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vendredi 22 avril 2011

Ramona 1936

Un film d'Henry King avec Loretta Young, Don Ameche, Pauline Frederick et Jane Darwell

1870, en Californie, Ramona (L. Young) a été élevée par la Señora Moreno (P. Frederick) comme sa fille. Elle tombe amoureuse d'un Indien, Alessandro (D. Ameche). On lui révèle alors qu'elle est la fille d'une squaw...

Le roman d'Helen Hunt Jackson, publié en 1884, a déjà été adapté trois fois à l'écran (en 1910 par Griffith avec Mary Pickford) quand la XXth Century Fox décide d'en faire une version parlante et en couleurs. Lorsque le tournage commence, Henry King se demande encore si il va utiliser le nouveau procédé Technicolor Trichrome. Mais, à la vue des rushes, il se décide rapidement. Son opérateur William V. Skall travaille pour la société Technicolor (comme Jack Cardiff en Grande-Bretagne) et sur le plateau, il doit composer avec un consultant couleur de la Sté. Celui-ci voudrait repeindre les roses rouges qui entourent la maison construite pour le tournage à Warner Hot Springs (Californie). Il s'y oppose et décide de filmer le décor tel qu'il est avec ses arbres fruitiers et ses fleurs. Cette petite anecdote montre le pouvoir exorbitant (et pas toujours avisé) des consultants Technicolor et le challenge que le nouveau procédé pose aux réalisateurs. Ramona est l'un des premiers films en Technicolor tourné en extérieurs, le premier étant The Trail of the Lonesome Pine (La Fille du Bois Maudit, 1936) de Henry Hathaway sorti quelques mois auparavant. Il existe maintenant un superbe DVD de ce dernier film qui permet d'apprécier pleinement les possibilités du procédé trichrome en extérieur. Par contre Ramona n'a toujours pas fait l'objet d'une publication, ni en VHS, ni en DVD. Je suis fascinée de constater que les couleurs des premiers longs métrages respectent un code qui semble hériter des teintages du cinéma muet. Les intérieurs sont éclairés avec des lampes à incandescence qui donnent des couleurs chaudes (jaune-orangé et rouge) alors que les extérieurs ont des couleurs froides (bleu nuit ou vert) grâce aux éclairages par les lampes à arc. C'était précisément les couleurs des teintages à l'époque du muet où les intérieurs sont en général ambré et les extérieurs nuit bleutés. En tous cas, les couleurs pétantes ou criardes que l'on voit dans bon nombres de comédies musicales des années 50 ne sont le reflet que du goût des studios pour une explosion sans retenu des couleurs plutôt que le reflet d'un procédé qui est déjà très fidèle. Dans ce film, King ne cherche pas (comme Hathaway d'ailleurs) à surcharger l'image. Il filme la nature telle qu'elle est. Sur la belle copie que j'ai pu voir à la Cinémathèque, on pouvait discerner toutes les nuances des délicats imprimés floraux des robes à crinoline de Loretta. Elle est souvent vêtue de bleu assorti à la couleur de ses yeux tandis que sa chevelure noire de jais avait des reflets bleus. Au-delà de l'intérêt pour la couleur, le film est un beau plaidoyer pro-indien à une époque (les années 30) où ils se font rares. Il est étonnant de constater que les cinéma muet dans les années 10 et 20 semble être plus favorables aux 'Native Americans' que ces fougueuses années 30 où ils ne sont souvent que des sauvages dangereux. Il est difficile de qualifier le film de western car ses thèmes le rattache plus à l'Americana ou au mélodrame, bien qu'il se déroule en Californie en 1870. Le destin tragique de Ramona et Alessandro rappelle comment les colons américains s'emparèrent des terres des Indiens de Californie sans autre forme de procès. Si ils résistaient, ils recevaient une balle dans la peau. Le film a le mérite de montrer les différents types de préjugés raciaux qui avaient cours à l'époque. La Señora Moreno désire faire de Ramona, une jeune fille blanche de bonne famille tout en méprisant le sang indien qui coule dans ses veines. Par contre, la bonne fermière du Tennessee (jouée par Jane Darwell) n'a de préjugés que contre les païens. Lorsqu'elle découvre qu'Alessandro et Ramona sont baptisés et catholiques, elles les acceptent comme ses égaux. Certes, le film tourne dangereusement au mélo dans la dernière partie. On peut regretter aussi le Happy End qui n'apporte rien au film, sauf une certaine satisfaction pour les producteurs. Néanmoins, j'ai redécouvert Ramona avec beaucoup de plaisir malgré ses petits défauts. Loretta Young est pleine de fraîcheur face à un Don Ameche assez fadasse. Henry King eut beaucoup de peine avec lui lors du tournage. Il venait de la radio et il était incapable de bouger en disant ses répliques. Avec beaucoup de patience et de gentillesse, il a réussi à le faire sortir de sa coquille. Dans les rôles secondaires, c'est un grand plaisir de reconnaître Pauline Frederick que j'avais tant aimé dans Smouldering Fires (1924, C. Brown) et la bonne Jane Darwell en maîtresse femme au grand coeur. On ne peut qu'espérer que la Fox sortira un jour un DVD d'une copie restaurée de ce joli film. La copie que j'ai vue était belle, mais présentait les défauts habituels des vieux tirages: un léger liseré bleu et rouge dans certaines scènes qui montrent un décalage entre les négatifs durant le tirage.

