qui est de l'écriture cinématographique, elle souffre des maux typiques des grands réalisateurs des années 10 qui ont eu du mal à négocier le virage de l'innovation du cinéma des années 20. Ses cadrages sont très académiques avec ses ouvertures de porte totalement symétriques en plan large. Le film a une toute autre respiration en extérieurs où on retrouve l'oeil pictural de Perret. J'ai aussi répéré une séquence de montage rapide au moment du suicide du méchant Frédéric qui revoit en flash les meurtres qu'il a commis. Je reste une inconditionnelle du Perret des années 10 (y compris dans sa période américaine). Mais, ce Koenigsmark aurait besoin d'un redécoupage compact et d'une toute autre construction des personnages qui les fasse vivre. La copie présentée est une restauration superbe de 2003, teintée et virée (avec en particulier de splendides scènes de nuit avec virage bleu et teintage rose).