jeudi 4 janvier 2007

Stella Dallas 1925

Le sublime sacrifice de Stella Dallas
Un film d'Henry King (1925)
C
e mélodrame fut un spectaculaire succès au box office en 1925. Samuel Goldwyn, le producteur, en fera un remake en 1937, avec cette fois King Vidor comme réalisateur, qui fut également un immense succès pour son interprète féminine, Barbara Stanwyck.
Le remake a eu tendance à éclipser la version muette d'Henry King et c'est bien dommage! Dans le rôle-titre, l'actrice Belle Bennett (ci-dessus) offre un portrait passionnant d'une femme qui tente de s'introduire dans un milieu qui n'est pas le sien.


Synopsis


Stephen Dallas (Ronald Colman) issu d'une riche famille de la Nouvelle Angleterre, espère épouser Helen Dane (Alice Joyce) sa voisine. Mais son père se suicide suite à une banqueroute frauduleuse. Il se retrouve comptable dans une petite ville où l'entreprise principale est une filature de coton.


Stella Martin l'observe lorsqu'il rentre chez lui, le soir. Elle espère pouvoir l'attirer sous son porche car elle y voit une opportunité de quitter son milieu sordide.

Stella a réussi à attirer Stephen, mais derrière la fenêtre, ses deux frères se moquent d'elle. Elle tente désespérement de les calmer...


Le père vient s'en mêler et administre quelques coups de pieds au derrière.



Le store se relève brusquement révélant un gamin nu comme un ver.


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Stella et Stephen sont mariés depuis plusieurs années. Stella insiste pour se maquiller outrancièrement et porte des robes couvertes de volants et de plumes. Stephen tente de la convaincre de porter moins de rouge à lèvres. Sans succès.

Stephen et Stella se sont séparés. Il part pour New York et elle reste dans sa petite ville avec leur fille Laurel (Lois Moran) qui a ici 12 ans.

Stella veut introduire sa fille, qui a maintenant 18 ans (Lois Moran), dans la meilleure société. Mais, elle cause le pire embarras à Laurel en arrivant attifée d'une manière extravagante au milieu de ses amis. Stephen a retrouvée Helen veuve et ils pensent se marier. Stella rend visite à Helen pour lui suggérer de prendre sa fille Laurel avec elle car elle sait qu'elle est un obstacle au bonheur de sa fille.
Helen accepte le marché. La dernière scène du film est cette fameuse image de Stella sous la pluie assistant de loin au mariage de Laurel avec un fils de la bonne société.

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Ce survol rapide du film de King ne permet pas de voir tous les détails qui enrichissent le récit: les rangées de maisons toutes identiques de la ville et le côté sordide de la vie de Stella avec son père trop fainéant pour même ôter la cafetière du poêle, ses frères qui se battent constamment (il y a une réelle parentée avec Mannequin de Borzage). Stella essaie désespéremment d'être middle-class; mais, elle reste prolétarienne quels que soient ses efforts en particulier pour sa coiffure et ses vêtements. Le contraste entre les robes à la ligne fluide (style Gabriel Chanel) de Alice Joyce et les tonnes de frou-frou de celles de Belle Bennett qui sont dépassées de 20 ans en terme de mode en disent plus qu'un long discours. Elle lit un livre de bonnes manières; mais, le livre est vieux de 20 ans. Elle accumule les faux pas et pour finir, fréquente le rustre Ed Munn (brillamment interprété par Jean Hersholt frais émoulu du tournage de Greed) qui l'amuse plus que son époux qu'elle trouve trop sérieux. Malgré tout, King n'épouse pas totalement le point de vue de la bourgeoisie et sa Stella n'est pas juste une caricature. La scène la plus étonnante est l'arrivée de Stella attifée avec une robe à rayures et des tonnes de plumes au milieu de la bonne société. Sa fille Laurel est terriblement ennuyée par ses amis qui se moquent de cette femme ridicule et prétend avoir perdu sa montre pour s'enfuir. Dans le train qui les ramènent, les commères discutent de la vulgarité de Stella avec férocité. Laurel reste néanmoins près de sa mère et préfère les ignorer. Stella est une mère prête à tous les sacrifices pour aider sa fille ce qui fait d'elle une héroïne.


Il faut mentionner aussi la performance étonnante de la jeune Lois Moran (15 ans). Elle parvient à rendre crédible le personnage de Laurel à 12 ans aussi bien qu'à 18 ans. Goldwyn découvrit la jeune danseuse et l'imposa pour le rôle. Dans le remake de Vidor, Anne Shirley était nettement plus âgée (19 ans). Quant à Belle Bennett, elle trouve ici le rôle de sa vie. Elle assiégia littéralement Goldwyn, accepta de s'enlaidir et de prendre du poids pour pouvoir jouer Stella. Ronald Colman n'a qu'un rôle secondaire en Stephen Dallas. Mais, il réussit à donner une réelle épaisseur à Stephen, là où John Boles dans le remake sera bien pâle.


Le film est disponible en DVD-R auprès de Sunrise Silents et il sera projeté à la Cinémathèque Française le 1er mars prochain dans le cadre de la rétrospective King Vidor.

jeudi 28 décembre 2006

The White Sister (La soeur blanche) 1923

Un film de Henry King (1923)

Cette superproduction indépendante voulue par Lillian Gish, tournée entièrement en Italie, est un film à redécouvrir d'urgence. Mais, il faut absolument voir la version en dix bobines qui seule donne une idée de la construction magistrale d'Henry King. La lecture d'un résumé du film donne des sueurs froides et évoque les pires excès des mélodrames à base de nonnes. Mais, la vision du film révèle un film intimiste sans excès de sentimentalité avec une construction dramatique remarquable et une violence qui évoque, dans le même registre du conflit de la religion et des passions humaines, ces grandes réussites que seront Heaven Knows, Mister Allison (Dieu seul le sait, 1957) de John Huston ou The Black Narcissus (Le narcisse noir, 1947) de Powell et Pressburger.
Henry King découvrit Ronald Colman sur scène, à Broadway en 1922, dans une pièce d'Henri Bataille, La Tendresse, et l'engagea après un bout d'essai pour le rôle principal masculin de son film. Il a l'idée de lui dessiner avec un crayon de maquilleur une fine moustache juste au dessus de la lèvre supérieure. Cette légère modification de son apparence deviendra une sorte de symbole de l'acteur autant que celle de Charlie Chaplin. Katherine Hepburn, habillée en garçon dans Sylvia Scarlett, ne demande-t-elle pas à Dennie Moore de lui dessiner une fine moustache à la Ronald Colman?

Le tournage à Rome, Naples et Capri dure sept mois. Le cameraman Roy Overbaugh capture admirablement la lumière italienne donnant au film une authenticité d'atmosphère qu'un tournage en studio lui aurait dénié. Le grand photographe James Abbé est l'auteur des admirables photos de plateau réalisées durant le tournage.
La première partie du film nous montre la vie indolente de l'aristocratie italienne de l'époque avec ses chasses à cour. Lillian Gish est la fille espiègle et insouciante du prince Chiaromonte (Charles Lane) amoureuse du capitaine Giovanni Severi (Ronald Colman). Leur rendez-vous sur le mur du jardin au son des musiciens des rues est empreint d'une sérénité et d'une douceur accentuant le contraste avec la violence de la seconde partie du film. Le fil du récit met constamment mis en parallèle les évènements introduisant un suspense et donnant un rythme au film qui rappelle les meilleurs romans d'Alexandre Dumas père. Angela (Lillian Gish) va mûrir brusquement avec la mort soudaine de son père et la découverte de la jalousie maladive de sa demi-soeur (une Gail Kane venimeuse à souhait) qui la chasse du palais. Déniée de son héritage, seule au monde, elle se raccroche au seul être qui l'aime encore, Giovanni. Las, il doit partir en mission en Afrique du Nord. Sa mort étant annoncée, par erreur, Angela ne peut réagir et reste en état de transe, incapable de verser une larme. Dans une scène aussi émouvante que celle de Broken Blossom (Le lys brisé, 1919), Lillian Gish couvre de baisers le portrait de Giovanni et réalise enfin qu'il reviendra plus. Le buste appuyé sur la toile, elle verse les premières larmes qui vont la guérir. Angela décide de prendre le voile. La cérémonie des voeux est filmée dans son intégralité, entrecoupée par des plans de Giovanni de retour de captivité. Son visage inquiet contraste avec la sérénité d'Angela toute de blanc vêtue. La scène pivot du film est amenée avec un habilitée remarquable. Giovanni doit se rendre à l'hôpital où travaille Angela, tous deux ignorant le sort de l'autre. Leur confrontation est retardée accroissant le sentiment de frustration du spectateur. Ils sont tous deux dans la même pièce, mais ne se voient pas. Puis, elle lui parle, mais, aucun des deux ne reconnaît l'autre de prime abord. Après une longue minute, Giovanni impulsivement la prend dans ses bras. Affolée, elle s'enfuit telle un oiseau pris au piège, courrant dans les longs couloirs du couvent. Giovanni soudain se révèle un être de passion, incapable de se contrôler et d'accepter la perte d'Angela. Un gros plan de Giovanni, le visage fermé, entrecoupe le récit. Il tripote nerveusement un revolver. King utilise brillamment en contrepoint l'éruption imminante du Vesuve, tout proche, comme si les passions humaines provoquaient en miroir le bouillonnement de la nature environnante. Giovanni réussi à faire venir Angela chez lui sous un faux prétexte. Il utilise prières, menaces pour la faire renoncer à ses vœux. La scène est rythmée comme le serait le duo d'un opéra de Giuseppe Verdi avec un sentiment de flux et de reflux. Puis, voyant que ses efforts sont vains, il laisse repartir Angela. L'éruption du Vésuve provoque le cataclysme final qui engloutit Giovanni.

On peut se procurer une copie de ce film en DVD-R auprès de Sunrise Silents.